CELLE DE LA PHYSIOLOGIE EN PARTICULIER
§ P'. Division des êtres naturels, et des sciences qui en traitent.
L’observateur qui jette un coup d’œil général sur l’immense série de corps dont se compose le système de l’univers, ne tarde pas à s’apercevoir que si ces corps se ressemblent par un certain nombre de propriétés générales , de caractères communs , il est aussi une foule de rapports sous lesquels ils diffèrent notablement les uns des autres.
Frappés de ces analogies et de ces dissemblances, les naturalistes ont essayé de soumettre les différents corps à une classification méthodique. Mais, avant de traiter ensuite des phénomènes qui s’opèrent dans chaque classe de corps, ils ont commencé par exposer les lois générales ou ce qui est la même chose, du moins dans le langage jusqu’ici adopté, les forces générales de la nature, telles que Vattraction ou la pesanteur, Vaffinité, \e calorique, la lumière, V électro-magnétisme (on a aussi désigné ces trois derniers agents sous le nom de corps impondéraLes), et ils ont compris dans cette exposition l’étude de Vétendue eX du mouvement en général (i).
(iJ Eléments des sciences
naturelles, fST'M. Duméril, t. i", p. a, et
Ces connaissances, en quelque sorte préliminaires, étant acquises, ils ont abordé l’histoire des êtres naturels.
La classification fondamentale que les naturalistes ont établie eslla division de ces êtres en cotçibmls ou anorganiques et en corps vivants ou organisés ; ces derniers oitt été"ensuite partagés en deux ordres sous les noms de végétaux et d’animaux.
La science qui s’occupe de l’étude des lois ou forces générales de la nature, est connue sous le nom Aephysique générale ; celles qui traitent du mouvement, de l’étendue, de la quantité, double propriété qui a été, peut-être à tort, confondue avec les forces générales de la nature, ont reçu le nom de sciences mathématiques et mécaniques.
L’astronomie , la minéralogie , la'chimie, etc., telles sont lés sciences qui ont pour sujet la connaissance des corps bruts ou inorganiques. Quant à la connaissance des êtres vivants ou organisés, elle est l’objet des sciences désignées sous les noms d’anatomie et de physiologie : l’une de ces sciences (l’anatomie) traite de l’organisation, abstraction faite de ses manifestations d’activité, ou de Y organisation en repos; l’autre (la physiologie) s’occupe des manifestations d’activité, des phénomènes de l’organisation ou de l’organisation en action, e«/wo«vemeKt (i).Chacunedeces sciences doit être étudiée sous un double point de vue : i° à l’état sain ou normal, 2“ à l’état morbide ou anormal, \3aart ou une sciencepropreapourobjet de ramener à leurs conditions normales lesorganes et les fonctions qui s’en sont écartés, c’est la thérapeutique; et l’on peut dire du thérapeutiste qui voudrait exercer son art, sans connaître la structure et les fonctions des machines vivantes,
(i) Il suit de là que l’e'tnde de l’anatomie , à parler rigoureusement, est inséparable de celle de la physiologie; et c’est avec autant de raison que de bonheur que le célèbre Haller appejait celle-ci l'anatomie vivante {anatome animata). Le physiologiste de Berne a dit ailleurs : « Qui physiologiam ab » anatomià avellere sludnerunt, ii certe mihi videntur cum malhcmaticis » posse comparari qui machinæ alicujus vires et functiones calcnlo expri- » mere suscipiunt, cujus neque rotas cognitas habent, neque tympana , » neque mensuras, neque materiem. [Elem. physiol., preef ., pag, 5. ) a
qu’il ressemblerait en partie à un mécanicien qui se mêlerait de remédier aux altérations et aux dérangements d’un instrument quelconque, sans connaître auparavant et l’organisation et le jeu de cet instrument.
Telle est l’idée la plus générale de l’ensemble de l’arbre des sciences naturelles (i).
La physiologie générale, dont la physiologie humaine, objet de ce concours , n’est qu’une branche, a reçu des auteurs allemands le nom de biologie. Elle se divise en physiologie végétale (botanique, physique médicale, philobie, etc. ), et en physiologie animale (zoonomie , loobie, etc. )
Cette dernière, enfin , comprend la physiologie comparée et la physiologie humaine dont nous devons nous occuper plus spécialement.
Maintenant que nous avons une idée générale des corps naturels et des .sciences dont ils constituent le sujet, il convient, avant de pénétrer dans la question sur laquelle doit rouler plus spécialement cette dissertation , d’examiner quelle est la méthode que l’on doit suivre dans la recherche des phénomènes naturels en général, et des phénomènes physiologiques en particulier} quel est, en d’autres termes, l’instrument dont il faut se servir, pour élever sur une base solide, l’édifice d’une science naturelle quelconque.
§ II. De la méthode expérimentale et rationnelle. Idée de Vanalyse et de la synthèse.
Des sens et une intelligence, l’observation et le raisonueinent, pour parler le langage ordinaire, tel est le double instrument, le double procédé au moyen duquel nous acquérons toutes les connaissances qui sont du ressort de l’histoire
(i) Descartes voulant ordonner entre elles les différentes cunnaissances liumaiues, les partage en trois grandes calhégories (ju’il compare aux trois parties d’un arbre : les sciences préliminaires ou de la première cathégorie ( mathématiques, mécanique, logique, etc. ), sont les racines de l’arbre j les sciences naturelles en constituent le tronc, et les sciences d’application, ou les arts, en représentent les branches.
naturelle. C’est à tort que l’on voudrait attribuer aux Galilée, aux Bacon, aux Newton , l’honneur d’avoir donné le jour à la méthode dont il s’agit ici, et qui porte le nom de méthode expérimentale et rationnelle : elle est, pour ainsi dire, contemporaine de l’esprit humain lui-même j elle est née avec lui ; elle n’est réellement autre chose que cet esprit humain lui-même, appliqué à l’étude des corps et de leurs phénomènes. Considérons successivement chacun des deux éléments dont cette méthode se compose.
1 “ De r observation (i). Elle constitue cette partie de l’instrument, au moyen de laquelle nous recueillons les matériaux scientifiques; c’est l’application médiate ou immédiate de nos sens à la recherche des corps, de leurs propriétés et de leurs phénomènes ( 2 ). On pourrait, en style métaphorique , l’appeler le flambeau de l’esprit humain.
Nous venons de dire que nos sens pouvaient s’appliquer immédiatement ou médialement aux objets; le premier cas constitue l’observation simple ou naturelle, le second l’observation artificielle, ou secondée de l’usage d’instruments construits par les mains de l’art. Nos sens n’ayant qu’une portée et une énergie bornées, on conçoit tous les avantages qu’ils peuvent retirer de l’emploi d’instruments qui grossissent ou rapprochent les objets; l’effet en est le même que si leur propre énergie était augmentée.
Pour ne parler ici que des instruments inventés pour seconder le sens de l’œil, que de phénomènes le microscope ne nous
(t) J’omets à dessein de parler ici du mode d’observation qu’on a de'si- Bné récemment sous le nom de conscience ou d’observation intérieure, attendu que les faits recueillis par ce genre d’observation sont du ressort spécial de la science qu’on appelle métaphysique ou psychologie.
(a) Nos sens, comme on le sait, sont tantôt passifs et tantôt actifs, en tant qu’instruments de nos sensations. Ils sont passifs quand ils nous procurent des sensations , sans que Vattention les ait, pour ainsi dire, dirigés et comme transportés vers les objets de ces sensations ; ils sont actifs dans le cas contraire. L’observation active, volontaire, motivée, augmente la force de l’instrument observateur; elle le tend en quelque sorte, et do là ce précepte d'être attentifs et patients que l’on recommande à tous ceux qui te consacrent à la pénible carrière de l’observation.
a-t-il pas révélés, qui se fussent éternellement dérobés à la simpleinspection ! Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir les recherches ihicroscopiques des Spallanzani, des Fontana, etc., parmi les anciens observateurs ; et celles de MM. Prévost et Dumas, Home, Dutrochet, Raspail, Bauer, Schulz, etc., etc., parmi les modernes. Que de secours l’astronomie, de son côté , n'a-t-elle pas retirés de l’usage du télescope ! Toutefois, l’emploi des instruments d’observation , et celui du microscope en particulier, exige de l’habileté et des précautions, si l’on veut éviter toute espèce d’erreurs. C’est sur-tout aux expériences microscopiques, qu’il est bon d’appliquer ce sage précepte d’un illustre observateur : « Est in his omnibus » experimentis lex, cujus negleclæ pænas maximi aliquando » viri luerunt. Nullum unquam experimentum, administra- » tio nulla, semel debet institui j nequeverum innotescit, » nisi ex constante repetitorum periculorum eventu. Plurima » sunt aliéna , quæ se in expérimenta immiscent : discedunt » ea in repetendo , ideo quia aliéna sunt, et pura supersunt, » quæ ideo perpetuo similiter eveniunt, quod ex ipsa rei » natura fluant. » (Haller, Elementa pôysio/og/os, præf., pag. 5. )
Les objets qu’il s’agit d’observer n’étant pas toujours placés immédiatement sous nos sens, il est évident que pour les rendre accessibles à ces agents d’observation, il faut imaginer, inventer des procédés par lesquels nous puissions lever, pour ainsi dire, le voile sous lequel se cachent ces objets. Or, ces procédés portent en général le nom d’expériences.
Au reste, les expériences ont quelquefois un but different de celui que nous venons d’indiquer. Quand, par exemple, on met à nu le cœur d’un animal pour en observer les battements, on remplit le but déjà indiqué; mais c’est un but tout différent que se propose l’expérimentateur , lorsqu’il enlève , par exemple, une portion des centres nerveux ; en effet, par cette expérience, il espère, déterminer la fonction de la partie enlevée en lui rapportant les actes dont il aura privé l’animal par suite de son ablation. Dans les cas de ce dernier genre, où l’observation proprement dite ne saurait nous éclairer sur le mécanisme de l’objet ou de l’organe dont il s’agit de dé-
couvrir l’aclion ou les usages, il n’est réellement d’autre source de lumières que les expériences. Or, les cas de cette espèce abondent en physiologie. Dans les expériences qu'on appelle des vivisections, ce n’est qu’en plaçant les organes dans des conditions anormales, que nous parvenons à découvrir ou à constater certains faits. Or, comme plusieurs maladies consistent précisément en des conditions anormales analogues à celles que nous produisons par nos vivisections, il ne faut pas s’étonner si, jusqu’à un certain point, la pathologie est une des principales lumières de la physiologie j en réalité, les maladies qui consistent en des lésions appréciables de nos organes, ne sont autre chose que des expériences, et, pour ainsi dire, des vivisections naturelles. Aussi, c’est avec beaucoup de raison que , dans sa dissertation inaugurale, l’un des observateurs les plus distingués de notre époque, M. Lallemand, a dit que l’étude des maladies de l’encéphale ne serait pas moins utile à la détermination des fonctions de ces organes que les vivisections elles-mêmes (i). Cette vérité n’avait point échappé à la sagacité profonde de Haller, comme le prouve le passage suivant de la préface de sa grande physiologie : « Sed et morbosorum cadavenim incisorum plurima commoda sunt. Sit fimctio citicumque corporis parti vulgo adscripta , velis que rescire, num vere id ejus officium sit , quod credilur : non certius definies , quant incisis corporibus , in quibus ea pars vitiata erit. S i ea funetîo superfuit , cum id organum vilio laboravü , non est ejus , quœ dicebatur, utilitas. Sisublata fuit in eo corporefunctio cujusparticula , de qud quœritur , vitiata fuit , valde erit vero proximum,hancfuisseejuspartis functionem, quœ sublata fuil{p. iv). Ce qui vient d’être dit des maladies en général, s’applique plus rigoureusement en'core à celles qu’on appelle chirurgicales , qu’à celles qui portent le nom de médicales.
(i) L’hisloire des monslruosile's, quelle que soit leur vdrilable origine (par exemple, un arrêt ou un excès de développement, comme tout le monde le répète) , cette histoire dis je, constituant une branche importante de la pathologie, on conçoit, d’après ce que nous venons de dire, comment elle concourt aux progrès de la physiologie.
Quoi qu’il en soit,on voit que dans V expérimentation, l’esprit est loin d’étre absolu men t passif, puisque l’idée même des expériences part pour ainsi dire de lui, qu’il les dirige en quelque sorte; dans la plus simple observation elle-même, pourvu qu’elle soit attentive, il y a intervention de l’esprit (i).
Sous plusieurs rapports, l’expérimentation pourrait être considérée comme le supplément de l’observation. On sait les immenses et rapides progrès que la physique et la chimie des corps inorganiques ont faits depuis que l’expérimentation est appliquée dans toute sa plénitude à leur étude. La physiologie lui doit aussi de nombreuses et importantes découvertes, et j’avoue que je ne puis comprendre les reproches dont son introduction dans le domaine de cette science a été l’objet. Pourquoi faut-il que le temps de semblables reproches ne soit pas encore passé sans retour? Pourquoi faut-il aussi que des hommes aussi recommandables par l’étendue de leurs con. naissances que par les qualités de leur caractère , s’imaginent que l’expérimentation exclut l’intervention des opérations de l’esprit (a) ?
(i) Je me sers des mots esprits, raison, intelligence, en y attachant le sens généralement reçu , et négligeant d’aillenrs ici les conditions organiques, sans lesquelles ces facultés ne sauraient s’exercer ou se manifester. J’aurai occasion de m’occuper de ce dernier point dans le courant de cette dissertation.
(a) Ce n’est pas sans la plus vive surprise et même sans quelque peine, que dans une préface très récente qui contient, d’aillenrs, d’excellentes idées , j’ai lu le passage suivant : « Depuis la fin du dernier siècle, la physiologie émit ploie exclusivementle même moyen de recherches à la solution des ques- >1 tions les plus disparates, et paraît n’en plus connaître d’autres que les » expérimentations. Le laboratoire de ses études ressemble moins au cabi- » net d’un homme méditatif, qu’à un lieu de meurtre et de carnage, oCi Il retentissent sans cesse les plaintes et les cris des bêtes expirant au milieu » d’affreuses tortures. Sourde à leurs douleurs, la physiologie contemple » volontiers, en riant, l'horreur de leurs mouvements et les angoisses de » leurs souffrances ; et puis, s’extasiant sur les difficultés et les obstacles B vaincus, et comparant particulièrement les peines et les fatigues corpo- « relies de l’expérimentateur au travail du penseur dans son cabinet, elle 1) place, sans hésiter, les œuvres manuelles de l’homme qui expérimente B au-dessus des opérations toutes intellectuelles de l’homme qui réfléchit,
Ce n’est pas seulement en physiologie que les expériences de toute espèce sont nécessaires , elles sont également indispensables dans l’anatomie elle-même. A quoi se réduii-ait, par exemple, cette partie fondamentale de toutes les connaisrances médicales, si l’on retranchait du nombre des moyens employés à son étude, les injections, l’insufflation, la macésaiion, l’action des réactifs chimiques, et tous les autres modes d’expérimentation que MM. Duméril et Marjolin ont décrits avec tant de soin ?La dissection elle-même, cette analyse mécanique des organes, qu’est-elle , sinon un procédé expérimental (car il ne faut pas s’imaginer que l’expérimentation dans les sciences physiologiques, consiste uniquement à tuer ou du moins à torturer les animaux )?
Maintenant que nous avons une idée suffisante du rôle que joue l’observation et des moyens dont elle emprunte le secours, savoir : les instruments et les expériences , tâchons
U et elle est conse'qaente avec elle-même ; car autant elle est active de ses » mains, autant elle est peu raisonneuse de son esprit. »
Dans doute, il est des faits que l’on peut de'couvrir en me'ditant, et sur tout en observant dans son cabinet, ne fussentque les faits qu’on appelle de contuience ou à'observalion inlMeure. On peut aussi, dans sou cabinet, rapprocher les faits connus, découvrir entre eux certains rapports, les réunir eu un corps de science plus ou moins complet. Mais si l’on veut savoir quelle influence exerce la huitième paire de nerfs sur la respiration, la moelle épinière sur les battements du cœur, les veines sur l’absorption, le cervelet sur les fonctions locomotrices oasur la génération, etc., etc. , il n’est guère permis d’espérer qu’on parviendra à découvrir cette influence en lestant dans son cabinet, les bras croisés et l’esprit tendu. Mieux vaut alors décroiser ses bras, aller dans un amphitéâtre, multiplier et varier les expériences, comme l’ont pratiqué MM. Dupuytren, Legallois, Magendie, Rolaudo, Flourens , etc.
L'ue autorité qu’on ne saurait citer trop souvent, Haller, qu’on n’accusera point, sans doute, d’un penchant à la cruauté, lui qui n’avait jamais eu le courage de porter sur l’homme le tranchant du fer chirurgical, Haller a dit : a Viva animalia incidisse necesse est. ITnicum sœpè experimentum U iniegrorum annorum laborlosa fîgmenta refutavit. Hæc crudelitas ad ve- » ram pbysiologlam plus coutuUt, quam omnes fere aliæ artes, quarum » conspirante opéra, nostra scientia convaluit. »
de préciser celui que remplit le secoud élément de la méthqde expérimentale et rationnelle.
'1.° Duraisonnemenl. Ainsi que dans la construction d’un édifice, il ne suffit pas de rassembler des raatérianx; , mais qu’il faut les travailler , les disposer avec ordre et conformément à certaines lois que nous enseigne l’architecture; de même clest peu d’avoir recueilli des faits et des idées, soit de corps , soit de phénomènes , il faut en quelque sorte, travailler ces matériaux bruts destinés à la construction de l’édifice scientifique , les comparer , les rapprocher, les superposer, les mesurer, en rechercher enfin les rapports et les différences; il fautles généraliser,les formuler, les résumer en quelque sorte, ou les ramener à faits-principes , à des W^es-mêres, les classer enfin , c’est-à-dire en former autant d’ordres ou de groupes distincts, qu’ils offrent dedifférences fondamentales , et en ayant soin de ne placer dans chacun de ces ordres que des choses qui se ressemblent.
Voilà l’œuvre du raisonnement ou de ce qu’on appelle l’esprit philosophique, ce second élément de la métiiode expérimentale et rationnelle (i).
On appelle système l’arrangement logique et méthodique d’un,certain nombre de faits, (i’estaussi lenomqu’oq a souvent donné à la classification des corps. ( Système de Linnée, système de Tournefort, système ou méthode naturelle de de Jussieu, etc. )
La théorie ou Vexplication, est la détermination des conditions ou des causes élémentaires des Faits compliqués. Quand cette détermination est opérée, on dit aussi que la nature
(i) On appelle faits-principes , des faits ou causes qui sont parvenus à ce degré de simplicité', qu'on ne peut plus les décomposer, à peu près comme on appelle éléments ou corps simples ou corps principes, ceux qui sont indécomposaliles, oCi l’on ne trouve, comme le disent les chimistes, qu’une espèce de matière. Expliquer un fuit complexe, c’est donc le ramener à ses conditions élémentaires, le décomposer en scs causes constituantes, l'analyser en un mot, de même que connaître un corps composé, c’est savoir les éléments qu’il contient, auxquels l'analyse peut le réduire.
Quanta ces faits-principes ou fondamentaux, en déterminer la nature on les expliquer eux-mêmes, est tout aussi impossible que de déterminer la nature d’un corps vraiment simple ou de l’analyser.
du fait est connue. On désigne encore sous le nom de théorie, celle interprétation de certains faits inexplicables en euxmêmes, au moins dans l'état présent des choses, qui consiste à les rapportera un principe hypothétique, imaginaire, ou qui n’a de réalité et d’existence que dans notre esprit. En détournant le mot système de l’acception que nous avons indiquée ci-dessus, on l’a également appliqué à ce genre d’interprétation. C’est ainsi qu’on dit système de laforce vitale, des esprits animaux , du fluide nerveux, etc., etc.
On conçoit que celte espèce de théorie u’en est réellement pas une, puisqu’elle suppose ou r/nagiwe les agents dont elle se sert poxit eocpliquerles faits, tandis que la vraie théorie se réduit à la connaissance des conditions appréciables ou observables des faits. Ce n’est pas que l’on puisse interdire à notre esprit l’usage des conjectures, hypothèses, etc. •, mais il ne faut jamais prendre ces hypothèses et ces conjectures pour des explications ou des théories proprement dites.
Uinduction consiste à déduire de certaines données, de vérités connues, des vérités nouvelles; ainsi, Newton sachant que les corps ont une force réfringente, d’autant plus grande qu’ilssontplus combustibles, étayant constaté par l’expérience que l’eau et le diamant jouissent d’une grande énergie réfringente, en induit ce corollaire, savoir : que l’eau et le diamant contiennent un principe combustible. Or, l’analyse, fière en quelque sorte d’avoir imprimé sa sanction à cette induction du génie dé Newton, a démontré plus tard que le diamant n’était que du carbone pur, et que l’eau était en partie composée d’hydrogène, lesquels carbone et hydrogène sont des corps combustibles par excellence.
Quoi qu’il en soit, la seule explication légitime et réelle consistant dans l’analyse des faits complexes , il s’ensuit que, toutes choses égales d’ailleurs, plus un fait est compliqué, plus il est difflcile à expliquer; à peu près comme un problème est d’autant plus difficile à résoudre, qu’il contient un plus grand nombre d’inconnues. Voilà pourquoi, de tous les faits qui se passent dans les corps de la nature, les plus diffi ciles à expliquer sont les opérations ou fonctions des corps organisés : ces opérations, en effet, constituent les faits les plus compliqués qui puissent se rencontrer, ou dans lesquels
!e nombre des conditions à déterminer est ie plus considérable possible; ce sont, en un mot, des problèmes où le nombte des inconnues est à son maximum.
Telle est la méthode que l’on doit suivre et que l’on suit généralement, soit sciemment, soit à son insu , dans l’étude des sciences naturelles. Chacune de ces sciences représente une espèce de pyramide dont l’esprit humain est l’architecte, et qui n’a de solidité qu’autant que sa base repose sur le sol immobile de la saine observation (i).
On désigne souvent soùs le nom de méthode analytique la méthode que nous venons d’exposer. Le nom importe peu , pourvu qu’on s’entende bien sur les principes de la méthode elle-même.
L‘analyse,&a tant que procédé, n’est, ainsi que nous l’avons vu, qu’un des moyens de la méthode expérimentale et rationnelle. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous en avons dit.
Quant à la synthèse, elle sert en quelque aorte de contreépreuve à Vanalyse; elle consiste à recomposer avec les faits élémentaires qu’on s’est procurés par le moyen de celle-ci, le phénomène complexe ou composé sur lequel l’analyse avait opéré ( 2 ).
(i) Toutes les erreurs qui se glissent inévitablement dans les sciences, proviennent de deux sources, ou de ce que les faits ont été mal observés, ou de ce que, en les interprétant, en les généralisant, en les théorisant, on s’est écarté des lois de la saine logique. Nous pourrions prouver cela par une foule d’exemples.
Il faut donc que celui qui veut parcourir, avec quelque gloire la carrière des sciences, exerce, cultive avec un égal soin et ses sens et son esprit, et se serve avec la même habileté de ces deux instruments : « Qui Iractaveruntscientias, dit l’illustre Bacon, aut empirici, aut dogmatici fuerunt. Empirici, formicæ more, congcrnnt tantùm et uluntur. Bationales aranearum more, Iclas ex se conficiunt. Apis vero ratio media est, quæ materiem ex floribus horti et agri elieit, sed tamen eam propria facultate vertit et digerit. Itaqueex barum facultatum, EXPEaiMENTALisscilicet etRAxiosALis, arctiore et sancliore fœdere bene sperandum est. ( /Vov. organon , lib. iii, Apbor. gS.) »
(a) Nous ne considérons ici l’analyse et la synthèse que sous le rapport delà part que prend chacune d'elles dans la recherche des phénomènes de
En chimie, les mots nna()'5eet^nt/tèie indiquent le double procédé par lequel on décompose et recompose les corps.
Cela posé , nous pouvons nous engager dans l^étude des généralités de la science qui fait l’objet de la chaire mise au concours.
Dans cette première partie de madissertation, je m’occuperai successivement, 1 ° de la définition de la et de consi¬
dérations générales sur l'organisation et la vie; 2 ° des diverses théoriesou systèmes au moyen desquels on a tour à tou ressayé d’expliquer l’inexplicable cause première des phénomènesqui constituent la vie proprement dite, ce caractère fondamental delà classification des êtres en corps organisés et en organiques;3° du parallèle entre les corps organiséset les corps inorganisés ; 4° de la comparaison desvégétaux avec les animaux ; 5° de celle des animaux entre eux ; 6“ enfin , des caractères fondamentaux qui distinguent Ÿhomme des autres animaux. L’examen de ces différents points me paraît embrasser toutes les généralités de la physiologie humaine.