‹ Dissertation sur les médecines-poètesChapitre 2 sur 3 · SUR LES · texte numérisé non relu

SUR LES

La Médecine , qui occupe un rang si distingué parmi les connaissances humaines, qui emprunte à toutes les sciences des notions utiles , et rend à toutes d eminens services, n'est point demeurée dans ses rapports étrangère aux arts d’imagination : mais c’est surtout avec la poésie qu’elle a formé , dans tous les temps , une alliance remarquable. Il est bien certain que la poésie philosophique, celle qui ne traite que des sujets graves et sérieux, dans un style fort et serré, intro-

cluite par Pope clans lalittérature anglaise, par Voltaire dans la nôtre, prit naissance en Allemagne, à lepoque où parurent les premiers poèmes cle Haller (i). C’est un grand médecin qui eut la gloire d’opérer cette révolution dans les imaginations allemandes. Il ramena ainsi la poésie à son antique et noble institution. Les grands poètes de l’antiquité étaient tous philosophes et très-instruits clans les sciences physiques et naturelles. On est étonné cle trouver dans Homère une description anatomique , assez, exacte pour son temps,

(r) Un métaphysicien a dit de Haller, dans V Almanach des poètes et des beaux esprits , pour Vannée 1785 : « De toutes les productions des poètes Allemands, celles de Haller sont les seules qu’on puisse résoudre en syllogismes. » Si cet éloge est exempt d’ironie et de malice, il est au moins exagéré, li me semble que Meister a mieux jugé son compatriote iorsqu:il a dit: « C’était un de ces rares génies qui joignent toujours une philosophie profonde à une peinture forte. Combien en effet n’a-t-il pas enrichi la poésie allemande parles trésors précieux qu’il puisait dans le sanctuaire des sciences ! il cherchait avec une peine extrême à donner du corps à ses vers et à dire beaucoup en peu de mots. >> ( Vie des principaux sac ans de V Allemagne , par le professeur Meister. Cerne, *796, vol. in-8, avec ligures. )

île la blessure qu’Enée reçut de Diomède (1). Ce n’est pas au reste le seul passage qui atteste 1 étude profonde que cet immortel poète avait faite de l’organisation

(i) Les deux nerfs , dit-il , qui retiennent le fémur s’étant rompus , l’os se brisa au-dedans de la cavité où est reçu lecondyle supérieur. La traduction moins précise deM.me Dacier explique mieux les choses: elle fait entendre que l’accident consista dans la fracture du col du fémur, et que cette fracture fut causée par le choc d’une pierre énorme que Diomède lança de toutes ses forces contre le héros Troyen. Il parait que les guerriers de ces temps-là n’étaient pas difficiles sur le choix des armes, et se battaient selon l’occasion , à peu près comme le font nos goujats. Spiehnann, professeur à Strasbourg, prononça en avril 1756, pour l’ouverture de ses cours, une harangue latine sur ce sujet : Medicis pernecessariam esse veterum poetarum lectioneni. ( Voyez dans les éloges de Vicq-d’Azyr celui de Spiehnann.) Van-den-Bosch , dans une thèse inaugurale soutenue à Leyde , en i jSj ( De vivis corporis )iumani solidis ), s’attache à prouver , paragraphe 9 , par des passages tirés des poètes anciens, qu’ils connaissaient l’irritabilité hallérienne. On a trouvé parmi les manuscrits de Barthez un recueil de passages relatifs à la médecine , tirés des poètes Grecs et Latins , avec des éclaircissemens et des commentaires. Une grande partie de ces remarques a été fondue dans les nombreuses et savantes notes qui ornent la seconde édition de la Science de l’homme . Paris , 1806 , 2. vol. in-8. On peut voir , dansle Traité des maladies des artisans , par Ramazzini , l'inmiense instruction médicale que cache ce genre de littérature trop négligé de nos jours par les médecins.

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humaine. Cependant ses admirateurs ont fort exagéré son mérite en ce genre, lorsqu’ils ont prétendu qu’on tirerait de ses ouvrages un cours étendu d’anatomie.

Plusieurs grands poètes sont sortis de nos rangs; il suffira de citer ici le Dante, Schiller et Goldsmith.

Le premier se fit inscrire, ou, selon l’expression consacrée, se fit immatriculer sur le registre de l’un des arts et métiers entre lesquels les lois de Florence exigeai en t que se partageassent les citoyens qui voulaient être admis aux emplois publics. Le sixième des arts majeurs était celui des médecins et des pharmaciens.

C’est celui dans lequel le Dante se fit inscrire, soit qu’il y eû t quelque pharmacien dans sa famille, soit qu’il eût eu d’abord le dessein de professer laMédecine, science à laquelle on dit qu’il n’était pas étranger (i). Le second était chirurgien-major d’un régiment en garnison à Stuttgard, lorsqu’on représenta pour la première fois

(0 Histoire littéraire d’Italie, par Ginguené, t. x , p. 44 1 et 442*

à Manhei m sa pièce i n titulée les Brigands , qui depuis a été traduite en français par Lamartellière , et jouée sur nos théâtres sous le titre de Robert chef de brigands . Le désir bien naturel d'assister à la représentation de son ouvrage lui fit oublier son devoir, et il se rendit à Manheim sans congé. A son retour, condamné aux arrêts pour avoir quitté illégalement son service, il subit cette punition sans murmurer, mais il renonça dès- lors à la médecine militaire, pour se livrer entièrement à la littérature (i). Le troisième, si connu par son joli poème du Village abandonné , par celui du Voyageur , et par son Vicaire de Wakefield , peut-être le chef-d’œuvre des romans anglais, après avoir étudié l’art de guérir à Edimbourg et à Leyde, fut reçu docteur en Médecine à Padoue. Etabli à Londres comme médecin, il n’eut dans cette grande ville aucune espèce de succès : il quitta cette profession faute de malades, et ne cultiva plus que la litté-

(i) Archives littéraires de l’Europe, N,° 18, juin i8o5.

rature, où il eut, dès son début, le bonheur de se placer au premier rang (i).

De grands poètes, tout-à-fait étrangers à l’étude ou à l’exercice de la Médecine, mais inspirés, les uns par une noble douleur ou par une grande infortune , les autres par la reconnaissance , d’autres parla pitié, d’autres par quelque grave sujet d’intérêt, ont laissé de beaux poèmes relatifs à cet art. On peut citer dans ce genre la Pèdotrophie de Scévole de Sainte- Marthe (2) jla Callipèdie de Claude Quillet (3) , l’Epître de Lafontaine sur le quin-

(1) Biographie universelle , t. xvm, 1817, article Go/dsmith( Olivier).

(2) Scœvolæ Sammarthcini Pcvdotrophiœ libri très. Ad Henricum III Galliæ et Poloniœ regem. Lutetice , 1 584? petit in-fol. Ce poëme fut traduit en français par un petit-fils^ de l’auteur , Abel de Ste.-Marthe , en 1698 , sous ce titre : La manière de nourrir les enj'ans à la mamelle. Paris, chez Claude Barbin , petit in-8 , avec le texte latin en regard.

(3) Le cardinal Mazarin ne fit aucune difficulté d’agréer l’hommage de la Callipèdie ou l’art de faire de beaux, enfans. Nicolas Massa dédia son Traite des maladies vénériennes au cardinal Charles Boroméc ; et Ulric de Hutten dédia le sien au cardinal Albert, électeur de l’Empire, comme le précédent. Je ne sais quel médecin , ditFréron ( Année

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quina (i), celle de Saint-Peravi sur la consomption (2) , l’ode de Lnce-Lancival sur le rob de Laffecteur (3), etc. etc.

Les médecins eux-mémes , lorsqu’ils rapportent le sujet habituel de leurs études et de leurs méditations au système général du monde , aux merveilles de la création, ne peuvent se défendre d’une secrète et violente inspiration qui domine toutes leurs facultés. Ils abandonnent, presque à leur insu, le style froid et didactique qui convient à une démonstration méthodique, pour s’élever au langage de la plus haute poésie.

Quels plus grands poètes que Galien, Van-Helmont et Stalh , lorsque l’aspect de l’économie animale et l’exercice mer-

littéraire , 1770 , t. 8) , dédia un Traité des maladies vénériennes à l’abbesse de Caen.

(1) Paris , 1682. L’auteur ayant été guéri de la fièvre par le quinquina, célébra par reconnaissance les vertus de cette écorce.

(2) St.-Peravi , littérateur distingué du i8.e siècle , est auteur d’un eEpitre sur la consomption, qui passe pour la meilleure de ses poésies.

(3) On trouve cette ode à la fin de l’ouvrage de Boy veau- Lafiècteur , sur les maladies vénériennes.

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veilleux de ses fonctions révèlent à leur enthousiasme la magnificence de la nature ! La manière dont Haller termine sa grande Physiologie est grave, religieuse et touchante ( i ). Linné n est-il pas poète sans chercher à le paraître , lorsqu'il caractérise à sa manière les différentes familles des plantes; lorsque les liliacées affectant le faste et la majesté, et que pare d’ailleurs un vêtement superbe, sont à ses yeux les princes et les grands ; et lorsqu’il voit dans les graminées la classe obscure et nombreuse du peuple, la plus réellement utile, celle qui fait la force et la richesse de l’état ? Barthez, dans la

(i) Animant Deo reddimus , cui soli ejus à morte status notas est. Adjulgentis tamen fugienti animce spei non raid in moribundis signa vidi , qui serenissimo vultu , non sine Manda subrisu , de vitd excesserunt. Qu ce ipsa mors sapientis hominis merilo ullimum est et potentissimum desiderium. Haller est rarement , dans ses ouvrages de médecine , écrivain aussi heureux. Son style, en général, manque d’élégance , et quelquefois même il est presque barbare. Cependant on reconnaît de loin-à-loin l’auteur aimable et le grand poète; il termine la description d’uns maladie qui enleva un de ses fils eu bas âge par ce trait touchant : Valu , carissime puer , vale in œternuni et expecla parentem.

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Science de /’ homme , marche souvent à côté de B u flou; et lorsqu'on arrive aux dernières pages de cet admirable ouvrage , on croirait lire les Epoques de la nature. Quelle imagination plus poétique et plus féconde que celle de Grimaud ! Combien de détails, arides dans leur isolement, se trouvent tout-à-coup animés, et brillent du plus vif intérêt par les grandes vues auxquelles fauteur a l’art de les rattacher !

Depuis la renaissance des lettres, à laquelle les médecins ont tant contribué par leurs écrits , par leurs éditions et leurs commentaires des auteurs grecs et latins, jusqu'au milieu du 1 8.me siècle, on citerait peu de médecins célèbresqui n’aient étéen même temps des poètes latins fort distingués. Ils ont orné, ou plutôt surchargé de leurs vers les frontispices de leurs livres, les préfaces , les avant-propos , les dédicaces et jusqu’aux passages les plus remarquables du texte (i). 11 est vrai que toute

(2) Voyez , quoiqu’elle ait vieilli , la petite dissertation de Thomas Barthol in ,De medicis poetis dissertatio. Ilatniæ,

cette poésie latine n est pas propre à inspirer une grande confiance, et je pense que Boileau était bien fondé à dire dans une de ses lettres à Brossette : « G est une » étrange entreprise que d écrire dans une » langue étrangère, quand nous n’avons » pas fréquenté avec les naturels du pays; » je suis persuadé que si Térence etCicé- » ron revenaient au monde, ils riraient » à gorge déployée des ouvrages latins des » Fernel, des Sannazar et des Muret. » Au reste, ce goût de poésie latine passa peu à peu de mode, et enfin se perdit presqu’entièrement lorsque les langues modernes, devenues plus fermes , plus régulières, plus hardies, eurent connu par la révélation de leurs grands écrivains le secret de leurs forces, et s'émancipant tout-à-fait se furent créé une littérature

1669. Voyez aussi Dan. Vilhel. Triller , poète lui-même. La préface de ses Opuscula medica contient une infinité de traits relatifs aux médecins poètes et littérateurs. L’ouvrage de Bordeu, intitulé : Recherches sur quelques points de l’histoire de la médecine , Liège , 2 vol. in- 12 (1764) , offre aussi dans ce genre quelques faits intéressans, dignes d’être recueillis.

propre et indépendante des idiomes anciens.

Dans cette foule d'essais poétiques latins, échappés «à des médecins distingués dans leur art, nous indiquerons quelques poëmes seulement, et de préférence ceux qui ont rapport à la Médecine, et qui aujourd hui meme jouissent encore de quelque célébrité. Pour ne rien omettre de remarquable en ce genre, nous nous reporterons à des temps déjà bien loin de nous; et d'abord nous citerons Nicandre qui a écrit deux poëmes grecs sur les poisons et leurs mauvais effets (i) ; Emilius Macer qui vivait sous Auguste, et

(î)Voicile jugement de Haller sur ces deux poëtnes ; il dit du premier qui a pour titre , Theriaca: Descriptio vijc alla , symplomata fuse recensentur , el magna farrago et incondita plantarum polissimum ale xipharmac arum subjicilur. Il ne traite pas mieux le second : Longa , incondita et nullius fdei farrago ( Bibl . Botan. , t. I , p. 54)* Cependant Nicandre a été loué par Cicéron (de Oralore , L 1). Ses ouvrages onteu de nombreuses éditions; on en possède à Vienne un très-beau manuscrit avec 43 ligures d’animaux ; et, 4e llos jours, Cadet Gassieourt en a donné une analyse dans le Bulletin de pharmacie ( 2.me année , août 1810).

qui a publié en vers latins un fort beau traité sur les herbes qui servent contre les poisons (i); Andromaque ou Andromachus, médecin de Néron , qui a décrit en vers élégiaques la composition de la thériaque et les plantes qui servent à la faire (2) ; Quintus Serenus Samonicus , célèbre médecin au temps de l'empereur Sévère, à qui l’on doit un poème latin, peu estimé quoique souvent cité, sur les médicamens (3); et Marcellus surnommé Empiricus , qui vivait à Bordeaux sous

(0 On en a une traduction française par Lucas Tremblay. Rouen , i588, in-8 , fig.

(2) Ce poëme nous a été conservé par Galien dans son traité de la Thériaque adressé à Pison. Andromaque y donne le secret de cette fameuse composition. Les empereurs Romains la faisaient préparer dans leurs palais. Elle était alors formée de soixante substances diversement combinées. De nos jours , et en certains pays , à Berlin, par exemple , cette préparation est très-simplifiée : elle se réduit à quatre drogues dont l’une , 1 opium , sert de base au remède.

(3) Morgagni , dans ses Miscellanea (Venise, 1768, in-fol. ), lui a consacré deux longues lettres, adressées à Vulpi. C’est ce même médecin qui, transporté d’admiration pour le 4-e livre de l’Iliade , ordonnait p<*ur remède delà fièvre quarte d’appliquer sur la tète des malades ce 4 .e livre dont la chaleur brûlante , selon lui , était ca-

Théodose - l’ancien (i). Nous arrivons peu-à-peu à des temps plus rapprochés du nôtre , et nous avons à citer l’auteur ou les auteurs du poëme sur la conservation de la santé, qui parut sous le nom et sous les auspices de Y Ecole de Salerne (2) ,* Alcadin , poète et médecin du 1 3. me siècle (3); Jérôme Fracastor, l’auteur du plus beau poëme latin publié dans les temps modernes (4) ; Jean Car-

pable d’opérer la guérison en fondant les humeurs. ( Voy . l’Éloge de Charles Perrault , par d’Alembert. )

(1) Ce médecin , qui fut archiâtre et Magister officioruni sous Théodose-Ie-grand , a publié en vers un traité qu’on ne lit plus , De medieamenlis empiricis , physicis et rationalibus.

(2) Ce traité , écrit en vers léonins , est dédié à Robert duc de Normandie. C’est une compilation à peine déguisée d’Emilius Maeer , ainsique Vossius l’avait déjà dit: Hune Macrum veu iis in locis sequi amat schoia Salernitana ; irno, quandoque integros esceo versus exscribit , uti ex iis videre est quœ utroqueprodita de absynthio , hyssopo et a/iis. ( De poes.lat .) Je crois avoir vu une traduction française de ce poëme en vers burlesques, format in-8.

(3) Il a laissé un poëme sur les bains de Pouzol.

(4) Syphilidis , sive morbi gcillici libri 1res. Véronne , i53o, in-4- Scaliger , médecin et poète, avait une si grande vénération pour le talent poétique de Fracastor , qu’il composa en son honneur un poëme intitulé : Ara; Fracaslorece.

no

nari (i) , Adrien J uni us (n) , Christophe Ballista (3) , François Boussuet (4), François Arsilli (5), Thomas Elyot(6)?

(1) Joannes Carnarius. Carmen de Thermis. Patavii , 1 553 , in-8.

(2) 11 passait pour l’un des plus habiles médecins de son temps. Il a laissé un grand nombre d’ouvrages de médecine et de littérature. On distingue parmi ces derniers son poème intitulé : Philippus, seu carmeti heroicum in nuptias Philippin et Mariœ regince Artgliœ. Londres , 1 554 > in~4*

(3) Christophorus Ballista. Concertatio in podagram , versibus elegiacis expressa. Tiguri , 1 555 , iu-8.

(4) Ce médecin , de Seurre en Bourgogne , a publié un poëme en i2 chants sur l’art de guérir ( De arte medendi ). Lyon , chez Matthias Bonhomme, in~4 , i55y. On lui doit un autre poëme ( De naturâ aquatilium carmeh). Lyon , 1 558 , in-4. J’ai dans ma bibliothèque un exemplaire du premier poëme ; le second ne m’est connu que par l’article de mon savant compatriote, M. Beucliot, inséré dans la Biographie universelle , t. 5 , 1812. Boussuet et Bossuet ne sont, si l’on en croit l’abbé Papillon, qu'une seule et même famille.

(5) Ce célèbre médecin-poète florissait à Rome sous les pontificats de Léon X et de son successeur. On a de lui un poëme élégiaque , intitulé De Poetis urbanis , qu’il adressa à Paul Jove , et dans lequel il parle de tous les poètes de son temps qui demeuraient à Rome. Paul Jove et Giraldi attribuent encore à Arsilli une traduction en vers latins d’un traité d’Hippocrate : mais cette traduction n’a point été imprimée.

(6) Il fut employé par Henri VIII dans diverses ambassades. On a de lui le Chdteau de santé , 1 54 1 > réim-

Laurent Sturmius (i) , Jacques Dubois, plus connu sous le nom de Sylvius del Boë ( 2 ) ; Raphaël Thorius ( 3 ) , Paul Denis (4) , Simeon de Provanchères (5) , Jean Pincierus (6) , Michel Le Long (7) ,

primé plusieurs fois , espèce de traité d’Hygiène. Je ne connais ni ce poème , ni plusieurs autres qui lui sont attribués. J’en peux dire autant des poèmes attribués au fameux écossais Pitcairn et à William-Brown , président du collège des Médecins de Londres. Ces deux médecins sont cités dans beaucoup d’ouvrages comme poètes.

(1) Laurent. Sturmii ad aphorismos paraphrasis poetica. Lion. i583.in-8. — iîig. in-16. Lind.

(2) Ses poésies latines parurent pour la première fois en i584 > in~4*

(3) Ce médecin , poète latin , vivait en Angleterre sous le roi Jacques I. Il est cité avec éloge par Louis dans l’éloge de Verdier.

(4) Pauli Dyonisii aphorismiHipp. carminé reddili. Véronne, 1699, in-4- Lind.

(5) Aphorismorum paraplirasis poetica. Senonibus, i6o3,

in-8. Lind.

(6) J. Pincierus y M. D. Otium Marpurgense. Herbonce. Nassoniorum. Anno 1 6 1 4- Libri III.

(7) Le Régime de santé. , ou VEscolc de Salerne , traduit et commenté par Maistre Michel Le Long, Privinois, docteur en médecine , avec l’Epistre de Dioclès , Carystien , touchant les présages des maladies , à Antigone , roy d’Asie ; et le serment d’Hippocrate, mis de prose en vers français , par le mesme. 3.e édition. Paris. Chez Nicolas et Jean de la Coste, 1 6 x 4» in-8.

Jean Maures (i), Daulin (2), Pierre Petit (3) , Jacques Regnier (4) , Thomas

(1) Carmen epiplo'iniion , id est ad peslis præservationem. Burdigalæ, 1 633 , in-8. L’auteur de ce petit poëme, médecin distingué, abandonna l’exercice de la médecine dans les dernières années de sa vie , pour se livrer tout entier au service divin.

(2) Burdigalæ urbis antiquissimœ et celeberrimæ descriptio encomiastica , versibus latinis compreliensa. Burdigalæ. Rom. Maviel, 1677 , in~4-

(3) Pierre Petit , membre de le Pléiade latine, et l’un des plus savans médecins du l'jfi siècle, est auteur d’un poëme latin sur le thé ( Thea sinensis). Il a aussi publié deux livres de poésies latines. Paris, 1680, in-8.

(4) Apologi Phædrii esc ludicris J. Begnerii Belnensis doct. med. Divione. Jan. 1642 , vol. in-12. Ses fables latines ne sont pas sans mérite; on en pourra juger par celle que nous allons citer , et qui a pour titre : le Cochon et le Boulanger.

Borcus sagiilœ pondéré immani piger ln liara jacebat aut edens aut dormions.

Mures odorc quos trahit vivons adeps ,

Non sentienlis illius rodant culem ,

Lardunique multis in locis morsu excavant.

Suent qui alebat pistor , huic escam ferens ,

Ut vidit illud , mariant et novit notas ,

Risu projundo , beslia 6 torpens , ait :

Te dente vivant muriumjers exedi Eosque nullo corporis motu fagas ?

Satie saginajam tua egregie s tapes !

Tune porcus illi : Qui sit hoc J'actum h aiul scia , Cum nec nocentes videritu , nec senserirn.

Guidott ( i ) , Royenüs ( 2 ) , Delacroix (3), Hebenstreit (4) ,Flemyng (5) , Jean-

Vitiis gravati dictes sensu curent ,

Ciini vulgus illos scommatis sævis fodit.

Fab. 12. Part. 2.

(1) Ce médecin a répondu par un poème à la satyre de Gédéon Harvey contre les médecins. ( Voy. l’article Harvey dans le Dictionnaire de médecine de l’ Encyclopédie méthodique. )

(2) De morbis œtatum carmen elegiacum.

(3) Ce médecin avait appris la botanique de Sébastien Vaillant. Il a écrit un petit poème de 5oo vers latins sur le Mariage des Jleurs. En 1 7 18 , Boerhaave ayant donné une édition du Botanicon parisiense de Vaillant, y inséra en entier le poème de son élève , qui parut alors pour la première fois. L’abbé Desfontaines , dans ses Lettres sur quelques écrits de ce temps , comparait ce charmant poème aux. Géorgiques. On en a plusieurs traductions en français. La plus estimée est celle de feu Bérenger, mon confrère à l’académie de Lyon , auteur des Soirées provençales. On trouve cette traduction à la fin du dernier volume des démonstrations élémentaires de Botanique, par Jean-Emmanuel Gilibert , édition de 1795.

(4) De usu partium carmen. Lipsiœ , 1 7 3 'j , in-8.— Pathologia metrica , seu de morbis carmen. Ibid. 1740* in-8. — De liomine sano et œgro carmen. Ibid. 1 753 , in-8. L’auteur était professeur de médecine dans l’université de Leipsick.

(5) Nevropalhia , sive de morbis hypocondriacis et hystericis libri très , poema medicum , autore Mi'columbo Flemyng , M. D. Amstelodami , 1741* Le docteur J. B. Moretti en a donné une traduction très-élégante en vers

Baptiste de Bonis (i) , Gloss (2) , Geoffroy (3) ? Tralles (4), Kubitz (5) , Reinhard (6) , Mazochi (7) , Demetrius Karakasse (8) , Petit-Radel (9) , etc. Cette liste est

italiens. M. Alibert, qui avait traduit ce poëme en prose française , n’a point publié sou travail, parce que la théorie de l’auteur lui a paru fausse et hypothétique.

(1) Hydroposia , seu de potu aquœ in tnorbis libri IV. Neapoli , 1754 , in-4.

(2) Carmen de cortice peruviano. Lugd. Ratav. i 760.

(3) Hygieine , sive ars sanitatem consen’andi : Voema , auctore Stephano-Ludovico Geoffroy , parisino , doctore et antiquo proj essore parisiensi , etc. Par i s iis , 1771, in-8. Lorsque ce poëme parut , Fréron en fit le plus grand éloge dans sa feuille. (Voyez V Année littéraire, 1771 , t. 8 , p. 25. )

(4) Je ne connais aucun poëme de ce célèbre médecin , que l’on cite cependant quelquefois comme poète latin.

(5 ) Je répète pour celui-ci ce que j’ai dit à l’occasion du précédent.

(G ) Christ. Tob. Eph. Reinhardi physici apud Saganos medicus pieta. Glogoviæ, 1762, in-4. Cet ouvrage renferme trois poëmes latins fort médiocres, pour ne rien dire de plus : l’un, sur la leucorrhée ; l’autre, sur la pâleur du visage , et le troisième, sur la terminaison funeste des plaies au foie.

(7) Lapis infernalis , Elego-epos. Ce poëme, sur la pierre infernale, est dédié au célèbre médecin napolitain Serrao.

(8) Demetrii Karakasse , medicinœ doctoris , poemata medica , en vers grecs , avec le latin en regard. Vienne , 1 7Ç)5 , in-8.

(9) De amoribus Pancharitis et Zoroie poerna erotico-

bien loin d être complète : je me suis borné à citer les noms les plus célèbres, ou les poèmes les plus remarquables (i).

Des recherches plus suivies , exécutées avec plus de patience et dans des dispositions d'esprit plus convenables , auraient rempli , beaucoup mieux que je

clidacticon , 2.e édition, Diclot jeune, 1 801 , in-8. — Callimachi Cyrenaici Hymni ex grœca lingua in versus lalinos ejusdem nutneri ac olini vulgati sunt , in-8, i8o5. On trouve une critique sanglante de ces deux poèmes, par M. Iloissonnade , dans le Journal de V Empire du lundi 2 avril 1810. Le critique reproche au médecin-poète des expressions impropres, des phrases et des termes qui manquent de poésie , des fautes de quantité , et , ce qui est encore plus dur , des solécismes. On doit aussi à Petit-Radel les pastorales de Longus en vers latins, et quelques autres poèmes moins considérables, entr’autres une pièce de vers latins pour célébrer le retour, en France , de Louis

(1) Parmi ces poèmes latins relatifs à des sujets généraux ou particuliers de médecine , un vrai tour de force auquel je ne connais rien de comparable en ce genre, est une consultation de Ramazzini en très-beaux vers latins, hexamètres et pentamètres, adressés à l’abbé Michel Capellari , célèbre poète italien, qui le consultait pour un érysipèle à la jambe. L’illustre professeur de Padoue exprima, dans ce conseil poétique, avec un art infini, les détails les plus minutieux du traitement et du régime. Ramazzini opéra omnia. Gcncvce , Cramer, in-4, 1717.

n’ai pu le faire , ce catalogue des médecins-poètes latins. Ce n’est donc pas sans connaître toutes les imperfections de mon travail, que j’ose le livrer au public. Je joins à cette liste incomplète , par forme de supplément , l’indication de quelquesmédecinsqui, puisant dans l’art de guérir , comme la plupart des précédens , les sujets de leurs compositions poétiques, ont exprimé en vers français les inspirations de leur muse. Je ne voudrais point remonter à une époque où la langue était encore barbare , où l art de s’en servir avec quelque élégance était un don réservé à quelques esprits rares , supérieurs à leur siècle. Je ne dois cependant point omettre ici Eustache Morel dit Deschamps, qui vivait sous Charles \I (i) ;

(i) Il figure parmi les poètes Français qui, dans le i4-e siècle , obtinrent le plus de célébrité. Ses poésies n’ont point été imprimées; on les conserve parmi les manuscrits de la bibliothèque royale. Ce médecin-poète est regardé comme l’inventeur de la chanson à boire. Je devrais peutêtre rapporter ici quelques couplets d’une chanson bachique sur les principales opérations de la chirurgie , composée vers le milieu du siècle précédent , et que j’ai quelquefois entendu chanter a nos tables plus que frugales

Symphorien Champier, médecin de Louis XI(.) ; Jacques G revin (2) ; Thibaud Lespleigney,apothicaire(3);Breytonayau(4),

d’étudians en médecine, lorsque j’étais élève de l’Ecole de santé de Montpellier. C’est une débauche d’esprit indécente sans doute, mais pleine de verve et d’originalité , que la gravité de mon sujet me permet seulement d’indiquer. Pour revenir à Eustuche Morel , ou Deschamps , il est cité dans le Dictionnaire des Sciences médicales , article Truffes , pour une ballade qn’il composa contre ce dangereux tubercule, dont il avait été incommodé après en avoir mangé avec excès.

(1) Ce médecin , l’un des plus célèbres de son temps, était né à St. -Symphorien près de Lyon. Il fut archiâtre de Louis XL II a composé des ouvrages de médecine qu’on ne lit plus , et un poëme intitulé , la Nef des dames vertueuses. On lui attribue aussi la Nef des princes. (Voyez les Mélanges tirés d’une grande bibliothèque , t. 6 ou 7. )

(2) Né à Clermont en Beauvoisis, en i538, et médecin de la duchesse de Savoie , Jacques Grevin est auteur d’une tragédieet de trois comédies : mais il est moins renommé par ses pièces de théâtre que par ses poésies galantes , qui l’ont même fait passer pour l’Anacréon de son siècle. Ses poésies seraient aujourd’hui regardées comme licencieuses. ( Anecdotes historiques , littéraires et critiques sur la médecine. Amsterdam et Paris , iy85 , 2 vol. in-12.)

(3) Promptuaire des médecines simples en rithme joyeux , Paris, i544 >

(4) Ce médecin, né dans l’Anjou, et qui long-temps exerça la médecine à Loches dans la Touraine, a publié en i583 un poëme incomplet qui a pour titre : /’JS sculape moderne. (Voyez les Mélanges tirés dune gronde bibliothèque , t. 5 ou 6. )

Claude Pontoux (1), et Joseph Duchesne (2), tous plus célèbres par leur savoir ou leur doctrine médicale, que par le talent de poète.

Le 1 7 e siècle offre les noms plus ou moins connus de Jacques et Paul Contant (1),

(1) Claude Pontoux , de Châlons-sur-Saône , qui a joui de quelque célébrité comme médecin , est connu comme poète par une pièce de théâtre intitulée : La scène française , contenant deux tragédies et trois conie'dies sur les histoires de notre temps , 1 584- ( Vo y. l’ Abrège de l’histoire du théâtre français par RI. de Mouhy t t. 2. )

(2) En latin Quercetanus , plus connu comme médecin que comme poète. Il est auteur de deux poèmes , l’un : le grand Miroir du monde , Lyon, 1 58y , in-4. — Lyon, 1 5y3 , in-8 ; et l’autre , la Moroscomie en cent octonnaires , Lyon, i583 , in-4.

(3) Les Œuvres de Jacques et Paul Contant père et fils , maistres apothicaires de la ville de Poictiers. Poictiers , 1628 , in-fol. , avec ce mauvais jeu de mots servant d’épigraphe : Du don de Dieu je suis content. Pour donner une idée du talent poétique de ces maîtres apothicaires , je citerai les vers suivons pris à l’ouverture du livre. Ils sont adressés au cèdre du Liban , 2.me Eden , p. 38 et 3y.

« Enfin je te choisis , conifère sublime ,

» Honneur du mont Lyban, l’ornement de Solyme ,

» Dont le roy Syrien fit son vaisseau rameux » Portant cent trente piés sur le monde escuineux.

» Mais ce roy sans égal , le fils de Bersabée ,

» Ayant d’un saint amour sa poitrine cnflambée,

« Te logea chèrement aux lieux où bicu chéri

de Delaunay (i) , de Fontenette (2), de Scipion Abeille (3), de Nicolas de Pe-

» Le monarque de tout l’avait pour favori ;

« Permets doue que premier je te chante et caresse,

» Et que de ta beauté mon Eden je redresse ,

*> Te faisant par mérite et par raison induict,

« Chef sur les bois feuillus que la terre produict. »

(1) Les aphorismes cP Hippocrate , en vers français, par Delaunay. Rouen, 1642, in-8.

(2) Les aphorismes d’Hippocrate , envers français, par Louis de Fontenette. Paris, 1 654-

(3) Nouvelle histoire des os , selon les anciens et les modernes , enrichie de vers , divisée en deux, parties , Paris , i685, in- 16. Ce chirurgien-poète a exprimé en prose les détails purement descriptifs et anatomiques; il a réservé pour la poésie l’indication des fonctions et des usages auxquels servent les os. C’est ainsi qu’en avait usé Molière dans sa traduction de Lucrèce qui n’a pas vu le jour. Les vers de Scipion Abeille ne sont pas absolument mauvais; on en peut juger par la citation suivante, qui suit la description de l’os coronal :

« Cet os est des plus curieux ,

>> Il a part à l’honneur de porter la couronne.

« Il sert de domicile aux yeux.

>> Et ce nom sacré qu’on lui donne » Doit être respecté des hommes et des Dieux.

» Toutes les passions de l’aine « S’impriment aisément sur lui :

» La crainte, le chagrin , la paresse, l’ennuy ,

» Tout ce que la vengeance trame ,

» La bonne , la mauvaise humeur ,

» Il découvre enfin tout , jusqu’aux secrets du cœur. »

3o DISSERTATION

chantre (i). Nous avons à citer, pour le

(i) Pe ch antre de Toulouse , fils d’un chirurgien , étudia l’art de guérir , en fit son état , et occupa même pendant quelque temps une chaire de professeur en médecine. Il est auteur d’un opéra qui n’a point été représenté , et de quatre tragédies qui ont eu les honneurs de la représentation et de l’impression. Péchantré n’est point sans mérite comme auteur dramatique ; cependant il ne figure pas même pour mémoire dans le siècle de Louis XIV, par Voltaire. Les médecins qui ont écrit pour le théâtre sont en France passablement nombreux , mais on ne citerait aucune de leurs pièces qui soit restée au répertoire. Nous avons déjà parlé de Claude Pontoux. Avant lui , Jeau Michel avait donné le Mystère de la Résurrection en trois journées. Adrien d’Amboise, valet de chambre et chirurgien des rois Charles IX et Henri III , a fait pour le théâtre la tragédie A’Holopherne , extraite de l’histoire de Judith, qui fut imprimée en i58o chez Abel Langelier. La comédie des Napolitaines , imprimée en i584 , lui est aussi attribuée. Bertrand Hardouin de St.-Jacques , surnommé Guillot Georges, duquel on a dit que la farce descendit du théâtre quand il le quitta , avait étudié la médecine dans sa jeunesse. Aussi, lorsqu’il jouait la comédie, son personnage était de contrefaire le médecin ridicule. Albin Gauthier, apothicaire d’Avrancbes, donna en 1606 une pastorale intitulée : l’Union d’ Amour et de Chasteté , en cinq actes, en vers , avec des chœurs et des chansons. Elle fut imprimée dans la même année , in- 12 , à Poitiers , chez la veuve Blanchet. Cette pièce est bien versifiée pour le siècle, le stylo en est correct et les chansons bien faites. Siméon Fauconnier , docteur en médecine , est auteur de plusieurs tragédies et comédies représentées de son vivant; mais ces pièces n’ayant point été imprimées , leurs titres

SUR LES MÉDECINS-roÈTES. 3 1

dix-huitième siècle, Dabat (i),Procope

ne sont pas parvenus jusqu’à nous. L’on doit à Pillot de la Mesnardière , médecin de Gaston duc d’Orléans , frère de Louis Xlir, deux tragédies intitulées, l’une, Alinde, et l’autre , la Pucelle cUOrleans. 11 était membre de l’Académie française , honneur extraodinaire , et que je n’ai garde d’oublier, parce que Vicq-d’Azyr et lui, sont , je crois , les seuls médecins qui aient appartenu à cette célébré compagnie. Dubois, médecin à Amiens , est auteur d’une seule comédie , jouée à Marseille en 1714» sous Ie t'tre du Jaloux trompe, imprimée à Troyes et à Paris, in-12 , chez la veuve Oudot, et dédiée à M. de Noailles , grand bailli de Malle. A Procope, dont nous aurons bientôt l’occasion de parler , il faut ajouter Delisle , médeciu de Liège , auteur d’une comédie en prose et en trois actes , intitulée : le Docteur Fagotin , satyre virulente contre Procope; LaMettrie , auteur delà Faculté Vengée , comédie imprimée en 1 747 ; Michel Tiphaigne, de Chartres, loué par Fréron , qui a fait la comédie des Etifans , imprimée en 1756; Colet , auteur du Sacha de Smyrne ; Le Febvre de St.-Ildephonse , qui a fait représenter le Connaisseur , comédie en trois actes , et Sophie ou le triomphe de la vertu , comédie en cinq actes ; et enfin Antoine Lecamus , qui a publié l’Amour et l’Amitié. D’autres se sont bornés à traduire des pièces de théâtre. Bertin , aussonnois et docteur en médecine, a traduit en français la tragédie de Podagrie , imprimée en 1082. L’on doit à M. de Cezan , docteur-régent, les Commères de Windsor, ouvrage transporté du théâtre anglais sur Je nôtre. Au moment où je corrige l’épreuve de cette feuille , j’apprends que l’on vient de jouer avec succès , au Grand-Théâtre de Lyon, Virginie , tragédie en trois actes , par M. Benoît , pharmacien de cette ville.

(0 Médecin à Tarbe en Bigorre , auteur d’odes, d’élé-

(1) y Giraud (2), Bourdelingen (3) , d’Ao

gies et de cantates , insérées dans le Mercure de France.

( Voy. ce journal pour les années 1724, 1725 et suivantes.)

(1) Il est auteur de quelques pièces de vers et d’un assez grand nombre de comédies représentées avec succès. On lit dans les Mémoires pour servir à V histoire des gens de lettres , qu’étant à Londres peu de temps après la querelle suscitée à Rousseau à l’occasion des fameux, couplets , il assura qu’il en ferait d’aussi mordans sans être aussi grand poète que Rousseau : on ajoute qu’il tint parole. Ce fut contre le dentiste Carmeline son beau-père, qu’il exerça sa verve satyrique. Les couplets qu’il fit étaient si sanglans , que jamais on n’a osé les publier. Ce médecin-poète a été joué dans une comédie de Roissy , sous le nom du docteur Lajoie. C’est aussi lui que l’auteur de la Pénélope des médecins désigne sous le nom du docteur Bavaroise.

(2) On lui donne un poëme héroï-comique en six chants et en prose, intitulé: Diabotanus ou l’Orviétan de Salins. Il y avait à Salins un apothicaire qui avait passé sa vie à composer un Orviétan. C’est le fondement de cette burlesque fiction. Voici le jugement qu’en porte Fréron dans les Lettres sur quelques écrits de ce temps , 1750 , t. 3 : « Conduite assez régulière. On y remarque , outre une grande affectation à vouloir rendre le style poétique par une surabondance d’épithètes, une satyre commune, mais tournée d’une manière plaisante, et un usage assez ingénieux de la Fable. »

(5) On attribue généralement à Bourdelingcn une satyre infâme , intitulée : l’Art ialrique , Amiens et Paris , 1776, in- 12 , de q3 pages. Cette satyre est dirigée contre plusieurs membres de la faculté de Paris, et notamment contre Lorry , Gardanne, Poissonnier et Bordeu. Ce dernier y est le plus maltraité. On l’accuse d'avoir dépouillé

SUR LES MÉDECINS-POÈTES. 33 quin(i), Bablot (2),Gueniot(3),et enfin, à une époque encore plus rapprochée de nous, Sacombe (4), Mauclerc (5), Vigne

un de ses malades qu’il conduisait aux eaux de Barrèges. C’est cette calomnie qui fit dire à Bouvard , si célèbre par ses sarcasmes , lorsqu’on lui annonça que Bordeu avait été trouvé mort dans son lit: Hé bien ! je n’aurais jamais cru que cet homme serait mort horizontalement ! Voilà le comble de l’injure; voici le comble de la louange : La mort , dit Gardanne dans son éloge de Bordeu , avait tellement peur de lui, qu’elle le surprit pendant son sommeil. D’autres attribuent l’Art iatrique à Linières , qui n’était pas médecin , mais qui paraît seulement en avoir été l’éditeur après la mort de Bourdelingen. D’autres , tels que Goulin (Encyel. mëlhod. part. Médecine, art. Intriqué ), regardent le docteur Philip comme l’auteur de cette infamie.

(1) D’Acquin de Chàteau-Lion , médecin , était rédacteur et éditeur del ’ Almanach littéraire ou Elrennes d’Apol- /on. Il a inséré dans ce recueil un bon nombre de ses poésies.

(2) On peut admirer dans celui-ci le plus heureux des époux. Il a chanté les Plaisirs du mariage . ( Vo y. le petit Almanach de Rivarol. )

(3) En voilà un qui voulait, à toute force, nous rendre le Madrigal , genre de poème tellement négligé de nos jours, qu’on peut à-peu-près le regarder comme perdu. Il n’a guère publié que des Madrigaux.

(4) H est auteur de la Luciniade , poème didactique dans lequel on trouve de temps en temps quelques beaux vers: rari liantes. La première édition parut en 1792, in-8,et la 4-e et dernière , dédiée au lloi , à jVismes , 18 1 5. On lui doit aussi la Ve'nusalgie, 1 8 1 4 ? in-8 , réimprimée en 1816, in-18, sous le titre de Venus et Adonis.

(5) L’Amour considéré relativement à la perfection morale. Montpellier, an xi.

( i ), Py de Narbonne (2) , etc. La plupart de ces poëmes français sont oubliés , et ne méritaient pas un meilleur sort; ceux qui semblaient devoir se conserver mieux, parce qu’ils étaient plus modernes, ont également subi la loi d’un juste oubli. L histoire du sujet qui m’occupe a pu

(1) Je ne connais les poésies de M. Vigué que par l’annonce qui en fut faite à l’époque où elles parurent dans le Journal de V Imprimerie et de la Librairie : Elégies par J.-B. Vigné, médecin à Rouen , iu-8 , d’une feuille et demie , chez Fériaux père , à Rouen , au profit des pauvres.

(2) J’ai l’avantage de connaître ce poète , non pas personnellement mais un peu plus que le précédent , et j’ai en ce moment, sous les yeux , un exemplaire de son Ode intitulée le Triomphe des lis, Narbonne , chez Caillard , 1814, brochure in-8 , de 26 pages. Je citerai la première strophe , quoiqu’il y en ait de bien plus drôles , pour faire juger le talent , assurément très-remarquable, du Pindare occitanien.

« Le lis , cette noble parure » Des lieux qu’embellit la nature ,

» Des premiers peuples d’Israël » Ornait et le temple et l’autel :

>> Moïse mettait ses délices » A le mêler aux sacrifices ;

>> La couronue de Salomon « N’offrit jamais d’autre fleuron ;

» Et le Cantique des Cantiques » Lui prête des vertus mystiques. »

Seule m’engager à vaincre les dégoûts attachés à de pareilles recherches , et à rassembler les titres de ces ouvrages aujourd'hui presque inconnus.

Je citerai avec plus d’intérêt et un empressement mieux fondé divers essais poétiques laissés par quelques médecins d’un grand nom, et qui furent les exercices d’une jeunesse studieuse , avide d’honneur et de renommée, ou qui dans l’âge mûr servirent de délassement à des études graves et profondes. Sauvages, à peine sorti du collège, brillait dans les sociétés d’Alais et de Montpellier, par sa facilité à faire de jolis vers ( i ) . Il faut encore placer ici les noms célèbres de Werlhof (2), de Fou-

(1) On trouve plusieurs petits poèmes île cet illustre médecin clans le Mercure de France pour les années 1728 et 1729. Elles ne sont signées que des initiales de son nom , S. de L. ( Sauvages de Lacroix. ) , docteur de Montpellier, résidant à Alais.

(2) Werlhof a pris rang , comme poète, parmi les littérateurs allemands , ainsi que l’annonce cette phrase de son éloge par Wichmann : Ob germanicœ vet o linguce peritiam , quant conscripto inlegro libro poematum abundè déclarai it , in sociétales vcn'ias leutonicas , Lipsiensem , Gotlingensem , Helinstadiensem receplus est. Voy. dans

quet (i), de Zimmermann (2), de La

les Opéra omnia de cet auteur l’introduction de l’éditeur, qui a pour titre: Memoria Werlhofii. Haller donna, en 1749, une édition des poésies de Werlhof. Je ne connais ni cet ouvrage, ni aucune autre opinion exprimée sur le talent de ce grand médecin considéré seulement comme poète. Je crains qu’il ne faille lui appliquer le jugement un peu sévère , porté sur les poètes allemands par Zimmermann , qui s’étonnait qu’aucun d’eux , à l’exemple de Creecli , ne se fût encore pendu de honte et de dépit. Lefebvre de Villebrune , traducteur de Zimmermann , renchérit encore sur cette idée , en n’exceptant de cette justice volontaire et spontanée qu’Opitzet Haller.

(1) Fouquet , dans sa jeunesse, s’était adonné à la poésie avec quelque succès. C’est au moins ce que nous apprend son éloquent panégyriste , Charles-Louis Dumas. « Il avait composé autrefois , sur la mort d’un enfant qu'il chérissait ,une courte élégie que je lui ai entendu réciter. Le caractère touchant et mélancolique de sa poésie dans cette composition , ne peut être comparé qu’aux acceus plaintifs de Haller déplorant la perte de Marianne. »> ( Eloge de M. Henri Fouquet , prononce dans la sr'ance publique de VEcole de Montpellier , le 1 1 novembre 1807, par C.-L. Dumas , directeur de l’Ecole. )

(29 Cet illustre médecin a publié, en 1706, un poème allemand sur le tremblement de terre de Lisbonne , arrivé le 6 novembre de l’année précédente. L'on y trouve, au rapport de Tissot ( Vie de M. Zimmermann , Lausanne, 1797, in-8, p. 3a), toutes les richesses de l’imagination , de grandes vues et une poésie très-agréable. Sa gloire est plus grande comme prosateur , et fondée d’ailleurs sur un plus grand nombre de titres. Il passe géué-

Mettrie ( i ) , deHensler (2) , deDarluc (3)?

râlement pour un des réformateurs de la langue et de la littérature allemandes.

(1) On trouve plusieurs vers de cet auteur dans son ouvrage de Pénélope. La dédicace de ce libelle au vicomte du Chayla est écrite en vers. Il annonce, dans une note dut. 2, qu’il avait eu le projet de traduire envers français le poëine de Fracastor sur la syphilis. Sa mort imprévue et prématurée ne lui a pas permis de tenir la parole qu’il avait donnée au public. Mais il est infiniment probable que nous aurions eu à compter un mauvais poème de plus.

(2) Professeur à Altona d’abord , puis à Kiel, ce médecin, qui a rendu son nom illustre par son histoire de la maladie vénérienne , est auteur de fort jolis contes en vers , insérés, dans le recueil des poésies de son frère , mort avant lui. M. Mathisson possédait en manuscrit un poème de sa composition , où il a déployé tout le savoir et l’esprit d’Anaxagore. Les lettres de M. Mathisson, publiées d’abord en Allemand (Zurich, 1 7g5 ), ont été traduites en Anglais par Pluinptre (Londres, 1799). On en trouve un extrait dans la Bibliothèque Britannique, t. 1 1 et 12. Hénsler n’est pas même indiqué comme poète dans l’article dû à M. Bernhard, qui lui est consacré dans la Biographie universelle.

(3) Ce médecin provençal était né avec beaucoup d’intelligence et d’esprit. Quelques vers qu’il adressa à Voltaire , et que le patriarche de la littérature française accueillit avec sa complaisance accoutumée, abusèrent Darluc sur son talent pour la poésie. Il composa, sur l’Inoculation de la petite vérole , un poème français , aujourd’hui complètement oublié. Il existe un autre poème sur l’inoculation par L. R. , Paris. Lacombe , 1775.

de Serrao (i), de Cabanis (2), de Pitt(3),

de Marc-Antoine Petit (4), de Martin

(1) Serrao s’était beaucoup livré à la poésie. Quelquesuns de ses petits poèmes furent publiés de son vivant. On trouva dans ses papiers, après sa mort, un grand nombre de vers latins et italiens.

(2) Il a traduit en très-beaux vers français une grande partie de l’Iliade. Ce travail n’a point été publié , et la famille de l’auteur en couserve le manuscrit; cependant il en a paru des fragmeus dans le poème des Mois ; deux autres ont concouru pour les prix de poésie proposés par l’ancienne Académie française , et un long fragment, après la mort de Cabanis , fut lu par M. Destutt-Tracy dans une séance publique de l’Institut. On croit qu’Àiguan , traducteur estimé d’Homère , a eu connaissance du manuscrit ci-dessus. On trouve, dans la correspondance de Grimm , plusieurs petites pièces de vers par Cabanis. Cet homme célèbre fit ses adieux à la poésie par son Serment d’un Médecin, imitation libre de celui d’Hippocrate,

(3) Mort à Lyon en j8o3, vers l’dge de 5o ans. Professeur distingué à l’Oratoire , il quitta la carrière de l’enseignement pour étudier la médecine. Devenu habile dans cette profession , il conserva les goûts de sa première jeunesse : il lisait souvent des vers à l’académie de Lyon ; les almanachs, les recueils et les journaux publiés daus cette ville depuis l’année 1780 , sont remplis de ses poésies fugitives, la plupart très-agréables. On dit qu’il a laissé eu manuscrit quelques fragmens d’un poème allégorique dans le genre du fameux poème de Casli.

(4) H composa dans son extrême jeunesse une ode sur l’Anatomie , production faible qui fut cependant remar-

SUR LES MÉDECINS-POÈTES. 3c) Î’aîné (i) } de Lépreux (2), de Baumes

quée plutôt pour le sujet que pour le talent, avec lequel le poète l’avait traité. L’auteur prit un essor plus brillant clans s&Médecine du Cœur, composée de quatre épitres en vers, dont une concourut en 1 80a- pour le prix de poésie proposé par l’Institut , et obtint une mention honorable. Cette épître n’est cependant pas la plus remarquable. La troisième se distingue de toutes les autres , dès les premiers vers, par le mouvement, la chaleur et la verve. L’auteur y prend une forme dramatique qui excite l’intérêt au plus haut degré. Plusieurs détails de médecine descriptive y sont rendus avec un rare bonheur. La lia dégénère en une stérile abondance. Onan ouïe tombeau du Mont-Cindre , dernier poëme de Marc-Antoine Petit , offre un grand nombre de beaux vers. Il est pourtant inférieur à la Médecine du Cœur.

(1) Savant médecin de Lyon et poète agréable , retiré depuis quelques années dans le Bugey sou pays natal.il a publié dans les journaux et les recueils , soit de Paris , soit de Lyon, le plus souvent en supprimant son nom , quelques pièces de poésie légère, toutes remarquables par l’esprit, la grâce et la facilité. Le même éloge , à peu de chose près, convient à Petetin , habile médecin à Lyon, mort en 1808 , qui faisait de jolis vers de société, il a publié dans un journal que rédigeait à Lyon feu Delandioe en 1802, à l’époque de la Consulta Cisalpine, un conte en vers , fort plaisant , intitulé , le Médecin tombé dans l'eau , et dont lui-même était le héros.

(2) Médecin eu chef de l’Hôtel-Dieu de Paris , mort en mai 1816, Lepreux a fait imprimer plusieurs essais poétiques qui ne sont pas sans mérite; mais il est plus connu comme médecin que comme poète. Il est auteur, à ce que l’on croit , d’une épitre au Pape.

î)I$SEPiTATION

(i) , de Cailleau (2) , de Ponza (3) , et de quelques autres qu i! serait trop long et sans doute superflu de citer (4).

(1) Nous apprenons de M. Baumes , dans sa lettre à M. Chaptal (Montpellier, 1808, in-4) , qu’il est auteur d’une tragédie non représentée, non imprimée, mais lue plusieurs fois dans des cercles brillans où les grands de ce temps-là se plurent à prodiguer leurs suffrages à l’auteur.

(2) On doit à ce médecin-poète un grand nombre d’odes, d’épitres , et d’apologues estimés , les uns imprimés et les autres restés manuscrits ; les uns lus dans des séances publiques et solennelles de sociétés savantes et littéi aires, les autres couronnés par ces mêmes sociétés. L’on ne pouvait pas moins attendre d’un homme qui avait fait d’excellentes études , et qui , avant de se consacrer à la médecine , s’était livré avec succès à l’enseignement des belles-lettres. Cailleau est aussi l’auteur d’une nouvelle traduction de la Callipédic , Bordeaux , chez Pinard , an vn — 1 799 , in- 12.

(o) Le docteur Laurent Ponza , de Saluées, est auteur d’un poème italien en quatre chants , sur l’inoculation de de la vaccine. ( L’innesto vaccina , poemetto in iv canti ciel clollor Laurenzo Ponza. Saluzze , Savigliano , z’re-8. ) Cet ouvrage jouit de quelque considération ; il est fort élégamment imprimé, et dédié à Réné Desgeuettes , professeur à l’Ecole de Médecine de Paris.

(4) Cusson père , célèbre médecin et professeur de Montpellier, a publié une ode si honnête, qu’on ne peut citer ni le sujet , ni le titre de cet opuscule, ni même l’anagramme sous laquelle il a déguisé son nom. M. Anthehnc Peysson est auteur d’un poème qui a pour titre :la Vaccine, in-8 , Paris, 1820. Un des plus célèbres médecins de l’époque pré-

Enfin , quelques médecins, parun don particulier du Ciel , se sont montrés supérieurs dans 1 art de leur choix , et en même temps ont pris rang parmi les poètes les plus distingués de leur nation. La renommée les proclame doublement fils d Apollon ( i ) . Mais ce n’est plus dans *

sente , qui a enrichi l’art de guérir, par des ouvrages tous excellens , tous remarquables , ouvre la marche burlesque des grands hommes dans \ePetit Almanach de Rivarol pour avoir commis dans son extrême jeunesse la peccadille d’une seule fable. M. le docteur Monfalcon , médecin distingué de cette ville , m’a dit que MM. Marquis et Pariset étaient auteurs de diverses poésies qui leur assurent un certain rang parmi les poètes de notre nation. On estime aussi quelques poésies imprimées de M. Miquel , rédacteur de la Gazette de Santé , auteur d’un éloge couronné de Dichat et d’un éloge de Parmentier également couronné. En (in , dans ces derniers temps , quelques jeunes médecins qui peuvent aspirer par leur savoir à une haute renommée médicale , ont publié, dans des recueils et des journaux littéraires, plusieurs pièces de vers qui annoncent d’heureuses dispositions pour la poésie ; je n’en citerai qu’un , parce qu’il m’est personnellement connu , et qu’il appartient d’ailleurs à notre ville : c’est M. le docteur Chapeau , l’un des secrétaires de notre Société de médecine.

(i) J’emprunte cette expression à La Mcltrie qui appelle Haller double fils d’ Apollon , dans la dédicace de P Homme-Machine il l’appelle encore ainsi dans la version qu’il a

notre littérature qu’il faut chercher ces noms heureux auxquels nous avons réservé la dernière partie de notre cadre. Cabanis , le seul que nous pourrions reprendre au chef précédent pour le placer ici de nouveau, ne passe pas même pour un poète français du second ordre, au lieu que Redi (1) , Bellini(ii) , Blackmore (3),

donnée des commentaires de Haller sur les Institutions

de Boerhaaee.

(x) Quoique médecin fort occupé et arcliiàtre des grandsducs de Toscane Ferdinand II et Cosme III , François Redi cultiva beaucoup la littérature italienne. Il a publié des sonnets très-estimés et un fameux dithyrambe sur les vins de la Toscane intitulé : Bacco in Toscana , Florence, i685, regardé par les Italiens comme un chef-d’œuvre qui n’a point eu d’égal et qui n’en aura peut-être jamais. Barthez n’en pensait pas ainsi. Il trouvait ce poëme médiocre, et disait plaisamment que c’était l’enseigne de tous les marchands de vin de la Toscane.

(2) Célèbre anatomiste italien, Laurent Bellini n’est pas moins connu dans sa patrie comme poète que comme médecin. Son poëme le plus considérable est la Bucclieeeide, imprimée à Florence eu 1729 , c’est-à-dire après sa mort. « C’est un poëme à demi burlesque , dit Ginguené , et il ne faut pas être médiocrement instruit pour le goûter et pour l’entendre. » O11 trouve dans plusieurs recueils ses sonnets et ses autres poésies. Il dut le goût des vers à sou maître François Redi.

(3) Richard Blackmore, chevalier, médeciudeGuill xume

Haller ( i ) , Akenside (2), Grainger

III et delà reine Anne, a publié un grand nombre de poèmes anglais , la plupart médiocres. On excepte pourtant de ce jugement sévère son poème de la Création , en 7 chants, citéavecles plus grands éloges par Adisson et par Jonbson.

(1) La première traduction complète des poésies de Haller en français parut vers le milieu du siècle dernier , un vol. in-8 , Zurich, iy5o. On en trouve un compte-rendu par Fréron dans les Lettres sur quelques écrits de ce temps , 1 y5 1 , t. 5. On en publia à Berne , en 1760, une nouvelle édition, formant un vol. in- 12 , divisé en 2 parties. En 1804 , les gazettes annoncèrent que l’on préparait à Berne une nouvelle édition in~4 , des poésies de Haller : je ne sais si elle a paru. Les Alpes sont le poème le plus remarquable de cet illustre médecin. Parmi ses autres productions en ce genre, on distingue une Ode sur l’inauguration de l’université de Goettingen, une autre sur l’éternité , plusieurs pièces de vers sur la mort de Marianne , sa première femme, et une Elégie sur la mort de la seconde. La plupartde ces petites pièces ont été imitées en vers français : l’Ode sur l’éternité l’a été par le chevalier Vatan , cornette des mousquetaires ( voy. le Conservateur, x 7^7 ) ; YEpitre à Doris par Malomon , capitaine dans le régiment de H. ( Mercure de France , février iy5o) , et par Duclos, capitaine d’infanterie au service du Duc de Deux-Ponts ( Année littéraire , 1789, t. 6 ). Quoique Haller fasse école comme poète , ses admirateurs lui reprochent cependant quelques fautes de grammaire, et quelques expressions propres au langage suisse , qui ne passe pas pour un allemand bien pur.

(2) Marc Akeuside publia, très-jeune encore , trois chants d’un poème sur les Plaisirs de l’imagination. Il passa sa vie à le retoucher. Il l’avait enfin recommencé

(i) , Darwin (2) ? Armstrong (3) ?sir Sa-

sur un nouveau plan, lorsque la mort vint l’arrêter. Les deux poèmes étincellent de traits sublimes. Ils ont placé l’auteur au nombre des grands poètes de l’Angleterre. Traduit en français par le baron d'Holbach , l’ouvrage d’Akenside ne fut guère connu en France qu’en iSoG , époque où la traduction fut publiée , Paris , in-18. L’on n’en parla même beaucoup parmi nous qu’à l’occasion du poème qu’annonçait l’abbé Delisle sur le même sujet.

(1) Grainger ou Granger , auteur d’un ouvrage de médecine fort estimé , qui a pour titre : Historiafebris anomcilæ , Batavœ , 1746, 1 74-7 » i74^i in-8. , et d’un Essai sur les maladies qui régnent dans les Indes occidentales , est encore plus connu en Angleterre comme poète. Le plus estimé de ses poèmes est celui de la Canne à sucre , en 4 chants, 1764, in-4- Ses compatriotes le rangent parmi leurs poètes du second ordre. 11 obtint les éloges et l’amitié du célèbre grammairien Sam. Johnson.

(2) On a, de Darwin, plusieurs pièces de poésie insérées dans les journaux anglais. Le Temple de la nature passe pour un poème médiocre: mais son Jardin de botanique a mis le sceau à sa réputation comme poète. Sa manière d’écrire en vers a fait école ; elle a encore un grand nombre d’imitateurs , et l’on cite l’école Darwienne eu Angleterre et en Amérique.

(3) John Armstrong est auteur d’une bonne tragédie et de diverses poésies publiées en deux volumes sous le titre de Miscellanies : mais le plus renommé de scs ouvrages en vers , est un poème sur l’art de conserver la santé ( Œconomy of Loce) , qui parut en 1 744* H est généralement regardé comme un des plus beaux poèmes didactiques qui existent dans la langue anglaise. Les gens

muël Garth(i) 5 Clément Tode (2) 7 Jean

île goût le mettent au nombre des ouvrages classiques de cette langue.

(1) Samuel Gartli, fameux poète et médecin anglais

a fondé l’Institution charitable appelée Dispensary , où l’on donne aux malades pauvres dos conseils et des remèdes gratuits. Quelques débats s’étant élevés entre lui et les apothicaires , il livra ceux-ci au ridicule dans un poème en six chants, qui est une de nos meilleures satyres modernes , et qui a pour titre The Dispensary , ou, la Guerre des médecins et des apothicaires. Cet ouvrage a été traduit en français et en prose par M.me B.*** On peut en voir un compte-rendu fort plaisant par Fréron dans Y Année littéraire ( i 7 , t. 2 ). Ce poème a un peu

perdu de son sel parmi nous, où les pharmaciens sont loin d’avoir, dans l’exercice de la médecine, la même influence qu’on leur accorde en Angleterre. J’en citerai cependant, pour le faire un peu connaître , l’exorde ou le début que Voltaire a traduit de la sorte :

« Muse , raconte-moi les débats salutaires Des médecins de Londre et des apothicaires ;

« Contre le genre humain si long-temps réunis

» Quel Dieu , pour nous sauver , les rendit ennemis?

» Comment laissèrent-ils respirer leurs malades ,

» Pour frapper à grands coups sur leurs chers camarades?'

» Comment changèrent-ils leur coiffure en armet ,

« La seringue en canon , la pilule en boulet?

» Ils connurent la gloire ; acharnés l’un sur l’autre ,

« Ils prodiguaient leur vie et nous laissaient la nôtre. »

(2) Ce célèbre médecin passe pour l’un des plus grands poètes que le Dannemarck ait produits. Le recueil de ses ouvrages littéraires parut à Kiobenau en ijqü , et forme

Melli ( i ) , Razori meme (2) , etc. , célèbres médecins, se sont placés, les uns au second rang, et les autres au premier , où plusieurs figurent comme chefs , comme maîtres dans le genre poétique qu’ils ont choisi.

En voyant ce grand nombre de médecins-poètes, qui occupent un rang si elis-

6 vol. in-8. Le premier volume renferme des poésies légères et lyriques , qui jouissent en Dannemarek delà plus grande considération. Les autres volumes contiennent divers morceaux de littérature en prose et une traduction de l 'Ecole de Salerne.

(1) Ce médecin, professeur de Chimie à Palerme , mort il y a i5 à 20 ans, a publié plusieurs ouvrages estimés de médecine : mais c’est surtout comme poète qu’il a rendu son nom célèbre. Il est auteur de dithyrambes , de bucoliques , et surtout de poésies anacréontiques , genre dans lequel il a excellé. Tous ces poèmes , très-estimés des Dilettanti di poesia , sont écrits dans le dialecte sicilien , et sont , par cette raison , peu connus hors de l’Italie.

(2) Ancien professeur de Clinique à Pavie et à Milan , M. Jean Razori a publié un grand nombre de poésies estimées des Italiens. La plus remarquable est son poème sur son exi I. Il a traduit en vers italiens te Moine et la Religieuse , poème de Wieland , le Camp de Walleinsten , de Schiller , et plusieurs autres morceaux de ce dernier. Je dois la connaissance de scs poésies à mou excellent confrère , le docteur Fonlaneilles , ancien médecin de l’hôpital militaire de Milan.

tin gué clans les littératures étrangères, on s'étonne , avec raison , que la médecine en France n’ait aucune célébrité remarquable à citer dans ce genre de talent. Il n’en faut point accuser notre langue , aussi favorable qu’aucune autre aux inspirations de la poésie , mais plutôt quelques préjugés relatifs à l’étude et à l’exercice de la médecine (i). Parmi nous, un médecin qui fait des vers , comparé à celui qui ne connaît pas cet exercice de l’imagination , ne prend d’autre avantage sur ce dernier, que de passer pour un homme dont l’éducation intellectuelle a été plus soignée. Et certes, il n’y a pas dans cette distinctioïi de quoi développer le génie poétique, que la nature, secondée

(0 II paraît que ce préjugé s’étend aussi à d’autres étatset à d’autres conditions. « Danslespays étrangers où j’ai vécu , disait lierais , on trouvait un mérite de plus à un ministre de savoir écrire des vers faciles. A Paris et à Versailles , j’ai rencontré à chaque pas, comme des obstacles , les amusemens de ma jeunesse. Celte pédanterie ridicule m’a enfin dégoûté d’un genre qui m’avait amusé, délassé et quelquefois consolé. » Correspondance de Vollaire et du cardinal de. Ber ni s, in-8 , Paris , Dupont, un vu.

par un concours plus heureux de circonstances, destinaità donner un jourde beaux fruits. Ce n'est encore-là que le sentiment des hommes les plus éclairés : car, loin de la Capitale, le talent pour la poésie dans un médecin est jugé d une manière bien plus sé v ère. Le pl u s souven t il n obtient pas même un regard ; et, lorsqu’on le remarque, il s’éteint bientôt dans le dédain et le mépris. Un médecin qui compose des vers est, aux yeux de la province, un homme frivole qui fait l’abus le plus déplorable de son temps et de ses facultés, et auquel il est dangereux de confier le soin de ses plus chers intérêts , de sa santé et de sa vie.

Que l’on juge bien autrement des médecins-poètes en Angleterre et surtout en Italie ! Les savans qui ne sont que savans y prennent un rang inférieur par rapport à ceux qui réunissent au don de la science le don plus rare de l'imagination et des talcns littéraires.

Cette opinion est infiniment juste ; elle est fondée dans la nature même : l’exer-

eice de l'imagination n’est point incompatible, selon les temps et les sujets, avec les habitudes d'un esprit grave et méditati f. Une foule d’exemples s’offrent à moi , et je n’ai que la peine de choisir les plus marquans. Quelle tête a généralisé plus d'idées , et conçu autant d’abstractions métaphysiques que celle de Platon ; et cependant avec quelle magnificence de style , avec quelle poésie , avec quelle éloquence il sait exprimer les principes de cette vaste et profonde philosophie ! C’est assurément, sous tous les rapports, l’homme qui fait le plus d honneur à l’espèce humaine. Le fameux Luther ne nous est guère connu que comme hérésiarque; cependant, au milieu de ses discussions théologiques, il se signala par des poésies dans lesquelles on trouve beaucoup de feu , de fqrce et d élévation ; elles sont toujours admirées en Allemagne, et y servent encore de modèles ( i ) . Le grand

(i) Il peint quelquefois à la manière des orientaux. Ses comparaisons sont en général hardies et originales. En voici unequi peut faire juger de3 autres: «L’esprit humain,

Bacon est souvent poète : le charme de 1 élocution , le style orné, les mouvemens oratoires , les comparaisons ingénieuses se font remarquer dans ses ouvrages les plus sérieux et les plus philosophiques. Son petit traité : De sapientiâ veterum , est un savant poème où l’on trouve à la fois un agrément infini et une solide instruction . On connaît généralement le goût et le talent de Leibnitz pour la poésie. Il a fait des vers français qui ne sont pas sans mérite : mais son poème latin, sur la mort de Jean-Frédéric duc de Brunswick , son protecteur , est son chef-d’œu-

clit-il quelque part , est comme un paysan ivre à cheval , qui s’incline sans résistance du côté où le pousse le trot de sa monture: » saillie piquante plutôt que juste, dont le sens exprime un profond mépris de la raison , et conduirait à penser avec Haller ( voy. Usong et Alfred , et le Dialogue entre Fabius et Caton ) , avec Linguet, avec Rivarol , avec Rumford, et d’autres partisans plus modernes du pouvoir absolu , que l’espèce humaine doit être partagée en deux classes : celle des hommes habiles et éclairés , destinés à commander aux autres, et celle des ignorans nés pour obéir ; que le gouvernement de la Chine est le plus voisin de la perfection , et que des millions de bras doivent être des organes passifs, mus par la volonté d’un seul ou par celle de quelques bonnes têtes.

SUR LES MÉDECINS-POÈTES. 5l

vre , et mérite d'être compté parmi les plus beaux d’entre les modernes. Bonnet, que l'habitude de contempler les merveilles de la nature avait rendu poète à son insu , anime les pages de ses productions philosophiques par un style plein d’enthousiasme et d’inspiration. Mais l’ouvrage en France où l’on a allié avec le plus d'art et de bonheur la métaphysique et l’imagination du style , est celui de Maine de Biran , sur Y Influence de l'habitude , Paris , an xi , in- 8. Lorsque la théorie de l’auteur sera passée de mode, et ce changement est déjà bien avancé , son ouvrage restera, et toujours peut-être, comme un modèle presqu’inimi table de la manière vive , piquante, animée, poétique avec laquelle un homme d’un talent supérieur peut traiter un sujet de pure philosophie.

La partie technique et descriptive de la médecine , l’anatomie, la matière médicale, par exemple, ne sont susceptibles ni de développemens oratoires, ni de couleurs poétiques : mais la morale de l’art

de guérir, l’esprit dans lequel il en faut étudier les préceptes, les pratiques à suivre pour conserver la santé, les rapports de cet art avec la nature entière , toutes les parties enfin de la littérature médicale , peuvent devenir, dans les mains d’un homme habile et doué d’un beau talent pour l’expression , des sujets de peintures à la fois brillantes et fidèles. Certes, un médecin qui s’aviserait de trai ter en vers l’anatomie, serait mille fois plus ridicule aujourd’hui que ne le furent autrefois le père Bulfier, écrivant ainsi lin traité de Géographie , et les pieux Solitai res de Port-Royal exprimant en vers barbares les règles de la syntaxe grecque et de la syntaxe latine (i).

(i) Comme rien n’est impossible au talent, il trouve encore clans ces détails arides quelques traits, quelques vues dont il s’empare avec une heureuse vivacité. Tous les médecins savent par cœur des vers , non pas riches de poésie , mais très-remarquables par la précision, qui lurent composéssur les dix paires de nerfs cérébraux, à l’époque où l’on en comptait seulement dix.

« Le plaisir des parfums nous vient de la première ,

» La seconde nous fait jouir de la lumière;

D autres rapports, qu il est intéressant

»> La troisième à nos yeux donne le mouvement ;

La quatrième trahit les secrets d’un amant ;

» La cinquième parcourt l’une et l’autre mâchoire;

» La sixième nous peint le mépris ou la gloire ;

» La septième connaît les sons et les accords ;

» La huitième au-dedans fait jouer cent ressorts;

3> La neuvième aux discours lient notre langue prête , » Et la dixième enfin meut le col et la tête. »

Je rapporterai encore les vers suivans , compose's à Lyon , dans l’amphithéâtre de l’Hôtel-Dieu , en 179..., aussi bien tournés que les précédées , mais plus burlesques , sur les muscles jumeaux ou gastroenémiens de Sabatier et de M. Loyer ( Bifémoro-calcaniens de M. Chaussieretde Dumas qui , dans leur nomenclature myologique, s’accordent à donner la même dénomination à ces muscles ). C’est un fragment d’une longue tirade.

« Condyles du fémur , vous leur donnez attache :

« Et toi , calcanéum ! songe à remplir ta tâche ,

” Quand tu vois accourir par de graisseux sentiers,

» Les tendons réunis de ces muscles ailiers. »

Une variante traditionnelle donne ainsi lesecond vers :

« Et toi , calcanéum , remplis ta noble tâche , etc. »

Ces efforts du talent sont impuissans et peut-être ridicules, mais on peut citer comme modèles de difficultés relatives à la partie technique de la médecine , heureusement vaincues par la poésie , la description du cabinet de Ruysch dans le second chant de la Pétrc'ide , par Thomas ; celle des eaux de St.-Sauveur par le chevalier de Berlin , dans une lettre écrite des Pyrénées ; l’histoire de l’inoculation vaccinale et delà pustule qui en résulte, par M. Casimir Delavigne , dans son poème sur la vaccine, qui concourut en iBifi pour le prix de poésie proposé par

de faire connaître, lient encore la médecine à la poésie.

Les poètes ont quelquefois servi d'une

l’Académie française ; le passage suivant sur le traitement d’un hémorragie utérine, par notre célèbre compatriote , Marc- Antoine Petit , extrait de sa Médecine du cœur , 5.e épitre à Forlis, etc. etc.

« J’approchai la victime , et , pour premier secours ,

» De 1’ air trop concentré je l’établis le cours ;

» Sur son corps dépouillé l’onde à flots est jetée ,

» L’onde succède à l’onde; et la glace ajoutée,

» Aux vaisseaux sans ressort donnant quelque vigueur , » Retient le sang qui fuit , et le reporte au cœur:

» La chaleur naît partout sous le froid de la glace.

» Sur le duvet alors avec soin je la place ;

» Dans des voiles légers j’enveloppe son corps ;

» De ses membres roidis j’agite les ressorts;

» Je réchauffe son sein par le feu d’un breuvage;

» Au sentiment partout j’ouvre un libre passage.

» Pour aller jusqu’à lui j'invoque la douleur ;

» J’allume en vingt endroits son feu conservateur ;

» J’éveille chaque sens, au gré de mon envie ,

» Et les appelle tous au secours de la vie. »

Quelques mots , quelques hémistiches faibles ou parasites , que j’ai soulignés , ne sauraient faire méconnaître le talent et le charme d’expression qui régnent généralement dans ce morceau.

Les vers suivans de Voltaire sur l’hématose, doivent également trouver leur place ici :

« Demandez à Sylva par quel secret mystère ,

» Ce pain , cet aliment dans mon corps digéré ,

manière délicate et généreuse la cause des médecins. Ce noble dévouement remonte aux temps les plus reculés. Homère livre à l'admiration de la postérité les noms des médecins habiles qui rendirent des services aux Grecs rassemblés sous les murs de Troye. Antoine Musa fut bien plus touché des vers et des poèmes que lui consacrèrent Horace et Virgile, que des richesses et des honneurs dont Auguste ne cessa de le combler. Ce fut un poète ami de Van-Helmont qui prépara la haute renommée que cet illustre médecin acquit plus tard par son propre mérite. Dans ses discussions avec Wytt

»Se transforme en un lait doucement préparé ;

«Comment , toujours filtré dans ses routes certaines,

«En longs ruisseaux de pourpre il courtenfler mesveines?* ( Voy. Œuvres complètes, Mélanges litt.)

Je trouve Louis Racine moins heureux lorsque , s’exprimant en vers sur le même sujet ou plutôt sur la circulation du sang , il dit :

« Mais qui donne à mon sang cette ardeur salutaire?

« Sans mon ordre il nourrit ma chaleur nécessaire;

» D’un mouvement égal il agite mon cœur ;

« Dans ce centre fécond il forme sa liqueur ,

« Et vient me réchauffer par sa rapide course. »

sur l'irritabilité , Haller se plaint avec quelque amertume de ce que son adversaire regardant sa cause comme gagnée, s’en est vanté lui-même, et a permis que son triomphe fut célébré par de petits vers insérés dans les journaux anglais (i).

Lorry dut à ses écrits la plus grande partie de sa gloire, et les gens de lettres, dont il affectait les manières et dont la plupart l’avaient choisi pour leur médecin , y contribuèrent puissamment. Plus heureux encore , Tronchin est presque entièrement redevable de la sienne à Voltaire et aux autres grands poètes de cette époque. Malgré l’inoculation qu’il naturalisa en France , malgré la confiance que lui accorda le duc d’Orléans, et sa qualité d’étranger, qui est parmi nous un moyen assuré de faire fortune, cet homme, qui se montra souvent médiocre la plume à la main et dans des délibérations solennelles avec ses confrères, n’eut brillé

(i) El triumphos etiam versiculis in diariis anglicis editis sibi cani passas eut. Voyez le tome j.e de la grande Physiologie. Préfacé , note p.

que d'un éclat éphémère, si l’assistance alors toute-puissante des gens de lettres lui eût manqué (i).

CO L’engouement pour les médecins était alors extrême , et par conséquent fort ridicule: on n’appelait point de leurs décisions. Les femmes avaient pour leurs avis line docilité et une soumission qui ne pouvaient être comparées , dit M. de Levis ( Souvenirs et Portraits , in-8, Paris, i (8 1 3 ) , qu’aux mêmes sentimens éprouvés par leurs aïeules vers la lin du règne de Louis XIV pour leurs directeurs. Tronchin prescrivit aux femmes de frotter elles-mêmes leurs appartenons , et aussitôt il fut obéi. Les marchandes de modes, qui avaientdéjà inventé les Bonnets à V inoculation , imaginèrent alors pour vêtir les femmes qui se livraient à cet exercice, des robes du matin qu’elles appelèrent des Tronchines. A peu près à cette époque , Sigault ayant pratiqué en Fi ance , pour la première fois et avec beaucoup de succès, l’opération de la symphyse , il excita beaucoup d’enthousiasme , et la mode, fidèle à la fortune de la médecine , créa les coiffures à la symphyse , des rubans à la symphyse , des nœuds d’épée et des boucles à la symphyse. ( Voy. l’Espion anglais , 1785 , t. 7 , in-12, p. 202.) Un jour Tronchin rêva que le potage affaiblissait les forces digestives, et il lança contre ce simple et modeste mets un violent anathème qui le fit chasser de la table des grands: mais le proscrit conserva tous scs avantages chez le pauvre et chez l’artisan où il continua de régner paisiblement et presque sans rivaux. Mieux inspiré une autre fois , il inventa , pour servir les goûts studieux de ce siècle savant, des pupitres fort commodes qui ont conservé son nom , comme jadis Asclépiade , dans des temps où régnait

Il n'est point de profession qui n ait ses loisirs, comme il n’en est aucune qui n’ait son service pénible et ses dégoûts.

tin autre genre de mollesse et de corruption , donna aux lîomains les Lech pensiles. Rien n’égalait, à cette époque, l’aveuglement et la crédulité des gens du monde, si ce n’est l’arrogance des médecins. Leurs sarcasmes n’épargnaient personne. Bouvard, l’un des plus rudes jouteurs dans ce genre d’esprit, s’en donnait comme le rat de Lafontaine retiré dans un fromage de Hollande. On a conservé plusieurs de ses injures qu’on appelait humblement des bons mots. 11 dit un jour à l’abbé Terray qui se plaiguait de souffrir comme un damné: Quoi! déjà , Monseigneur ! Cet enthousiasme pour un art essentiellement grave , et qui ne veut que des hommages sérieux , raisonnés , dignes de lui , ne pouvait satisfaire les gens sensés : ils gémissaient de voir la ridicule admiration dont les ministres du temple d’Epidaure étaient les objets , et la considéj ation due au noble caractère du médecin fut peut-être plus affaiblie par ce puéril engouement qu’elle ne l’avait été un siècle auparavant par tout le gros poivre de Molière. Ou m’accusera peut-être de parler avec irrévérence d’un des plus beaux génies qui aient honoré les temps modernes. Personne n’éprouve plus d’admiration que moi pour ses immortels écrits; mais il me semble que Molière est moins heureux dans ses critiques des médecins, que dans celles qu’il a faites des autres états de la société : je le trouve, dans les premières , commun et bouffon plutôt que plaisaut, et je ne reconnais plus dans ses grotesques peintures l’auteur de Tartufe et du Misanthrope. Beaumarchais est plus malheureux encore ; il se donne un mal infini pour n’être que dur , caustique et grossier.

Pourquoi la poésie , considérée comme un honnête délassement à des études sérieuses, comme une consolation dans les amertumes du cœur, comme un doux stimulant dans les langueurs de l’esprit, serait-elle interdite au médecin? Aucune profession n offre des tableaux plus déchirans que la nôtre, et n’a plus besoin de semblables repos. Je ne connais d’ailleurs aucun exercice de l’intelligence plus respectable que le travail du poète ; je n’en connais point qui développe plus heureusement la sensibilité, qui dispose plus sûrement à la bienveillance, à rhumanité , au dévouement envers nos semblables , en un mot , à tous les sentimens généreux qui doivent remplir sans cesse le cœur du médecin.

Démétri us Karakasse , médecin grec , a fort bien exposé , dans la préface en vers de ses poésies , les circonstances qui dans

Régnard, critiquant les médecins , a montré , je crois, plus d’adresse, il a peut-être mieux, atteint le but: scs plaisanteries contre eux sont toujours ingénieuses, fines, enjouées j il me paraît en un mot plus homme de bonne compagnie que les deux autres dans ce genre si facile , si rebattu et d’ailleurs si pitoyable de satire.

fio DISSERTATION

l'exercice de son art lui laissaient des loisirs pour la culture des lettres, enflammaient son imagination, excitaient dans son ame un enthousiasme divin , et portaient à son comble le délire poétique. Son histoire est celle de tous les médecins que la nature a doués d’une exquise sensibilité (i).

C est dans ces circonstances d'une activité que l’habitude a rendu nécessaire à l’esprit, et dont il cherche seulement alors à varier les sujets ou l’emploi, que furent composées les Epigrammes latines de

(i) Demetrii Ka/'akasse medecinœ doctoris Poeniata medica , en grec. Traduction en prose latine et libre par l’auteur lui-même. Vienne, i yc)5 , in-8. , de 2^6 pages. Le vrai nom de l'auteur est Démétrius; Karakasse est un surnom. Le premier poëme est un recueil de préceptes relatifs à l’exercice de la médecine; le second traite de la simplification à apporter dans les traitemens et dans le choix des moyens thérapeutiques; le troisième a pour objet l’utilité des méthodes expectantes dans les maladies désespérées ; le quatrième nous apprend à réduire à de justes bornes l’emploi de la saignée dans les maladies aiguës. Un autre poëme est consacré à la description d’une maladie grave que ce médecin éprouva pour avoir reçu, dans la poitrine , un coup de pied de cheval. L’ouvrage est terminé par de petits poëmes grecs sur divers sujets.

Christophe Cachet, médecin lorrain qui vivait à la fin du i6.e et au commencement du 17.® siècle, et que Guy-Patin, dans ses lettres, n’a pas laissé sans éloges. 11 appela ses épigrammes : Exercitationes ecjuestres , parce qu'il les avait composées la plupart à cheval , dans les voyages que son état l’obligeait de faire.

D’un autre côfe, chacun, dans la carrière où il est entré, doit trouver des heures pour le repos , et peut, selon la tournure de son esprit, les employer diversement. Cette partie de notre temps , qui n’appartient point aux devoirs, est absolument à nous ; et nous n’en devons compte à personne. Un médecin qui fait des vers meme détestables, et qui a la faiblesse de les lire à ses amis ou de les publier , n’est pas plus ridicule que son confrère qui perd une partie d’échecs, que Mead passionné pour les tableaux, les gravures, les antiquités, et sans cesse dupe des marchands (i) ; que Boerhaave

(1) « Il arrive quelquefois, dit LaMettrie, lorsqu’on ^rieutle consulter , qu’un malade d’un côté lui raconte sou

jouant de la guittare pour se délasser des fatigues attachées à l’exercice et à renseignement de la médecine (1) , que Traites ayant à côté de son pupitre un orgue sur lequel il jouait des airs, lorsqu’une méditation prolongée pendant plusieurs heures l’obligeait de donner quelque relâche à la pensée (2) , que le médecin peintre, graveur, tourneur, musicien (3), amateur de livres, de médailles, etc.

mal , tandis que de l’autre un brocanteur lui montre un tableau , ce qui en forme un très-plaisant. » ( Ouvrage cle Pénélope ou Machiavel en médecine. Berlin , 1748 , t. 2. )

(1) « Quand Boerhaave ne pouvait sortir de chez lui , il jouait de la guittare , divertissement plus propre que tout autre à succéder aux occupations sérieuses et tristes, mais qui demande une certaine douceur d’an\e , que les gens livrés à ces sortes d’occupations n’ont pas et ne connaissent pas toujours. » ( Funtencllc , Eloge de Boerhaave. )

(2) C’est ainsi qu’il s’offrit à IM. Gilibert le père, lorsque celui-ci, allant de Lyon en Pologne , passa à liresla vv , et visita Tralles que l’on regardait alors comme un des premiers médecins de l’Europe.

(5) Millin passant à Auxerre ( Voyage dans les département du midi de la Fiance, 1807 , in-8 , t. 1 , chap. xi, p. 1 50 ) , alla au spectacle. « On nous donna, dit-il, Maison à vendre , etc. L’orchestre était composé d’amateurs, et coudait par le premier médecin de la ville. Si

SUR LES MÉDECINS-POÈTES. 63 L’extrême complaisance que le médecin est sans cesse obligé d'avoir dans l’exercice de ses fonctions, surtout avec les grands et les riches, 1 obéissance à des ordres absolus, à des appels exigeans que les convenances ne lui permettent pas toujours de réduire à leur juste valeur, la tolérance polieet même l'intérêt apparent avec lesquels il est forcé tous les jours d’écouter les contes les plus ridicules, les opinions les plus extravagantes , les jugemens les plus absurdes, affaibliraient en lui avec le temps 1 habitude de la liberté et l’indépendance de l’esprit, s’il ne reprenait ces généreux sentimens, qu’il ne peut jamais perdre tout-à-fait, à leur source même, c’est-à-dire, dans des études littéraires et philosophiques qui isolent lame, interrompent pour elle les effets de ce dangereux commerce , et lui font estimer ce qu elle vaut la faveur fausse, fière, passagère ou intéressée des grands. Fontenelle avait fort bien senti les avantages de ces

ce suivant d’Esculnpe ne guérit pas toujours ses malades, il doit au moins les traiter gaîincnt. »

études, lorsqu’il disait : «Les lettres et les sciences forment assez naturellement des anaes indépendantes, parce quelles modèrent beaucoup les désirs. »

Ï1 ne serait pas difficile de remonter à l’origine de cette alliance , si singulière au premier aspect, que la médecine a formée avec la poésie ; il ne serait pas non plus sans intérêt de rechercher comment des rapports , à la fois si intimes et si durables, ont pu s’établir entre le premier des arts d’imagination et la plus grave des sciences. Quelle autre science en effet mérite mieux ce nom , et demande une tête plus froide , des combinaisons plus réfléchies , plus d’exercice du jugement , plus d’habileté dans l’art de raisonner ! Quelle autre aussi souffre moins l’enthousiasme , précisément parce que ses moyens ne dépassent pas un but déterminé d’utilité , et que ses méditations s’exercent continuellement sur des objets sérieux!

J’ai déjà dit que la poésie chez les anciens n’avait point en général ce caractère léger, frivole et servile qu elle a ac-

quis parminous en se séparant des sciences et de la philosophie, et, s’il est permis de le dire, en se dégradant. Elle parlait alors un lançra^e mâle et sévère : elle était l’art de, rendre avec énergie et vivacité, ou par un tour harmonieux capable de les graver plus profondément dans la mémoire des hommes (i) , des senti mens, des pensées, des maximes, des règles et des pra-

(i) La prosodie et la versification développent singulièrement le génie poétique. L’harmonie du vers , a dit Platon , sert d’aliment à l’enthousiasme créateur. C’est dans le même sens que la célèbre Anne-Louise Karschin disait: « Dès que je pouvais saisir le vrai ton , le poëme entier coulait sans peine. « Mais ce 11e sont pas là les seuls avantages du rythme poétique : il sert singulièrement la mémoire de celui qui étudie ; il appelle les mots et les range dans l’ordre où les veut la composition du discours ; il se retient même indépendamment d’eux, et les supplée. Numéros meniini si verbci tenerem. ( Trirgile , Eglogues. ) Le rythme est aux habitudes de l’oreille , ce que la symétrie est à celle des yeux. Nous ferons remarquer , sous le double rapport établi ci-dessus, qu’en 1812, lorsque l’armée française s’avançait sur Moscou, la plupart des proclamations publiées par le gouverneur-général de cette place, comte Rostopcbine , étaient en style biblique et en prose rimée. ( Histoire de Napoléon et de la Grande-Année en 1812, par le général comte de Segur. Paris , 1 8a5 , livre S , chap. 2. )

tiques utiles au bonheur. La raison et la vérité n’avaient pas de véhicule plus prompt et plus sur pour aller à leur but. Voyez comme Homère est penseur! Aucun poète n'a mieux connu que lui la nature humaine ; aucun autre n a paré avec plus de grâce et de goût la sagesse et la vertu : il allie la profondeur des idées à la sublimité des images.

J'ai montré d’un autre côté que la médecine ne consiste pas toute en préceptes dont l’expression exclut 1 emploi des figures et des ornemens : elle a aussi ses doctrines métaphysiques, ses abstractions sublimes , sa littérature, ses pompes, ses solennités, et même ses fêtes , si j’ose ainsi parler ; elle tient à la nature entière ; et par une foule de considérations élevées, elle confond son langage avec celui de la plus haute poésie. Faut-il donc s’étonner que la Médecine ait trouvé des génies pour proclamer ses triomphes , pour célébrer ses merveilles , lorsque de vaines sciences , et par exemple, l’Astrologie et la Magie, comptent aussi leurs poètes !

Voilà pour la partie spéculative de l’art de guérir. Quant à sa pratique , il est également facile de découvrir les raisons qui ont quelquefois porté la médecine et la poésie à s embrasser étroitement , et à combiner leurs moyens et leur influence pour l’utilité et le bonheur du genre humain.

Après les sciences religieuses , aucune autre science ne parle plus vivement que la Médecine à l’imagination des hommes.

Combien d’occasions et de moyens n’at-elle pas pour faire passer dans les cœurs les plus étranges persuasions ! Le succès de ses opérations tient en grande partie à cet honnête artifice. 11 ne suffit pas qu’un médecin soit instruit, et capable d’ordonner habilement toutes les parties d’un traitement long, compliqué, ou difficile, il faut encore, pour qu’il obtienne un heureux résultat de ses combinaisons et de ses soins , qu’il pénètre profondément dans l ame de son malade , et qu’il s’empare avec art de sa confiance et de son imagination. Rien ne lui est inutile

pour arriver à ce but, ni l'adresse, ni la variété, ni l'ornement du langage , et* il est à chaque instant placé dans des hypothèses singulières, peu différentes de celles où se trouvent un orateur , un poète, un magistrat , par rapport à la multitude assemblée dont ils veulent obtenir la bienveillance et diriger les mouvemens.

On en conviendra facilement, si I on considèrecette foule d'intérêts subalternes que le médecin est sans cesse obligé d'animer ou de contenir. Il lui faut , dans le même jour ,et quelquefois au même instant, exciter au devoir et au dévouement des serviteurs paresseux ou infidèles; calmer ou remettre à leur vraie mesure des craintes que l'erreur, la tendresse, ou des sentimens moins respectables se plaisent à exagérer»; opposer un front plein d'assurance à l'empressement de l'empirisme accouru aux premiers cris de la douleur et toujours prêt à violer sur ses pas fasile où elle a transporté tous les tourmens de l’enfer; conjurer les orages qui s’élèvent contre fait et contre l’homme de bien

Chargé par état de le représenter ; éluder , sans cependant désobliger qui que ce soit , les questions pressantes, délicates ou captieuses; répondre avec dignité aux plaintes, aux reproches, aux menaces, aux injures, aux bouffonneries , aux sarcasmes , aux calomnies même, et, ce qui est peut-être le comble de l’art, aux emportemens affectés de la fausse douleur. Que l'on prononce à présent, et que l’on dise si des habitudes et des formes de langage , puisées dans la culture des lettres et de la poésie , sont inutiles au médecin , et si celui qui possède ces avantages n’a pas plus de moyens pour réussir et faire respecter sa profession et son caractère , que celui qui en est privé ( i ) !

(1) Je suis fort disposé à croire avec le vulgaire : morbos non verbis curari , sed herbis ; j’adopte aussi la même opinion exprimée sans jeu de mots et plus élégamment par Celse : Morbos non eloquentia sed remediis curari , et elinguem quoque medicum , usu ipsius artis probe edoc ium , magnum in sua scientia Jieri passe artijicem. Mais je trouve bien plus conforme à la vérité cette sentence de Sénèque : Non quærit æger medicum eloquenlem sed sanantem ; sed si ita competit , ut idem ille qui sanare polest comté de bis quœ J'acieiula sunt disserat , boni

Avec tous ces antécédens, est-il donc étonnant qua une époque où les hommes il étaient pas aussi généralement instruits qu ilsle sont de nos jours; où les méthodes philosophiques n’avaient point encore introduit dans letude et l’exercice de la Médecine cette marche sûre et sévère qui la distingue à présent; où elle recevait sans examen et sans choix les tributs d’une physique grossière ou. les rêveries d’une chimie imprudente ; où l’art était confondu avec des arts étrangers, avec des sciences ignobles, inutiles ou dangereuses dont il a depuis long-temps séparé ses intérêts ; où , par une abstraction bien naturelle à l’homme qui souffre et à celui qui accourt pour le soulager, on ne voyait dans les maladies que la douleur, et nullement l’ensemble des symptômes auxquels elle est liée, le principe ou la cause dont elle émane ; est-il donc étonnant ,

consulet. Sealiger a rendu la même idée avec moins d’agrément, mais avec plus d’énergie , lorsqu’il a dit: Humilies qui sine litteris medicinain tractant, sitniles sunt iis qui in aliéna foro lit i gant.

SUR LES MÉDECINS- POÈTES. rj I

dis-je, que l’humanitc au désespoir ait fait un appel à tous les arts bienfaisans et consolateurs, et quelle ait rassemblé autour de 1 homme malade ou mourant tous les charmes de la Mythologie, de la Féerie, de la Magie, selon les illusions des âges et des croyances, et quelle ait aussi quelquefois recouru à l'enchantement plus réel et plus raisonnable de la Musique, de l’Eloquence et de la Poésie?

Un homme, profondément instrui t dans notre art, qui , dans des maladies désespérées ne prescrit rien , ou qui ne prescrit que des remèdes simples , agréables ou insignifians, est encore utile, par cela meme qu’il tient la place d un mauvais médecin.

Ces rapports entre la Médecine et les arts d'imagination m’avaient autrefois occupé et même vivement intéressé (i).

(i) Pendant six mois passés à Paris en 1807 , livré à des études profondes en médecine , que j’appelais mes travaux d’ordre , parce qu’ils m’occupaient d’une manière plus spéciale , je cherchai , par manière de délassement , à connaître tous les ouvrages des

Mais j’avais presque entièrement perdu

médecins-poètes et littérateurs que je pouvais rassembler. Les nombreuses et immenses bibliothèques de la capitale me permirent aisément de satisfaire cette curiosité. J’indiquerai aux médecins qui seraient tentés de continuer mes recherches ou de les reprendre , d’après un meilleur plan , parmi ces vastes dépôts de livres , ceux où j’ai trouvé le plus à lire dans ce genre, et je citerai d’abord la Bibliothèque de l’Arsenal , la plus remarquable par la variété des ouvrages qu’elle renferme, ce qui devait être s’il est vrai , comme on le dit , qu’elle se soit formée peu-à-peu et par la réunion de plusieurs bibliothèques particulières. J’ai ensuite à nommer la Bibliothèque Royale, puis celle de Ste. -Geneviève ; et comme la plus dépourvue de toutes pour cette espèce de recherches , celle de l’École de Médeine, quoique le célèbre professeur Moreau , de la Sarthe , qui était alors conservateur de cette dernière , mît à ma disposition , avec une complaisance qui ne peut être égalée que par son grand savoir, tous les livresque j’avais quelque intérêt à consulter. Le premier résultat de ces recherches fut un Discours sur les medecins-poètes , que je lus en 1 8oy dans une séance du Cercle littéraire de Lyon , lorsque j’eus l’honneur d’y être admis comme membre titulaire. Plus tard, c’est-à-dire en décembre 1812, nommé membre de l’Académie de Lyon , ces mêmes recherches me servirent encore pour composer mon Discours sur la littérature du médecin , que je lus dans la séance publique tenue, par cette savante compagnie, le mardi 18 mai 181 3 , discours que j’aurais publié depuis long temps, si mes idées sur cette question n’avaient changé à plusieurs égards , et si je n’avais formé le projet de la traiter un jour avec plus de développement.

de vue le travail qui en était résulte , lorsque le poëme de M. Alexis Clerc, sur la Maternité (i), a ranimé mon premier goût pour ces recherches. J ai rassemblé les notes et les extraits que j’avais depuis long-temps rédigés ; et , y joignant les produits de quelques études et observations plus récentes, j’ai composé à la hâte, et au milieu de travaux plus sérieux, cette courte dissertation.

Le sujet choisi parM. Clerc, et la manière en général heureuse avec laquelle il l’a traité, étaient bien propres en effet à reporter vivement mon attention sur un travail à-peu-près abandonné. Le but de son poëme est d’exposer aux femmes, dans un genre de littérature capable de les intéresser et de leur plaire , les devoirs qu elles ont à remplir pendant les périodes les plus importantes de leur vie, celles qui constituent letat de grossesse , les couches et l’allaitement.

(i) La Maternité, poëme pnr Alexis Clerc, médecin k Rive-de-Gier (Loire), i.re épitre , in-8, Lyon, 1834-

Ce n’est pas la première fois qu’on avait essayé de traiter en vers une pareille matière. Le poème de S.te-Marthe, que nous avons cité , renferme dans sa première partie d'excellens conseils aux femmes grosses. Plusieurs passages de la Callipèdie, par Claude Quillet , se rapportent au même sujet : mais le poème du premier est devenu rare , et les deux auteurs , dépourvus de connaissances en médecine, ont du traiter la question d’une manière agréable plutôt que savante, en poètes plutôt qu’en médecins. Sacomben’a point épargné les exhortations aux jeunes femmes qui vont connaître le bonheur d’être mères. On pourra juger le talent et le style de M. Clerc par la citation suivante , que je prends , sans trop choisir, au début même de son poème :

LA MATERNITÉ. — Première Epitre.

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