‹ Dissertation sur les prophétiesChapitre 26 sur 50 · ARTICLE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE QUATRIÈME

PROPHÉTIES SUR l'oRIGINE ET LA. NAIS- SAÏÏGE DU MESSIE.

J^lous diviserons ce chapitre en trois paragraphes. Dans le premier, nous examinerons les prophéties sur la race dont devait sortir le Messie; dans le second, celles sur le lieu où il devait nattre; dans le troisième , celles sur la personne qui devait le mettre au monde.

Prophétie^ qui annonçaient que le Messie descendrait de David.

Je ne m'arrêterai pas à prouver que c'était d'Abraham , d^Isaac et de Jacob que

devait descendre le Messie ; nous ayons vu les promesses positives faites par Dieu luimême à ces patriarclies : d'ailleurs, c'était d'eux que descendait tout le peuple hébreu « dont le Messie devait faire partie : ainsi ce point ne doit faire aucune difficulté. J'ai aussi rapporté la prophétie par laquelle Ja* cob prédit à son fils Juda, que ce sera la tribu issue de lui qui donnera au monde le Messie. Ce que j'ai à établir ici est que parmi la ti*ibu de Juda c'était dans la famille de David que devait naître le Messie , et que Jésus -Christ est véritablement issu de ce prince.

I. Noi^s voyons dans plusieurs endroits la promesse faite à David d'un royaume éternel qui doit exister dans sa postérité. Nathan, après avoir annoncé à ce prince que son fils bâtirait un temple au Seigneur , ajoute c P^otre maison sera fidèle ». F'ous <uerrez votre royaume durer éternellement, et votre trâns sera perpétuellement stable (i). Dans un dé ses psaumes , David rappelle à peu près dans les mêmes termes cette prédiction ; parlant de lui-même , il dit : Dieu Va juré, et ne mentira pas, qu'il eonsen^ra éternellement sa postérité, et que son trône subsistera aussi long-temps que le soleil et la lune (2). Une promesse aussi magnifiquie ne peut pas re^

garder Salomon , dont le règue ne devait pas être éternel , à moins qu'on ne veuille la lui appliquer typiquement et comme figure du futur Messie. On ne peut non plus l'adapter à la succession des princes du sang de David, qui n'ont pas éternellement régné, et dont la souveraineté se termina à la captivité de Babylone. Il faut donc voir s'il n'y a pas un autre descendant de David qui ait fondé un royaume étemel : si nous le trouvous , nous ne pourrons pas douter que ce ne soit une prophétie de ce personnage 4 Taccomplissement nous en montrera le sens et nous en prouvera la divinité. Nous disons donc que cette promesse de Nathan à David fait partie de la suite d'oracles sacrés dont nous avons eu occasion de dire un mot , et que nous verrons plus amplement par la suite prononcés par divers prophètes , et réalisés en Jésus-Christ. Ce que nous considérons en ce moment, c'est qu'il est promis à David que de lui descendra le Messie, fondateur d'un nouveau royaume.

Outre la promesse faite à la personne dq David, que le Messie descendrait de lui, nous avons d'autres prophéties faites depuis,^ qui annonçaient au peuple juif que ce serait de cette famille qu'il recevrait l'objçt de son attente. // sortira, dit Isaïe, un re-

jeton de la tige de Jessé, et une/leur s'élè^ vera de sa racine , et [esprit du Seigneur reposera sur lui, l'esprit de sagesse et din^ telligence, l'esprit de conseil et de force , V esprit de science et de piété; et l'esprit de crainte de Seigneur le remplira» Le prophète entre ensuite dans des détails poéticpes que nous aurons occasion de considérer^ sur la justice de ce descendant de Jessé, sur la paix qu'il donnera au monde, sur la science du Seigneur dont il remplira la terre; et il ajoute : En ce temps-là sera le rejeton de lessé éleyé comme un étendard parmi les peuples; les nations l'invoqueront , et son sépulcre sera glorieux (3). Il est clair que .le prophète parle d'un descendant de Jessé , ôu d'Isaïe, père de Dayid^ les caractères qu'il lui donne sont si admirables , qu'ils ne peuvent conyenir qu'au Messie (4).

Jérémie prédit aussi la même chose: F^oi- /À , dit le Seigneur y les jours qui arrivent oà je susciterai de David un descendant juste ( et selon la paraphrase de Jonathan , Da-vid le Messie des justes ) y et le fx>i régnera et il sera sage, et il rendra sur la terre la justice avec jugement. Dans ces jours y Juda sera sauvé, et Israël habitera avec confiance; et tel est le nom dont on tappeUeray le Sei-gneur qui est notre Juste (5)» Il est encore

certain que c'est un descendant de David qu'annonce ici Jérémie ; et qu'il donne à ce descendant des titres si pompeux, des fonctions si relevées, qu'on ne peut les entendre que du Messie.

Ezécbiel n'est pas moins précis. Je susciterai sur elles (sur mes brebis) un pasteur gui les fera paître, mon serviteur Da^id; il les fera paître et il sera leur pasteur. Et moi le Seigneur^ je serai leur Dieu, et mon serviteur David sera leur prince au milieu deux. C'est moi le Seigneur qui ai parlé ainsi; et je ferai avec eUx un pacte de paix (6). 11 est certain que ce n'est pas la personne de David qu'Ézécbiel promet pour pasteur , puisqu'il y avait quatre siècles el demi que ce prince était mort. C'est donc un de ses descendants qu'il annonce (7). C'est parmi les Juifs un usage assez commun de donner aux descendahts le nom d'un ancêtre distingué; et sans en cbercher d'autres exemples , nous venons d'en voir un qui est précisément dans l'espèce présente: c'est cette paraphrase de Jonathan où la prophétie de Jérémie est rendue en ces termes : Je susciterai David le Messie des justes.

II. Quelques docteurs juifs , pour détourner l'application de ces oracles au Messie, ont imaginé que c'est Zorobabel que les pro-

phèies ont en'yue , sur le simple fondement que Zorobabel a été descendant de David et chef du peuple hébreu (8). Mais les expressions des prophéties sont trop magniCques pour être entendues de ce prince , qui dans le fait n'a eu autorité que sur environ cinquante mille personnes, et même une autorité subalterne , soumise à celle des rois de Perse , et encore une autorité continuellement traversée par les attaques de ses voisins, qui ne cessaient de harceler et de troubler la république renaissante.

Au reste , celle interprétation tardive de quelques rabbins est absolument contraire à la doctrine constante de leurs pères. Tous , diaprés les prophéties , attendaient un Messie descendant de David. Tous les targumistes , tous les thâlmudisles , tous les anciens écrivains de leur nation y sont précis. Hous avons dans Thistoire éyaiïgélique des témoignages formels de celte opinion générale. Le prêtre Zacharie, à la naissance de son fils Jean-Baptiste , rendant grâces au Seigneur de la rédemption qu41 va accorder à son peuple , dit , que le Dieu d Israël a élevé le signe du salut dans la maison de Davidson seiyiteury ainsi qu'il l'a annoncé par la bouche de ses saints prophètes, qu'il a suscités dans le cours des siècles (9)* Interrogé^

par Jésus* Christ sur ce qu'ils pensent de l'origine du Christ, les pharisiens lui répon** dent qu'il doit descendre de David (lo). Quand les malades, implorant sa bienfai-» sauce , veulent lui témoigner qu'ils le reconnaissent pour le Messie, ils l'appellent le fils de David (i i). Lorsqu'émerveillés de ses prodiges , les Juifs expriment leur doute s'il n'est pas l'objet de leur attente, ils demandent s'il serait en effet le fils de David (12). Pour lui faire honneur à son entrée dan^s Jérusalem, ils crient , hosanna au fils de David (i3) ! Enfin l'opinion des Juifs, que le Messie devait naître dans la famillç de Davidf était si constante , si bien connue , que, pour mettre fin à tous les mouvements* et aux révoltes que ce peuple ne cessait de renouveler, excité par de faux messies, et par la persuasion que le temps fixé par les prophètes était arrivé , Trajan fit mettre à mort tout ce qu'on put découvrir des descendants de David ; et ce fut une des causes du mar-< tyre de saint Siméon, proche parent de Jésus- Christ , et issu comme lui de la race royale* m. Que Jésus-Christ fût descendant de David, c'es.t un point sur lequel il est impossible de former un doute raisonnable : sa généalogie est rapportée par deux évangélisles; nous venons de voir les témoignages

que lui rendaient les Juifs de son temps : et ce qui achève de porter cette vérité au plus haut point de démonstration , c'est qu'elle n'a été contestée par aucun ennemi de la religion, soit juif, soit païen, quelqu'intérèt qu'ils eussent à la combattre.

Nous devons convenir , et nous l'avons déjà observé , que cette circonstance d'être du sang de David, si elle était isolée , ne suffirait pas pour prouver la divine mission de Jésus-Christ; elle montrerait seulement que ce caractère attribué au Messie ne lui manque pas. Mais en inspirant à ses prophètes la désignation de ce caractère général de descendant de David , la providence a voulu qu'ils 7 joignissent des traits spéciaux qui , entre tous les descendants de David , particularisassent et fissent reconnaître le personnage qu'ils annonçaient. Ainsi Nathan ne promet pas seulement à David un descendant illustre ; il lui prédit pour ce descendant un royaume éternel. Ainsi Isaïe, après avoir dit qu'un rejeton s'élèvera de la racine de Jessé, ajoute qu'il sera rempli de l'esprit du Seigneur; que toutes les nations l'invoqueront; que son sépulcre sera glorieux. Ainsi Jérémie , à la prédiction d'un descendant de David , joint celle que ce sera un roi qui établira la justice sur la terre , qui la jugera ,

qui sauvera les hommes , qui sera appelé notre Seigneur juste. Ainsi Ezéchiel annonçant un David futur , le désigne sous Temblême d'un pasteur qui mènera dans les pâturages les brebis du Seigneur, et d'un prince qui sera au milieu d'elles. Yoilà bien des circonstances qu'il était impossible à ces prophètes de prévoir par leurs lumières naturelles, tant de siècles à Tavance. Il ne serait pas non plus raisonnable de prétendre que ces divers prophètes ayant chacun de leur côté fait au hasard ces prédictions, elles sont venues toutes fortuitement s'effectuer. Si donc nous voyons toutes ces particularités exactement réunies dans un seul homme, qui soit en même temps descendant de David^ il sera évident qu'elles ont été inspirées par Dieu, et que le personnage dans lequel elles se réalisent est un envoyé céleste : or , nous disons que tous ces caractères se trouvent pleinement réunis dans la personne de Jésus- Christ ; nous le prouverons de chacun d'eux en détail : ils feront le sujet d'articles séparés; mais nous nous abstenons d'en rapporter ici les preuves, pour éviter les répétitions auxquelles elles nous entraîneraient.

IV. A cette démonstration , propre à convaincre les ennemis du christianisme de toutes les classes, nous ajouterons un rai-

soaQCfment bien sûr contre les Juifs « qui. persistent à attendre le Messie prédit par les prophètes » et qui reconnaissent que c'est du sang de David qu'il doit naître : c'est qu'ils doivent avouer que ce Messie est venu , puisque la postérité de David , ou est éteinte d'après la reqlierclie qui en a été faite sous Trajan , ou est tellement confondue avec les autres générations juives, qu'il est devenu • impossible de la discerner. C'est une. chose bien digne de rem^que, que jusqu'à l'épo* que qui a donné au monde Jésus-Cbrist , les Juifs aient conservé avec un soin ejitréme leurs généalogies , et que depuis ce temps elles soient absolument perdues. Pour peu qu'on y réfléchisse , on ne peut s'empêcher d'être frappé d'admiration, en contemplant ce trait de la providence. Avant que lô Messie ne fût venu , il était important que les généalogies se conservassent, afin qu'il fût certain que le Messie était de la race des patriarches et de David ; depuis sa venue « il a été utile que toutes Içs races juives se confondissent , afin de montrer qu'on ne devait plus l'attendre. Et dans le fait, s'il se présentait aujourd'hui parmi les Juifs, comme il s'en est élevé plusieurs dans le siècle de Jésus -Christ , un homme qui prétendît être le Messie ^ comment pourrait-il prouver

sa filiation? Comment établirait-il qu'il est issu des patriarches , et non de quelque prosélite, ou de quelqu'un de ceux que Salmanasar transporta à Samarie ? Quels titres produirait-il pour montrer qu'il est de la tribu de Jnda, de la famille de David? La descendance de David est un des caractères essentiels du Messie : cette descendance ne peut plus être prouvée^ le Messie ne pourrait donc plus être reconnu*

y. C'est ici le lieu d'examiner une des objections les plus familières aux incrédules ; elle est relative aux deux généalogies de Jésus- Christ y rapportées par saint Matthieu et par saint Luc: a D'abord^ dit- « on , dans l'une et dans l'autre , c'est la géc< néalogie de Joseph qui est présentée ; mais « rien n'était plus inutile et plus hors de ce propos , si Jésus était non pas son fils , « mais seulement fils de Marie. D'ailleurs, « en nous donnant en deux endroits cette a filiation, il fallait au moins faire cadrer, fc ensemble les deux récits : au lieu de cela « nous voyons entre l'un et l'autre une opcc position formelle ^ elles ne s'accordent « que jusqu'à David. De David à Joseph , tt c'est une continuelle conti^adîction. Saint « Matthieu fait descendre Joseph de David « par Roboam, et par la suite des rois de

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ce Juda jusqu'à Jéchonias. Saint Luc l'en te fait descendre par Natban, et par une sac- «« cession d'ancêtres inconnus. Les deux gé- « nêalogies présentent les générations de Sa- CK lathiel et de Zorobabel , mais avec des dif- « férences essentielles. Dans saint Matthieu, « Salathiel est engendré par Jéchonias ; et « saint Luc le fait fils de Néri. Selon saint « Matthieu, c'est par Abiud que Joseph des- <c cend de Zorobabel ; selon saint Luc , c'est « par Résa et par une toute autre suite « d'aïeux. Jusqu'au père de Joseph , n'est pas ce le même dans les deux : dans saint Mat- N thieu, Joseph est fils de Jacob: dans saint « Luc, il est le fils d'Héli. Et qu'on ne dise « pas que ce sont des noms différents des te mêmes personnes; car le nombre des gère nérations est différent dans les deux géce néalogies. De David à Joseph , saint Mat- « thieu n'en compte que vingt-huit , et saint ee Luc en produit quaranle-un. Gomment, et concluent les incrédules, peut -on nous et donner pour des faits certains, pour des «« histoires inspirées par le Saint-Esprit, deux ee récits absolument contradictoires? Si l'un ee est vrai , l'autre est évidemment faux. » VI. Une première considération aurait du commencer à arrêter les incrédules, et les faire au moins douter de la vérité de

SUR LBS PROPHÉTIES. i3

leur inculpation. Lorsque saint Luc écrivait M>n évangile, il connaissait très-certainement celui de saint Matthieu, écrit dix ans auparavant pour les Juifs et dans leur langue , et qui était très-répandu dans la Judée , surtout parmi les chrétiens. Il lui eut donc été très-facile d'éviter une contradiction ; et si c'en était ici une réelle, il n'y aurait certainement pas manqué. Quand nous ne connaîtrions aucun moyen de concilier l'apparente opposition des deux généalogies , cette réflexion suffirait pour nous faire croirequ'il n'y a point de contradiction entre les deux écrivains sacrés : il est tout simple qu'à une aussi grande distance de temps , et dans l'ignorance où nous sommes de beaucoup d'usages du peuple juif, nous ayons de la peine à concilier des récits dont les différences viennent de ces usages. Au temps où écrivaient les deux évangélistes, on connaissait parfaitement les motifs de la diversité : c'est ce qui les a empêchés de l'éviter.

. Mais est-il vrai que nous soyons dans l'impuissance de concilier les deux généalogies? Divers commentateurs en ont donné diverses explications^ dont plusieurs sont très-satisfaisantes; il serait trop long de les rapporter toutes : je me contenterai de présenter celle qui me parait la plus probable.

1 4 IMSSERTATIOïr

Il fatit observer qae parmi le peuple juif il n'était pas d'usage de faire entrer les femmes dans les généalogies. Quand une suite de générations finissait par une femmes au lieu de la nommer dans la généalogie , on nommait son mari , que l'on faisait succéder au beau- père, sans faire mention de la femme: ce gendre était appelé le fils dé celui dont il avait épousé la fille. Ainsi on connaissait deux manières d'être le fils d'un homme : l'une propre et naturelle, d'avoir été engendré par lui ; l'autre impropre et légale , d'avoir épousé la fille qu'il avait engendrée.

D'après cette observation, la diversité des deux généalogies s'explique naturellement. St. Matthieu donne la généalogie de Joseph, en descendant d'Abraham à lui ; Saint Luc donne la généalogie de Marie , en remontant de Joseph son époux jusqu'à Adam, et même jusqu'à Dieu. Héli,dont il fait fils Joseph, est le même qu'Héliacim ou Joachim , que l'on sait avoir clé père de la sainte Vierge ; en hébreu , ce n'est qu'un seul nom : ainsi , quand St. Luc dit que Joseph fut fils d'Héli , il ne contredit pointSt. Matthieu, qui le fait fils de Jacob : il était proprement fils de Jacob, qui l'avait engendré; il était improprement fils d'Héli , dont il avoit épousé la fille. Il en est de même de Salathiel , fils du roi Je-

SUR LES PROPMÉf TES. l 5

cbonias, et gendre de Néri, qui ëtait de même que lui du sang royal. Ce qui donne da poids à cette explication , c'est la diffé^ rente manière dont s'expriment les deux évangélistes en déduisant leurs généalogies. St. Matthieu rapporte lés générations d'après l'ordre propre et naturel ; il dit : Abraham engendra Isaac , et ainsi de suite jusqu'à Ja^ cob, qui engendra Joseph époux de Marie, dé laquelle est né Jésus appelé Christ: il parle donc clairement de générations naturelles. Saint Luc se sert d'expressions toutes différentes : il dit : Jésus , à ce qu'on croyait ^ était fils de Joseph , qui fut d'Héli , qui fut de Mathal ; et ainsi en remontant jusqu'à 5eth,qui fut d'Adam, qui fut de Dieu. La différence dans les expressions en fait naturellement soupçonner dans le sens : on y est confirmé que le premier et le dernier degré de la généalogie dans St. Luc ne présentent pas des pères naturels , et par voie de généra-^ tion Jésus- Christ n'était pas proprement fils de Joseph , et saint Luc l'établit positivement. Adam avait été non engendré mats créé par Dieu; Tel parait donc avoir été le dessein de cetévangéliste, en donnant de Jésus-Christ une généalogie autre que celle qu'il savait avoir été publiée par saint Matthieu $ il a voulu montrer que le divin Sau-

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veur descendait de David par diverses bran* ches de la maison royale ; qu'il en était issu non-seulement par Salomon, successeur de ce prince au trône, mais aussi par un autre de ses fils nommé Nathan ; que de même ildescendait.de Zorobabel, non-seulement par Abiud , comme dit saint Matthieu, mais encore par Résa , aussi fils du même Zoro-babel. Cette conciliation des deux généalogies paraît simple, naturelle et probable* J'ajoute que s'agissant ici de résoudre une difficulté , il suffit de présenter une hypothèse possible. L'objection tirée de la contradiction est nulle dès que la contradiction peut être levée par une supposition raisonnable.

Que dans l'intervalle de dix siècles , qui se sont écoulés de David à St. Joseph, il se trouve dans l'une des branches des ses descendants un plus grand nombre de générations que dans une autre , ce n'est assurément pas là une difficulté*

Quanta ce qui est objecté, que c'est la généalogie de Joseph qui est rapportée, je réponds que. cela n'est pas vrai de celle tracée par saint Luc , puisque c'est le père de Marie qui e£t appelé père de Joseph. Si saint Matthieu donne la généalogie de Joseph , ce peut être parce que chez les Jui6 on ne re-

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gardait pas la famille de la mère comme celle du fils. Peut-être aussi saint Joseph et la sainte Vierge étaient-ils parents à un degré si proche, que présenter la filiation de l'un était offrir celle de l'autre. Au reste on ne peut pas conclure de là que St. Matthieu ait youlu donner Joseph pour père a Jésus- Christ, puisqu'il dit formellement le contraire.

Prophétie que le Messie devait naître à Bethléem.

I. Nous disons de cette prophétie sur le lieu de la naissance du Messie , ce que nous ayons dit sur les précédentes relatives à la race dont il devait desîeendre: seule et isolée de toute circonstance particulière, elle prouverait seulement que Jésus-Christ ne manque pas de ce caractère qui lui est commun avec tous les enfants nés dans cette ville# Mais^ comme nous l'avons observé, à ces prophéties générales , et qui pourraient être appliquées à beaucoup de personnes , la providence a voulu joindre des particularités qui caractérisassent spécialement et personnellement l'envoyé céleste, de manière qu'on pût T. II. 1.

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facilement le reconnaître et le distinguer de tous les autres avec qui la prophétie générale pourrait convenir • C'est ce que nous voyons dans la prophétie de Michée , dont voici le texte : Ettoi, Bethléem-Eprata, gui es une des plus petites dans le grand nombre des villes de Juday de toi sortira y pour moi, celui qui sera le dominateur en Israël, et sa sortie a eu Heu dans le commencement^ dès les jours

de t éternité Et il se tiendra ferme , et il

sera pasteur dans la force du Seigneur, dans la sublimité du nom du Seigneur son Dieu , et on se convertira parce qu'il sera glorifié jusqu'aux extrémités de, la terre , et il sera la paix (i4)-

Tous les Juifs anciens reconnaissent sans difficulté que cette prophétie avait pour objet le Messie r le targum de Jonathan y est formel ; les deux talmuds y sont conformes , ainsi que la totalité des anciens doc teurs(i 5). L'histoire évangélique présente aussi des preuves de cette opinion générale. Les mages étant arrivés à Jérusalem pour chercher le Messie, Hérode s'informa auprès des princes des prêtres et des docteurs du lieu ou le Christ devait nattre; ils lui répondirent que c'était à Bethléem de Juda , et ils citèrent ce passage du prophète Michée (16). Une des difficultés que l'on faisait contre

Jésus-Christ, était qu'on le croyait né en Galilée, et que leMessie devait venir de Bethléem (17). Quelques Juifs plus récents , sentant combien cet oracle sacré contrarie leur doctrine, ont imaginé de l'appliquer à Zorobabel , par la raison , disent- ils , que David étant né à Bethléem, on doit regarder cette ville comme la patriede ses descendants,* D'après cette belle raison , un homme comp* terait autant de patries qu'il y aurait de lieux où seraient nés ses divers ancêtres. Zorobabel auraitdonceupour pa tries Babylone, où il'étoit né ; Jérusalem, lieu de la naissance de beaucoup de rois ses aïeux; Bethléem, dont David, Jessé et leurs pères tiraient leur origine; l'Egypte, qui avait vu naître Naasson, Aminadab et plusieurs autres; la Mésopotamie, qui avait donné le jour à Abraham^ et à Tharé. Mais de plus , cette application à Zorobabel est contraire aux expressions delà prophétie. En quoi Bethléem serait-il rendu pliis> câèbre que de grandes villes de Juda à raison de la naissance de Zorobabel ?. Gemment l'origine de Zorobabel a-t-elle lieu dans les)oiirs de l'éternité? Quelles nations se sont, converties à l^i ? Est-il glorifié jus^ qu'aux extréinités de la terre ( 1 8) ?

Mais si cette prëdi^ioB de^Mid^e ne peu4 pas raisonnablement être appliquée kZoxùr-

babel , elle s'est vérifiée entièrement et littéralement en Jésus^Ghrist*

En premier lieu, il est né à Bethléem. St. Luc rapporte les circoikstances de sa naissance (i 9). On objecte contre ce fait Topinion ou étaient les Juifs qu'il était natif de Nazareth ; mais saint Matthieu en donne la raison ; c^est qu'il 7 avait passé toute sa vie, jusqu'au temps de sa mission (20). Il était tout simple qu'on le crût né dans un lieu où on l'avait vu habiter pendant trente jans , et qu'au bout de ce temps on ne se souvint plus de la circonstance qui avait amené sa mère à Bethléem lorsqu'elle était accouchée de lui.

En second lieu , Jésus-Christ a été le dominateur dans Israël , ainsi que le dit l'ange Gabriel en l'annonçant à Marie (21). Cette royauté et le genre de royauté de Jésus-Christ sera l'objet d'un article particulier.

En troisième lieu , il est pasteur , et nous aurons occasion de revenir sur ce Utre qu'il se donnai ta lui-même, de montrer comment il avait été prédit de lui , et comment il s'est accompli.

En quatrième lieu , il est la paix : ce sera encore l'objet d'une de nos discussiims de montrer qu'il devait être, diaprés les oracles Sacrés, et qu'il a été efiecti vemement, un dominateurpacifique.

SUR LES PROPHÉTIES. a 1

En cinquièmelieu,sa domination s'étend sur

toutes les nations qui se sont converties à lui.

En sixième lieu ^ il est gloriGé jusqu'aux' extrémités de la terre.

En septième lieu , sa génération éternelle est un des dogmes que nous professons.

Je reprends : Michée fait évidemment ici une prédiction; ce point ne peut être contesté, et je ne crois pas qu'il l'ait jamais été. Il fait une prédiction détaillée, et qui présente plusieurs circonstances diverses. Il lui était impossible de prévoir par ses seules lumières cette complication de particularités. Il est pareillement déraisonnable de supposer que toutes ces circonstances si variées, soient venues d'elles-mêmes et par hasard se vériOer dans le même lieu, sur la même personne, et précisément de la manière prédite. Nous voyous cependant toute cette prédiction , jusque dans les moindres détails, accomplie en Jésus-Christ : tout ce qui peut être reconnu publiquement et par des faits incontestables, l'histoire nous l'apprend; ce que les lumières humaines ne peuvent atteindre , l'Évangile nous l'enseigne. La prédiction de Michée est donc une prophétie di^ tine, une prophétie relative à Jésus-Christ, une prophétie réalisée en Jésus-Christ ; Jesus*Glurist est don,c l^envoyé céleste.

naître d'une

«lies qui ont ars el les sa- Lablement, il v^nemenl qui suivie, el tout elsaie*, eequi lires ^ depuis le Lclttsivemenl.

^bacée,roid'Is- ^ntreÂcbaz^Toi ^ter le trône à la «r le fils de Ta- , le cœur de la t le peuple fut rbres d'&ne fo- »ur les rassnrei*, Aîfe d'aller avec chaz , et de lui IX rois n'aurait s soixante*cinq peaple(s4)* Le ^organe d'isaïe,

proposer à Achaz de lui demander , en gage de la certitude de cette promesse, nn prodige soit an ciel , soit sur la terre. Mais ce prince impie, qui avait secoué le joug du Seigneur, et qui avait imploré contre ses ennemis des secours de Theglatphalasar , roi d'Assyrie, comptani imprudemmentsur le secours des hommes plus que sur celui de Dieu, refusa de recevoir la grâce que Dieu voulait lui faire ; il couvrit son refus d'un respect hypocrite , et répondit qu'il ne demanderait point de prodige , et qu'il ne tenterait pas le Seigneur. Alors Isaïe , se retournant vers les princes de la maison de David qui accompagnaient le roi , leur dit : Écoutez, maison de David : n'est-ce pas assez pour vous de lasser la patience des hommes , sans lasser celle de mon Dieu ? Puisqu'il est ainsi , Dieu luimême vous donnera un prodige : une vierge concevra et enfantera un fils, qui s'appellera du nom d'Emmanuel ; il mangera le beurre et le miel, afin qu'il sache réprouver le mal et choisir le bien ; et avant que l'enfant sache réprouver le mal et choisir le bien , la terre que vous détestez sera délivrée de la jHrésencedeses deux rois. Mais , par les armes du roi d'Assyrie, Dieu amènera sur vous, sur votre peuple et sur la maison de votre père des jours tellement malheurem; , qu'il n'y en

a pas en de tels depuis la séparation d'Israël et

de Juda (aS).

Telles sont les prophéties da chapitre Tti, auxquelles je m'arrête dans ce moment. Je considère même actuellement seiilement la partie de ce chapitre qui est relative à l'enfantement d'une vierge et à la naissance d'un enfant nommé Emmanuel. J'aurai dans un moment occasion d'examiner les autres pro«phéties de ce chapitre et celles des chapitres suivants.

Huet démontre que^ ce passage a été entendu par plusieurs rabbins célèbres comme nous l'entendons , et qu'ils ont ci^u que le Messie devait venir au monde sans avoir de père (26) : « Mais d'autres Juifs pour dé- « tourner la conséquence résultante contre ce leur système, de cet oracle, se sont efforcés ft de lui donner un autre sens : les uns ont « dit que ce n'était pas d'une vierge propre- « ment dite , mais d'une fille non mariée et « eon^ompue par un homme, dont pariait le « prophète ; les autres ont voulu appliquer « la prophétie soit à Ézéchias fils d'Achaz , « soit à Jasub fils d'Iaaïe (27) ». Il est facile de montrer la fausseté de ces interprétations.

II. D'abord il s'agit d'une jeune fille non mariée et d'une génération de l'ordre ordi* naire* Le discours d'Isaïe n'a pas de sens : il

promet à Achaz un prodige accordé par le Seigneur, et ce prodige n'est autre chose qu'un événement naturel. Qu'y a-t-il de miraculeux à ce qu'une personne non mariée conçoive et engendre avec le secours d'un homme (28) ? De plus, le mot hébreu qu'emploie Isaïe est Haalma , qui ne peut s'entendre que d'une véritable vierge, cachée et inconnue à tout homme. Toutes les fois qu'on trouve dans les livres saints cette expression, elle n'a pas d'autre signification (29). Ainsi le sens de cette prophétie est que l'enfant sera engendré d'une manière miraculeuse et sans le secours d'aucun homme.

m. L'application que l'on fait de cette prophétie, ou au fils d' Achaz ou au fils d'Isaïe , est également contraire au texte sacré. D'abord il s'agit dans la prophétie d'un enfant qui doit naître : or, Écéchias et Jasub étaient nés tous les deux. Achaz avait engendré le premier avant de monter sur le trône ; le second était présent, et amené par son père au-devant du roi. De plus , Ézéchias et Jasub étaient nés de femmes mariées et dans des mariages légitimes; il est par conséquent ridiculed'éntendre d'euxune prophétie qui annoncele fils d'une vierge, ou même, si on veut, d'une jeune fille. Enfin , dans quel sens peut-on donner soit à l'un , soit à l'autre , le nom 6u le titre T. II. 2

d'Emmanuel, cVst-à-dire djs Dieu avec nous (3o) ?

lY • ce Les Juifs , et à leur suite les ineFea dules , font sur le sens de ce passage une «e autre objection plus importante. Ils la M tirent des paroles mêmes qui suivent la « promesse de renfant Emmanuel. Il est dit u dans le te^te que nous avons rapporté ^ que <c cet enfant mangera le beurre et le miel , c( afin de savoir réprouver le mal et choisir le «bien; mais qu'avant qu'il soit en âge de r< faire ce discernement , les deux rois ligués n auront disparu de dessus la terré. Cet évéu nement arriva eu effet. Peu de temps après f< ThegUtpbalasar défit et tua Rasin , et Pha- « çée avait déjà péri dans uue conjuratida « d'Osée son successeur. Il s'agit donc ici , M dit^on , d'un enfant né très-peu dé temps M après la prpphétie , et non pas d'un Messie w qui devait naître au bout de pliisieurs «siècles. Or cet enfant, nous le trouvons u clairement énoncé au commencement du « chapitre Vlird'Isaïe: il y est ditqu'immé- «c diatement après sa prédiction à Âchaz , « Isaïe eut un fils qu'il appelsi Mahershalal , « ce qui veut dire dépouille:? promptement i <c parce qu'avant que pet enfant sache nom-p (c mer son père et sa mère , le roi d'Assyrie a aura enlevé toute la fori:e de Damas et lç$

SUR T.ES PROPHÉTIES. H'j

ce dépouilles de Samarie. Il est évident ^ concc elut-on , que cet enfant nommé au chapitre « y III Mahershalal est le même qui au clia* ce pitre VII est appelé Emmanuel , puisqu'il (c est répété sur le second ce qui avait été « dit sur le premier, qu'avant qu'il ait at- •c teint l'âge de raison la ligue des deux rpis « sera dissipée. »

V. Cette difficulté nous ramène A l'examen de la totalité du texte prophétique et de tout ce que dit Isaïe sur les divers objets de la prophétie. J'ai déjà rapporté ce qui est con« tenu dans le chapitre Vii ; il est inutile d'y revenir/ Au chapitre vin, le prophète ayant eonnu de nouveau son épouse , elle conçoit et met au monde un fils , à qui Dieu commande de donner le nom prophétique de Mahershalal^ parce qu'avant que cet enfant sache nommer son père et sa mère , les deux états ligués contre Juda seront dévastés (5 1). Ensuite Isaïe annonce de nouveau les rava* ges que fera le roi d'Assyrie dans le royaume de Juda , qu'il appelle votre terre , 6 Emma* nuel (32)! Il parle aussi dans le même cha* pitre de ses deux fils encore dans l'enfance , que Dieu lui a donnés afin qu'il soit un signe et un présage pour Israël (35). Au chapitre IX , Isaïe parle de nouveau d'un enfant accordé par le Seigneur : Un jeune enfant, dit-

a 8 DISSERTATION

il , nous est né, et un fils nous a été donné : sur son épaule est placée la principauté ; et il sera appelé Admirable ^ Conseiller, Dieu fort, Père du siècle futur. Prince de la paix; son empire sera étendu, lapaix naurapoint de fin ; il siégera sur le trône de Dav^id, et réégnera sur son royaume , pour l'assurer et le fortifier maintenant et jusque dans l'éter^ nité : le zèle du Seigneur fera cela (54)* 11 est aussi répété dans ce chapitre que les ennemis du roi Rasin prévaudront contre lui , et que le royaume d'Israël sera détruit à cause de son impertinence (35). Au chapitre x , le prophète répète, au nom de Dieu, que le roi d'Assyrie sera contre Israël la verge de sa fureur et le bâton dont il le frappera; qu'il sera envoyé par Dieu contre la n a lion trompeuse, et qu'il la dépouillera. Il ajoute que ce roi, enorgueilli de ses succès, les rapportera à lui-même et à sa propre force , et voudra traiter Juda et Jérusalem comme Israël et Samarie.JKfa/j^ dît encore le Seigneur par l'organe d'Isaïe , mon peuple qui habite Sion ne redoute point Assur; il te frappera de la verge, et il lèi^era sur toi le bdton ; mais après quelque temps mon indi-gnation sera terminée, et ma colère contre ton crime sera épuisée (36). Au chapitre xi » Isaïe revient à l'enfant merveilleux qu'il a

précédemment annoncé. Il prédit , ainsi que nous l'avons vu plus haut , le rameau qui doit s'élever de la souche de Jessé ; l'esprit de Dieu dont ce personnage sera rempli , soti autorité et sa justice. Il décrit d'une manière poétique la paix qu'il fera régner sur la terre; déclare que ce descendant de Jessé sera un signe pour les peuples ; qu'il sera invoqué par les nations , et que son sépulcre sera glo* rieux (^7).

Les cinq chapitres d'Isaïe présentent une suite de prophéties, et forment un ensemble qu'il ne faut pas séparer pour juger le sens de ses paroles. Il est clair qu'il a en vue trois objets : le premier est de rassurer Achaz et toute la maison de David contre la terreur que leur avait inspirée la ligue des rois de Syrie et d'Israël ; le second , d'annoncer à Achaz les ravages qu'en punition de son impiété et de son défaut de confiance en Dieu , Theglatphalasar causera dans son royaume , après l'avoir délivré de l'invasion ; le troisième et le principal par rapport à nous , est la promesse d'un enfant miraculeux à qui sont attribués les titres les plus magnifiques , et de qui sont annoncées les choses les plus admirables, et qui ne peut être que le Messie.

Observons que ces trois objets de la prophétie sont liés intimement entre eux. C'est

3o DISSEBTATIOK

parce que la race de David, dont doit nattre le Messie, est jusque-là indestructible, que l'alliance formée pour sa destruction sera dissoute (38). Le prophète prédit d'abord pour un temps éloigné le Messie déjà promis à David , comme le motif de la ruine de la ligue et de la dévastation dU royaume de Juda, pour que l'accomplissement prochain de ces prophéties soit un motif de croire au Messie et del'espérer. Lamaison de David doit être assurée que le projet destructeur des deux rois ne s'eflTectuera pas , parce que le Messie sortira d'elle ; elle devra être assurée que le Messie sortira d'elle , quand les prédictions de la perte des deux rois et des ravages sur la terre de Juda seront réalisées.

Je dis d'abord que l'enfant annoncé dans ces divers chapitres ne peut être que le Messie. Je dis ensuite que Jésus-Christ réunit dans sa personne tous les caractères de l'enfant annoncé. Il s'agit de prouver ces deux vérités , et de répondre aux difficultés par lesquelles les rabbins ont essayé de les obs* curcir , et que répètent d'après eux les incrédules.

Il faut distinguer dans le texte trois enfants diflerents : i o celui qui sera appelé Emmanuel; 20 Jasub fils d'Isaïe, que dans le chapitre vu ce prophète mène avec lui au-

Sun LES PROl^ÉTIES. 3 1

devant d'Acbaz } 3o Mahershalal , qai ^ à Tépoquede lapremière prophétie n'était pas né, et dont la naissance est rapportée au chapitre Vin. 11 est clair que Jasuh et Mahershalal , sont deux différents fils du prophète : ce poin t ne fait pas difficulté. J'ajoute qu'Emmanuel est aussi distinct de ces deux ; et cela est en-> core évident à l'inspection du texte. Emmanuel doit naître d'une vierge Haalma ; et quelque sens qu'on veuille donner à ce mot, il ne peut pas convenir à la femme légitime d'Isaïe. De plus , pourrait-on avec quelqu'apparence de raison , donner à ces deux en-* fants les qualités magnifiqiies , les caractères sublimes que le prophète attribue à celui qu'il prédit? Pourrait-On spécialement leur appliquer le titre de Dieu avec nous ? Potirrait-on dire que la terre de Juda appartient à l'un d'eux?

Cette distinction établie, il facut examiner ce qui est dit de l'enfant Emmanuel. Au chapitre VII , il est annoncé comme devant naître d'une vierge ; au chapitre vïii , il est dit que la terre de Juda est la sienne ; au cha-» pitre ix , c'est encore lui dont il est parlé aux articles 6 et 7 , dont il est prédit qu'il siégera sur le trône de David, qu'il y établira la justice à perpétuité , qu'il maintien* dra la paix jusqu'à la fin; et à qui sont don-

5 a DISSERT ATIOBT

nés tant de noms magnifiques. La preuve que c'est du même enfant que parle Isaïe , c'est qu'il lui donne le même litre ; que celui qui , aux chapitres vu et viii, est appelé Dieu avec nous , et celui qui , au chapitre ix , est appelé Dieu, sont certainement la même personne. £nfin , au cliapiti*e xi, c'est encore le même enfant qui sera le rejeton de Jessé , c'est-à-dire le descendant de David, qui sera rempli de l'esprit du Seigneur, qui jugera avec justice , dont le royaume pacifique est emphatiquement décrit. Il y a dans ce chapitre et dans le neuvième, une identité de caractères telle , qu'elle ne peut convenir qu'à la même personne. Il est donc clair que dans toute cette suite de discours , c'est tou^ jours le même enfant qui est prédit à Achaz i aui princes de son sang , et à tout le peuple , pour les rassurer contre la ligue menaçante des deux rois. Or , peut -on à tous ces traits méconnaître le Messie ? Huet démontre que les plus habiles rabbins ont entendu de lui ces prophéties (39). Mais de plus , à quel autre qu'à un envoyé céleste , peuvent être appliquées des qualifications aussi magnifiques ? Quel autre descendant de David peut rece* voir des titres aussi pompeux , jusqu'à être appelé Dieu? C'est donc encore là une prédiction du Messie.

ce Mais îcî revient la difficulté proposée. Si « c'est du Messie qui ne doit venir qu'au bout « de plusieurs siècles , que parle Isaïe , comte ment , au verset 16 du chapitre vil , im* fx médiatement après avoir annoncé la naisi< sance d'Emmanuel , peut-il ajouter qu'aie vaut que cet Emmanuel saclie rejeter le ce mal et choisir le bien , les deux rois ennecc mis seront détruits ? m

La réponse à cette objection est que , dans ce seizième verset , ce n'est plus d'Emmanuel prédit aux versets i4 et i5 dont parle le prophète. Rappelons-nous que lorsque Dieu a envoyé Isaïe au-devant d'Achaz , il lui a ordonné de mener avec lui son fils Jasub. Ce fils était encore dans l'enfance ; Isaïe le dit positivement au verset 1 8 du chapitre : Ego pueri mei. Or c'est de cet enfant Jasub que parle le prophète au verset 1 6 du chapitre vu. Ce n'est ni de l'enfant Emmanuel dont il vient de parler aux versets 1 4 et 1 5 , ni de l'enfant Mahershalal dont il parlera au chapitre suivant. Tel e&l le sens de toute cette prophétie : Isaïe a présenté à la maison de David , en assurance qu'elle ne serait pas détruite , le prodige de l'enfantement d'une vierge dont le fils s'appellera Emmanuel ; mais comme ce prodige ne doit avoir lieu que dans des temps éloignés , pour le

a ÊfISSÊRtATIÔlfr

faire ôtoire , il fait une seconde prédiction d'an événement plus proeliain , mais qui , dans le moment, n'a aucune vraisemblance ; c'est qu'avant que l'enfant Jasûb qui est pré-^ sent , et qu'il amène avec lui , sache distinguer le bien du mal , les deux fois ennemis seront détruits. Au chapitre huitième , à la naissance de Mabershalal, il fait encore une autre prophétie ; c'est qu'avant que cfe nouvel enfant sache appeler sou pète et sa mère, Damas et Sâmarie seront dévastées; Ainsi la délivrance de Judâ doit arriver avant que l'atué ait l'usage du discfemement , c^est-^àdire sept 0^ huit Htïs ^ et que le eaidet ait l'usage de la parole^ c'est-à-'dire deux ou trois ans. Je dis que cette interprétation d'a-^ bord n'est pas contraire au texte , ensuite est la seule raisonnable^

Isaïe, après avoir annoncé ta naissance future du fils d'une vierge , lequel sera appelé Emmanuel , ne dit pas ai^aiit qu'il ou aidant que ceftls sache discerner le bien du tsal ; il dit a\fant que t enfant ^ antequàm puer. Ce mot f enfant peut s*entendre également et de celui dont il vient de parler « et de celui qu'il a actuellement avec lui , et qu'il présente à Achaz. Ce prince a pu comprendre aussi aisément l'un que l'autre, et le sens du mot a dû être déterminé par le

SlUK L£$ PliOÉHÉtlES. $5

geste qu'aura fait Isaïe en le prononçant.

J'ajonte qne c'est la seule interprétation admissible. lO Si ce n'est pas à Jasub que s'applique cette partie du discours d'isaie , on ne voit pas pourquoi Dieu a ordonné au prophète de mener ayec lui cet enfant, ao" Isaïe dit au chapitre suivant, que ses deux enfants lui ont été donnés comme des signes et des présages pour Israël : or de quoi Jasub est-il un présage, sinon de la défaite des deux rors? Comment l'est-il, si ce n'est pas de lui qu'il s'agit dans le verset en question? 3o Notre explication concilie parfaitement les deux tex* tes du verset a6 du septième chapitre , et du verset 4 duhuitième* Il est tout simple que de deux frères, l'atné ait atteint l'âge de discerner le bien du mal , tandis que le cadet ne fait encore que prononcer le nom de ses parents. Mais si , comme on le prétend dans l'obj ection,,on veut entendre lepremier texte, de même que le second, de l'enfant Mahershalal , il y aura entre les deux une opposi^ tion : le premier annoncera la défaite des deux rois , avant que l'enfant ait sept ou huit ans ; le second la promettra avant qu'il en ait deux ou trois. Lequel des deux fiiudra-t-il croire?

D'après cette interprétation simple et naturelle , l'objection tombe : Emmanuel n'est

56 DISSERTATIOH

ni Jasub , ni Mahershalal ; il est nu enfant miraculeux qui , diaprés tous les caractères que lui assigne le prophète, ne peut, ainsi que nous Tavons vu , être autre que le Messie. YI. Mais ces divers caractères énoncés dans les différentes parties de la prophétie , Jésus^ Christ ne les réunit-il pas tous en lui ? Que l'on nomme celui qui lui manque. Isaïepréditqu'il naîtra d'une vierge; et la foinousapprend que c'est au sein d'une vierge qu'il a été conçu par l'opération du Saint-Esprit. Isaïe déclare qu'il sera appelé Dieu fort et Emmanuel , ou Dieu avec nous ; et c'est en«core un de nos dogmes sacrés qu'il est Dieu , et il a été Dieu avec nous par son séjour sur la ten*e. Isaïe lui donne d'autres titres ad* mirables, et il lui conviennent parfaitement. Isaïe le nomme père du siècle futur; et tous les siècles qui se sont écoulés depuis lui , le révèrent comme tel. Isaïe annonce qu'il siégera sur le trône de David ; et c'est aussi ce que dit l'ange Gabriel , en annonçant sa naissance à Marie ; et nous verrons , dans un des articles suivants , comment s'est accompli cet oracle. Isaïe lui promet un règne éternel ; et il y a déjà dix->huit cents ans que son règne subsiste. Isaïe fait mention de ses jugements et. de sa justice; et il a prêché la justice et annoncé qu'il jugerait tous les hommes. Isaïe

SUR LES PROPHÉTIES. 5 y

le proclame prince de la paix , et décrit en termes pompeux la paix qu il apportera à la terre ; et nous verrons encore quelle paix il a donnée au monde, et comment il Ta dou*> née. Isaïe prophétise que les nations l'inyo* queront , et nous le voyons universellement invoqué. Isaïe célèbre la gloire de son sépulcre f et son sépulcre est en effet glorieux et visité avec respect. Nous disons donc avec confiance aux Juifs : tout ce qu^a annoncé Isaïe dans ces cinq chapitres, au sujet du Messie, Jésus-Christ Ta réalisé ; Jésuç-Christ est donc le Messie. Nous disons aux incré-. dules : comment , au temps d'Isaïe , la sagesse humaine aurait-elle pu prévoir toutes ces circonstances ? Gomment pourrait-on imaginer qu'elles sont venues s'arranger d'ellesmêmes , et par hasard , dans une exacte conformité avec les prédictions ? Cet accomplis* sèment si littéral , montre clairement que c'étaient des prophéties inspirées par Dieu, et que celui qu'elles annonçaient est incontestablement l'envoyé céleste (4o).

VII. « On objecte que celte prophétie ne «c donnait aux Juifs aucune lumière qui leur M fit voir le Messie dans Jésus - Christ ; ce qu'au contraire elle les aveuglait: elle <c présentait le futur Messie comme devant « nattre d'une vierge : mais les Juifs voyant

rc dans la mère de Jésus-Christ une femme « mariée , ne pouvaient pas la croire vierge ; é ils devaient donc croire que Jésus- Christ ce n'était pas le Messie. »

Rappelons-nous la différence établie eidessus entre les prophéties qui prédisaient des faits publics , et celles qui annonçaient les dogmes religieux. Il n'y avait que les premières qui pussent donner aux Juiûi des lumières pour eonnaltre le Messie à sa ve-> nue { raccomplissénient de celles du second geîire ne pouvait être connu qu'après l'en* seignement des dogmes annoncés $ elles n'a» vaient donc ni ne pouvaient avoir pour oïhjet de faire connaître aux Juifs le Messie, au moment où il arriverait. Nous convenons sans difficulté, que le caractère donné au Messie de devoir naître d'une vierge n'était pas propre à le faire reconnaître par les Juifs de son temps. Quel était le but de la prophétie? Ecoutons à ce sujet M. Bossuet: l'explication qu'il a donnée de cette prophétie , et qui se-lit au second tome de ses œuvres , a pour objet la solution de la pré^ sente difficulté.

ft Les preuves indicatives de la venue du <c Messie , devaient être distribuées de ma- « niére qu'elles fussent connues chacune en <c sop temps. Celle-pci ^ été révélée quand

SUR L£S PROPHÉTIES. 3q

« et 4 qui il a fallu. La sainte Vierge Ta su « d'al^ord : quelque temps après , saiut Joa seph son mari Ta apprise du ciel, et l'a crue, « lui qui y avait le plus d'int(érêt. Saint ce Matthieu la rapporte comme une vérité « déjà révélée à toute l'Église ; et mainte-> « nant, après la prédication de l'Évangile, K Jési^Cbrist deoifure le seul honora de ce « titre de fils d'une vierge, sans que ses plus a grands ennemis, tels qu'était un Mahomet, « aijent osé seulement le contester^ C'est donc r< ainsi que la virginité de Marie, en tant c< qu'elle a été préchée et reconnue dans tout « l'iin^vei's, est un signe qui ne doit laisser

a aux Juifs aucun doute du Christ

« Mais, dites-vous, ce n'est pas là votre « peine. Le fond de votre objection n'est; cr pas seulement que la prophétie d'Isaïe n'éc< clairait pas Us Juifs , mais encore qu'elle tt les aveuglait, ^t leur fournissait un argu- « mei^t contre Jésus -Christ, auquel ils ne « pouvaijenj; trouver aucune réplique, puis- «< qu'étant i^é d'une femme mariée , ils ne «< pouvaient croire raisonnablement autre ce chose, sinon qu'il 'était le fruit de ce ma* K riage. Et par conséquent , dites-vous , ils ce ne pouvaient reconnaître notre Seigneur ce pour Messie , sans démentir le prophète : fc jCjs sont vos term^^

40 DISSERTATIOM

« Permettez - moî de vous demander si <v TOUS trouvez quelque part dans l'Évangile cr que le peuple ou les pharisiens aient fait «c ou insinué, par le moindre mot , cette ob- (c jeclion à Jésus -Christ. Vous croyez la « trouver en quelque façon dans un passage a de saint Jean ; mais nous démontrerons c bientôt que ce passage n'a point de rapport « à notre sujet, et je conclurai en attendant, « que vous ne devez pas attribuer aux Jui& R une objection dont ils ne se sont jamais « avisés.

« Votre objection porte que c'eût été dé* n mentir la prophétie , de reconnaître pour w vierge la mère du Sauveur, que l'on voyait n dans le mariage. Cela serait vrai , s'il n'y (f avait point de milieu entre être mariée et c< n'être pas vierge : car si , selon le prophète , « Dieu pouvait faire enfanter une vierge, qui « empêchait qu'il n'opérât un «i grand mys- « tèresouslevoilesacrédumariage?C'étaîtau •t contraire ce que demandait la convenance « des conseils de Dieu, et l'ordre de sa sagesse, « aussi douce qu'efficace. Et après tout , s'il « en faut venir à cette discussion , eût-ce « été une eeuvre convenable à Dieu , de douce ner en spectacle aux hommes une fillç c( avec son enfant , pour être le scandale de ce toute la terre, le sujet de ses dérisions, et

SUR LES V^OVBÊTtÊg. 4t

R l'objet inévitable de ses calomnies^f Qnand fc elle aurait assuré qii'elte était vierge , sa fc parole particulière n'eut pas été un témoin gnage suffisant pour l'aflermissement de la n foi. Il fallait que la révélation d'un si » grand mystère fût préparée par tous les « miracles de Jésus-Christ et de ses apôtres, t< avant qu'elle fût reçue avec une autorité ce digne de créance. Ainsi , c'était un conseil « digne de Dieu , de faire naître dans le mace riage le fils de la Yierge , afin que sa naisc< sauce parût du moins honnête, jusqu'à ce tt que le temps fût venu de la faire paraître « surnaturelle et divine. Ce n'était donc pas, « comme porte votre objection , démentir la r< prophétie, de reconnaître que notre Seicc gneur, fils d'une mère mariée, fût le Christ; ce Isaïe ayant bien dit que la mère du Christ 9€ serait vierge , mais n'ayant dit nulle part ce qu'elle ne serait pas mariée. »

VIII. Les Juifs font contre l'application des prophéties à Jésus-Christ, une autre objection dont les incrédules ne manquent pas de se prévaloir. Us disent «c que notre Messie ce n'a jamais été appelé Emmanuel , mais ce qu'ail a eu nom Jésus. »

Cette difficulté est bien ancienne , et plusieurs Pères des premiers siècles de l'Église y ont répondu (4i). Noué dirons après eux,

4 a DISSERTATION

que dans le style de l'écriture il est trèscommun de confondre le nom de la personne avec la personne même. Ainsi, il est dit dans beaucoup d'endroits, qu'on bénit le nom de Dieu , qu'on lui rend grâces , pour exprimer qu'on loue et qu'on remercie Dieu, Souvent aussi nous voyons le mot vocariy employé pour le mot esse* Quand Isaïe dit à Jérusalem Tu seras appelée la cité du juste, la ville fidèle (4 a) 9 il n'entend pas qu'on changera son nom, et qu'on lui donnera celui-là. Il serait facile d'en citer une multitude d'autres exemples; contentons- nous d'un seul , tiré de cette même prophétie. Au verset 6 du neuvième chapitre , Isaïe dit que le nom dont sera appelé l'enfant qu'il prédit , sera A.dmirable , Conseiller, Dieu fort. Père du siècle futur , Prince de la paix. Il n'entend certainement pas que ce sera là le nom de cet enfant ; il veut dire que ce seront ses qualités. Il en est de même du nom d'Emmanuel : ce même enfant en sera appelé , c'est-à*dii*e, sera Dieu avec nous. Le prophète annonce non pas son nom propre , mais son titre; il dit la chose qui sera, et non pas le nom qu'il portera; il annonce ce que l'on croira de lui , et non U dénomination dont on le désignera. Nous pourrions ajouter contre les Juifs, qu'ils ont bien mauvaise

grâce à proposer cette difficulté, puisqu'aucun de ceux à qui ils essayent d'appliquer la prophétie n'a porté le nom d'Emmanuel.

Il nous font encore, deux autres difficultés: l'une, que Jésus-Christ n'apas siégé sur le trône de David, comme cette prophétie l'annonce; l'autre, que Jésus-Christ n'a point été un personnage pacifique , comme Isaïe annonce que. doit être Emmanuel , puisqu'il a déclaré lui-même qu'il était yenu apporter non la paix , mais la guerre. J'examinerai ces deux ohjections dans l'article où il sera question de la royauté du Messie.

IX. Les incrédules nous opposent enfin une dernière difficulté. « Plusieurs Pères de l'Écc glise ont reconnu que cette prophétie ne ce concerne pas directement Jésus-Christ, et ce beaucoup de commentateurs l'expliquent ce autrement que nous. »

Quant aux Saints Pères , les passages que nous avons rapportés prouvent qu'un grand nombred'entr'eux ont regardé le texte d'Isaïe comme une prophétie de Jésus-Christ. Pour prétendre que d'autres ont pensé diversement, il faudrait les nommer, et c'est ce qu'on n'a ni fait ni pu faire.

Par rapport aux commentateurs, tous , au moins moralement , entendent de Jesus- Christ cette prédiction. Il y a entre eux de la

différence sur la manière d'en expliquer les diverses parties ; mais quant au point essen* tiel ils sont d'accord. On ne sera pas étonné de leur diversité sur les détails, si on consiT dèrequeles cinq chapitres d'Isaïe présentent presque continuellement le passage d'un objet à l'autre ; et nous avons déjà observé que c'est une chose commune dans le style des prophètes. Ici, Isaïe mêle sans cesse la prédiction du Messie, celle de la délivrance , et celle de la spoliation du royaume de Juda. Il passe d'un objet à l'autre, et y joint quel-^ quefois des objets étrangers. Entre les commentateurs , plusieurs n'ont pas observé la liaison des cinq chapitres , et la connexion des trois objets qui y sont prédits : c'est une des causes de leurs différentes explications. Celle que nous présentons, d'après plusieurs savants interprètes , nous semble la plus naturelle , la plus propre à concilier toutes les parties du discours prophétique , et la plus conforme aux événements. Elle nous parait la plus propre à résoudre toutes les difficultés. Si on trouve que quelqu' autre interprétation des commentateurs remplit mieux ces objets, nous consentirons volontiers à ce qu'on l'adopte : elle tendra toujours au même but ; la même conséquence s'ensuivra ; savoir , que Jésus-Christ est le Messie promis

aux Juifs , et prédit dans ces chapitres par Isaïe.

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