‹ Dissertation sur Les Inhumations en General no.220Chapitre 4 sur 11 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Her d’être à lui-même, tout homme se doit à sa patrie. Celui qui, possédant toutes les conditions nécessaires pour s'assurer un moyen de subsistance, se détacherait des con- séquences de cette maxime salutaire, se tromperaïit bien cruellement. La société étant une agglomération d’individus, pour qu’elle puisse parvenir à l’apogée de la prospérité, il faut que la plupart de ceux qui la composent prospèrent et jouissent d’un certain degré de bonheur relatif à ce qui constitue ce bonheur, soit chez eux, soit chez l'étranger. Si une nation est grande et laborieuse , c’est-à-dire non-seulement si elle est plus nombreuse relativement à une autre nation, mais si les arts, les sciences , le commerce, et surtout l’agriculture y sont encore plus avancés, il est évident qu’elle | est plus heureuse et plus civilisée que celle-ci; car, outre qu'elle l’est physiquement , la source de ses richesses et de son bonheur vit avec les individus, et jamais ceux-ci ne peuvent périr tous à la fois. |

Une nation comme celle que nous nous figurons n’est nul-

lement exposée à des bouleversemens universels, ainsi que le sont les nations chez lesquelles manquent en même temps et la force physique, et des individus qui puissent les relever après de longues commotions intestines. Une calamité publique, ou toute autre éventualité, peut entraîner leur perte totale, puisqu'elles n'avaient point un assez grand nombre d’individus avec lesquels l’industrie s’identifiât, c’est-àdire les connaissances utiles à la société; le petit nombre que ces mêmes sociétés possédaient ayant disparu avec la catastrophe , elles ne peuvent plus recouvrer leur ancienne splendeur ; car elles n’ont plus ces individus qui la leur don-

naient.

La France, proie des commotions intestines les plus violentes, et de guerres continuelles depuis 1789 jusqu’en 1815, ayant eu à lutter contre toute l'Europe, a beaucoup souffert, il.est vrai; mais àspeine a-t-elle joui d’un repos de quinze ans, qu’elle est devenue encore plus qu’elle n’était, sans jamais perdre sa gloire et sa splendeur, malgré les efforts réunis de ses ennemis envieux ; et pourquoi ? Nous l’avons déjà fait pressentir ci-devant ! Voilà, je pense, quelques considérations qui démontrent combien les hommes, à quelque société qu'ils appartiennent , sont asireints de surveiller à la prospérité de leur patrie, afin qu'ils puissent contribuer

non-seulement à son perfectionnement social, mais aussi

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à sa restauration, si jamais elle vient à faire quelque perte.

En procédant ainsi, on est nécessairement heureux relativement à l’état actuel des choses, parce que, dans tous les cas , si la société se maintient toujours, les individus qui lui restent, conservant des ressources qui ne meurent pas ; font réfléchir sur toute la société en général le bonheur qu'ils ont conservé , et par conséquent tous en participent plus ou moins, et ne sont jamais absolument malheureux. Il en est des hommes comme des nations, celui qui-a des ressources à sa disposition ne perd jamais courage et marche toujours. Ilest donc bien évident que, quelle que soit la profession des individus, il est de leur devoir de faire tous les efforts qui dépendent d’eux pour le bien général. = Pénétré de la vérité de ces principes , et quoique reconnaissant l’insuffisance de nos moyens, je songe déjà à payer un faible tribut à ma chère patrie. On est encore dans l’usage au Brésil d’enterrer les morts dans les églises ;;ou dans des cimetières rapprochés de celles-ci, dans l’enceinte des villes et bourgs; et bien que cet usage ait souvent été funeste, on ne discontinue pas moins de le conserver! Des gens qui avaient l'habitude de fréquenter les églises ,. et d’y aller trop matin, ou même lors des enterremens et

des ouvertures des fosses, ont été victimes des miasmes pu-

wii] | trides ou des vapeurs cadavéreuses qui s’y étaient condensés. Cependant personne de nos savans n’a osé élever la voix contre un tel abus : peut-être ont-ils cru prudent de respecter les préjugés religieux qui enveloppent un tel usage, dans la crainte d’éveiller contre eux tout ce que la superstition et l'ignorance ont de plus redoutable et de plus affreux. Mais si les gens de l’art n’ont pas assez de courage pour remplir leurs devoirs, c’est-à-dire pour braver tout ce qui est nuisible à la santé publique, autant vaut-il qu'on se passe des médecins ; car il est bien démontré que les constitutions médicales sont tout en médecine ; que les épidémies règnent toujours d’une manière générale dans une contrée tout entiere , et que leurs ravages sont d’autant plus

formidables qu'elles font devenir le plus souvent mortelles

les affections les plus légères, de simples solutions de con-

tinuité et les plaies les plus superficielles. Les populations seront-elles donc tous les jours exposées aux miasmes putrides ? et en deviendront-elles inévitablement la proie toutes les fois que l’indiscrétion d’un fossoyeur le voudra ? Quoi! ent-c6 de la sorte qu’on veut que notre patrie prospère ? Comment , l'humanité est souffrante , et les médecins ne se réveillent pas!

J’ai la conscience de ma faiblesse ; mais qu'importe si mon

sujet est de la plus haute importance et de la première né-

cessité? Je sais bien qu'il l'emporte de beaucoup sur mes forces; cependant j’ai pensé que tout défectueux qu’il est, mon travail pourra servir à quelque ehose : en tous cas, il s’agit ici des choses et non des individus , du bien général, et non pas des opinions particulières, surtout de celui qui n’a fait autre chose qu’un recueil de préceptes utiles à une

réforme des plus pressantes.

J'ai adopté dans l’exposé et le développement de mon tra-

vail un plan qui m'a paru préférable à plusieurs autres à

beaucoup d’égards. J’ai partagé les matières en trois chapi-

tres principaux. Dans le premier, j'ai fait l'historique des |

différens modes de donner la sépulture aux morts chez tous les peuples connus ; dans le second chapitre, j'ai traité des inhumations en général chez la plupart des peuples, et surtout chez le peuple français; j'ai particulièrement insisté sur le mauvais usage où l’on était d’enterrer dans les églises et dans les villes. A l’aide des ouvrages d’Haguenot et de Maret , jai pu remonter à la source de cet abus en contravention aux usages et aux lois chez les Grecs , les Romains et les Gaulois; j'ai fait aussi la description des événemens

malheureux qui en sont résultés. Dans le troisième chapi-

tre , j'ai exposé la manière dont on bâtit les cimetières , ex-

trà-muros, en France, et les conditions essentielles qui doivent présider à leur construction. J’ai cru souvent utile de

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