‹ Dissertation sur les généralités de la physiologie, et sur le plan à suivre dans l'enseignement de cette science. Présentée au concours pour une chaire de physiologie ... le 23 mai 1831 (volume 2)Chapitre 3 sur 9 · C. Phénomènes observables chez les végétaux · texte numérisé non relu

C. Phénomènes observables chez les végétaux

Les applications cle la physiologie végétale à celle de V homme ont été, jusqu’à présent, d’une application moins heureuse que celles de l’histoire naturelle des animaux. Toutefois, la vie du vé-

gétal montre l’organisation dans ses élémens les plus simples ; elle fournit quelques analogies utiles pour l’histoire de l’absorption et de la circulation capillaire; la marche du suc de la chélidoine, observée par Shultz, l’a conduit à des observations remarquables sur celle des animaux. On a vu dans l’action de l’acide carbonique sur les feuilles qui deviennent vertes sous l’influence de i air, quelque chose de comparable à la transformation du sang noir en sang rouge chez l’homme; l’indépendance des diverses parties du végétal donne quelques idées sur les productions accidentelles isolées qui se forment dans l’organisme animé. Les ovaires des végétaux, la fécondation des graines et leur développement successif , ont eu une influence marquée sur la manière dont on explique la génération chez l’homme. Ainsi les actions communes aux végétaux et aux animaux ont été éclairées par la physiologie végétale ; mais les expériences auxquelles celle-ci se livre, ne peuvent être appliquées aux animaux supérieurs qu’avec une extrême défiance.

D. Phénomènes observables sur les corps bruts .

Les expériences sur les corps bruts constituent les faits physiques, mécaniques ou chimiques; bien que, pris à la rigueur, la plupart de ces faits ne rendent point raison de la vie et de ses phénomènes, il est une infinité de cas où ils éclairent l’histoire de l’homme.

i°. Les usages de certaines parties sont évidemment mécaniques et physiques. Ceci est vrai pour les milieux de l’œil réfractant la lumière; pour les cavités acoustiques, traversées par les rayons sonores; pour l’arrange ment circulaire des papilles de la main, disposées de telle sorte que dans la palpation , les corps viennent toujours heurter perpendiculairement une série de ces mamelons cutanés. Ceci est vrai des actes locomoteurs, où les lois de la mécanique sont si bien appliquées; du cours du sang dans lequel les valvules remplissent si exactement l’office de soupapes, et où les phénomènes sont souvent modifiés par la pesanteur; de la respiration dont le jeu merveilleux rappelle celui d’un soufflet; des surfaces articulaires dans lesquelles la synovie représente l’huile qui favorise les glissemens des assemblages des machines; des divisions nombreuses des artères cérébrales propres à y ralentir le cours du sang qui y arrive , etc., etc. Tel qui négligerait les connaissances physiques et mécaniques dans la science de l’homme ferait preuve ou d’une grande ignorance, ou d’une insigne mauvaise foi. Il n’y a de blâmable que l’exagération et que la manie de vouloir tout expliquer quand on n’a point encore tous les élémens du problème.

On a pensé que des phénomènes plus cachés pouvaient aussi être expliqués par la physique, et l’électricité , étudiée de nos jours avec tant d’extension et tant de soin, a paru donner la clé de tous les phénomènes de la vie, Ainsi , les phé«

nomènes d’endosmose ou d’exosmose influences parla pile de Volta ont été rapprochés de l’absorption ou de l’exhalation modifiées par le système nerveux; ainsi , la transsudation cadavérique hâtée par un courant galvanique a donné lieu à la meme interprétation; ainsi, le dégagement delà chaleur par les attractions chimiques ou parles corps qui se combinent sans changer d’état , ou encore lorsque les molécules s’imbibent d’eau, a été considéré comme représentant la manière suivant laquelle se développe la chaleur animale; ainsi, le fluide électrique décidant des mouvemens dans le cœur d’un animal récemment mort, a été comparé à l’influence nerveuse ; ainsi , la digestion hâtée par un courant galvanique substitué â l’action cérébrale, a fait admettre que celle-ci est de nature électrique ; ainsi, les mouvemens musculai res ont été expliqués par des attractions électro-magnétiques entre des fllels nerveux qui se rendent aux libres charnues, et il n’est pas jusqu’à la sensation et à la pensée qu’on n’ait été tenté d’expliquer par l’électricité.

Mais d’abord l’admission de cet agent, de l’aveu même des physiciens, est encore hypothétique, et il est fort difficile de décider s’il est effet ou s’il est cause. Ensuite il est remarquable que cette influence qu’il a sur les organes, cesse quelque temps après la mort des animaux â sang chaud. Gela rappelle que la vie ne s’éteint pas tout âcoup, mais qu’elle anime encore isolément les tissus quelque temps après la mort générale. Or l’é-

îeotrîcitë excite des contractions et clos actions d’organes, tant que la vitalité n’est pas complètement éteinte* mais elle n’est pas le seul agent qui produise cet effet; les acides, les autres irritans physiques et chimiques le déterminent aussi; et cependant ils ne contiennent pas en eux-mèmes le principe de la vitalité'. Quant à quelques autres influences électro-magnétiques sur les organes du cadavre, telles que la transsudation facilitée par l’électricité, il est évident que cela est si éloigné de l’exhalation observée pendant la vie, qu’il n’y a pas de parité à pouvoir établir.

Il est donc permis de ne voir encore dans l’électricité qu’un stimulant de faction vitale, mais plus vaste, plus puissant, pénétrant plus profondément que tout autre dans les parties, et de là décidant la manifestation de phénomènes que d’autres excitans seraient moins aptes à produire. Cette opinion est devenue presque une certitude depuis que M. Person a démontré que les nerfs ne sont pas meilleurs conducteurs de l’électricité que les muscles ou les vaisseaux.

Ainsi, puisons dans la physique les faits d’application rigoureuse, analysons avec conscience ceux qui bien que douteux , paraissent expliquer plus que nous ne savons; redoutons la prévention qui fait rejeter la vérité; mais n’adoptons pas en enthousiastes les hypothèses brillantes et erronées, et surtout n’a jouions qu’une confiance médiocre à ces faits merveilleux où l’on dit avoir vu un ainal-

game d’argent et de zinc remplacer le cerveau et la moelle allongée.

2°. Des considérations du même genre sont applicables à la chimie ; les services qu’elle a rendus sont immenses; l’analyse des boissons rapprochée de celle de l’urine; la promptitude avec laquelle les chimistes ont retrouvé dans cette urine , les fluides déposés , soit sur la peau dénudée, soit dans les cavités intérieures ou dans les voies digestives; l’analyse du sang comparée à celle des muscles , et qui y fait retrouver la librine l’un des élémens de ceux-ci; l’analogie que la chimie a démontrée entre la composition du chyle et celle du sang; l’appréciation des cliangemens survenus dans l’air expiré, rapprochés des matériaux constituans de l’air inspiré; les phénomènes de la combustion comparés à ceux de la respiration, etc. ; voici quelques-uns des innombrables documens que les sciences chimiques fournissent au physiologiste; mais, dans l’état actuel de la science, elles n’ont pas tout appris; il y a, dans les compositions organiques, un inconnu que nous cherchons encore en vain, et que nous ne sommes peut-être pas sur le point de trouver : or cet inconnu est ce qu’on appelle la vie; et cette vitalité n’est pas beaucoup plus obscure pour le physiologiste, que ne l’est l’attraction pour le physicien , l’affinité pour le chimiste, le mouvement lui-même pour le mécanicien.

U suit de ces considérations que toutes les

sources précédemment indiquées, sont d’un grand prix; que l’une d’elles isolément considérée, ne conduirait qu’à des erreurs ou à des connaissances incomplètes,* que la bonne physiologie se fonde sur l’ensemble de ces connaissances; que plus on accumule de preuves puisées dans des sources variées sur une question , et plus celle-ci est résolue avec certitude; qu’il appartient à un bon esprit de comparer les faits les uns aux autres, de ne se passionner pour aucun , d’en peser judicieusement la valeur, et de déduire de leur ensemble des conséquences rigoureuses. Ailleurs que dans cette méthode sévère, on ne trouve qu’obscurité, erreur et confusion.

§. IV. — Classification des faits qui constituent la Physiologie.

Présenter le tableau des classifications nombreuses que Ton a successivement suivies, serait faire des frais d’érudition inutiles; s’il s’agissait d’un cours, il faudrait présenter l’historique de ces classifications , que d’ailleurs on retrouve partout : mais il n’est question ici que d’épreuves de concours, et vingt pages consacrées à discuter ces méthodes successives, ne feraient pas mieux juger la marche qui me semble être la plus convenable. Je vais donc exposer immédiatement les bases de cette méthode, que j’ai esquissées, il y a

douze ans, dans le Dictionnaire des Sciences médicales.

Des considérations sur le degré de simplicité des fondions, la manière plus ou moins generale, plus ou moins circonscrite , dont elles sont répandues soit dans les diverses classes végétales ou animales, soit dans les parties du corps de l’homme ; l’ordre de leur apparition chez le fœtus, l’enfant et l’adulte, sont les hases principales du cadre que je me suis tracé.

L’étude des instrumens de la vie dans les differentes classes d’animaux et de végétaux nous montre d’abord une grande simplicité d’organisation, puis une composition successivement croissante , et enfin des appareils compliqués. L’organisme se réduit ici à une absorption de matière nutritive ou de gaz atmosphérique; à des actes de circulation entre des molécules vivantes ou dans des vaisseaux; à des phénomènes d’exhalation et souvent de dégagement de chaleur.

L’embryon ne paraît être aussi dans le principe, qu’une masse organisée où la vitalité se borne à ces actions simples et primitives. Les membranes accidentelles semblent n’avoir d’abord

que ces premiers rudimens d’organisme.

Ces actions obscures, moléculaires, se retrouvent aussi dans tous les organes du corps de l’homme, et les viscères mêmes qui sont chargés de fonctions compliquées, jouissent encore de ces actes élémentaires, sans lesquels il ne peut y avoir de vie.

C’est principalement dans ces phénomènes obscurs que les explications hypothétiques se sont succédé : c’est là qu’il est surtout difficile de ne point admettre une influence cachée , ignorée dans son essence ? espèce dàx algébrique^ que nous considérons comme un inconnu, et que nous appelons la vie : il s’y passe des phénomènes de sensibilité bornés aux parties où ces actions ont lieu , ou du moins qui ne se transmettent point à un centre unique • il s’y opère des mouvemens moléculaires qui paraissent le résultat des rapports immédiats de la substance organique avec ses excitans, et l’on y observe des transformations de matière dont la chimie n’a point encore expliqué le secret. Or , ces phénomènes-là, dont la cause supposée a été individualisée par les physiologistes, sous les noms de propriétés ou de forces vitales, de sensibilité organique , de contractilité organique insensible, d’affinité vitale, etc. ; se retrouvent seuls dans les actions que nous venons d’énumérer, et qui commencent pour nous l’étude de la physiologie.

Absorption , circulation capillaire , nutrition , exhalation , calorification, tel est l’ordre qui paraît être le plus naturel pour étudier ces actions élémentaires, puisque les dernières d’entr’elies paraissent être la suite naturelle des premières. Ces actions n’ont d'autre organe que l’économie entière; et si quelques parties en sont chargées à un plus haut degré que d’autres, comme les pou-

nions pour le dégagement du calorique, ce n’est cependant pas d’une manière exclusive.

Mais ces actions avant leur siège dans les tissus fondamentaux, se réunissent, se combinent pour former les* fonctions dont les appareils sont chargés. Le mouvement cesse d’ètre une hypothèse plausible ; des fibres charnues deviennent manifestes et se livrent à d’énergiques contractions. L’action du cœur ou de gros vaisseaux qui en tiennent lieu, vient se joindre aux actes que les animaux les plus simples présentaient d’abord : des canaux afïérens et elférens viennent ensuite compliquer cet organisme ; le développement des artères et des veines suit encore dans les productions accidentelles les actions obscures qui s’v passaient d’abord; il en arrive autant pour l’embryon, et les organes, à mesure qu’ils deviennent plus composés, ont une circulation plus compliquée. Or, l’histoire de cette grande fonction de circulation doit, d’après l’ordre successif du développement des fonctions , suivre l’étude des actions élémentaires.

Chez les animaux les plus simples il y a sans doute une respiration, mais les organes en sont inconnus. A mesure que ces êtres s’élèvent dans la série, cette fonction se complique; l’embryon est long-temps sans respiration véritable. La plupart des organes des adultes ne sont point chargés de fonctions respiratoires; celle-ci est donc plus spécialisée que la circulation à laquelle elle est pour ainsi dire annexée. Aussi la respiration ne

doit-elle être étudiée ( ju'iin média temcnt après la grande circulation.

Une grande partie des êtres organisés , les végétaux , n’ont point de digestion proprement dite; cette fonction est l’attribut de l’animalité, mais elle ne se manifeste point dans les premiers temps de l’existence ; elle ne s’exécute pas dans l’embryon et ne commence qu’à la naissance. Elle peut se suspendre pendant un temps assez considérable ; ses organes sont tout-à-fait spéciaux , limités; les actions nombreuses et variées de ceux-ci exigent l’accomplissement actuel de toutes les autres fonctions nutritives. C’est donc la digestion qui, de toutes celles-ci, doit être étudiée la dernière.

Quant au nom collectif destiné à réunir les fonctions de nutrition , le mot ensemble me paraît préférable à celui de vie y parce qu’il ne préjuge rien et qu’il ne tend pas à faire considérer dans l’homme deux existences indépendantes l’ime de l’autre.

Des considérations générales sur le système nerveux , soit ganglionaire , soit cérébral , semblent devoir terminer l’histoire de ces actions nutritives , car c’est lui qui établit des relations entre les organes assimilateurs et ceux qui nous restent à passer en revue.

Mais bientôt dans la série des êtres organisés et peut-être dans tous ceux où existe une cavité digestive, des sensations sont éprouvées par les organes et rapportées à un centre commua. Ce n’est

plus seulement une sensibilité moléculaire profonde qui se manifeste, mais bien un sentiment avec conscience. il en est ainsi pour l’embryon qui d’abord paraît en être privé, et qui plus tard doit aussi en éprouver. Ces sensations diffèrent entre elles et se prêtent à des divisions naturelles. Les unes se rapportent d’abord aux fonctions nutritives et n’ont point un siège fixe et déterminé. Presque toutes les parties en sont naturellement ou accidentellement le siège; telles sont les sensations internes générales. Ici se retrouvent le sentiment du bienêtre de l’existence et les douleurs dont le caractère est si variable et le nombre si grand.

Ailleurs les sensations se localisent , elles se circonscrivent, et se fixant dans des parties déterminées, devenant tout-à-fait spéciales, elles se réunissent à de grandes fonctions , et apprennent à l’être qui en est doué que l’accomplissement de celles-ci est indispensable à son existence • à la respiration se rattachent les besoins de l’inspiration , de l’expiration , etc. ; à la digestion , ceux de la laim , de la soif, etc.

Des sensations en rapport avec les objets extérieurs apparaissent ensuite; elles sont d’abord réduites à un simple tact général, puis elles se localisent, et cela, soit chez les animaux qui s’élèvent dans l’écbelle, soit chez le foetus qui vient de respirer, soit enfin dans quelques organes de l’adulte. La palpation est de toutes ces sensations spéciales celle qui est la moins circonscrite ; mais enfui elle est déjà limitée à des parties qui peu-

vent environner un corps par un grand nombre de points ; viennent ensuite : le goût, qui a besoin du contact des saveurs; l’odorat, qui juge des vapeurs; l’ouïe, qui apprécie les vibrations des corps élastiques; et la vue, qui juge de la présence du fluide le plus subtil de la nature. Ces sensations sont présentées ici dans l’ordre de complication de leurs appareils, et d’après le degré de ténuité de plus en plus grand des corps sur lesquels elles s’exercent : leur étude doit être suivie de celle de la transmission du sentiment par les nerfs.

Quel que soit le système de métaphysique adopté, toujours est-il que l’étude des sensations devait précéder celle de l’intelligence, car si les premières ne sont pas les bases uniques de celle-ci , elles lui fournissent au moins d’immenses matériaux. Entrer dans des détails sur la manière dont ce vaste sujet peut être considéré., me ferait sortir du cadre resserré où il est convenable de se circonscrire.

L'action de transmission de l’influence que les centres nerveux exercent sur les muscles doit être alors étudiée.

L’histoire des mouvemens vient ensuite. D’a-

bord on aura à s’occuper : de la contraction musculaire en général , se présentant partout avec des caractères communs; de leur action sur les os, de la théorie des léviers, etc. , on représentera les puissances locomotrices exécutant des mouvemens très variés et concourant; à des actes généraux (mouvement musculaire en général, station , pro-

gression, etc.), et déterminant d’autres fois des séries de motions qui se rattachent à un but fixe efc déterminé , presque toujours liées à quelques-unes des autres fonctions (action d’inspiration et d’expiration, préhension, mastication, etc. , mouvemens nécessaires pour que les organes des sens exécutent leur action, etc.). A cette dernière série de mouvemens on pourrait rattacher la voix et la parole ; mais il y a ici autre chose à étudier que des phénomènes locomoteurs , et l’examen des questions débattues sur ce sujet, exige de le traiter séparément.

Les sensations , l’action nerveuse de transmission, l’intellection , les mouvemens, la voix et la parole , peuvent être réunis dans une même série , avantageusement désignée sous le nom cV ensemble de relation. Cette expression abrégée, qui exprime le but de ces actes organiques, est préférable au mot de vie animale , consacré par Bichat, qui désignait sous ce nom une classe d’actes vitaux dont fait partie l’intelligence de l’homme.

Ce mot ensemble a aussi l’avantage de s’appliquer à la troisième série de fonctions , à celle qui comprend les actes générateurs. Les uns , précédant la fécondation , sont propres à l’homme ou exclusifs a la femme ; les autres, communs aux deux sexes, se rapportent à l’animation du nouvel être; d’autres encore appartiennent au fœtus luimême; et les derniers enfin , établissent les rapports de la mère à l’enfant ( gestation, accouchement, lactation ).

C’est après avoir passé en revue l’histoire de toutes les fonctions qu’il est convenable de parler de leur état dans les différentes circonstances où l’homme peut se trouver placé; dans la veille et dans le sommeil , dans les sexes, dans les#tempéramens, dans les climats divers ; d’en suivre les développemens dans les âges , et d’étudier leur terminaison par la mort, suivie elle-même de la putréfaction.

Alors seulement connaissant l’homme, on pourra le comparer aux autres êtres de la nature. En reculant ainsi le parallèle entre les corps bruts et les êtres organisés, entre les végétaux et les animaux , on perd , il est vrai , l’occasion de faire quelques leçons brillantes dans les commencemens d’un cours, maison y gagne l’avantage inappréciable de se faire mieux comprendre par les élèves qui commencent.

C'est alors aussi qu’on peut s’élever à des considérations générales sur les lois qui président â la vie , sur la vie elle-même, sur les forces qu’il faut bien y admettre , puisqu’on ne trouve point une explication meilleure des phénomènes de l’organisation; l’élève comprendra alors les vues élevées qu’on lui présentera ^ et qu’auparavant il ne pouvait saisir.

L’histoire de la science complétera le cours ; elle était déplacée dans les premières leçons : Car comment présenter aux étudians un tableau des découvertes des différens âges, quand les faits qui s’y rapportent leur sont encore inconnus?

Je ne rechercherai point s’il y a beaucoup de neuf dans la classification precedente; je suis peu sensible au reproche de n’en point dire, mais je tiens dans un cours à être clair et méthodique. J’insisterai seulement ici sur les considérations d’utilité qui m’ont fait depuis long-temps adopter la marche précédente.

D’abord , il me semble que cette classiiication rapproche les actions du même genre et éloigne celles qui sont le plus dissemblables ; ensuite elle « présente cet avantage, qu’elle permet de suivre, ainsi que le font le naturaliste et l’embryologiste, l’organisation depuis ses rudimens les plus simples jusqu’à sa complication la plus élevée ; de plus , elle fait passer du simple au composé, du connu à l’inconnu. On peut étudier l’absorption , la circulation capillaire, l’exhalation , sans connaître la digestion , car il est des êtres qui n’ont d’autres fonctions qu’une absorption, une circulation et une nutrition , et des sécrétions de liquides ; mais il est impossible de se faire une juste idée de la digestion , sans avoir quelques données sur l’inhalation, surle cours du sang dans les petits vaisseaux, et sur l’action exhalante, puisqu’il y a dans la fonction digestive des phénomènes d’absorption (absorption des boissons et du chyle), de circulation capillaire (rougeur de la membrane muqueuse par suite de l’abord des aliincns) et d’exhalation ou de sécrétion (perspiration gastrique , formation de mucus, de la salive, de la bile , etc. ).. Les mêmes considérations sont appli-

cables aux fonctions des deux derniers ensembles .

Toutefois, ici > comme dans toute autre classification, se présentent des inconvéniens, et je ne chercherai point à les dissimuler : c’en est un re'el de séparer la circulation capillaire de l'histoire de la grande circulation, puisque celle-ci est considérée, par une foule d’auteurs, depuis Harvey, comme une dépendance de celle-là. Mais, sans entrer dans l’examen de cette importante question , qui me conduirait trop loin, je chercherai à justifier la séparation que j’établis, en disant : que chez une foule d’êtres qui n’ont point de cœur, il existe une circulation capillaire; que les vaisseaux chez l’embryon paraissent avant les centres circulatoires; que les productions accidentelles ont des vascularités qui ne communiquent point toujours avec les organes centraux ; que si l’on avait à étudier cette circulation élémentaire, il faudrait bien le faire indépendamment de l’état du cœur; que pour mettre l’élève à portée de comprendre l’histoire de la circulation capillaire, il suffira de lui dire qu’en arrivant aux petits vaisseaux, le sang éprouve une impulsion saccadée de vis a tergo ; et qu'en sortant de ceux-ci , le fluide sanguin pénètre dans un ordre de canaux appelés veines, où il marche dans un sens opposé à celui qu’il suivait dans les artères : d’ailleurs, la grande question de l’influence du cœur sur les capillaires, ne sera que plus éclairée par celte séparation, puisque, considérant, par hypothèse , ces deux actions comme isolées, on aura plus tard , en

traitant des influences de fonctions sur fonctions , l’occasion d’en rechercher les rapports mutuels ( pag. 483 ).

Au premier abord il ne parait pas non plus convenable d’étudier la calorification avant la respiration, puisque la seconde fournit des matériaux à la première • mais ce n’est pas dans le poumon que la chaleur vitale est exclusivement dégagée, c’est aussi dans le parenchyme des organes et pendant que la circulation capillaire et l’acte nutritif s’opèrent. Le sang étant étudié à l’occasion de ces premières actions, l’exhalation et la nutrition étant d’ailleurs connues, on possède quelques-uns des principaux documens pour apprécier le phénomène du dégagement de la chaleur, et pour juger des moyens qu’a l’économie de résister à une température élevée. Les autres points de l’histoire de la calorification se retrouvent clans l'étude des influences que la respiration, la digestion et le système nerveux exercent sur celte action vitale

(pag. 483).

Un autre inconvénient semblerait être attaché à la méthode que j’adopte : c’est d’éloigner des grandes fonctions nutritives certains actes sensoriaux et locomoteurs pour les reporter aux fonctions de relation • mais il y a tout avantage à établir ces divisions: ce n’est pas la faim ou la soif qui font connaître la digestion ; la préhension des ali mens, leur mastication, ne sont que des actions mécaniques qui exigent la connaissance soit de l’action musculaire , soit des leviers , et qui ne peu-

vent être comprises qu’après l’élude des phénomènes dont les muscles et les os sont chargés. On peut en dire autant des besoins de la respiration , des mouvemens du thorax et des muscles inspirateurs. L’étude de toutes ces actions sera d’autant plus avantageusement reculée, qu’arrivé à la partie du cours où l’on s’en occupera , on aura parlé des usages des nerfs, et de leur action sur les organes locomoteurs.

Pour compléter l’esquisse de ce cadre physiologique, il est bon d’établir la manière dont chaque action ou chaque fonction pourrait être étudiée.

§. Y. — De la Marche a suivre dans l’exposition DE CHAQUE PONCTION.

Dans l’exposé de chaque action ou fonction, l’ordre suivant paraît convenable :

io. La définition concise et surtout intelligible du phénomène dont on va traiter ;

a0. Les matériaux de la fonction, c’est-à-dire les considérations anatomiques en rapport avec elle, et la connaissance des liquides ou des fluides sur lesquels elle s’exerce, ou qui en sont le résultat. Toutefois l’anatomie des organes, dans un cours de physiologie, ne sera point un simple préambule, souvent incomplet, rappelant quelquefois des choses indifférentes, et négligeant certains détails propres à faire mieux concevoir les phénomènes qu’on veut étudier. Supposant (comme cela doit être ) que Télève possède des connaissances

anatomiques , et d’ailleurs présentant toujours a ses yeux, pendant la leçon, les organes naturels ou figurés, sur lesquels la fonction s’exerce, on fixerait ainsi son attention, et on décrirait seulement les points importons de structure, à l’occasion de l’action dont ils éclairciraient le mécanisme. Exemple : Pénétration de l’air dans la trachée; examen anatomique des bronches et de leurs cavités ; passage du sang des artères dans les veines ; étude de ce que l’on sait sur leurs communications, etc.

3°. Les faits avérés que la science possède sur le sujet traité. Il faudrait en décrire avec soin les détails; être réservé sur le jugement qu’on en porterait, et chercher à apprécier leur valeur comparée.

4°. Discuter les explications proposées; ne s’attacher qu’à celles qui ont quelque importance; indiquer à peine ces questions oiseuses qui embarrassent la mémoire des élèves sans leur rien apprendre, et qui 11e leur donnent qu’un faux savoir; ne pas craindre d’aborder les points de discussion difficiles, mais seulement quand le pathologiste pourra tirer quelque parti delà solution des questions.

5°. Les usages de la fonction.

Go. Scs modifications dans les différons âges, dans les divers individus, etc.

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