PROPHÉTIE SUR LE RÈGITE DU MESSIE
I. Cest ici le point qui fait le plus de difficulté yis-à-yis des Juifs. Ils reconnaissent bien avec nous que le Messie doit être un roi f mais ils ont toujours pensé qu'il doit avoir un règne temporel et glorieux ; c'est un Messie, triomphant et soumettant à sa domination politique les nations , qu'ils espéraient autrefois , et qu'ils attendent encore aujourd'hui. Nous disons au contraire., d'après l'explication qu'en a donnée Jésus-Christ lui-même , que ce règne promis au Messie doit être un règne de l'ordre spirituel. Quant aux incrédules, coqume ils ne croient ni aux prophéties ni au Messie , ils ne veulent admettre aucun royaume prédit de quelque genre qu'il soit. Nous avons donc à prouver trois. choses : la première, contre les incrédules, qu'il a été prédit dans l'Ancien Testament que le Messie serai t un rcH ; la seconde , contre les Juifs , que ce roi prédit dans leur
loi devait être un roi de l'ordre spirituel et non temporel ; la troisième , contre les uns et les autres , que ces prédictions qui , du temps des prophètes , étaient éloignées de toute probabilité , se sont accomplies entièrement et littéralement en Jésus-Christ.
II. Première proposition. Les prophéties annoncent un Messie qui sera roi.
Pour prouver cette vérité , nous n'avons qu'à rappeler quelques-unes des prophéties que nous avons rapportées.
Nous avons vu David parlant au nom de Dieu y promettre au Messie les nations pour héritage, et toutes les parties de la terre en propriété , afin qu'il les régisse avec une verge de fer (85).
Nous avons vu Isaïe dire que l'empire du Messie sera étendu , qu'il siégera sur le trône de David , qu'il occupera son royaume pour le confirmer et le corroborer jusqu'à l'éternité (86).
Nous avons vu Daniel annonçant tantôt que dans les temps des quatre empires, dont il prédit la succession , le Dieu du ciel sus-* citera un royaume qui ne sera jamais détruit {S'j); tantôt que l'ancien des jours donnera au fils de l'homme la puissance , l'honneur , le royaume , une puissance sur tous les peu-* pies , une puissance qui ne sera jamais enle-*
vée , un royaume qui ne sera jamais détruit (88).
Nous avons vu Michée et Malachie donner au Messie qu'ils annoncent le titre de dominateur (89).
 ces textes , il ne nous serait pas difficile d'en ajouter beaucoup d'autres, et nous aurons occasion d'en rencontrer quelquesuns dans le cours de cette discussion. Ceuxci nous semblent suffisants pour établir ce qui est maintenant en question ; savoir , que la royauté future du Messie avait été formellement prédite dans la loi ancienne. C'était sur des prophéties si multipliées qu'était fondée l'opinion des Juifs. Qu'ils fussent dans l'attente d'un souverain puissant et glorieux, cela ne peut pas être douteux ; il suffit de liie leurs paraphrases de l'Écriture et leurs au* très ouvrages , pour voir répéter en cent endroits l'expression , Rex Messias, Nous avons aussi dans l'Évangile des preuves que c'était, l'idée qu'avaient du Messie les apôtres euxmêmes. Rappelons-nous que selon Suétone et Tacite , c'était un bruit répandu , nonseulement parmi les Juifs, dans tout l'orient, et fondé sur des oracles religieux, qu'un conquérant sortirait de la Judée , et deviendrait un souverain puissant (90). Enfin , la persuasion dans laquelle sont encore actuellement
les Juifs, leur vient certainement de leurs pères. Or, cette conviction si générale, ils l'avaient certainement puisée dans les nombreuses prophéties de leurs livres saints: c'étoitlà qu'ils prenaient l'idée de? qualités du Messie comme celle de son existence future.
III. Seconde proposition. Le règne du Messie annoncé par les prophètes devait être de l'ordre spirituel.
IV. Jésus-Christ a expliqué les prophéties relatives au règne du Messie, d'un règne spirituel. U n'a pas réclamé un royaume tel que celui des souverains de la terre , qui consiste dans l'autorité civile ; il l'a même formellement exclu. Le royaume qu'il réclame , et dont il parle souvent , est le royaume de Dieu; c'est-à-dire un royaume tout céleste, qui consiste à dicter des lois relatives au salut ; à donner , pour l'observation de ces lois, des moyens de sanctification ; à juger les observateurs et les infracteurs de ces lois ; à distribuer soit aux uns , soit aux autres , des récompenses et des peines, toutes de l'ordre purement spirituel ; à combattre les passions et les ennemis de l'ame par des armes du même genre. Que ce soit ce royaume que Jésus-. Christ ait voulu établir, il suffit d'ouvrir l'Évangile pour s'eti convaincre : son précur-
seur l'annonçait ainsi à la terre : Faites pénitence , car le royaume des cieux est proche (91). Il ouvrit lui-même sa prédication par ces paroles (92). Il serait trop long de rapporter toutes les occasions où il a parlé de son royaume sous le nom du royaume de Dieu. Il a de plus souvent fait connaître que ce n'était pas un royaume terrestre. Lorsqu'émerveillés de ses prodiges, les Juifs veulent l'établir leur roi , il s'^enfuit pour se soustraire i leur empressement (93). Soumis religieusement aux puissances de ce monde , il ordonne qu'on leur paye le tribut (94) ; et n'ayant pas , dans sa pauvreté profonde, de quoi le payer , il fait un miracle pour l'acquitter (95). Ailleurs , il déclare qu'il n'a point été établi pour juger des contestations civiles (96). Mais la circonstance où il caractérise le plus particulièrement le genre de sa royauté, est celle de sa passion. Interrogé par Pilate s'il est le roi des Juifs, il répond qu'il l'est en effet , et qu'il n'est venu sur la terre que pour y rendre témoignage à la vérité; mais il avait commencé par déclarer que son royaume n'est pas de ce monde (97). Telle.est la doctrine que nous avons reçue de notre divin maître , et que nous professons d'après son enseignement. Les Juifs , de leur côté, soutiennent que, d'après les pro-
y 2 DISSERTATION
phëties , le règne du Messie doit être un rè* gne temporel. Us croient que cet envoyé céleste triomphera des chrétiens et des maho* métans figurés par Gog et Magog , et qu'il fondera un nouveau royaume de Juda, qui durera jusqu'à la fin du monde. Il s'agit de prouver la vérité de la première interprétation , çt de répondre à ce qu'on allègue pour soutenir la seconde.
y. Quatre considérations diflerentes persuadent que les prophéties relatives à la royauté du Messie doivent être- entendues d'une royauté spirituelle. La première est que cette interprétation n'a rien qui répugne au texte sacré, et est plus conforme à la dignité du Messie ; la seconde , que ces prophéties , en* tendues dans le sens judaïque, contredisent d'autres prophéties très-claires qui s'accordent pleinement avec le sens chrétien ; la troisième , que même entre les oracles sacrés relatifs à la royauté du Messie , plusieurs présentent des particularités incompatibles avec un royaume temporel , mais qui conviennent parfaitement à un royaume spirituel, la quatrième, qu'entenduesdanslesens. spirituel, elles ont leur accomplissenient plein et littéral en Jésus-Christ.
YI. En premier lieu, il faut observer que le mot roi, dans le style des écrivains sacrés ^
SUR Ï.ES PROPHÉTIES. y5
ne désigne pas toujours une royauté proprement dite , une souveraineté politique. On le voit souvent appliqué à des personnes revêtues d'une grande autorité. Spécialement ce titre est souvent donné à Dieu : certainement dans lui c'est un royaume spirituel qu'il désigne. Il abandonne les royaumes temporels aux souverains qu'il leur donne. Il est naturel que son envoyé soit appelé roi dans le. même sens que lui ; et cela est encore plus simple, si cet envoyé est Dieu lui-même, comme nous le verrons dans l'article suivant. De plus , il est certainement plus digne de l'envoyé <le Dieu d'être un législateur de l'ordre spirituel , de donner aux hommes des lois qui les conduisent à une éternelle félilicité, de réformer les vices, d'établir l'empire des vertus , de perfectionner la morale, de fonder une religion , d'ouvrir de nouvelles, déplus abondantes communications entre Dieu et l'homme, que d'être un prince belliqueux , un conquérant. Dans lés pensées de la gloire humaine , un héros , un triomphateur peut avoir quelque prix ; mais à qui considère les choses sous le point de vue religieux, relarivementaubien dé l'humanité, en un mot selon les pensées de Pieu, il n'y a. aucune comparaison à faire entre celui qui conquiert les hommes et celui qui les éclaire,
entre celui qui se les asservit et celui qui leur
procure un bonheur éternel.
Yll. En second lieu, les prophéties sur la royauté du Messie^ entendues dans le sens judaïque , contredisent d'autres prophéties également certaines; mais entendues dans le sens chrétien , elles se concilient parfaitement avec les autres oracles. Et ce n'est pas sur un seul point que l'idée du royaume temporel contredit les prophéties. Nous pouvons i^apporter cette opposition à cinq chefs différents.
lO Nous avons eu occasion de voir un grand nombre de prophéties où le Messie est annoncé comme un prince pacifique. Au psaume Lxxi, où il est dit qu'il dominera dune mer jusqu'à Vautre y et du fleuve jusqu'aux extrémités de la terre, il est en même temps annoncé que de son temps naîtra la justice et V abondance de la paix , jusqu'au temps où la lune cessera d éclairer le monde (98). Isaïe, dans beaucoup d'endroits, parle de la paix que le Messie apportera au monde. Ici , il dit qu'il jugera les nations , et conv'aincra d'erreur beaucoup de peuples , qui de leurs glais^es feront des socs de charrue , et de leurs lances desfaulx : tellement que les nations ne lèveront point l'épée les unes contre les autres, et ne s'exerceront plus
aux combats (99). Là , il annonce que le Messie sera appelé le prince de la paix, que son empire sera étendu, et que la paix n'aura pas de fin (100). Plus loin, il décrit poétiquement la paix dont on jouira sous son empire (ici). Ailleurs, il le représente sur les montagnes , préchant et annonçant la la paix (102). Ezéchiel présente le Messie sous le nom de David son père , paissant les brebis du Seigneur, et le Seigneur faisant avec elles un pacte de paix (io5). Miellée , antérieur à Isaïe , avait , presque dans les mêmes termes , propbétisé qu'au temps du Messie les glaii^es seraient con\^rtis en socs , et les lances en instruments de labourage (io4); et il s'était servi de l'expression que le Messie sera la paix (io5). Nahum, contemporain d'Isaïe, peint aussi comme lui le Messie sur les montagnes , éi^angélisant et annonçant la paix (1 o6). Il résulte évidemment de tous ces textes, que le règne du Messie doit, selon les proptètes, être un règne pacifique. Et comment peut- on entendre que celui qui sera le prince de la paix, qui sera lui-même la paix, sous l'empire duquel on jouira d'une paix univefselle et perpétuelle; comment, dis -je, peut -on entendre que ce même personnage sera un prince belliqueux , triomphant , qui assu-
yS DISSERTATIOrr
jetUra par la force les nations à son joug? En quelque sens que Ton veuille entendre ces prophéties , elles ne peuvent cadrer avec ridée d'un roi guerrier et conquérant. Mais si on veut entendre le royaume du Messie d^un royaume spirituel, la paix qu'il doit donner au monde sera la paix spirituelle; la paix avec Dieu , avec les hommes , avec sa conscience. Alors tout s'explique , tout se concilie; il ne reste plus de difficulté; il n'y a aucune contradiction : il y a au contraire une très-grande analogie entre un règne de l'ordre spirituel et la paix, soit intérieure soit extérieure, que nous faisons profession de regarder comme un des biens que nous a apportés notre religion.
ao Nous avons vu le Messie appelé par Jacob et par Aggée , l'attente et le désiré des des nations (107]. Mais les nations désiraientelles , ou devaient-elles désirer un personnage qui les désoleraitpar des guerres, et qui les asservirait avec violence à son empire? S'il s'agit au contraire d'un royaume spirituel, on comprend que les nations soient dans le cas de désirer ce qui doit faire leur suprême bonheur. Nous avons aussi observé que dans la prophétie de Jacob il est annoncé qu'à l'arrivée du Messie le sceptre sortira de Juda; et que si le Messie se trouvait être
an roi de l'ordre temporel , au lieu de sortir alors de cette tribu, le sceptre y rentrerait.
30 Un caractère particulier donné au Messie par divers prophètes, et spécialement par Isaïe, est celui de la douceur : F^oilà mon serviteur dont je prendrai la défense , dit le prophète au nom de Dieu ; il est mon élu ; mon am^ se complaît en lui; foi placé sur lui mon esprit : il annoncera la justice aux nations ; il ne criera point; il ne fera point acception de personne ; on n'entendra pas sa Doix au dehors ; il ne brisera point le roseau fêlé y et il rî éteindra point la m^èche fumante ; il rendra la justice selon la vérité : il ne sera ni triste ni turbulent (108). Est-ce là le caractère d'un héros violent qui fait gueri'es sur guerres , et qui désole la terre par ses conquêtes ? Mais il est évident que cette douceur convient parfaitement à un roi de l'ordre spirituel , qui vient fonder un royaume non civil , mais purement religieux ; qui établit l'empire des vertus , et qui n'emploie que des moyens du genre spirituel.
i^ Loin que les prophéties présentent un Messie qui se mettra à la tête des Juifs pour se soumettre les nationis , elles anuoncent au contraire que le Messie sera méconnu et rejeté par le peuple juif. Nous avons rapporté un texte de Daniel qui est formel, et qui
porte expressément qu'il sera mis à màrt, et que son peuple, qui l'aura renié , cessera d'e* xister (109). En voici un autre d'Isaïe, moins précis à la vérité, mais qui a assez clairement rapport au même objet : // sera envoyé pour qfous sanctifier, mais il sera un sujet de chute et une pierre de scandale pour les deux maisons d'Israël , un piège et une cause de ruine aux habitants de Jérusalem, et beaucoup d entre eux tomberont et seront brisés, et se-ront arrêtés et seront pris (110). Il serait bien difficile aux Juifs d'expliquer ce texte d'un Messie , les réunissant tous à lui y et commandant les armées de leur nation ; mais il s'entend parfaitement d'un Messie établissant un royaume spirituel. Et nous voyons qu'il est entendu dans ce sens et appliqué à Jésus'-Clirist , par le saint vieillard Siméon (1 1 1) et par saint Paul (112)*
50 Enfin , comment concilier un Messie glorieux , triomphant , courant de prospérités en prospérités , avec les humiliations , les souffrances, la mort violente du Messie, prédites par un grand nombre de prophètes , comme nous le verrons dans un des articles suivants (11 3)!
VIÏI. En troisième lieu , j'ai dit que plusieurs des prophéties qui annoncent que le Messie sera un roi , contredisent formelle-
ment l'idée judaïque d'un royaume temporel , mais s'accordent parfaitement avec la doctrine chrétienne d'un règne spirituel. Les prophéties que nous venons de rapporter sur le caractère pacifique de ce dominateur y et sur la paix profonde dont on jouira sous son empire , suffiraient pour établir cette vérité ; mais nous en avons d'autres encore aussi positives. Nous avons eu occasion de citer un passage du psaume 11 où David fait dire au Messie que le Seigneur l'a établi roi sur la sainte montagne de Sîon. Hais pour quel objet dit - il qu'il l'a été ? Ce n'est pas pour guerroyer , pour se soumettre les peuples; c'est pour leur prêcher les préceptes divins : voilà pourquoi les nations lui sont données en héritage, et la terre, jusqu'à ses dernières limites, en propriété (11 4)* Au psaume Cix , David parle encore de l'empire du Messie; mais ce qu'il en dit annonce évidemment un royaume de l'ordre spirituel, et ne s'accorde nullement avec un règne temporel. Dieu placera le Messie à sa droite ; c'est de là qu'il dominera sur ses ennemis, qu'il jugera les nations, etc. (11 5). Voici une prophétie de Zacharie qui est trèspositive : Réjovis-toiy fille de Sion; sois dans la joie 9 fille de Jérusalem, F^oilà ton roi gui viendra à toi. Il est juste, il est sauveur. Il
8o DISSERTATION
estpau\^re, et monté sur une dnesse et sur son dnon. Et je confondrai dans Ephraïm les chariots de guerre , et la cavalerie dans Jérusalem; et les arcs militaires seront brisés, et il parlera aux nations un langage de paix, et sa puissance s étendra dune mer jusqu'à l'autre , et du fleus^e aux extrémités de la terre [i 16). Observons en passant que les dernières paroles de celte prophétie sont précisément les mêmes dont David se sert au psaume Lxxi. Si les rabbins s'obstinent à vouloir que dans ce psaume des expressions si magnifiques désignent Salomon, au moins ils ne diront pas qu'elles ont le même sens dans la bouche de Zacharie, postérieur à Salomon de plusieurs siècles. Ne paratt-il pas même assez clair que Zacharie fait allusion au texte du psaume , ce qui en fixerait le sens , et montrerait qu'il était entendu par les prophètes , non du fils de David , Salomon , mais de son autre fils, le-Messie? Pour revenir à notre sujet, comment les rabbins pouvaientils entendre celte prophétie d'un Messie glorieux et triomphant? Un roi puissant , victorieux, conquérant, est-il pauvre, et réduit à avoir pour monture une ânesse ? Loin que le Messie doive commander des armées de Juifs , il doit détruire, dans les deux pays d'Israël et de Juda, tous les instruments mi-
SUA LES PUOFHÉtIES. 8l
lilaires; et non -seulement il ne combattra pas les nations, mais il leur adressera des paroles de paix. Il est impossible de contredire plus formellement le sytème judaïque dans toutes ses parties. Il semble que Zacharie ait prévu qu'ils Timag^ineraient un jour , et qu'il ait voulu le confondre d'avance. Si au contraire on reconnaît dans le roi qu'il annonce un roi de l'ordre spirituel , tous les points de la prophétie y correspondent parfaitement. Sa pauvreté temporelle n'est point contraire à sa dignité et à sa puissance spirituelle. Il est juste et sauveur. Il n'a pas besoin de la force militaire des Juifs , et même il la détruit. II prêche la paix aux nations , et c'est par ce moyen de douceur qu'il se les assujettit et qu'il règne sur elles.
IX. En quatrième lieu , si , comme on n'en peut douter , le meilleur commentaire d'une prophétie est son accomplissement , et si nous voyons un règne spirituel cadrer exactement , et être le seul qui cadre avec toutes les prophéties , nous devrons conclure que c'est celui-là que les prophètes ont eu en vue. Or, nous allons démontrer, et ce sera le sujet de notre troisième proposition , que tous les caractères marqués dans les diverses prophéties se trouvent complètement effectués dans le règne spirituel dont Jésus-Christ
82 DlSSEnTATION
s'est déclaré reyétu. Mais avant de passer à cette discussion j il est nécessaire d'examiner ce qu'allèguent les docteurs Juifs pour justifier leur opinion d'une souveraineté monarchique et civile dû Messie.
X. ce Ils disent d'abord , et les incrédules rt le répètent d'après eux , que l'interpréta- « tion donnée par les chrétiens aux prophète tics sur le royaume du Messie , détourne le « texte de l'écriture de son sens propre et nafc turel à un sens métaphorique; ce qui est te injuste en soi ; ce qui ^ de plus i forme une n assertion gratuite ; ce qui est injurieux à ec Dieu, et le faitparaitre un trompeur, qui « présente un sens pour en faire entendre « un autre ; ce qui , enfin , rendant les procc phéties obscures , justifie les Juifs de n*a- (c voir pas cru en Jésus-Christ, v
XI. Je commence par observer que les Juifs ont bien mauvaise grâce à nous repro-* cher le sens allégorique que nous donnons aux oracles sur le règne du Messie ; eux qui , pour se soustraire aux preuves qui résultent du sens naturel et littéral de beaucoup d'autres prophéties , les interprètent presque toutes allégoriquement.
Je réponds ensuite directement à la difH* culte. Il est vrai , et je l'ai déjà remarqué , qu'on ne doit prendre dans un sens métapho-
riqae les textes de la sainte écriture^ que sur de graves et fortes raisons (117)* Mais qui peut nier qu'il n'y ait dans les livres saints , et surtout dans les livres prophétiques, beaucoup de choses dont le vrai sens est le meta* phorique ? Là question se réduit doncà savoir si , sur le» prophéties relatives au règne du Messie , le sens naturel ne présente pas d'insurmontables difficultés que lève le sens métaphorique. Je dis que si ces prophéties contiennent des choses qui contrarient le sens littéral, si ce sens littéral est incompatible aveed'autres prophéties; si l'événement montre l'accomplissement du sens métaphorique, c'est ce sens qu'on doit adopter, et non le sens littéral. Ce n'est pas alors une supposition injuste et gratuite , puisque c^est une interprétation solidement motivée. Ainsi, tout ce que j'ai établi jusqu'à présent a répondu d'avance à cette partie de l'objection.
Ce n'est point induire en erreur que de ne pas s'exprimer avec toute la clarté possible. Dieu n*est pas un trompeur , parce que ses prophéties, au moment où elles sont publiées , ne sont pas parfaitement claires. Il suffît à sa véracité que l'événement les explique, et en fasse connaître le vrai sens.
Les Juifs , avant d'avoir vu Jésus-Christ , étaient très-excusables d'attendre un Messie
84 DISSERTATIOÏT
reyêttt d*une splendeur temporelle. Il était assez simple que ce peuple, naturellement charnel , flalté des prospérités qu'il croyait lui être promises dans la venue d*un envoyé céleste, ne fit pas une attention suffisante aux diverses parties de ces prophéties, et ne saisit pas ridée d^un royaume de l'ordre spirituel : Dieu n'exigeait pas pour ses prophéties un degré de foi supérieur au degré de clarté qu'il leur donnait. Mais lorsque Jésus-Christ fut venu sur la terre , qu'il leur eut expliqué toutes les prophéties , qu'il en eut fait l'application aux diverses circonstances de sa vie , et qu'il eut confirmé sa doctrine par des miracles , alors les Juifs cessèrent d'être excusables de persévérer dans leur erreur sur les prophéties relatives à son règne.
On oppose encore à la royauté spirituelle du Messie diverses autres difficultés. On peut les réduire à quatre chefs : qu'il doit siéger sur le trône de David; que Jérusalem doit être le chef-lieu de son empire ; qu'il doit vaincre et conquérir les peuples pour se les soumettre ; qu'il doit réunir tous les Juifs dispersés de toutes les parties du monde. Reprenons les unes après les autres ces objections.
XII. « On nous dit d'abord que le royauce me du Messie doit, selon les prophéties,
n être le royaume de David , et qu'il siégera « sur le trône de ce prince. Isaïe entre autres ce est positif sur ce point (iiB). Le rpyauce me et le trône Dayid étant évidemment « un royaume et un trône temporels , ceux ce du Messie doivent Fêtre de même, n
XIII* Ces prophéties de T Ancien Testament sur le royaume et le trône de David, sont appliquées à Jésus-Christ par l'archan* ge Gabriel, annonçant a Marie la naissance de ce libérateur (119)* Saint Luc , rapportant, les paroles de l'ange, savait parfaitement que Jésus -Christ n'avait pas prétendu à un royaume terrestre ; qu'il en avait même for* mellement rejeté l'idée : il entendait donc dans le sens spirituel les prophéties dont il s^agit. Pour montrer que c'est dans ce sens que les ont produites les prophètes , considé* rons d'abord qu'ils n'ont certainement pas promis au MessieJe trône matériel de David, qui est détruit depuis tant de siècles. Leur expression est donc méta:phorique, et la question se réduit à savoir jusqu'à quel point elle l'est. Nous l'entendons d'un règne spirituel, et nous disons que son véritable sens est que le Messie régnera au. même titre et sur le même peuple que David. Au même titre, c'est-à-dire , comme David , en qualité d'élu de Dieu, et avec l'autorité que Dieu lui aura
86 ^ DISSBATATION
donnée : sur le même peuple , c'est-à-dîre sur les Juifs , auxquels , selon les prophéties , seront ajoutés les autres peuples. Cet empire universel peut être du genre ou temporel ou spirituel. Supposons en effet que Dieu eût attribué à quelque rejeton de David , sur les Juifs et sur les nations , une autorité royale proprement dite; ne l'aurait-il pas établi sur le royaume et sur le trèue de David ? C'est parée que les rabbins attendent un Mes* sie revêtu de cette puissance, qu'ils lui appliquent la prophétie d'Isaïe et les autres semblables. Pourquoi donc, si nous voyons un descendant de David jouissant et sur les Israélites et sur toutes les nations d'une autorité d'un ordre infiniment supérieur, ne dirons-nous pas aussi que les prédictions sur le royaume et sur le tr6ne de David, sont accomplies ? Je dis que ce sens figuré , raison^ nable en lui-même, a d» plus l'avantage d'être favorisé par plusieurs prophéties. Dans le texte d'Isaïe qu'on nous objecte , il est dit que ce Messie , qui siégera sur le trône de David , sera le père du siècle futur , le prince de la paix ; que son règne sera éternel. Dans celle de Daniel sur les Lxx semaines , il est annoncé que par le Messie l'iniquité sera dé^ truite, et le péché mis à fin (120). Dans celle du même prophète sur la succession des em-
pires , le règne dontné au Messie porte tous lescaraetères d'un règne spirituel ( 1 a 1 ) . Ajoutons à cela tous les oracles que nous avons rapportés , qui présentent le Messie comme le docteur d'une loi nouvelle, la lumière du monde , le précepteur des nations. Ajoutonsy de plus tous ceux que nous citerons , dans lesquels il est prédit qu'il convertira à Dieu tous les peuples. Ajoutons-y enfin tous les autres que nous produirons sur ses humiliations , ses souffrances , sa mort cruelle. Tout cela n'indique-t-il pas manifestement que son ministère , son autorité , sa royauté , seront de l'ordre spirituel ?
XIV. w On nous objecte ensuite qujB c'est « la ville de Jérusalem qui doit être le chefa lieu de l'empire ; que c'est là que le Messie u établira le* siège de sa domination ; que « c'est là qu'il fera venir toutes les nations « pour adoi^er le Seigneur. On cite pour le « prouver beaucoup de textes : Lèv*e*toi, Je- « rusalem, dit Isaïe , et sois éclairée , parce « gue la lumière est venue, et que la gloire H du Seigneur s'est élevée sur toi. Oui, les té- « nèhres couvriront la terre , et Vobscunté « seru répandue sur les peuples : mais leSeice gneur se lèvera sur toi ^ et on verra sa €< gloire éclater dans toi. Les nations marc< citeront à la splendeur de ta lumière, et les
cf rois à l'éclat de ton leuer. Lèi>e les yeux c« autour de toi et considère : tous se, sont as- M semblés et sont venus à toi. Tes fils vienn « dront des régions éloignées y et tes filles se ce lesteront h tes côtés. Alors tu vivras et tu Cf seras dans l'abondance : ton cœur sera (c dans l'admiration et dans la dilatation y ce quand y de la mer, la multitude se sera n tournée vers toi, quand la force des naît tions sera venue à toi. L'inondation des cv chameaux , les dromadaires de Madian ce et dEpha , te couvriront : tous viendront ce de Saba , apportant l'or et t encens ^ et célécc brant les louanges du Seigneur. Tous les ce troupeaux de Cédar s'assembleront près c« de toi; les béliers de Nabaioth te serviront ^ ce et seront offerts sur l'autel de ma miséritt corde. Je glorifierai la maison de ma mace jesté «(122). ce Ils annonceront, ajoute^t-il ce plus loin , ma gloire aux nations, et ils ee conduiront tous vos frères de toutes les nof ce tions en offrande au Seigneur à ma sainte et montagne de Jérusalem, dit le Seigneur; ce de même que les enfants d Israël portent ce leurs offrandes dans des vases purs ; et de ce mois en mois , de sabbat en sabbat , toute ce chair viendra adorer devant ma face, dit le ce Seigneur [12^). » Jérémie n^est pas moins précis. Cl En ce temps-là on appellera Jéru^
SUn^LES PROPHéTlE^. 89
ce salent ^le trône du Seigneur^ et toutes les « nations s'assembleront dans elle , dans Je- •c rusalem, au nom du Seigneur (i24)« » Michée présente aussi de semblables oracles : nEtà la fin des jours le mont de la mai- H son du Seigneur sera fondé sur le sommet « des montagnes , et il sera élesfé au-dessus « des collines. Toutes les nations ajflueront K *vers lui. Beaucoup de nations y viendront ce fli^ac hâte, et diront : Prenez , montons à la ce montagne du Seigneur, à la maison du ce Dieu de Jacob , et il nous instruira de ses ce ^voies y et nous marcherons dans ses senti tiers , parce que de Sion sortira la loi et la ce parole du Seigneur de Jérusalem, ^t iljuce géra beaucoup de peuples , et il châtiera ce des nations puissantes fusques dans des ré- •e gions éloignées , et ils forgeront leurs glaice i^es en socs , et leurs lances en instruments ce de labourage. Une nation ne tirera plus ce l'épée contre une nation , et ils ne s'instruit «c ront plus à guerroyer. Chacun se reposera ce sous sa vigne et sous son figuier , et il n'y ce aura plus personne qui ï épouvante, parce c< que la bouche du Seigneur a parlé (i 25). » Enfin yoici ce qu'on lit dans Zacbarie : ce Tous ceux qui seront restés de toutes les «c nations qui ont combattu contre Jérusa- « lem y monteront dannée en année pour T. Ji. 4*
fc adorer le Seigneur roi^ et célébrer la fête ce des tabernacles. Et quiconque des familles H de la terre ne montera pas à Jérusalem V pour adorer le roi Seigneur des armées , ce la rosée ne tombera point sur /u/ (126). »
XY • La réponse à tous ces passages , est qu'ils doivent être entendus non dans leur sens littéral et naturel , mais dans un sens figuré , et que la Jérusalem dont il est parlé , à laquelle doivent accourir tous les peuples, est , non la Jérusalem terrestre , cette antique Jérusalem qui était la capitale de la Judée , mais la Jérusalem céleste , qui n'est autre chose que l'Église de Jésus-Christ militante et triomphante. Les apôlres saint Paul (127) et saint Jean (ia8) , et après eux plusieurs saints Pères (129), parlent de cette Jérusalem. Ils regardent la Jérusalem terrestre comme étant dans l'ancienne loi la figure de l'Église; et ils pensent que son nom même, qui signifie en hébreu vision de la paix, annonçait cette céleste citéou régnera une éternelle paix. Nous avons à faire voir que tel est le véritable sens de ces prophéties , et c'est ce qu'il est facile de prouver en les considérant soit en elles-mêmes, soit comparativement à d'autres prophéties, soit dans leur accomplissement.
lO Si nous voulons prendre ces prophé-
Sun LES PROPHÉTIES. 91
lies dans leur sens littéral , comment peut* on concevoir que de toutes les parties de la terre, tous les hommes de toutes les nations viennent se rendre à la ville de Jériisalem , pour y adorer le Seigneur, ou chaque année, ou de mois en mois , ou de sabbat en sabbat ? Cela leur serait physiquement impossible. Mais entendant ces expressions de la Jérusalem céleste, la difficulté disparaît , et Toracle peut aisément avoir son exécution.
Nous voyons dansles prophéties qu'on nous objecte des choses qui ne peuvent être entendues que dans un sens métaphorique. Par exemple , dans celle de Michée , il est parlé de l'élévation de la montagne de Sion , audessus de toutes les autres, montagnes. Cette phrase, évidemment inexacte en parlant de la montagne sur laquelle était bâtie Jérusa* lem, est de la plus parfaite exactitude, appliquée à la Jérusalem céleste. Les deux textes d'Isaïe que l'on allègue , présentent àes ex* pressions que les rabbins omettent dans leurs citations , parce qu'elles annoncent un sens métaphorique. Remettons ces passages dans leur entier. Au chapitre Lxvi , après avoir dit que les hommes de toutes les nations seront conduits à la montagne sainte de Jérusalem, le prophète dit: Et je prendrai parmi eux des prêtres et des lentes; parce
92 BISSERTATIOW
quCy de même que je fais exister datant moi des deux nouveaux et une terre nouvelle, de même y dit le Seigneur , votre postérité et votre nom demeureront. C'est après ces paroles que le prophète ajoute ce qu'on objecte, de mois en mois et de sabbat en sabbat , toute chair viendra adorer devant moi (i 3o). Il est facile de voir pourquoi les docteurs juifs ont omis les paroles que nous rétablissons : elles annoncent un ordre de choses absolument nouveau ; non-seulement un sacerdoce qui ne sera plus de la race d'Aaron , mais des cieui , une terre, et par conséquent une Jérusalem d'un autre genre. Entendons ces paroles de rÉgl ise de Jésus-Christ, elles deviennent très-claires. Il n'est pas hors de propos d'observer que saint Jean , dans son apocalypse, fait une allusion manifeste à ce passage, et l'applique au séjour céleste (i 3 1). Au chapitre Lxi , après les paroles citées dans l'objection , dans lesquelles Isaïe a décrit en style pompeux l'affluence des nations à cette Jérusalem, il ajoute : Tu n'auras plus de soleil pour t' éclairer pendant le jour y ni la clarté de la lune pour t' illuminer; mais le Seigneur sera ta lumière éternelle , et ton Dieu sera ta gloire. Ton soleil n'aura plus découcher, ta lune ne sera plus diminuée , parce que le Seigneur sera ta lumière étemelle : les jours de
ton deuil seront fixés; ton peuple sera la totalité des justes {i5 2). Le prophète parle îei évidemment à la même Jérusalem à laquelle il s'adressaitdansles versets précédents du même chapitre. Mais est-il possible d'appliquer ceS expressionsàrancienneJérusalem, même dans le style poétique ? Au contraire , appliquées à la Jérusalem céleste, elles sont parfaitement justes. C'est donc cette Jérusalem, c'està-dire l'Eglise et son universalité , qu'Isaïe prédit dans tout ce chapitre. Aussi voyonsnous l'apôtre saint Jean faire encore allusion à ces paroles , et les employer presque mot à mot , pour décrire la Jérusalem nouvelle qu'il a vue descendre du ciel (i33).
J'ai insisté sur ces allusions , et sur les applications faites à la Jérusalem céleste par saint Paul et par saint Jean de ces expressions relatives à l'affluence des nations dans Jérusalem. L'événement n'avait pas encore vérifié les prophéties sur ce point , et il n'y avait alors aucune apparence que toutes les nations entreraient un jour dans l'Église. Lors donc que ces deux apôtres appliquaient à l'Église les prophéties dont il s'agit, ils faisaient eux-mêmes des prophéties : ils prédisaient la future dispersion de la religion de Jésus-Christ , sur toute la terre. L*accompïissement de ces prédictions dpnne à leur ex-
plication toute l'autorité divine. Dieu seul pouvait alors prévoir l'universalité future de sa religion, et les hommes qui l'annonçaient dans ce temps étaient évidemment inspirés par lui.
ao Quand nous voyons des prophéties lesquelles prises dans leur sens littéral contredisent d'autres prophéties également certaines , mais qui , si on les entend dans un sens figuré , cadrent avec toutes les autres et sont confirmées par elles, ne devons-nous pas juger que c'est le sens figuré qui est leur sens réel et véritable? Or, que l'on nous dise comment on peut concilier l'idée que toutes les nations viendront adorer Dieu dans Jérusalem^ avec l'oracle de Sophonie , qui porte que les hommes l'adoreront dans leur pays (i 54) ? avec cet autre de Malachie , que nous avons déjà vu, que Dieu ne recevra plus d'offrandes de la main des Juifs, mais qu'en tout lieu on lui offrira et on lui sacrifiera une victime pute (1 3 5) ? Que Dieu ne soit adoré qu'à Jérusalem , que Dieu soit adoré en tout lieu, ce sont deux choses incompatibles. L'adoration à Jérusalem contredit spécialement la prédiction que le Seigneur ne recevra plus les sacrifices judaïques. Mais entendons de la Jérusalem céleste les prophéties objectées , tout s'aplanit , tout se concilie y tous les pro-
phètes sont d'accord entre euï, ou plutôt Dieu n'est plus opposé à lui-mêm^.
5oLes Juifs, qui conviennent avec nous que raccomplissement d'une prédiction prouve la vérité de la prophétie , ne peuvent pas disconvenir que cet accomplissement doit aussi en expliquer le véritable sens. Si de ce qu'une prédiction est accomplie il s'ensuit qu'elle est émanée de Dieu , de ce qu'elle est accomplie d'une telle manière il résulté manifestement que c'est de cette manière que Dieu a fait prédire qu'elle s'accomplirait. Ici le fait parle, et explique les prophéties qu'on nous oppose. Qu'elles soient réalisées dans le sens métaphorique, dans le sens que leur donnaient les apôtres dès avant l'événement, c'est ce qu'il est impossible de contester. Il reste donc certain que, pour conserver aux prophéties sur l'affluence à Jérusalem le sens qu'ils leur donnent, les rabbins sont forcés de contredire et les faits historiques, et d'autres prophéties très-claires, et les prophéties même qu'ils allèguent.
XVI. « Les deux dernières difficultés con- N tre la royauté spirituelle du Messie en face veurde son règne temporel, sont qu'il doit u rassembler de toutes les parties du mande M tous les Juifs dispersés , et qu'il doit à leur m. tête remporter de grandes victoires sur les
<c nations qu'il conquerra. On fonde Tun et ce l'autre point sur ce texte d'Isaïe : En ce a jour^là le Seigneur étendra sa main pour ce posséder le reste de son peuple, qui sera re- « tiré de l'Assyrie, de l'Egypte, de Phétros , ce de l'Ethiopie, dElam, de Sennaar ^ d'Eit math et des îles de la mer ,• et il élèvera son •» étendard parmi les nations , et il rassem- •e blera des quatre panies de la terre lesju- «ï gitifs d Israël et les dispersés de Juda. Et «e la rivalité d'Ephraïm sera détruite , et les ce ennemis de Juda périront, Ephraïm ne ri- « v^alisera plus Juda , et Juda ne combattra ce plus contre Ephraïm. Et ils voleront sur la t€ mer pour aller fondre sur les Philistins, ils tt dépouilleront ensemble les enfants de l'Oce rient, L'Idumée et Moab reces^ront leurs ce préceptes^ et les fis d'Ammon seront obéisce sants. Et le Seigneur désolera le peuple de ce la mer d Egypte , et il élèi^era sa main sur ee lefleui^e av^ec la force de son esprit , et il ce desséchera ses sept embouchures , en sorte qu'on le passera à pied sec (i36). »
Je reprends successivement les deux difficultés qu'on lire de ce texte : la réunion des Juifs par le Messie , ses conquêtes à leur tête.
XVII. Sur le premier chef, il est vrai que la réunion des Juifs à la suite de la dispersion où ils sont parait prédite dans l'ancien
et dans le nouveau Testament : mais rien n'annonce que ce doive être lors de l'avénement duMessie ; au contraire , le système que ce sera par le Messie que les Juifs seront réunis contrarie les prophéties qui annoncent qu'il sera méconnu et rejeté par le peuple juif. Nous en avons rapporté quelquesunes (137). En voici une autre, qui annonce que la dévastation de la Judée sera la punilion de ce qu'elle aura refusé d'entendre le Messie : fui dit : Va^ et dis à ce peuple : Écoutez , et vous ne comprendrez pas ; voyez la vision, et refusez de connaître: ai^eugle le cœurde ce peuple, bouche ses oreilles, forme ses jeux , de peur qu'il ne voje de ses yeux, qu'il n entende de ses oreilles , qu'il ne com-' prenne de son cœur, qu'il ne se convertisse et que je ne le guérisse. Et j'ai dit : Jusques à quand Seigneur ? et il a dit : Jusqu'à ce que les cités désolées soient dépeuplées d habitants , et que les maisons restent vides , et que la terre devenue déserte soit abandonnée (i38). Il est bon d'observer que la première partie de cette prophétie, laquelle est relative au refus des Juifs d'écouter le Messie , est appliquée au temps de Jésus -Christ, d'abord par lui-même (1 39), et ensuite par St. Paul (1 4o). Le texte d'Isaïe que l'on nous propose porte bien que les Juifs seront un jour réunis, mais T. II. 5
gS DISSERTATION
il ne dit point que ce sera par le Messie. Nous croyons , d'après plusieura autres propliéties tant de l'ancien que du nouveau Testament, que ce sera après que toutes les nations seront entrées dans TÉglise que les Juifs viendront aussi s'y présenter, et que ce sera vers la fin du monde. En ce jour-là y dit Isaïe , le reste de Juda et ceux de la maison de Jacob qui se seront enfuis ne continueront plus de s* appuyer sur celui qui tes frappe; mais ils mettront leur appui sur le Seigneur, le saint d'Israël selon la ^vérité; et les restes, les restes, dis -je y de Jacob, se cons^ertiront au Dieu fort. Car a^otre peuple , 6 Israël , futil comme le sable de la mer , les restes se coni^ertiront , et ce qui restera répandra la justice ayec abondance • Car le Seigneur, Dieu des armées fera dans toute la terre la consommatiofi en peu de temps (i4i)' Le prophète l'approche ici évidemment ces deux époques : le retour des Juifs au Seigneur, lequel sera une conversion, et la consommation universelle. Et que devient d'après cela le long règne du Messie ? Osée est plus positif encore : Les fils d Israël resteront pendant beaucoup de jours sans roi et sanspnnce , et sans sacrifice , et sans autel, et sans Ephod et sans Theraphin. Et après cela les fis d* Israël res^iendront , et ils rechercheront le Sei--
gneur leur Dieu , et Dai^id leur roi; et ils auront la crainte de Dieu , et de ses biens , dans le dernier des jours (142). Ce sera dans le dernier d^s jaurs que se fera le retour des Juifs au Seigneur : est-ce là être ramené par un Messie qui fondera , à partir de cette époque , un royaume éternel ? Observons aussi que les Juifs doivent rechercher David leur roi. Ce n'est pas du véritable David , mort long-temps auparavant , qu€ parle le prophète ; c'est donc de l'un de ses descendants ; et, Je le répète où le trouveront- ils, dans la confusion actuelle de leurs généalogies? Nous avons aussi pour fondement de notre opinion , qu'après les nations les Juifs finiront par se convertir à la parole de Jésus-Christ. Prédisant la ruine de Jérusalem, il dit que cette ville sera foulée aux pieds , jusque ce que les temps des nations soient accomplis (1 43) ; et cette autre prédiction de St. Paul : Je ne veux pas , mes frères , vous laisser ignorer ce mystère, afin que vous n'ayez pas des sentiments présomptueux de vous-mêmes , qui est qu'une partie des Juifs esttombée dans l' aveuglement, jusqu'à ce que la plénitude des nations soit entrée (i44)« C'est ainsi que les saints Pères entendent ces divjBrses prophéties , et spécialement Origène (i45), saint Jérôme (i46), saint Au-
i OO DISSERTATION
gustin (i 47)9 saint G7rilled'Alexandrie(i4B)« XVIII. I^a seconde difficulté que Ton tire du texte d'I^aïe objecté , est relative aux victoires que remportera, dit-on, le Messie, à la tête des Juifs qu'il aura rassemblés. Je réponds que ces victoires doivent être entendues dans le sens métaphorique , de mêmç que le règne sur le trône de David et dans Jéiiisalem. Ces victoires sont celles que, pour établir son royaume spirituel, le Messie l'emportera sur les ennemis de ce royaume ; sur ledéiAon, en délivrant les hommes de sa servitude , et su^ les idoles en les renversant. Si Qn veut prendre la prophétie d'Isai'e dont il s'i^gijt dans son sçns littéral , elle présente une chose fausse ' elle annonce des victoires sur les Philistins, les Iduméens, les Moabi tes, les Ammonites. Où le Messie que les Juifs »itendeiit trojaverart-il pour l^s iîombattre ces|>euples,qui depuis long- temps n'existent plus ? Il faut donc «écossairement donner à eeU^ prophétie un sens méiaphorique quelconque; il £aut recconnaître que c€t$nd|;ion$ nommées par le prophète sont des figures des ennemis du Messie. Ce poiatavéré, comment peut-on prouver qu'elles figur^ent plutôt des ennemis tempoi^els que des ennemis spirituels ; qu'elles ont rapport à Gog et à Magog, aux chrétiens et aux mahométans , plutôt
qu'au démon et aux idoles ? Si on veut s'opiniâtrer à entendre dans ce passage des triomplies temporels, commentlesconcilierar t-on avec les autres passages dans lesquels sont annoncés la douceur du Messie , et la paix qu'il doit donner au monde? Mais qu'on l'entende de triomphes de l'oTdre spirituel , il cadre parfaitement avec tous les autres textes de l'Écriture. Nous en avons rapporté plusieurs qui annoncent que le Messie doU'Jnera au monde une religion nouvelle. 11 y en a d'autres qui prédisent la destruction de l'idolâtrie : En ce jour-là, dit Isaïe, V homme abandonnera les idoles et or et d argent qu'ont forgées ses mains dans le péché (i 49). En ce jour-là, ditZadiarie, le Seigneur des armée!; détruira les idoles qui sont sur là terre ; et elles resteront désormais oubliées (i5o). Il est naturel que le démon , et les pei^sonhes attachées aux anciennes religion^, les adora-^ leurs des idoles, fassent leurs efforts pour conserver le culte antique ; mais le MeSsie vain* cra leur résistance, il triomphera de tous ces ennemis de sa religion : voilà quels sont lei Philistins et les autres peuples que le Messie domptera. Enfin , une dernière et décisive raison pour entendre la prophétie dans ce sens , est son accomplissement. Ne toyorisnous pas Jésus-Christ triomphateur de tous
les ennemis qui s'étaient efforcés de détruire son Eglise ? On ne peut pas révoquer en doute le fait : on ne doit pas en contester la consé-* quence.
Voilà tous les raisonnements , ou au moins les principaux , par lesquels les rabbins soibtiennent leur système d'un règne temporel du Messie. Il est aisé de Yoirque tous les textes relatifs au règne de cet envoyé céleste , ceux . mêmes qu'allèguent les docteurs Juifs , sont beaucoup plus relatifs à un règne de l'oindre spirituel. Achevons de démontrer que tel est le sens de toutes ces prophéties , par leur accomplissement.
XIX. Troisième proposition. Toutes les prophéties sur la royauté du Messie , entendues d'un royaume spirituel, se trouvent entièrement accomplies en Jésus-Christ.
Que l'on reprenne toutes les prophéties relatives au règne du Messie; que l'on y joigne toutes les allusions qui y sont faites dans beaucoup d'endroits de l'Ancien Testament ; que l'on examine soit les caractères généraux attribués à ee royaume, sait les particularités de détail qui en sont énoncées, et que l'on en fasse l'application au royaume de Jésus-Christ , au royaume qu'il appelait le royaume de Dieu, au royaume qu'il déclarait n'être pas de ce mande, c'est-à-dire
SUR liES PROPHÉTIES. io3
à San Église , âoit triomphante soit militante, qui n'en fait qu'une seule ; et on verra qu'il n'y a pas un seul point , pas une seule expression qui ne vienne parfaitement s'y adapter. Les caractères principaux attribués à ce royaume sont : l'universalité sur toutes les nations, la perpétuité dans tous les siècles.' L'universalité est claire : la religion prêchée et l'Eglise étendue dans tous les pays sont des faits incontestables. La perpétuité ne peut pas être encore prouvée de même, puisque nous ne sommes pas à la fin des siècles ; mais ne l'est-elle pas autant qu'elle puisse l'être, par la permanence continuelle de TEglise malgré les terribles attaques de tout gente qu'elle a eu à soutenir, et à sa naissance, et depuis son origine , et jusque dans ces derniers temps.
' XX. ce Sûr cette perpétuité du règne du « Messie , les Juifs élèvent une nouvelle diftt ficulté. L'éternité de domination est pro- « mise , disent- ils , non à sa personne mais à « sa postérité. Ce sera un royaume éternel- « lementgouverné d'abord par lui, et ensuite ce par ses descendants, de génération en gêné- « ration, m Mais dans toutes les prophéties que nous avons rapportées , que voit-on qui favorise cette idée ? Au contraire , tout, dans les oracles sacrés ^ dfnnoncela perpétuité du
règae personnel du Messie. Bornons-nous à un seul exemple. Le psaume Gix porte que ce sera assis à la droite de IKeu que le Messie dominera sur ses ennemis et jugera les nations (i 5 1). Celte domination éternelle lui est donc promise lorsqu'il sera reyétii de l'immortalité ; c'est donc i sa personne et non à sa race qu'elle est promise.
Si de ces deux caractères principaux at^ tribués au règne du Messie, nous passons aux diverses particularités de ce règne qu'annoncent les prophètes , nous les verrons encore toutes merveilleusement réalisées en Jésus-Christ. David dit que le Messie est établi roi pour prêcher les préceptes du Seigneur: Jésus*Christ n'a cessé , pendant le cours de sa carrière apostolique, de les prêcher par lui«» même , et il ne cesse pas encore de les prê* cher par ses, ministres. David ajoute que le roi est le fils de Dieu engendré par lui : nous faisons profession d'adorer dans Jésus-Christ le Verbe fils du Père é.tcrnel , engendré par lui avant tous les temps. Daniel place le commencement de ce royaume avant la fin de tous : l'Eglise n'a-t-elle pas commencé du temps de l'empire romain , maintenant détruit? Le même prophète appelle ce royaume, le royaume des saints : c'est dans l'Eglise de Jésus-Christ qu'ils sont. Presque tous les pro-
SUR LES PROPHÉTIES. Io5
plièles parlent avec enthousiasme de la paix dont on jouira dans le royaume du Messie : et quel esfl le genre de paix que JésUs-Christ n'a pas donné au monde? I>* abord, par sa mort il a opérélapaixducielavecla terre (i Sa),' ensuite il a apporté aux hommes la paix la plus désirable , la paix que le monde est incapable de donner, la paix intérieure (i55) ; enfin il a prêché la paix des hommes entre eux (i54)* Il serait facile , en repi'euant les unes après les autres toutes les prophéties relatives au régne du Messie, de montrer qu'il n'y a aucune circonstance , quelque minutieuse qu'elle soi t , qui ne se trouve réalisée dans le rayaume spirituel de l'auteur de notre religion. Je m'arrête à ces seuls oracles. Que les incrédules et les Juifs nous montrent un seul trait qui ne se soit pas accompli en lui.
Or, de là résulte une conséquence évidente contre les uns et les autres. Ce n'est pas une seule , c'est une grande quantité de prophéties qui annoncent un royaume futur du Messie. Ceux qui les ont produites, à des intervalles considérables , ne se sont certainement pas concertés. Soit qu'on les considère en elles-mêmes, soit qu'on les compare à d'autres , ces prophéties ne peuvent pas s'en* tendre d'un royaume temporel , et se concilient au contraire avec l'idée d'un royaume
lo€ DISSERTATION
spirituel. Cet événement si important ^ cette si grande variété de eirconstances , n'ont pa évidemment ni être prévus par des lumières naturelles v ni être effectués dans leur totalité par un pur hasard. Nous les voyons cependant pleinenlent accomplis en Jésus- Christ : voici donc encore une preuve qu'il est l'envoyé céleste*