‹ Dissertation sur les œuvres d'HésiodeChapitre 8 sur 26 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

suit une marche inverse de ia précédente , et que le poète antique fait ici ce quaurait pu faire un grammairien d'Alexandrie, ou même un critique des temps modernes.

Partout, dans la Théogonie , on sent le travail d une époque moderne sur une époque ancienne qui n'est plus comprise; partout^ au milieu des idées dun autre âge , se font jour les idées d un âge nouveau , non seulement dans ce qui regarde les systèmes mythologiques, mais encore dans ce qui se rapporte à letat social. Nous en avons une preuve dans la fable de Pandore , jetée de la manière la plus épisodique au milieu de toute cette généalogie. Dans Tesprit des anciens my thographes , la femme , cette puissance séductrice de la nature , dont la beauté fatale enivre les sens et trouble la raison; fa femme , cet objet de discorde placé au milieu des guerriers pour les armer les uns contre les autres , dut se présenter comme le génie du mal, créé pour charmer et perdre rhomme\ De là cette fiction de Pandore, que Jupiter, irrité contre les mortels, ordonne à Vulcain de former, et que Minerve doit parer de ses propres mains ^

1 Aux époques les plus anciennes, fobjet de'sirable, c*est l'or. Ay^nt de s*armer pour redemander Hélène , les Grecs s'étaient réunis pour la conquête de la toison d'or. 11 y a progrès chez les héros de la guerre de Troie.

^ Théogonie y épisode de Pandore. Dans les Œuvres et les Jours » où se retrouve cet épisode, la femme est un fléau, parce qu'elle ouvre la boîte où Jupiter avait renfermé tous les maux. De i'examen comparé de ces deux épisodes , je serais porté à conclure trois choses :

C'est là le terrible présent qu'il prépare aux malheureux humains^ ce mal séduisant ( k^ov i(g.xov ) auquel ils ne peuvent se soustraire. Chez le poète moderne qui rapporte cette antique tradition y Pandore est encore un fléau y mais ce n est plus à cause de sa fatale beauté^ c çst parce qu elle a donné naissance à cette race pernicieuse dont la paresse fait le malheur de leurs époux y à ces funestes compagnes de Thomme qui, comme des bourdons parasites 9 nont qua se nourrir du travail d'autrui. Combien nous sommes déjà loin de cette poésie idéale qui ne représentait que les mœurs héroïques, qui ne chantait que les héros et les épouses des héros ! No>us entrons dans une société où le besoin du travail se fait sentir, où laide de la femme est devenue plus nécessaire à l'homme que dans ces temps oii la guerre et le pillage

1» qu ils sont de poètes différens ; S» qu'ils ont été composés sur un fond commun ; 3® que celui de ia Théogonie se rapproche plus de cet ancien fond , du moins dans la première partie , jusqu'à cette yioiente diatribe du poète contre les femmes. Cependant, si l'un des deux épisodes avait servi de modèle à l'autre . ce qui ne serait pas tout-àfait impossible , je persisterais toujours à croire qu'ils sont de poètes différens, et que celui de la Théogonie tsi plus ancien: seulement il serait alors nécessaire de supposer que la dernière partie de cet épisode est une addition moderne.

M. de ia Barre, Acad. des inscript., tome xvi, qui croit que la Théogonie et ie poème des Œuvres et des Jours appartiennent au même poète , avoue pourtant que la différence des deux épisodes est uu argument trè»-fort contre cette opinion.

Je ne puis développer dans cette thèse les preuves à l'appui des opinions que j'ai avancées ; je le ferai , si on Vexïge , de vive voix , à l'examen.

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