SECONDE PARTIE
PLAN d’un cours de PHYSIOLOGIE HUMAINE.
Après avoir traité avec tous les développements convenables les différentes questions générales que nous n’avons pu qu’effleurer dans la première partie de cette dissertation , et déblayé pour ainsi dire le terrain qui doit servir de base à la science de la vie de l’homme, nous aborderions enfin notre sujet spécial.
Ainsi donc, étant acquises les notions générales de l’orga-r nisation et de la vie , nous nous efforcerions de déterminer : 1“ quels sont les éléments simples ou plus ou moins composés qui constituent cette forme d’organisation à laquelle on a donné le nom de corps humain ; a" quelles sont les actes fonctionnels simples ou composés, de l’ensemble desquels résulte cette forme de vie qui a reçu le nom de vie humaine. Et comme c’est plus particulièrement sur cette seconde série de faits que roule la physiologie, nous leur accorderions toute l’attention que réclame une si importante question.
Nous nous appliquerions à faire ressortir dans tout son jour ce principe que nous avons posé précédemment, savoir: que tous les phénomènes ou actes fondamentaux de la vie humaine, se rangent dans la quadruple série que voici : phénomènes mécaniques, phénomènes physiques, phénomènes chiraiqueset phénomènes vitaux, dernière expression que nous pourrions remplacer par celle de phénomènes nerveux, moins vague qu’elle , et qui trouve sa justification dans cette réflexion que, quels que soientla nature elle mécanisme de ces phénomènes, ils résident incontestablement dans le système nerveux, ou plutôt ne sont, pour le physiologiste, que ce système en action. Prouvant notre analyse par la synthèse , nous recomposerions ou reconstruirions en quelque sorte la vie, en réunissant par la pensée, les quatre modes d’action élémentaires que nous venons d’indiquer, et en faisant voir que toute fonction peut être] conçue comme un assemblage de tous ces éléments générateurs , ou du moins d’un certain nombre d’entre eux. Noiis reviendrions, en passant, sur la distinction delà vie en animale el organique, et insistant sur la
connexioa intime qui existe entre elles, tiens essaierions de prouver que de tous ces moyens de connexion , la respiration est peut-être le plus étroit.
Abandonnant ensuite cette étude, qui est pour la physiologie humaine, ce qu’est pour l’anatomie de l’homme la science qu'on a désignée sous le nom d’anatomie générale ; abandonnant donc cette espèce de physiologie générale, nous arriverions enfin, après les longs détours que nous venons de faire , sur le domaine de la physiologie descriptive.
Parvenu là, nous montrerions l’analogie qui existe entre cette physiolo gie dite descriptive et l’anatomie du même nom ( ce nom est d’ailleurs inexact, attendu que l’anatomie générale est elle-même une science descriptive ), et nous exposerions une classification des fonctions, aussi naturelle que possible, non sans avoir préliminairement fait connaître les divers essais de ce genre qui oht été déjà tentés, et sans avoir signalé les nombreuses difficultés que présente toute classification eu général, et celle des fonctions en particulier.
Voici celle à laquelle nous nous arrêtërons et qui n'est q«,’une modification de celle proposée par Bichat.
Bien que les deux ordres de phénomènes qui constitunnt, les uns la vie dite de re]atioa‘(:vie:aniiualeJ,'ies autres lar vie dénutrition (vie organique),. se rencontrentalafoi» et combinés dans un.grand nombre de fonctions j cependantj à Pimilation de tous les successeurs de Bichat, nous établirions d’abord deux classes de fonctions sous les'uoms de fonctions de relation et de fonctions de la nutrition. Dans une troisième classe, nous placerions la fonction de reproduction ou la génération (vie de l’espèce de Bichat, par opposition, aux deux précédentes, que ce grand physiologiste nommait vie de l’individu).
La classe des fonctious de relation comprendrait les ordres suivants : sensations spéciales, facultés intellectuelles et morales spéciales, et mouvements volontaires, mouvements*que nous'subdiviserions selon qu’ils servent à la station et à là locomotion,à la préhension Ou à là répulsion, aux expressions ( voix, parole, gestes, etc. ) ; uous ne terminerions pas sans présenter quelques considérations sur les mouvements mer-
vcilleuseinent coordonnés qu'exigent certains arts , tels que ceux de la musique , de l’écriture, etc.
L’histoire du sommeil serait placée à la suite des fonctions de relation.
La classe des fonctions de nutrition se composerait des ordres suivants : digestion , absorptions et circulation, respiration, calorification, assimilation, sécrétions et excrétions.
Enfin , la troisième classe ou la génération comprendrait la copulation, la fécondation, la gestation ou l’évolution complète du produit de la copulation , jusqu’à l’époque de son élimination ou de l’accouchement, partie des plus importantes de la physiologie (i).
Toutes les fonctions étant décrites, nous nous occuperions de la détermination de leur connexion réciproque, et nous montrerions comment les fonctions fondamentales, telles que la circulation , la respiration , l’innervation forment, suivant une heureuse expression de Bordeu ,• une espèce de trépied vital, une sorte de trinité physiologique, une fonction unique à la fois et multiple, dont les trois éléments se soutiennent mutuellement l’un l’autre, de telle sorte que si l’un d’eux vient à suspendre son action , la cessation de l’action des deux autres s’en suit immédiatement.
L’étude des changements successifs que subissent les organes et les fonctions, changements qui constituent les divers âges de la vie extra-utérine et par suite l’histoire de la mort et de la décomposition putride du corps seraient également l’objet de considérations à part.
Nous n’oublierions pas non plus l’étude des différences que
(i) Dans l’étude de chaque fonction, en particulier, nous examinerioni rapidement les organes charges del’exe'cuter; nous exposerions son mécanisme ; et si son accomplissement exige l’intervention d’un des agents extérieurs , nous offririons quelques considérations sur ces derniers.
Enfin, après l'étude de la fonction à l’état normal, viendrait, mais en termes plus courts, celle de la fonction à l’état anormal. Ce rapprochement, trop négligé, jusqu’ici, serait fécond en résultats utiles. Au reste , il est généralement reconnu aujourd’hui que la physiologie constitue, avec l’anatomie, le flambeau principal du médecin et do chirurgien. Si nous voulions citer des faits à l’appui de cette vérité , nous n’aurions que l'embarras du choix ; mais ce serait, en vérité , abuser de la patience des lecteurs.