‹ Dissertation sur les généralités de la physiologie, et sur le plan à suivre dans l'enseignement de cette science. Présentée au concours pour une chaire de physiologie ... le 23 mai 1831 (volume 2)Chapitre 2 sur 9 · II. TJ 'examen des corps priées de vie est d’une · texte numérisé non relu

II. TJ 'examen des corps priées de vie est d’une

grande utilité quand il s’agit d’apprécier les rapports entre la structure des organes et les actions qu’ils ont à remplir. 11 me paraît convenable de rappeler seulement ici les conclusions de l’une de mes épreuves dans ce concours. Toutes les fois que les usages des parties sont mécaniques ou physiques, la connaissance des dispositions matérielles de celles-ci est d'une utilité extrême ; quand au contraire c’est dans la profondeur des tissus que se passent des phénomènes obscurs, appelés vitaux (parce qu’il faut bien les désigner d’une manière quelconque, et parce que le mot vital exprime convenablement les actions appartenant à ce qui jouit de la vie) • alors , et dans ï état actuel de la science , on ne reconnaît pas encore de rapport entre la structure et l’action.

Toutefois, si les usages de certaines parties en rapport avec leurs élémens anatomiques sont connus, et si l’on retrouve ailleurs ces memes élémens anatomiques, on sera naturellement conduit à y admettre les memes actions. O11 voit beaucoup de vaisseaux dans les organes sécréteurs, beaucoup de nerfs dans les parties sensibles ; on rencontre des fibres musculaires là où s’exécutent des mouvemens. Eh bien! quand on trouvera des vaisseaux nombreux dans un autre organe, on sera porté à penser qu’il est destiné à la formation d’un liquide • quand on y verra des nerfs abondans , on présumera qu’il est sensible , et on le regardera comme contractile s’il contient des fibres charnues. Il faut encore ici ne pas s’en rapporter

à un examen superficiel ; le thymus, la rate, reçoivent de nombreux vaisseaux, et il est douteux qu’ils sécrètent; les nerfs des muscles sont abondans et la sensibilité de ceux-ci n’est pas vive, tandis que la membrane médullaire des os, ou le périoste sans nerfs évidens , sont le siège d’une sensibilité qu’on a exagérée, mais qui n’en est pas moins réelle; les veines ont quelques fibres d’apparence charnue, sans que leurs contractions soient encore prouvées , et des parties qui ne présentent pas la structure musculaire, la peau, par exemple , ne sont pas dépourvues de toute contraction. Le pancréas et les glandes salivaires enfin, ont entr’eux la plus grande analogie de texture, et les fluides formés par ces glandes paraissent être très différons fun de l’autre, etc.

Loin de chercher à déprécier la valeur des faits anatomiques, pour la connaissance des actions physiologiques, j’ai choisi cette épigraphe qui renferme toute ma pensée : Et primüm cognoscenda est fabrica corporis huniani ; mais je ne crains pas d’y ajouter cette autre proposition : ce n’est pas dans un corps inanimé qu’on trouvera le secret de la vitalité. Certes l’entrecroisement des fibres des nerfs optiques et des pyramides est un fait déplus à l'appui de l’influence croisée de l’encéphale sur la vue et les mouvemens, effet qui se rattache à une disposition matérielle évidente, et qui, par conséquent, rentre dans les usages physiques des parties; mais quant à celte action nerveuse ellemême, aucune raison de structure ne l’a encore

expliquée. Les travaux de G. Bell sur les deux espèces de nerfs, déduites d’un fait anatomique, se prêtent aux mêmes vues, et d’ailleurs ils ont besoin d’être sanctionnés par le temps et par des expériences nouvelles.

III. Les expériences sur le cadavre ont aussi leur degré d’utilité comme leur insuffisance. Elles réussissent encore plutôt a imiter les fonctions physiques des organes , que celles qui se passent dans la structure intime des parties. Faites exécuter à un membre tel mouvement , vous verrez les muscles qui le produisent, se relâcher ; le contraire aura lieu dans le mouvement opposé, d’où vous serez conduit â déterminer le mode d’action de ce muscle. Insufflez de l’air dans le poumon, vous vous ferez une idée de la forme de cet organe dans le thorax lors de l’inspiration; vous verrez que les cellules pulmonaires ne communiquent point entre elles , et vous en tirerez des inductions importantes. Mais ces expériences ne vous instruiront pas sur la contraction musculaire ou sur l’essence de l’hématose. Mayer, injectant du caméléon minéral dans les artères pulmonaires d’un cadavre, verra, lors de l’insufflation, cette substance changer de couleur dans les vaisseaux du poumon; mais il y a loin de cette donnée imparfaite à ce que la science désire connaître sur la vie; et l’expérience de Mayer ne ressemble pas plus à la transformation du sang noir en sang rouge dans le poumon , que la transsudalion cadavérique de la

bile à travers la vésicule ne représente l’état physiologique des tuniques de celte poche membraneuse.

IV. V obseivation de U homme malade conduit à des connaissances physiologiques d’une grande valeur : le foie , qui se tuméfie si promptement lorsqu’il est enflammé, le poumon dont la densité et la consistance varient avec rapidité, les cavités droites du cœur qui se distendent à l’occasion du moindre trouble dans la respiration, etc., portent à penser que si ces changemens sont rapides dans l’état de maladie , il doit y avoir quelques nuances de ces ph énomènes dans l’état de santé. L’asphyxie fait mieux étudier l'hématose ; l’anévrysme, les battcmens du cœur 3 les obstacles au cours du sang , la circulation collatérale - la compression du cerveau , les fonctions de cet organe; la cataracte, les usages du crystaliin et de l’iris. La paralysie du muscle droit externe de l’œil, fait reconnaître une des causes du strabisme ; le rhumatisme démontre l’action de tel muscle dans telle série de mouvemens à laquelle on l’aurait cru étranger; les anus contre nature font juger de la durée du séjour des aimions dans la portion du tube digestif située audessus; les vomissemens spontanés font apprécier l’état des sucs gastriques et quelques-uns des changemens survenus dans le chyle; la perforation de l’estomac avec communication au dehors met en évidence quelques-uns des phénomènes de la digestion, etc. Ce petit nombre de faits choisis dans

mille autres qui se présentent à l’esprit prouve que l’élude de l’homme malade éclaire celle de l’homme sain. Toutefois j les applications qu’en physiologie on lire de îa pathologie, doivent être sévèrement analysées; car, par cela seul que le jeu normal des fonctions est troublé, il arrive que la maladie ne donne qu’un tableau incomplet ou trompeur de l’état physiologique.

Y. Les altérations morbides e/ue V examen du cadavre découvre dans les organes , rapprochées de V état des fonctions pendant la vie , sont une des plus riches sources de la physiologie : la vitalité des liquides est démontrée par les membranes accidentelles, cl par les vaisseaux qui s’y développent; l’absence ou la destruction de l’un des poumons, des reins, des testicules, prouve qu’un seul des organes doubles peut remplir les usages dont les deux sont ordinairement chargés; la disparition de la vésicule du fiel, l’oblitération du canal cystique, sans que la digestion s’altère, conduisent à penser que les voies de l’excrétion biliaire ne sont pas indispensables; le météorisme fait voir combien le volume de l’abdoTneii est une cause fréquente de respiration haletante ; Fbypertropbie des muscles du tube digestif et du cœur permet de mieux découvrir la disposition normale des libres musculaires de ces parties , et par suite le sens dans lequel elles agissent; îa destruction de la membrane charnue de l’estomac dont l’orifice pylorique est oblitéré, trouvée à la mort d’un individu qui a

eu des nausées , mais n’a pn vomir; porte à penser que cet organe est actif dans le vomissement; la veine-porte dont l’oblitération a causé l’ascite , fait croire que les veines sont des agens puissans des phénomènes de l’absorption ; une grossesse extrautérine , survenue lorsqu’une vive impression morale a troublé l’acte vénérien , a fortifié cette opinion que l’œuf est fécondé dans les ovaires et non pas dans l’utérus.

Mais c’est surtout dans les fonctions de l’encéphale qu’on a cherché à tirer parti des altérations pathologiques. La destruction ou la compression des corps striés ont été suivies d’une paralysie des extrémités inférieures; celles des couches optiques, de la perte des mouvemens et du sentiment dans les extrémités supérieures. On a pensé, d’après les mêmes raisons, que les lobes antérieurs du cerveau et les cornes d’ammon présidaient à la parole. De ce qu’on a vu à la suite de la lésion des tubercules quadrijumeaux, survenir des troubles dans la vision , on a conclu qu’ils devaient avoir une influence sur cette sensation. De ce qu’il existait un satyriaris chez des hommes dont le lobe médian du cervelet était malade, on en a inféré que celui-ci présidait à la génération. L’apoplexie du bulbe rachidien ayant décidé une mort prompte, on en a conclu que ce bulbe était le centre de l’action nerveuse et de la vie. Quand la substance grise cérébrale s’est trouvée malade chez des sujets en délire, on a admis qu’elle présidait à Inintelligence p et de ce que les lésions de la substance blan-

clie s’étaient montrées à la suite d’altération dans les mouvemens , on a pensé que la pulpe cérébrale avait des usages en rapport avec la contraction musculaire , etc.

Mais c’est avec réserve qu’il faut adopter les conséquences de ces recherches ; et les raisonnemens ne manquent pas pour affaiblir la valeur de quelques-unes d’entre elles. D’abord, pour ne parler que de ce qui |a rapport à l’encéphale, le cerveau étant renfermé dans une boîte non extensible, une altération organique, accompagnée d’un surcroît de volume, comprimera nécessairement les parties voisines, et de-là le danger d’attribuer à telle région du cerveau ce qui pourra être le résultat de la compression de telle autre ,* ainsi, une tumeur apoplectique ou tuberculeuse des couches optiques pourra, dans quelques cas, altérer par compression , les fonctions des corps striés, et cette altération être faussement rapportée à l’affection des premiers ,* ainsi l’épanchement sanguin dans le cervelet sera suivi de la compression de la moelle allongée, et partant, déterminera la paralysie, sans qu’il faille voir en lui le point de départ , ou le régulateur des mouvemens. Ensuite, n’est-il pas vrai que les divers lobes du cerveau ne sont point des parties séparées et indépendantes entre elles , mais des divisions du même organe? Les vaisseaux d’un de ses points ne communiquent-ils pas avec ceux de ses autres lobes ? Les fibres de la substance blanche ne sont-elles pas unies entre elles, comme l’attestent les commissures et le déploie-

ment des circonvolutions ? Ces communications multipliées doivent donc établir une mutualité de souffrance ; et il est à croire que les .points rapprochés d’une même membrane ne sont pas altérés dans leurs fonctions d’une manière tout-afait isolée.

Si vous vouliez admettre qu’il y a quelqu’analogie entre les actions électrique et nerveuse, vous concevriez difficilement cet isolement d’action, quand aucune raison anatomique ne l’expliquerait; si vous regardiez l’agent nerveux comme tout-à-fait spécial , vous verriez qu’un de ses attributs les plus caractéristiques est de s’étendre, de se ramifier, pour ainsi dire, et de réunir toutes les parties dans un meme réseau de vitalité.

To us ces raison nemens ont encore moins de valeur que les faits, et ceux-ci se multiplient pour prouver qu’il ne faut pas adopter avec trop d’empressement les résultats positifs de l’anatomie pathologique, parce qu’à coté de ceux-ci se trouvent des faits négatifs qui viennent affaiblir la valeur des premiers.

On a vu fréquemment la paralysie exister dans les deux extrémités, et cependant la couche optique ou le corps strié être seuls affectés d’hémorrba gie ou de ramollissement; on a observé ces lésions sans hémiplégie, ou lliémiplégie , sans que ces lésions existassent; les radiations antérieures des corps striés ont été le siège de désordres variés y sans que la parole fût altérée, et des épanchemens dans d’autres points de la pulpe ont été

accompagnes de troubles dans le langage articule. Beaucoup de faits d’altération du cervelet ont été observés sans que les fonctions génitales en aient été modifiées. On dit avoir vu l’hémorrhagie du bulbe rachidien ne point causer actuellement la mort, et son ramollissement meme ne pas occasionner une paralysie complète. Bans plus d’un cas remarquable par le délire, la substance blanche a été principalement lésée, tandis que des hémorrhagies dans des parties très riches en substance grise, telles que les corps striés, ont déterminé de grands troubles dans la locomotion, etc., etc. Souvent une lésion de quelques lignes d’étendue dans la profondeur du cerveau a coïncidé avec une grande faiblesse de l’intelligence et une hémiplégie presque complète* d’autres fois, une hémorrhagie considérable déchirant le septum lucidum, n’a point anéanti tout sentiment et tout mouvement. Bien plus, la moitié du cerveau, les couches optiques et les corps striés ont manqué d’un coté ou ont été tellement atrophiés et altérés, qu’ils étaient évidemment impropres à exécuter leur action normale* et cependant l’intelligence était intacte, et l’hémiplégie incomplète. On assure même avoir vu le cervelet et le pont de varole, ne pas exister chez un sujet qui avait éprouvé des désirs vénériens , et chez lequel les mouveraens étaient jusqu’à un certain point conservés.

Ainsi , les faits d’anatomie pathologique semblent se contredire ; mais peut-être cette contradiction n’est-elle qu’apparente \ elle prouve seu-

lement que nous avons beaucoup a apprendre» Loin donc qu’un petit nombre d’observations négatives détruise une multitude de faits positifs, il faut analyser avec soin ces derniers, rejeter ceux qui sont incomplets, et surtout se défier des faits qui ont été superficiellement examinés- tenir compte enfin de la moralité littéraire de ceux qui les publient. A l’aide de celte sagesse d’esprit on verra que le nombre des observations merveilleuses diminuera ; on se convaincra que l’anatomie pathologique, éclairée du reste par l’examen des fonctions pendant la vie, et comparée aux résultats des autres moyens d’investigation, est l’une des sources les plus fécondes de la science physiologique. C’est elle qui fournit surtout des documens à un cours de physiologie médicale; de là une sorte de nécessité que celui qui se destine à cet enseignement soit un médecin versé dans l’étude des organes malades.

YI. Les opérations chirurgicales font aussi reconnaître les usages de nos parties : elles apprennent à apprécier le degré de sensibilité des divers tissus; elles font juger de la direction du cours du sang dans les artères et les veines; elles ont appris que, pendant une large inspiration, une grande veine béante peut recevoir l’air dans sa cavité et le conduire au cœur; elles démontrent que la vision peut s’opérer malgré l’extraction du crystallin; que la destruction ou l’ouverture de la membrane du tambour ne sont pas des causes

absolues de surdité. Les injections dans la trompe cl/ Eu s ta clie rendant l’ouïe à des individus qui Pavaient perdue, prouvent qu’il est utile pour l’audition que l’air de l’oreille moyenne soit renouvelé; les opérations chirurgicales nous font voir que l’on peut, sans de graves inconvéniens, supporter de grandes pertes de sang; que les valvules des veines ne s’opposent pas complètement, dans les membres inférieurs, au reflux du sang veineux. La chirurgie étudiant les périodes de la formation du cal provisoire et du cal définitif éclaire le mécanisme de l’ostéogénie physiologique. Des recherches sur les fractures par contre-coup conduisirent Saucerotte à de beaux travaux sur la physiologie du cerveau. La cicatrisation des plaies a jeté quelque lumière sur des questions relatives aux phénomènes obscurs de la nutrition. La ligature des artères a prouvé l’influence de la circulation sur la chaleur animale. Les hernies ont démontré combien est étroite l’influence qu’exercent les unes sur les autres les diverses parties de l’appareil digestif. L’opération des anus contre nature , a prouvé que les tissus analogues adhèrent facilement entre eux, etc., etc. Ainsi, la chirurgie a puissamment secouru la physiologie : de là vient que de grands chirurgiens sont quelquefois de grands physiologistes.

VIL La comparaison de la structure des or ganes dans les divers âges a fourni à la physiologie des lumières qui ne sont pas à dédaigner : le volume du foie du fœtus, les vaisseaux plus multipliés qu’il

reçoit lorsque le poumon est encore inactif, et qui deviennent moins nombreux lorsque les organes respiratoires agissent, portent à penser que dans la vie intra-utérine l’organe hépatique exerce quelque action sur l'hématose, et que chez l’adulte il doit conserver quelque chose de cet usage primitif. La simplicité de l’organisme dans les premiers jours , comparée au développement successif des pallies, fournil îa preuve que les grandes fonctions ne sont qu’un résultat de fonctions plus simples,* et la raréfaction des tissus avec l’àge démontre l’une des causes de la lamineur des actions chez le

vieillard, et de la mort sénile. Le mode suivant lequel s’opère l’évolution des organes porte quelques lumières sur l’histoire des diverses périodes de la vie de l’adulte. En faisant voir les premiers rudimens des parties du corps de l’homme, l’embryologie a prouvé que les fluides jouent un grand rôle dans l’organisme, et qu’une trame première, pulpeuse, gélatineuse, est la base eu apparence identique, des tissus et des organes. La physiologie du fœtus a peut-ëtr^ été jusqu’à présent plus curieuse qu’utile; mais à mesure que l’obscurité qui l’environne se dissipera et que les observateurs s’accorderont mieux entre eux, elle fournira plus de documens à la physiologie médicale.

VIII. L’histoire des monstruosités , dépendance intime de celle de l’embryon , a détruit plus d’une erreur physiologique : des fœtus naissent sans cœur et sans moelle de l’épine ; donc l’influence de ces •

parties sur la nutrition 11’est pas indispensable ; don c ce n’est pas, comme le voulait Haller, le cœur qui forme les vaisseaux. Le système nerveux s’arrête dans son développement, la moelle subsiste, le cerveau n'est pas formé 3 donc ce n’est pas celui-ci qui est l’origine, le point de départ de celle-là. Les nerfs restent isolés et sans communication avec le centre céphalo-rachidien ; donc la dépendance ordinaire de ces parties, et leur union, sont des phénomènes de composition organique, postérieurs à la vitalité spéciale des organes* ceux-ci se sont nourris, ont vécu sous Finfluence de leurs nerfs propres, comme on voit le cœur se contracter hors de l’animal, bien qu’il soit alors soustrait à Finfluence du centre nerveux. Toutefois n’exagérons pas l’importance des faits relatifs aux monstruosités; sachons nous borner aux choses d’application qu’ils fournissent; car dans renseignement il est souvent utile de ne pas tout dire.

B. Phénomènes observables chez les animaux ,

i°. IJ étude des animaux a perfectionné V histoire de V homme ; aux faits cités plus haut (pages 44 1 et 44a), on en pourrait ajouter une foule d’autres; mais Je plus grand, le plus important, est sans contredit celui qui fait voir dans l’animalité une progression de complication au sommet de laquelle se trouve l’homme, et qui représente les différentes phases de la vie embryonnaire. Si les physiologistes étrangers ont quelquefois abusé de l’histoire natu-

relie, et s’ils ont été parfois entraînés à des analogies forcées, c’est qu’ils ont été sans doute séduits par les avantages immenses de cette source physiologique dans laquelle il s’agit seulement de ne pas trop prendre et de savoir choisir.

2°. Il n’est peut-être pas une des parties de la science dont les expériences sur les animaux vivans n’aient éclairé quelques points. Il faudraitfaire l’histoire des découvertes physiologiques pour apprécier l’importance de ces recherches* de sorte que sur des faits si généralement connus, il est peut-être préférable de ne rien citer que de multiplier les exemples. Mais c’est précisément parce que les expériences sur les animaux vivans sont des sources précieuses pour la physiologie , qu’il faut se défier de l’abus qu’on peut en faire.

D’abord pour que leurs résultats soient vraiment applicables à l’homme, elles doivent être faites sur des animaux qui, par leur structure et par leurs fonctions, se rapprochent de l’espèce humaine. Certes on 11e sera pas tenté de croire que notre peau absorbe ou exhale , précisément parce qu’on aura trouvé qu’il en arrive ainsi chez la grenouille. De ce que l’on aura vu la respiration se faire en partie par les tégumens chez la salamandre, on n’en déduira pas que l’enveloppe cutanée de notre espèce présente quelque chose de cette fonction; de la quantité d’oxigène absorbé, ou d’acide carbonique formé par le poumon vésiculeux des batraciens , on pourra tout au plus inférer des probabilités pour l’espèce humaine.

Les expériences sur la digestion par le gésier des gallinacées, ou par les quatre estomacs des ruminans, ne nous dévoileront qu’imparfaitement la digestion de l’homme; mais bien plus, les expériences sur les espèces voisines de la nôtre, ne conduisent pas toujours à des résultats positifs : divisez les artères d’un chien, l’écoulement de sang s’arrêtera spontanément, tant ce fluide a de plasticité dans cet animal • cependant le chirurgien qui voudra appliquer rigoureusement ce fait à un blessé, le verra bientôt périr d’hémorrhagie. Le chien ne supporte point la privation des substances azotées, mais cela ne prouve pas que l’homme soit dans le même cas,* l’estomac peut ne pas être contractile chez l’un, et cependant l’être en effet chez l’antre ; comme aussi l’extrême contractilité de la vessie chez le premier, n’existe pas chez le second. L’un digérera parfaitement les os , tandis qu’il n’en sera pas ainsi chez l’autre. Et que sera-ce donc lorsqu’il s’agira d’organes bien plus relevés , des centres nerveux, par exemple, et de leurs fonctions si différentes? Mais abandonnons ces réflexions, et considérons les expériences sur les animaux vivans sous un autre point de vue.

Dans la plupart de ces recherches on détermine dans l’organisme des changemens qui ne sont pas ceux qu’on veut produire , et si l’on n^en tient pas compte, les résultats deviennent tellement compliqués qu’il n’y a plus moyen de reconnaître ce que l’on cherche. Vous enlevez une partie du cerveau ; mais l’animal perd du sang ; il est faible , il se

soutient à peine ; estœe l’hémorrhagie ou la lésion cérébrale qui ont produit la faiblesse des mouvernens ! Dans ces cas il y a des convulsions , mais celles-ci se déclarent aussi après la syncope; on pince un animal sans qu’il crie ; mais , quand on est très faible, on n’a plus la force ou la volonté de crier. Autre exemple : on insuffle la trachée artère d’un lapin , il s’introduit de l’air dans l’œsophage et. les intestins, l'animal meurt asphyxié parce que le diaphragme ne peut plus s’abaisser, et une observation superficielle pourrait faire croire que c’est l’emphysème pulmonaire qui a causé la mort. Quand vous liez le pneumo-gastrique des deux cotés sur un chien, et qu’il n’y a plus d’appétit, n’attribuez pas exclusivement à cette ligature la perte de la sensation ; car on n’a plus faim après les grandes opérations, et lorsqu’on a perdu beaucoup de sang, etc.

Ajoutons encore que cette mutualité d’action , déjà signalée entre tous les organes, fait que toutes les fonctions sont altérées quand l’une d’elles vient à l’étre. Or, quand vous opérez sur le cerveau, non seulement vous intéressez la partie que vous avez en vue , mais vous troublez l’action de celles qui les avoisinent, et de-là des symptômes trompeurs; ainsi quand pour juger de la quantité et de la qualité du fluide pancréatique formé dans un temps donné, vous ouvrez le duodérnum ou le conduit de Virsonghius lui-même, vous irritez l’intestin, et de même que la pyréthre stimulant la membrane de la bouche y fait couler la salive à

flots , ainsi vous altérez la secrétion normale de la glande pancréatique.

Ces réflexions ne détruisent en rien l’importance des expériences sur les animaux vivans, mais prouvent qffieiles sont fort difficiles à bien faire • qu’il faut beaucoup d’habitude pour s’y livrer avec fruit; qu’il est indispensable , en en déduisant des conséquences, de tenir compte d’une foule de circonstances coïncidentes , et qu’il faut être très réservé dans les applications qu’on en fait à l’homme. Cette difficulté ^ cette confusion de résultats expliquent suffisamment la divergence des opinions des expérimentateurs. Observons mieux, répétons les memes faits d’une meme manière, et nous arriverons aux mêmes résultats.

Cherchons à tenir compte de toutes les circonstances qui peuvent influencer les faits dont nous sommes témoins; répétons et multiplions les expériences utiles 9 comparons-îes entre elles et avec celles que la science possède , et Fincerlitude finira par être moins grande; elle se dissipera, si les autres sources physiologiques donnent des résultats analogues à ceux que fournissent les expériences sur les animaux vivans.

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