‹ Dissertation sur les médecines-poètesChapitre 3 sur 3 · A MA FEMME · texte numérisé non relu

A MA FEMME

Le devoir, chère YUis , m’éloigne de la France,

Par de tendres écrits embellissons l’absence.

Soyons vrais : parlons-nous des pensers du réveil ,

Des longs chagrins du jour , des erreurs du sommeil;

Ecrivons nos désirs, nos craintes, nos alarmes ;

En un mot, s’il se peut , traçons jusqu’à nos larmes.

Un soir , las des ennuis et des travaux du jour,

En cherchant le sommeil , je rêvais à l’amour.

La crainte, le soupçon , l’atFreuse jalousie ,

De leurs traits déchirans me peignaient mon amie.

Ici , je te voyais près d’un fat orgueilleux ,

Applaudir à son geste et répondre à ses yeux;

Là, le vieillard glacé regrettait sa jeunesse ,

Ton pied pressant le sien ranimait sa vieillesse :

Le riche avec orgueil étalait son trésor;

Et, quand tu m’oubliais, je t’adorais encor.

Mais d’un songe imposteur pourquoi tracer l’histoire,

Et d’un fantôme vain effrayer ma mémoire ?

Laissons cette chimère; et, tranquille (i) un moment.

Ecrivons en docteur et non pas en amant.

Il me semble que ces vers sont agréables, faciles et bien tournés. Si je inexprimé d’une manière aussi dubitative, cest qu’un littérateur de cette ville, dont je respecte infiniment l’esprit , le goût et

(i) Tranquille au singulier est peut-être un solécisme: cette locution produit sur moi le même effet que/e disons , je -faisons ,je soussigné certifions. Je n’ose cependant assurer encore que ce soit-là une faute contre la syntaxe : mais je crois fort qu’ Urbain Domergue , mon ancien maître lorsqu’il était instituteur à Ste.-Foy-lès-Lyon , l’aurait décidé ainsi, même sans essayer cette phrase avec sa fameuse éprouvette grammaticale du Judicande et du Judicateur.

la critique, a porté de ce poëme un jugement opposé au mien, dans les Tablettes historiques et littéraires de Lyon. ( Voyez le N.° 1 3q , du 3o janvier 1825.)

Tous les soins qui peuvent assurer aux femmes d heure uses grossesses et de bonnes couches sont indiqués par M. Clerc dans son épître. 11 a porté l’attention jusqu’à tracer le régime moral qui convient dans cette première période de la maternité.

Un seul conseil, bienimportantsansdoute, s’y fait désirer ; c’est la seule lacune que j’aie remarqué : je prendrai la liberté d'y suppléer par les vers suivans , que je trouve dans mes notes, sans savoir à quel poète les donner :

Domptez vos passions : défendez votre cœur D’un amour trop ardent , du chagrin , de la peur; Évitez avec soin tout sentiment extrême ,

Et jusqucs aux transports de l’époux qui vous aime. Pour conserver le fruit de vos premiers plaisirs. Réprimez désormais vos amoureux désirs :

Au feu qui vit en vous un nouveau feu peut nuire ,

Et ce qu’amour a fait , amour peut le détruire.

Je ne crois pas que la prose puisse exprimer avec plus de clarté , et en même

temps avec plus de décence , un conseil sage et utile que les égards dus à la pudeur rendaient si difficile à donner (i). Ces vers ne sont , au reste , qu’une heureuse imitation de ce passage dans le poëme de S.le-Marthe :

Vos venerem immodicam , o rnatres , si cura salutis , Vos venerem vitate : sibi nocet ipsa , suumque Sœp'e retexil opus : cordati qualis Ulyssis JJxor amalorum turbam diim J'allit hiantem.

Lie. 1.

Telle est l’histoire ? esquissée à grands

(1) La prose, en général, n’est point heureuse lorsqu’elle a de pareilles détails à rendre : elle est presque inévitablement cynique ou obscure. Cependant Rousseau , dans le 9.™ livre de scs Confessions , décrivant les fréquentes courses qu’il faisait de l’Hermitage à Aubonne pour voir M.me d’Houdetot , et voulant tout dire à quelque prix que ce fût , s’est tiré d’un si mauvais pas en habile écrivain , comme on en peut juger parle passage suivant : « Ma tête se troublait , uu éblouissement m’aveuglait , mes genonx tremblans ne pouvaient me soutenir; j’étais forcé de m’arrêter , de m’asseoir ; toute ma machine était dans un désordre inconcevable ; j’étais prêt à m’évanouir. Instruit du danger , je tâchais en partant de me distraire et de penser à autre chose. Je n’avais pas fait vingt pas que les mêmes souvenirs et tous les accidens qui en étaient la suite , revenaient m’assaillir sans qu’il me fût possible de m’en délivrer; et , de quelque façon que je îu’y sois pu prendre , je ne crois pas qu’il me soit jamais

traits et certainement très-imparfaite, des médecins-poètes. Je n’ai pas du citer tous les médecins qui ont publié des vers : un pareil catalogue eût été sans fin comme sans intérêt (1) ; et, d’un autre côté , en bornant mon choix à ceux qui n’ont fait que des poèmes excelle ns , il eût fallu connaître , pour traiter â fond un pareil sujet , non pas seulement toutes les langues, mais encore toutes les littératures étrangères.

arrivé de faire seul ce trajet impunément. J’arrivais à Aubonne , faible , épuisé , rendu , me soutenant à peine. A l’instant que je la voyais , tout était réparé , je ne sentais plus auprès d’elle que l’importunité d’une vigueur inépuisable et toujours inutile. » Ce récit en dit trop et n’en dit pas assez ; il est comme la lune où chacun peut voir ce qu’il veut.

(1) Fallait-il , par exemple , citer Lorry parmi les médecins-poètes , parce qu’il est auteur de ce joli distique sur les embarras du jour de l’an ?

Hœc est ilia cites quel plebs vesana furensque Se fugiendo petit , seque petendo Jugit.

( Voyez son éloge par Vicq-d’Azir. )

De même , Nostradanuis mérite-t-il un rang parmi les poètes-médecins , parce que ce rêveur a cru devoir engucniller de rimes (je demande grâce pour l’expression ) le langage barbare dans lequel il a exprimé ses extravagances i*

Je m’estimerais déjà fort heureux si j’avais pu seulement découvrir quelquesunes des causes secrètes qui font passer quelquefois , dans l’esprit naturellement froid , observateur et contemplatif du médecin ^enthousiasme et les agitations du poète, qui, d’autres fois, font couler de sa plume taillée pour un style sévère les grâces et les images d’une diction ornée; et qui, dans des circonstances plus rares encore, tournent la verve et l’inspiration du poète vers des objets arides et inanimés, qui semblent uniquement appartenir à la science du médecin. J’attache aussi quelque prix à l’avantage d’avoir, l’un des premiers , traité un semblable sujet (1) ; je croirai même participer à la

(1) J’ai cité , page 4 > l’ouvrage de Tli. Bartholin : De jnedicis poetis , publié il y a cent cinquante-six ans ; cette dissertation est si surannée, et diffère d’ailleurs tellement de la mienne pour le plan , que je n’ai pu y rien puiser , et je l'indique ici seulement pour mémoire. Je connais ensuite une Notice sur quelques poèmes médicaux , par M. Alibert, insérée d’abord dans le Recueil de littérature médicale étrangère , t. 2 , p. 122 , an vu , et ensuite dans Je Magasin encyclopédique de Millin. Cette notice, écrite

gloire d'un travail plus complet, si cette dissertation , telle qu elle est avec ses inexactitudes , ses lacunes et ses nombreux défauts, pouvait déterminer quelque jour un homme de talent à exécuter cet intéressant travail.

d’ailleurs avec le talent qui distingue l’auteur, et qui le fait généralement regarder aujourd’hui comme notre plus élégant écrivain en médecine , forme en tout 8 pages , ou une demi-feuille d’impression dans le premier recueil , et se borne à nommer Fracastor , Ste. -Marthe , Claude Quillet, Haller, Flemyng et Moretti. Je ne crois pas qu'on ait publié autre chose sur les médecins-poètes.

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