‹ Dissertation sur les prophétiesChapitre 27 sur 50 · ARTICLE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ARTICLE CINQUIEME

Prophéties que le Messie doit être un docteur qui apporte une loi nouyelle.

I. Au temps où Jésus*Christ parut dans le inonde , l'opinion des Juifs sur le Messie était qu'il serait un ^rand docteur , et qu'il instruirait le monde. Nous en ayons la preuve dans les cantiques de Zacharie , père de saint Jean-Baptiste (4^) 9 et du saint vieil* lard Siméon (44) 9 ainsi que dans le discours de la femme samaritaine (45). Nous en ayons une autre preuve dans la manière dont les targumistes voisins du temps de Jésus-Christ ont entendu la plupart des prophéties dans lesquelles un nouveau docteur est promis à Israël ; ils les appliquent au Messie. Et même aujourd'hui, les Juifs regardent le Messie Qu'ils attendent comme un docteur de leur loi , qui la rétablira dans toute sa pureté , et qui la fera universellement observer. Nous ayons à établir contre eux et contre les incré-

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dules trois choses: la première , que selon im grand nombre de prophéties , le Messie doit faire connaître aux hommes la loi de Dieu ; la seconde , qne selon plusieurs de ces prophéties y c'est une loi nouvelle que le Messie doit apporter, et non la loi de Moïse qu'il doit faire observer ; la troisième , que toutes ces prophéties se trouvent exactement accomplies dans la personne de Jésus-Christ.

II. Je dis d'abord que celles qui annoncent dans le Messie un docteur de la loi , non-seulement pour les Juifs , mais pour toutes les nations , sont en très-grand nombre. Gontentons'uous d'en considérer quelques-unes des plus positives.

Le psaume second est , de l'aveu de tous les Juifs , relatif au Messie. David y décrit , dans les cinq premiers versets , la ligue des nations et de leurs souverains contre le Seigneur et contre son Christ , et la dissipation de leurs vains projets. Le sixième verset, qui estrelatif à notre objet actuel, est ainsi conçu: Mais moi foi été établi par lui wi sur la sainte montagne de Sion , préchant sespré^ ceptes. Il ajoute dans les versets immédiatement suivants , que Dieu lui a déclaré quit était sonfils engendré de luiaujordhui ; qu'il lui donnera en héritage toutes les nations , et en propriété jusqu'aux extrémités de la

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terre , afin qu'il les régisse avec une verge de fer , et qu'il les brise comme un vase et argile (46). Quelques rabbins ont prétendu que dans le sixième verset , David parle de luimême, qui y en effet , régnoit dans la ville de Sion , et qui , en qualité de prophète, annonçait la loi divine. Mais il est évident que ce verset forme une continuité de discours avec ce qui suit ; que celui que Dieu établit roi et prédicateur de ses commandements , est le même que le Gbrist contre lequel sont conjurés les peuples et les rois; le même que Dieu déclare son fils; le même à qui il donne toutes les nations ; le même qui les régira toutes avec la force et la rigueur de la verge de fer. Les rabbins entendenjt ces autres oracles du Messie: et dans le fait, ils sont trop magnifiques pour être appliqués à David , même en style poétique et par hyperbole , et pour concerner un autre personnage que le Messie. Gomment peuvent -ils détacher de Tensemble de cette prophétie un seul verset, pour lui donner un sens différent de tous les autres ?

Parmi les prophéties d'Isaïe , il y en a un grand nombre sur ce sujet. Beaucoup de peuples y dit- il au chapitre second, iront , et diront : Prêtiez , et montons à la montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob,

et il nous enseignera ses voies , et nous marcherons dans ses sentiers y parce que la loi sortira de Sion , et la parole de Dieu , de Jérusalem. Et il jugera les nations , et il reprendra beaucoup de peuples (47)- Huet montre que ce passage a été entendu par les Juifs, comme il Test par les chrétiens, du temps où le Messie doit publier la loi de Dieu (48).

Au chapitre trente , le même prophète parle encore du Messie selon le sentiment des anciens Juifs , lorsquHl dit : Le Seigneur ne fera plus disparaître de vos yeux votre docteur^ et ils verront votre précepteur y et vos oreilles entendront la voix de celui qui criera derrière vous: Foilàlavoie^ marchezy, et ne vous en éloignez ni h droite ni à gauche (49).

Le chapitre quarante-deux, dans son commencement , est aussi , selon les anciens rabbins, relatif au Messie. Dans les premiers versets, le prophète décrit en style poétique la justice et surtout la douceur de ce saint personnage, ainsi que nous aurons occasion de le développer. Et au verset sixième il continue ainsi : Moi le Seigneur, je iai appelé dans ma justice^ je t* ai pris par la main y et je t'ai consente , et je t'ai donné aux peu* pies comme une alliance, et aux nations

comme une lumière , pour que tu ouvres les yeux des ai^eugles (5o).

Le chapitre quarante-neuf est plus positif encore que les précédents, pour exprimer que ce n'est pas seulement au peuple d'Israëi , mais à toutes les nations, que le Messie doit porter la loi divine. Le Seigneur a dit : Il ne me suffit pets que tu sois mon sen^iteur pour ranimer les tribus de Jacob , et convenir la lie d Israël; voilà que je t'ai établi pour être la lumière des nations , et pour être le ministie de mon salut jusqu'aux extrémités de la terre (5 1). C'est encore évidemment du Messie que parle ici le prophète : ce qui précède et ce qui suit dans ce chapitre le montre clairement, et les Juifs le reconnaissent. Aussi S. Justin , disputant contre le juif Tryphon, emploie ce texte avec force (5 a).

Au chapitre cinquante-deux, Isaïe revient encore à présenter le Messie comme le doc« teur de toutes les nations : Quils sont beaux sur les montagnes les pas de celui qui annonce et qui prêche la paix, qui annonce le bonheur, qui prêche le salut, qui dit à Sion: Ton Dieu va régner; le Seigneur a déployé son bras aux yeux de toutes les nations, et toutes les extrémités de la terre verront le salut qui vient de notre Dieu (53). T. II. 3

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Le chapitre cinquanie-cinq n'est pas moins précis. Prêtez V oreille , dît le prophète au nom du Seîgneuf , et venez à moi, écoutez et votre ame vivra, et je contracterai a\^ec vous une alliance étemelle, selon la fidélité de ma miséricorde envers Dauid. Voilà que je lai donné au peuple comme témoin, aux nations comme chef et précepteur (54)-

Au chapitre soixante-un, le prophète fait parler le Messie lui-même. L'esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m'a oint. Il nCa envoyé l'annoncer aux hommes doux, porter le remède à ceux dont le cœur est brisé, prêcher aux captifs le pardon, et la liberté à ceux qui sont enfermés; prêcher Vannée de la bienveillance du Seigneur et le jour de la vengeance de notre Dieu, consoler tous les affligés (55),

Enfants de Sion, dit le prophète Joël, triomphez , et réjouissez-vous devant le Seigneur votre Dieu , parce qu'il vous a donné le docteur de la justice (56).

A ces textes des prophètes nous pourrions aisément ajouter plusieurs aut^'^s ; mais ceuxci suffisent certainement pour établir ce qui est notre objet actuel, savoir : lo que dans TAncien Testament un docteur de la loi divine était annoncé ; 20 que selon les prédictions ce docteur devait prêcher la loi,

SUR LES PROPHÉTIES. 5l

non-seulement au peuple hébreu, mais à tous les autres. Si nous n'avions affaire qu'aux Juifs, nous n'aurions pas eu besoin de nous arrêter à prouver ces vérités, sur lesquelles ils sont d'accord avec nous. Mais les incrédules refusant de reconnaître les prophéties, j'ai cru nécessaire de leur prouver que long-temps avant le temps de Jésus- Christ, il avait été prédit qu'un homme viendrait un jour apporter les commandements de Dieu et les publier, non pas comme Moïse à un seul peuple , mais à tous les peuples de la terre.

m. Si les Juifs se réunissent à nous contre les incrédules sur ce premier article, que le Messie doit prêcher la loi divine, ils en diffèrent sur le second, qui est de savoir qu'elle est cette loi que le Messie doit apporter. Us prétendent que c'est leur loi, la loi de Moïse, dont il doit être le propagateur. Nous disons que c'est une loi nouvelle que, d'après les prophéties, il doit donner à la terre. Prouvons cette importante vérité contre eux et contre les déistes , qui , sans partager leur croyance , s'efforcent de s'étayer de leurs objections. Entre les diverses prophéties qui la démontrent , j'en choisis deux qui sont très-positives et très-claires.

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La première est du prophète Jérémie.

F'oilày dit le Seigneur, que tiennent les jours où je contracterai ai^ec la maison et Israël et la maison de Juda une now^eUe alliance , non selon le traité que j^ai fait avec leurs pères le jour où je les ai pris par la main pour les tirer de la terre d'Egypte, traité qu'ils ont sdoléy et je leur ai fait sentir mon pouvoir y a dit le Seigneur. Mais tel sera, dit le Seigneur, le pacte que je ferai a^ec la maison d'Israël après ces jours : je placerai ma loi dans leurs entrailles, et je l'écrirai dans leurs cœurs, et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Et thomme n'enseignera plus son prochain, ni le frère son frère , disant : Connaissez le Seigneur. Car tous^ depuis le plus petit d entre eux jusqu au plus grand, me connaîtront, dit le Seigneur» Parce que je pardonnerai leurs iniquités, et je ne me souviendrai plus après cela de leurs péchés [5 y). Quoique plusieurs Juifs aient appliqué cette prophétie au Messie (5S), il s'en est trouvé quelques autres qui y ont donné un sens différent. Ils ont imaginé de l'entendre du renouvellement d'alliance qui se 6t après le retour de la captivité, et ils ont observé que depuis ce temps leiu: nation n'est plus retombée dans l'idolâtrie, Grotius eçt entré aussi dans leur sentiment. Mais

ce n'est point d'une ancienne' alliance à re* nouveler que parle le prophète : ses expressions sont formelles et claires ; c'est un pacte nouveau que Dieu doit contracter, fœdus noinim. C'est un pacte qui ne sera pas conforme à l'ancien, qui l'exclut positivement : non secundum pactum quodpepigi cum patribus eorum. Il semble que le prophète ait voulu prévenir l'objection , tant les termes qu'il emploie sont exprès.- Aussi saint Paul écrivant aux Hébreux, que cette promesse de Jérémieregarde spécialement, en •fait usage pour leur prouver que leur loi est abolie et a fait place à une nouvelle (59). Plusieurs Saints Pères ont employé le même raisonnement f et ont prouvé par cette prophétie la fin de l'ancien testament et son remplacement par un nouveau (60}.

La seconde prophétie que nous avons annoncée, et qui prédisait aussi le remplacement de la loi de Moïse par une loi différente , est tirée de Malachie. Je ne mets point en vous mon affection y dit le Seigneur des armées, et je ne rece^^rai plus de pré* sens de votre main; car du lapant jusqu au couchant mon nom est grand parmi les na^ fions , et en tout lieu on sacrifie et on présente en mon nom une oblation piire, parce que mon nom est grand parmi les nations.

dit le Seigneur des armées (61). Cette prédiction annonce clairement deux choses : d'abord la cessation , Tabolition , la réprobation absolue de tous les sacrifices de la loi de Moïse ; ensuitel'institution d'un autre sacrifice trèspur, qui sera offert , non plus comme les autres dans un seul lieu , mais dans tous les pays de la terre. Plusieurs Saints Pères , notamment saint Justin (62) , saint Jean Ghrjsost6me (63) , saint Jérôme (64) ^ saint Augustin (65) , emploient ce texte sacré pour prouver aux Juifs queleur religion devait être abolie. Ils leur montrent Faccord de cet oracle avec l'événement , et la subrogation & tous leurs sacrifices d'un sacrifice d'un ordre infiniment plus relevé.

Pour répondre à un texte aussi clair et aussi embarrassant, différents rabbins ont imaginé deux défaites opposées entre elles, et aussi absurdes Tune que l'autre. Les uns ont dit que Malachie parle des Juifs dans leur dispersion sur la terre , et que ce sont eux qui doivent offrir en tout lieu des sacrifices purs et agréables au Seigneur ; les autres appliquent le texte sacré aux sacrifices des païens , qu'il excuse , parce que les idolâtres croient rendre au vrai Dieu le culte qu'ils adressent à leurs fausses divinités. Mais pour confondre ces subterfuges , il suffit de

prendre en main le texte sacré : on verra que ces prétendues explications sont dans le fait de vraies oppositions à la prophétie de Malacbie.

Nous dirons aux premiers : si ce sont vos sacrifices dans la dispersion actuelle qui doivent être purs , expliquez d'abord pourquoi Dieu vous dit par Malacfaie qu'il ne les reçoit plus de vos mains ; expliquez ensuite de quels sacrifices vous entendez ce texte, vous qui depuis votre dispersion n'en aVez jamais offert aucun.

Nous dirons aux seconds : Dieu déclarerai t^il son nom grand parmi les nations qui ignorent son nom? Appellerait-il purs des sacrifices offerts à des divinités impures? Ma* lachie n'excuse pas le sacrifice universel dont il parle ; Il le loue , il le met au-dessus de ceux que les Juifs ofi*raient de son temps. Des sacrifices aux idoles plaisent- ils à Dieu plus que ceux qu'il avait ordonnés ?

IV. Après avoir exposé ces divers passages, passons maintenant à leur explication, et considérons que tout ce qui y est annoncé s'est exactement accompli en Jésus- Christ. Ces prophéties présentent troispoints principaux : l'annonce d'un docteur de la loi divine; la prédiction que ce docteur la prêchera à toutes les nations; et la dé-

claration que cette loi sera une loi nouvelle , autre que celle de Moïse.

Or, en premier lieu , il est certain que Jésus-Christ a enseigné sa doctrine au nom de Dieu. Ce point n'est pas contesté et ne peut pas Tétre.

En second lieu, il est également évident que cette doctrine enseignée par Jésus-Christ a été répandue dans toutes les nations, et cela d'après Tordre formel qu'il avait donné à ses apôtres de prêcher son évangile dans le monde entier , à toute créature , et d'ins* truire toutes les nations en leur apprenant à observer tout ce qu'il avait commandé {66).

« On nous objecte sur ce point que Jésus- « Christ n'a point prêché les nations , qu'il (c a même déclaré positivement qu'il n'avait ce été envoyé que pour sauver les brebis de n la maison d'Israël qui s'étaient perdues (6 7) ; « qu'il a défendu à ses apôtres d'aller ni rc parmi les nations , ni dans les villes des ce samaritains ; leur commandant d'aller pluce tôt vers les brebis égarées de la maison ce d'Iiraël. »

On confond dans cette difficulté les objets et les temps. Jésus-Christ a adressé sa prédication aux Juifs, de préférence, et a ordonné à ses. apôtres de la leur adresser avant de la porter aux nations. Yoilà tout ce qui ré-

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suite des textes objectés. Il venait de clioisir ses apôtres, et le premier ordre qu'il leur donne est de prêcher exclusivement les Juifs. Cela n'empêche pas qu'à la fin de sa carrière évangélique et au moment de remonter dans les cieux , il ne leur ait donné le précepte ultérieur de lui rendre témoignage, non-seulement dans la Judée , mais dans la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre (68). Et c'est en effet là marche que suivent les apôtres dans le cours.de leur prédication: ce ne fut qu'après avoir annoncé l'Evangile dans la Judée , qu'ils se répandirent dans les autres ' pays; et nous voyons même par les Actes des apôtres, que dans les diverses villes que parcouraient ces saints personpages , ils commençaient par prêcher Jésus-Christ dans les synagogues. 'Nous en avons un témoignage formel dans ce que disent S. Paul et S. Barnabe aux Juifs d'Antiochç de Pisidie : Notre dev^oir était de vous porter la parole de Dieu; mais puisque vous la rejetez , et que vous vous déclarez vous-mêmes indignes de la vie éternelle , nous allons nous retourner vers les nations : car c'est ainsi que Dieu nous l'a commandé (69). Quand Jésus-Christ dit à la Chananéenne qu'il a été envoyé vers les brebis perdues de la maison d'Israël , son objet est évidemment d'éprouvé la foi de

cette femme. Il exclut si peu de ses bienfaits les samaritains et les gentils, qu'il accorde à cette étrangère ce qu'elle lui de-* mande; qu^ailleurs il convertit une samari-* taine et toute la ville de Sicbar; que dans un autre endroit encore il guérit le serviteur d'un centurion , qui croit en lui ainsi que toute sa maison. Jésus-Christ donne la préférence aux Juifs ; il ne donne pas Texclu* sion aux autres.

En troisième lieu, la loi que Jésus-Christ a donnée à toutes les nations est une loi nouvelle différente de celle de Moïse ; et il est bon d'expliquer en quoi consiste cette différence : ce n'est psES la partie dogmatique et morale de la loi qu'il abolit; au contraire, il la confirme, l'éclaircit, la développe, la fixe , la purge des fausses traditions qui l'avaient altérée , la corrobore par des préceptes nouveaux dont le but est de la faire plus exactement observer. C'est la loi cérémo^ nielle qu'il anéantit , parce que son objet l'était. Plusieurs rits, tels que la circoncision, avaient pour but de séparer le peuple de Dieu des autres peuples, et d'en faire une nation particulière ; ceux - là devenaient inutiles, dès que toutes les nations étaient appelées à être désormais le peuple de Dieu. D'autres étaient figuratifs ; les divers sacri-

fices, par exemple^ étaient institués pour figurer le sacrifice unique , qui réunit tous leurs effets , de la loi nouvelle : la figure n'avait plus lieu, dès que là réalité était arrivée. Quant à la partie civile de la loi mo* saïque, Jésus- Christ ne l'a pas abrogée pour les Juifs : ils ont continué d'y rester soumis jusqu'à la dissolution de leur république. Il ne l'a pas imposée aux chrétiens : il a déclaré au contraireque tout l'ordre civil était étranger à sa mission ; et il n'a donné sur cet objet d'autre précepte que celui de la soumission aux lois des différents pays.

V. Ce que je viens d'exposer répond à une Direction que nous font nos adversaires , que Jésus-Christ lui-même a déclaré , qu'il était venu non pour détruire, mais pour accomplir la loi et les prophètes (70). Il suflSt de lire tout son discours sur la montagne, d'où est tiré ce passage , pour voir que c'est uniquement de la loi morale qu'il parle : il n'y est nulle part question des cérémonies judaïques. Jésus- Christ dit que loin de détruire cette loi sainte, ces préceptes moraux, il les accomplit fidèlement. On peut aussi donner à ses paroles un autre sens, et dire qu'il a accompli toute la loi , parce qu'il en a réalisé les figures ; tous les prophètes , parce qu'il a effectué leurs divers oracles.

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YI. «( Mais les Juifs nous font sur ce sujet « une difficulté plus importante , que les M incrédules , selon leur usage , copient d'a« « près eux fidèlement. Us disent qu'à leur « loi était promise une éternelle perpétuité, M et qu'elle ne devait jamais être abrogée. H Ils citent pour le prouver divers passages « (71). Il n'y a peut-être pas, ajoutent-ils, tt de principe plus souvent répété dans les « livres de la loi , que celui de son iàdes-» ff< tructibilité et de son étemelle perma- « nence. »

Cette objection serait véritablement trèsforte, si ces mots éternellement, perpétuellement devaient être toujours entendus dans le ^ns le plus strict, et si , dans le langage ué l'Écriture, ils signifiaient toujours l'éternité proprement dite. Mais si nous voyons souvent ces expressions , in œtemum, in sempitemum, employées dans les livrés saints pour signifier un temps très-long , un temps indé« fini, quelquefois même un temps fini qui doit durer autant qu'un certain ordre de cboses, la difficulté, qui ne porte que isur le sens strict de ces mots, tombe absolument, elle est nulle. Or, nous voyobs dans un grand nombre de textesde la sainte écriture le mot éternité employé dans ce sens restreint et impropre. Contentons-nous d'en citer quelques exem-

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pIes,pTiseiitreunemaltituded'aatres«Quand Dieu promet à Abraham de lui donner la terre de Ghanaan en propriété éternelle (7 2), il n'entend pas que sa postérité ne cessera jamais d'en jouir , puisque depuis plus de dix-sept cents ans elle en est dépouillée* Quand il donne aux Israélites , parmi les étrangersydes serviteurs pour les transmettre éternelljement par droit héréditaire à leui*s descendants (73) , il ne promet pas à ces serviteurs eux-mêmes une succession de descendants qui dure autant que Téternité»

Quand Josué dit que les pierres posées sur le bord du Jourdain seront un monument éternel du passage de ce fleuve (74) , il ne faut pas croire que ces pierres y resteront au-delà des siècles. Dieu promet à David d'affermir' le trône de son flls Salomon jusques dans Téternité (75) ; combien y a-t-il de siècles qu'il est détruit ?.Isaïe annonce au peuple prévaricateur des ténèbres jusques dans l'éternité (76) : est-ce encore de l'éternité absolue qu'il parle ? Ces exemples suffisent pour résoudre la difficulté qu'on nous oppose. Le mot éternité ayant dans la sainte écriture deux sens, il faudrait en nous l'objectant prouver que dans les textes que l'on allègue il doit avoir le sens le plus strict, et signifier l'éternité absolue. Mais au contraire, nous montrons aux

Juifs celte éternité attribuée à leur loi expliquée par un de leurs prophètes , et restreinte au temps que devait durer leur république. Si ses lois , dit le Seigneur par l'organe de Jérémie, cessent d'exister, alors aussi ce sera la race d'Israël, en sorte quelle ne soit jamais devant moi une nation. 11 est impossible de marquer plus clairement l'abrogation future de laloi à Tépoque de la destruction de la nation juiye. Ces deux événements sont arrivés ensemble, et précisément à l'avènement de Jésus-Christ; et c^est encore là une prophétie accomplie en lui.

Résumons ce que nous venons d'établir.

Tout ce qu'avaient prédit les prophètes en plusieurs endroits , qu'il viendrait un docteur de la loi , qu'il apporterait une loi nouvelle , qu'il la publierait parmi les nations , nous le voyons exécuté par Jésus-Christ. Certes., au temps où tous ces écrivains sacrés produisaient ces prédictions , elles étaient bien éloignées de la vraisemblance. Il est impossible aussi d'imaginer qu'elles se soient exécutées par un pur hasard. Le rapport exact , littéral , entier de toutes ces prédictionsavecl'événemenCopéré par Jésus-Christ, prouve donc que c'étaient de vraies prophéties, dont il était l'objet. Jésus-Christ est donc encore à ce titre l'envoyé céleste.

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