‹ Dissertation sur les maladies charbonneuses de l'hommeChapitre 2 sur 4 · DE L’HOMME · texte numérisé non relu

DE L’HOMME

Sous le titre générique et vulgaire de charbon > je crois pouvoir réunir les affections gangréne.uses décrites, chacune comme distincte, par Fournier ( charbon malin ) , par Thomassin , Énaux et C haussier ( pustule maligne ) , par Bayle ( maladie gangréneuse , etc. ) ; néanmoins, pour me conformer à Tusage, comme dit aussi M. Bouillaud , je conserverai les divisions établies.

II est entre ces maladies diverses un lien commun de parenté, un trait fondamental de ressemblance qui se trouve leur condition essentielle : c est une gangrène locale , un point noir , charbonneux , plus ou moins subitement formé en un point de la périphérie du corps. Ajoutez-y les symptômes généraux graves qui suivent ou qui précèdent , d’où , pour les individus atteints , le danger le plus imminent.

Il me semble, contre l’opinion de leurs historiens spéciaux, que l’on peut ne reconnaître qu’un genre dans ces maladies. Le mode seul de développement fournit une subdivision bien tranchée, selon qu’il est de cause interne ou de cause externe. Les symptômes tantôt primitifs, tantôt secondaires , la forme plus ou moins inflatnmatoire de la tumeur elle-même, n’en sont qu’une conséquence. De ce que la contagion produit indifféremment l’une ou l’autre de ces variétés, celle que l’on appelle charbon pouvant naître, comme la pustule maligne, d’un rapport avec la matière spécifique, n’est-il pas permis de penser que toujours le même virus préside à la mortification des tissus, susceptible d’origine spontanée et d’inoculation?

Du charbon.

Spontané. Le développement spontané paraît n’appartenir qu’au charbon proprement dit, tel qu’il a été observé dans le Languedoc par Fournier. Au lieu d’avoir eu son origine dans un organisme étranger , le virus, dans ce cas, est produit dans l’homme lui-même par une action lente de causes générales non encore bien déterminées. L’affection extérieure n’est alors que le symptôme d’une modification profonde de l’éconoînie ; c’est une espèce de dépôt critique, indice des efforts que fait la nature pour se purifier.

Le mode spontané, si l’on veut procéder avec rigueur, sera rarement admis d’une façon positive. Ce n est pas que jg doute de sa réalité , pas plus pour l’homme qpe pour les animaux; mais si l’on fait attention dans quelle classe de la société on l’observe, le peu de scrupule qu’elle est souvent contrainte de faire dans le choix dè ses alimens , ses rapports de tous les instans ayec les animaux , on hésitera à prononcer si un exemple qui s’offre ne doit pas être plutôt rapporté à l’introduction de substances infectées dans les voies. alimentaires ou respiratoires qu’à un empoisonnement plus iudirect et plus lointain.

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Causes. Beaucoup plus fréquente chez l’homme que chez les animaux, la maladie se développe sur les pauvres habitans de la campagne, qui ne cessent pas de se livrer à leurs travaux pénibles pendant les chaleurs brûlantes de l’été. L’altération des humeurs qui précède le charbon sera favorisée par l’usage de mauvais alimens , d’eaux malsaines ; par la malpropreté, notamment celle qui consiste dans le peu de soin à changer de chemise lorsqu’elle est salie; quelquefois ce linge n’est pas renouvelé pendant des semaines entières. Or, il arrive, dit Fournier > qu’imprégné tous les jours d’une sueur de mauvais caractère, il abandonne des principes pernicieux aux absorbans , qui les mettent en circulation ; ou bien , il peut se faire qu’il n’y ait d’affecté que les glandes de la peau , au milieu desquelles se produit une vive inflammation qui dégénère promptement en gangrène. Au nombre des causes, il faut encore compter les étangs et leurs émanations, si puissantes à produire les maladies : c’est pour cette raison qu’en

Egypte les fièvres malignes, et surtout les charbons, se déclarent constamment toutes les années, comme une conséquence des inondations du Nil.

Il est bien remarquable que l’énumération presque entière de ces causes du charbon spontané chez l’homme rappelle exactement celle que les vétérinaires font des causes du charbon chez les animaux , qu’il ait lieu isolément ou qu’il apparaisse sous la forme épizootique. Cependant , à l’exemple de ces praticiens bien estimables dans un art non moins compliqué que le nôtre, il faut reconnaître que ce ne sont pas là toutes les conditions de développement du mal. Il existe d’autres causes que nous ne pouvons pas déterminer, auxquelles peut-être l’effet tout entier devrait être rapporté; car celles que nous venons de mentionner sont trop vagues, trop insuffisantes, et même n’existent pas toujours.

Charbon par contagion. Dans cette catégorie est placé par Fournier le charbon qui se manifeste à la suite de l’ingestion ou de la res-

piration de matières chargées du virus spécifique. Il est vrai qu’il y a dans ce cas rapport direct du principe contagieux avec une surface vivante, tout comme lorsque c’est un point de l’enveloppe externe qui subit le contact ; la cause est venue du dehors. Mais le mécanisme intime de la production du charbon diffère beaucoup dans ces circonstances diverses : lorsque la tumeur se prononce à la suite de contagion par les surfaces internes , comme sous l’influence des causes qui agissent d’une manière générale et insensible , c’est l’organisme tout entier qui se trouve primitivement modifié. Semblable à celui que l’on appelle spontané, le charbon n’est ici, en quelque sorte, que l’écume née d’une effervescence interne, le symptôme d’une maladie générale. Le plus grand nombre des charbons attribués aux seuls modificateurs hygiéniques me semblent dus à l’ingestion ou la respiration de substances virulentes.

Si I on consulte les auteurs au sujet de ce mode de transmission de la maladie, on les trouve d’avis bien divers. Fournier par exemple, est non-seulement convaincu que le charbon est ainsi transmis, mais encore il estime qu’il n’en est pas de plus grave. 11 est vrai qu’il n’avait pas d autres motifs peut-être de penser ainsi que celui du développement simultané de charbons internes, qui ne faisait pas pour lui matière de doute. Les autres, tout en tenant compte des observations qui appuient l’opinion de Fournier , accordent une aussi grande valeur à celles qui prouvent l’innocuité de l’ingestion. La vérité me semble enseignée par ces derniers , surtout quand je songe combien la maladie est rare à Paris, où l’on sait s’il doit manquer de viandes suspectes. Peut-être l'éruption typhoïde en tient-elle lieu, s’il est vrai que celle-ci ne soit qu’un charbon interne , idée de M. Bouillaud.

Il ne faut pas plus s’étonner, ont-ils dit, de la neutralisation du virus charbonneux dans l’estomac que de celle du veniu de la vipère. Fnaux et Chaussier , dans leur opuscule modèle sur la pustule maligne, prolessent que , selon l’énergie ou la quantité du virus porté

oans 1 estomac , il y aura inflammation et gangrené du viscère, ou développement d’accidens d’une autre nature, mais toujours fort

graves. « Tantôt il donnera naissance à une fièvre maligne, qui se a terminera par des évacuations très-fétides ou des taches gangré- « neuses à la peau ; tantôt la nature , après des efforts réitérés, rassem- « blera le venin dispersé et errant, et il surgira des charbons en di- « vers points. » Tandis que Fournier voit une cause des plus efficaces de son charbon du Languedoc dans l’usage alimentaire des moutons tués même avant une malignité bien décidée 3 M. Hurtrel d’Arboval a reconnu qu’il n’y avait aucun inconvénient à utiliser la viande des moutons tués dès le principe du mal : aussi recommande-t-il cette pratique aux fermiers, en dédommagement de leurs pertes. Enfin les observations contradictoires qui existent sur ce point important des maladies charbonneuses laissent la question encore indécise. Quant cà l’infection par les voies respiratoires, les auteurs, d’un accord unanime, l’admettent tous comme un fait.

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Symptômes. Que ce soit par l’effet de ces causes, qui s’adressent dès l’abord à 1’ensemble du système, ou par une application immédiate des matières sur la peau saine ou déchirée, que le charbon se déclare, « c’est une tumeur peu saillante, très-dure, fort douloureuse d’un « rouge vif éclatant dans sa circonscription, mais toujours livide et « noiredansson centre, presque toujours précédée ou accompagnée « d’une ou plusieurs pustules. »

Le charbon érysipélateux qu’on observe quelquefois peut être facilement distingué du véritable, en ce qu’il est plus étendu, moins dangereux , et qu’il affecte une marche irrégulière. Néanmoins il acquiert une gravité égale quand ii complique les fièvres de mauvais caractères , les varioles épidémiques. Le charbon observé à la peste de Marseille était érysipélateux; quelquefois il y en avait deux ou trois en même temps sur divers points du corps.

On ne confondra pas le charbon avec la pustule maligne dite de Bourgogne , si l’on prend garde au cercle rouge et luisant qui entoure la tumeur charbonneuse, à la rapidité avec laquelle son centre devient livide et noircit , à la chaleur brûlante qui l’accompagne ; en un

mot, à la généralité de ses symptômes plus alarmans et plus graves. La fièvre, qui manque si souvent dans la pustule maligne, est au contraire essentielle au charbon du Languedoc. Tout se réunit , dit Fournier, pour quelle ait lieu constamment; l’inflammation locale et le foyer des premières voies en sont une raison suffisante. Des exceptions devraient être admises cependant, si l’on s’en rapporte aux observations du chirurgien Pomaret de Montpellier. Le pouls, fréquent, généralement assez développé , est quelquefois petit et concentré; il peut offrir des intermittences qui alternent avec des palpitations du cœur. Dans les mêmes circonstances , chez le chien , le pouls peut devenir trois, quatre fois plus fréquent qu’il ne l’est à l’état normal; et Chabert a constaté aussi des intermittences qui s étendaient jusqu’à douze pulsations, tant la pathologie comme la physiologie des animaux et de l’homme sont modelées sur un même type.

La peau est sèche et aride; les yeux expriment l’inquiétude en même temps qu’ils sont fixes. Le malade est tourmenté d’agitation , d’une soif insatiable, ou n’éprouve aucun désir de boire. Dans quelques cas, des sueurs ont lieu, qui disparaissent pour se renouveler ensuite. Presque toujours il est accusé une sensation particulière de tiraillement vers la région du cœur. Plus constamment encore les malades se plaignent comme d’un lien qui étreindrait violemment la partie où siège le charbon. Ils y éprouvent en outre de la chaleur brûlante déjà mentionnée, une douleur très-vive, qui, partant du cercle enflammé avec des élanceinens par intervalles, occasione des faiblesses et des défaillances.

Cependant la tumeur parcourt rapidement ses périodes. La gangrène s’étendant de plus en plus vers la circonférence et en profondeur dans le tissu cellulaire, les parties voisines du charbon deviennent molles, livides et noires; il s’y forme de nouvelles pustules qui annoncent la désorganisation.

De nouveaux symptômes viendront compliquer les premiers; la mort elle-même pourra tout à coup survenir, à raison seule du siège de 1 affection : si elle s’est placée en effet vers les parties supérieures, c/e manière à ce que les voies de l’air soient fermées , ou le retour du

sang empêché par le gonflement quelle détermine, l’asphyxie ou le coma, précédés de délire, de hoquet, de convulsions, viendront terminer la scène morbide.

Traitement interne. — Premier cas. Si l’inflammation est considérable, Fournier s’est toujours trouvé bien de pratiquer une saignée; trois heures après il donnait l’émétique. L’effet du vomitif obtenu , le malade était libre de prendre un bouillon léger. Le lendemain, s’il n’y a pas eu d’évacuation alvine ou qu’elle ait été peu abondante, un purgatif est administré. Le troisième jour est un jour de repos où l’on s’abstient de médication active; un simple lavement purgatif est prescrit avec un bouillon de six en six heures. Pendant tout le traitement, on donne pour boisson l’eau pure ou les tisanes rafraîchissantes. Ayant essayé le quinquina, Fournier n’a pu lui reconnaître que de mauvais effets.

Deuxième cas. II arrive souvent que les forces sont très-abattues dè* le début du mal; le pouls est petit, concentré, intermittent; la chaleur naturelle considérablement affaiblie. La saignée alors ne saurait être que nuisible; il faut se jeter dans une voie tout opposée et recourir aux excitans. Deux heures après, on donne trois ou quatre grains de tartre stibié , en continuant de soutenir les forces pendant l’effet du vomitif par quelque léger cordial et du bouillon. L’eau, qui était donnée fraîche dans le cas précédent, conviendra mieux chaude dans celui-ci. On reviendra à une nouvelle dose d’émétique si , au bout de trois ou quatre jours, il y a de nouveau complication saburrale. Les redoublemens irréguliers et l’extrême prostration que l’on observe dans celte nuance de la maladie réclament le quinquina, et l’on en obtient de très-bons effets.

Troisième cas. La fièvre est modérée , il y a peu de prostration. On ne saignera point , mais une dose d’émétique sera administrée. Le malade boira de l’eau, et l’on aura recours à un cordial si quelque

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