PREMIÈRE PARTIE
ëtaient pour lui la ressource (a plus facile et la plus productive. De là s^s invectives contre un sexe à qui sa Êiibiesse ne permettait pas de se livrer, comme lui^ aux durs et pénibles travaux devenus maintenant son partage.
Non seulement les relations sociales , mais les idées religieuses^ se présentent avec un caractère nouveau sous le fond primitif qui les recouvre. II est curieux de voir comment ie poète se tourmente quelquefois pour faire accorder les anciennes histoires qu'il nous raconte avec les idées qui dominaient de son temps. Ainsi ^ lorsque les hommes et les Jieux habitaient ensemble , que Prométhée vivait encore en bonne intelligence avec Jupiter, c'est-à-dire, dans le temps où ces fables fiu*ent composées, et où les esprits, encore grossiers, ne se formaient sur les qualités divines que les notions les plus imparfaites, le maitre des dieux lui-même pouvait quelquefois être pris pour dupe, et Ton ne devait trouver rien d'étonnant à ce qu'il se laissât tromper par la ruse de Prométhée. Mais, à l'époque d'Hésiode, une telle opinion sur les dieux était en contradiction avec les idées reçues : aussi le poète a-t-il soin d'avertir que si Jupiter se laissa tromper, c'est «parce qu'il le voulut bien. II insiste même sur ce point, sur la sagesse du dieu aux conseils élernels^y comme s'il craignait qu'on l'accusât d'hétérodoxie. Dans le poème des Œuvres et des Jours, où l'on re-
i Théog.v. 550-551, v. 561.
trouve Tépisode de Pandore , l'histoire de Prométhée et sa ruse sont encore rappelées^ mais rapidement^, et avec une concision d'autant plus remarquable, que tout le reste du récit est plus développé et d'une manière plus poétique que dans le premier. On dirait qu'un poète plus sévère a rejeté ces détails indignes de la majesté divine.
Il y a aussi dans la Théogonie autre chose que l'exposé mal compris des croyances des siècles passés ; la science quelquefois y fait place à la poésie. Outre les divers omemens dont est rehaussé çà et là le fond obscur des antiques cosmogonies, des parties considérables sont encore animées d'un souffle épique puissant. En face des épopées héroïques s'étaient constituées, dans lage précédent, des épopées religieuses nées des systèmes cosmogoniques , mais où Ton reconnaissait à peine quelques traces de leur première origine. Ces terribles bouleversemens du globe, ces luttes des forces de la nature figurées symboliquement dans les religions sacerdotales, étaient devenues, dans les croyances populaires, des luttes véritables entre des dieux ennemis, et Ton chantait leurs combats comme ceux des héros. Un fragment de ces
* Œuvr. et J.Le poète ne dit qu*un mot sur la tromperie de Prome'the'e , i^ccmtTUtnv : ii sVtend un peu davantage sur le toI du feu, Eschyle , dans^ son Prométhe'e , ne parle absolument que de ce toI. Ce sera seulement long-temps après que Lucien , pour tourner en ridicule une religion vieillie, ira rechercher les anciennes histoires sur les dieux , ëcartëcs d*abord par un sentiment plus pur de la perfection divine.