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Les cimetières de Paris, surtout celui du Père Lachaise, sont, à beaucoup d’égards, fort bien disposés. Il en est ainsi de ceux des grandes villes des départemens, au rapport de M. Montfalcon : c'est ainsi que dans la ville de Lyon il y a deux cimetières, dont l’un remplit toutes les conditions sanitaires requises; tandis que l’autre, qui est situé dans un lieu bas et trop voisin du Rhône, ne remplissant pas ces mêmes conditions, a été abandonné. S’il est utile d'éloigner les cimetières des villes, il résulte qu’il est peu prudent, comme Jje l'ai fait pressentir ailleurs, et je le répète à dessein, d'élever des maisons ou des habitations de quelque façou que ce soit dans leur voisinage : ces maisons ou habitations seraient exposées à peu près aux mêmes accidens qui menacent les maisons dont sont entourées les églises au Brésil et tous les lieux destinés aux sépultures.
Comme les cités populeuses reculent sans cesse leurs limites, elles . auraient bientôt envahi les cimetières en France, si on n'avait pas eu la précaution de les placer à une assez grande distance de leurs murs, conformément aux lois et réglemens respectifs. Quelques écrivains, selon M. Montfalcon , ont proposé de mettre des bornes à leur agrandissement excessif en leur donnant des cimetières pour barrières, et ils observent avec raison qu'on ne saurait lui en donner de plus augustes. On ne voit point encore les grandes villes des départemens, en F rance, adopter l'usage des chars funéraires, au témoignage de M. Montfalcon, et Lyon, la seconde ville de France, ne suit point l'usage de la capitale : ces chars sont spécialement utiles aux villes de premier ordre, qui ont leurs cimetières situés à une grande distance de leurs murs.
Des philosophes ont désiré que les inhumations ne fussent permises que de grand matin ou le soir. Les chars funèbres circulent dans Paris au milieu du jour, et pendant qu’une population immense encombre les rues; des équipages brillans froissent dans leur course rapide le drap lugubre qui recouvre le cercueil; des obstacles sans cesse renaissans arrêtent la marche du convoi; le tumulte, la confusion, Ôtent toute la dignité à la pompe funèbre, et l'indifférence la
( 86 ) plus profonde accompagne la dépouïle ve de l’homme à l'asile qu'il doit habiter pour jamais.
Navier condamne absolument les plantations de végétaux dans és cimetières, et leur reproche de retenir les vapeurs et de s'opposer à la circulation de l'air ; mais il me semble que ce savant distingué en a exagéré les inconvéniens. Il est bien démontré aujourd’hui (1) que les végétaux absorbent le gaz acide carbonique, produit par la combustion et la respiration de milliards d'animaux qui couvrent la surface du globe ; ils décomposent ce gaz, retiennent le carbone qui est nécessaire à leur accroissement, et exhalent tout l'oxygène. Ainsi, ils contribuent puissamment à la pureté de l'air. Cependant, ‘si l’on plante beaucoup d'arbres très-élevés autour des cimetières, leur masse gènera la circulation de l'air, et alors leur présence sera un inconvé- -nient. Mais je crois, avec M. Montfalcon , qu’on peut sans danger cultiver les fleurs, ét multiplier même les arbrisseaux autour des tom-beaux (2). |
« Tous ont été sensibles aux rapports qu ont avec nos affections la couleur, l'odeur et le port de certains végétaux. Il y a’des fleurs, dit Bernardin de Saint-Pierre, qui nous égaient et d’autres qui nous at- ‘tristent ; au lieu de les distinguer en rouges, ou bleues,ou violettes, on pourrait les distinguer en gaies, en sérieuses, en mélancoliques. Plusieurs arbres ont été consacrés par les anciens à la décoration des tombeaux; etles Arabes, les Gaulois, les Chinois, les Maures, les Égyptiens, ont senti les impressions mélancoliques que leur vue fait naître. 4 .
Le laurier ornait la tombe des héros, le pin était regardé comme le symbole de la mort; on croyait que son ombre pouvait devenir fu-
(1) Richard , Élémens de botanique et de physiologie végétale.
(2) Je pense ne pouvoir mieux justifier cette opinion qu'en me servant ici des raisons dont s’est servi cet éloquent auteur. Comment être plus expressif? . comment comprendre mieux la nature et les impressions que nous font naître cés lieux d’un sommeil éternel ?
| (87) neste, et que ses branches ne renaissaient jamais lorsqu'elles avaient été coupées. L'if servait aux mêmes usages ; sa verdure, qui résiste à l'hiver, est l’emblême de l’immortalité; la couleur sombre de ses feuilles inspire la tristesse et plaît à la douleur. Des rameaux d'if ceignaient la tête des Romains dans les jours de deuil...
En taxea marcet Sylva comis , hilaresque hederas plorata cupressus Excludit ramis. ( STar. )
L'asphodèle, le buis, la vigne sauvage, la scabieuse des jardins, ont été souvent cultivés auprès des monumens funèbres. Dès long-temps, le cyprès a décoré les tombeaux; son noir feuillage nourrit la mélancolie.
Et non plebeios luctus testala cupressus.
(Lucarx.) Virgile a dit :
Stant manibus aræ,.
Cæruleis maæste vütis atrâque cupresso .
Et circûm Iliades crinem de more solutæ.
Le peuplier pyramidal était aussi un arbre funèbre; le saule pleureur, inclinant vers la terre ses branches longues et déliées, fait naître une impression douloureuse et semble partager notre tristesse. Deux lierres, nés auprès des tombeaux de Tristan et d'Yseult, s’élancèrent l'un vers l’autre et cherchèrent à entrelacer leurs rameaux; n’étaientils pas l'emblème de ces amans que la mort ne put désunir ? Jadis le lierre ornait la tombe des guerriers; les anciens voyaient dans le d°veloppement de ses branches le symbole de l'escalade des villes assiégées. [ls employaient dans leurs funérailles les feuilles de laurier, de myrte, d'olivier et de peuplier ; celles de l’ache étaient réservées pour les grands. Souvent ils couvraient leurs tombeaux de violettes et de roses ; les fleurs purpurines leur paraissaient l’image du sang, le prin-
cipe de la vie...
(88) Cotlige, virge, rosas dm flos viget et nova pubes, Et memor esto œvum sic properare tuum.
En Grèce et chez les Romains, on couronnait les morts de fleurs; d’autres peuples jonchaient de fleurs les tombeaux. Le lis et les roses blanches sont le symbole de la pudeur et de la virginité : une couronne de ces fleurs sur le cercueil d’une jeune fille est l’image de son innocence. Leur éclat éphémère est celui de la vie. Qui ne se rappelle ces vers de Malherbe sur la mort d’une jeune vierge ?
Et, rose , elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d’un matin. >
Des fleurs, d’élégans arbustes entourent plusieurs monumens funèbres des cimetières de Paris, surtout celui du Père La Chaïse. Le iuya, le cyprès, le rosier, croissent auprès des tombes de Grétry, de “ae Lambert, de M°° Cottin ; le marbre sous lequel Delille repose est entouré de fleurs, et souvent cetie Antigone qui lui fut si chère a pensé respirer l'âme de son mari dans leur parfum. Souvent ceux qui chérissent les beaux vers ont cueilli une rose sur le tombeau du chantre des Jardins, comme autrefois les poètes coupaient un rameau du laurier qui croissait sur la tombe de Virgile! Combien sont ingénieuses ces fictions des anciens qui animent les fleurs cultivées autour des tombes, et les nourrissent des élémens des corps que la mort a décomposés! Énée veut arracher des branches d'un myrte; mais des gouttes de sang coulent aussitôt, et une voix plaintive lui reproche sa cruauté : ce myrte, c’est le jeune Polydore, ou plutôt les traits dont Polymnestor l’a fait percer. — Plusieurs philosophes anciens, des grands capitaines, des rois, ont reçu la sépulture au fond d’un jardin, au pied d’un arbre, sur une colline ; des peuples du nord choisissaient les bois pour le lieu du repos des morts; la majesté, le silence des forêts, l'horreur qu’inspirent les ténèbres qui y règnent, les ont fait servir souvent à cet antique usage. Jean-Jacques Rousseau fut inhumé dans une petite île : celui qui aima la nature avec tant de passion devait obtenir son dernier asile au milieu des champs; on
(:89 ) n’eût point dû enlever sa dépouille mortelle de ces lieux pittoresques qu’elle avait consacrés, et le tombeau de l’auteur d'Émile inspirait plus de respect et d’attendrissement parmi les fleurs et Jes arbres de l’île des Peupliers que sous les superbes colonnes du Panthéon !
Laissons les fleurs, dit M. Montfalcon, orner les tombeaux; laissons les cœurs tendres entourer de cyprès le marbre qui couvre les restes d'un ami, d’une femme chérie; ne troublons pas le fils pieux qui jonche de violettes et de roses la tombe de son père. Que le saule pleureur courbe toujours sur les pierres sépulcrales ses longs et flexibles rameaux ; que la sombre verdure de l’if charme toujours la douleur de celui qui vient pleurer dans le séjour de la mort; que des bosquets élégans, diminuant l'horreur de ces lieux, invitent encore à la mélancolie. Ce mélange de fleurs, d’urnes, d’arbrisseaux, de monumens funèbres, appelle et entretient un sentiment douloureux; ces lis, ces pavots flétris qu’une main religieuse a déposés au pied de celte croix de deuil et qu’elle va bientôt renouveler, inspirent une tristesse profonde, mais qui n’est pas sans douceur.
Les végétaux cultivés dans les cimetières, s'ils ne forment point par leur masse une barrière qui s'oppose à la circulation de l'air, ne peuvent causer aucun inconvénient; ils augmentent l'impression mélancolique qui naît à l'aspect des tombeaux, et purifient l'air qu'on respire auprès d'eux.
Sur les dépositoires.
Quand on pense aux dangers que j'ai signalés jusqu'ici, concernant le mode de donner la sépulture aux cadavres dans les églises et dans l’enceinte des villes, on ne peut se dissimuler que les ossemens méritent une égale attention , et qu’il est du devoir du médecin hygiéniste de ne pas passer sous silence un sujet d’une si haute importance qui s'attache si intimement à la salubrité publique.
Depuis long-temps on a constaté que les exhumations auxquelles donne lieu le déterrement des ossemens, pour faire place aux cada-
(90 ) yres qui successivement sont déposés et inhumés dans les cimetières. avaient ocvcasioné les accidens les plus fâcheux : c’est ainsi qu'en France on a été souvent forcé de déserter des églises après de telles opérations. Dijon, Saulieu, Ambert, Riom , Montpellier, Dunkerque, Marseille , sont devenus, à des époques différentes, autant de foyers d'infection ; souvent les habitans de ces villes ont été victimes de cet usage affreux et de ses suites funestes. Pour prévenir de telles scènes, des hommes dévoués à la patrie et au bien-être de leurs semblables ont, comme je l’ai signalé dans le précédent chapitre, déchiré Je voile épais de la superstition, et réclamé des réglemens salutaires propres à garantir les générations à venir de ce hideux tableau et des ravages auxquels ce même usage exposait des populations entières. — Les chairs des cadavres, lorsqu'ils ne sont pas tout à fait consumés par l'effet de la putréfaction complète, adhèrent pendant plus ou moins de temps aux os, et par l’action de l'air atmosphérique, surtout lorsqu'il est immobile et saturé d'humidité , peuvent renouveler dans ces : débris un nouveau mouvement qui occasione des exhalaisons putrides. — Les os ainsi déterrés présenteraient le double inconvénient d'agir comme les cadavres pour ce qui regarde la fermentation pu: iride, et de donner lieu, lorsqu'on les laisserait exposés à l'air:ou dans un lieu quelconque, à des exhalaisons continuelles de vapeurs miasmatiques et cadavéreuses , source perpétuelle de maux de toute espèce , et qui durerait aussi long-temps que leur destruction complète tarderait à s'effectuer. MM. Olivier et Hoberman, dans les Mémoires qu'ils ont présentés en 1774, ont, comme je l’ai rapporté ailleurs à ce même sujet, fait des réflexions d’une haute importance, et ils y ont signalé tous les dangers inséparables des translations des ossemens ; qu'il suffit, dans là vue d’en éloigner les effets pernicieux, de ne plus enterrer dans le térrain qui servait à cet usage, et que l’on doit l’'abandonner sans s’exposer à des exhumations dangereuses (a).
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. ‘{a) C’est vraisemblablement à raison de cela que le décret du 18 mai 1806, article 13, défend d'établir des dépositoires dans l'enceinte des villes.
(gr )
Au Brésil, on est encore dans l'usage de conserver les ossemens des cadavres consumés par la putréfaction, soit sur les plafonds des églises , soit dans des souterrains de celles-ci ; de façon que, de même que pour les cadavres, les exhalaisons putrides infectent les temples et portent leurs effets délétères dans les quartiers voisins et généralement dans les villesetlieux peuplés.—M. Marcpense qu'il vaut mieux, au lieu d'établir des dépositoires hors de l’enceinte des villes, les supprimer tout à fait, et inhumer dans des fosses spécialement destinées à cet effet les os retirés des anciennes fosses. En effet, si je pense à ces catacombes , à ces lieux de deuil et de ténèbres éternelles , et aux moyens dispendieux qu'ils exigent pour leur établissement et leur entretien , en rapport avec la dignité qu'il faut s'attacher à y imprimer, et enfin aux malheurs dont on a des exemples assez nombreux, et dont ont été victimes des personnes qui les ont visités inconsidérément (1), je ne puis qu'applaudir au-moyen indiqué par le savant que je viens de nommer pour y suppléer, et en embrasser l'opinion d’une manière générale. | |
Quoi qu'il en soit, il est incontestable, relativement aux inhumätions des ossemens , soit qu'on les pratique dans des cimetières particuliers et bâtis à cet effet , soit qu’onles opère dans des fosses spé-
(1) Delille a légué à la postérité des vers où ces demeures lugubres sont peintes avec la noirceur dont elles sont susceptibles :
Sous les remparts de Rome et sous ses vastes plaines Sont des antres profhds, des voûtes souterraines, Qui, pendant deux mille ans creusés par les humains, Donnèrent leurs rochers aux palais des Romains. À Avec ses monumens et sa magnificence Rome entière sortit de cet abime immense.
Depuis, loin des regards et du fer des tyrans, L'Église encore naissante y cacha ses enfans Jusqu'au jour où , du sein de cette nuit profonde, Triompbante elle vint donner des lois au monde, Et marquer de sa croix les drapeaux de César, etc. (Noël , Recueil en prose et en vers des plus beaux morceaux, etc. Paris, 1828.)
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ciales des cimetières où l’on inhume les cadavres , que ce mode de destruction est de beaucoup préférable à celui de la conservation des os dans les dépositoires ; car les ossemens confiés dans le sein de la terre aux effets des lois chimiques seraient détruits dans un espace. de temps beaucoup plus court, et cela sans exposer les habitans du voisinage aux émanations cadavéreuses auxquelles donnent toujours lieu ces amas d’ossemens dans des souterrains ordinairement bas et humides, et par conséquent inévitablement sujets à une décomposition putride plus ou moins lente, retardée par les effets de la température,
D'ailleurs, s’il arrivait que des miasmes vinssent à empester les lieux circonvoisins, on pourrait bien plus facilement parvenir à les maîtriser à l’aide de moyens qui sont à la disposition de tout le monde, . surtout dans les grandes villes , que si de tels accidens se manifestaient dans ces mêmes dépositoires ; l'air y circulant sans cesse comme dans les autres cimetières.
Enfin, si des circonstances particulières et imprévues , soit dans les cimetières destinés à l’inhumation des cadavres, soit dans ceux qui le seraient pour l'enterrement des os, rendaient nécessaire de fouiller un cimetière avant que la putréfaction eût pu détruire complètement les corps qui y auraient été inhumés, il faudrait, autant que possible, n’exécuter cette opération que pendant la saison froide, et recourir à l'usage du chlorure de chaux, comme moyen certain de neutraliser les émanations putrides,