‹ Dissertation sur quelques monumens antiques découverts à NéracChapitre 7 sur 8 · L. Cæcilius Metellus Cabus · texte numérisé non relu

L. Cæcilius Metellus Cabus

Cæcilius Metellus Numidicus, vainqueur de Jugurtha, et qui obtint les honneurs du triomphe ;

C. Cæcilius Metellus Scipio Pius, consulavec Sylla, en 674 de Rome;

Cæcilius Metellus Scipio , consul en 703, avec le grand Pompée:

Q. Cæcilius Metellus Macedonicus, qui subjugua la Macédoine ;

M. Cæcilius Metellus , consul en 639, et qui obtint le triomphe ;

CG Cæcilius Metellus Caprarius, consul en 641 , et qui triompha , ainsi que le précédent ;

Q. Cæcilius Metellus Balearicus, consul ;

Q. Cæcilius Metellus Vepos , consul en 656, il laissa deux fils ;

Q. Cæcilius Metellus Vepos , consul en 697, et

Q. Cæcilius Metellus Celer;

Cæcilius Metellus Dalmaticus, second fils du Macedonique, fut consul en 637 ; il défit les Dalmates et eut trois fils ;

L. Cæcilius Metellus , préteur en Sicile, en 684 , mort consul dési-

gne , en 686;

M. Cæcilius ;

Q. Cæcilius Metellus Creticus, consul en 685, qui soumit l’île de Crète à la république et recut pour prix de sa victoire le surnom de Creticus ;

Q. Cæcilius Meiellus Creticus Sylenus, qui fut consul avec L. Licinius Nerva, l'an 760 de Rome.

Il me paraît évident que L. Cæcilius Metellus Creticus , nommé dans l'inscription, descendait de la branche aînée, à laquelle appartenaient les deux derniers personnages dont je viens de rappeler l'existence ; mais on ne peut fixer exactement l’époque où il florissait. La famille des Cæciliens a subsisté long-temps et avec gloire. Sextus Cæcilius

enseignait le droit à Rome sous l'empire de Trajan et d'Adrien; et les livres du Digeste citent souvent le célèbre jurisconsulte P. Cæcilius. Mais , je le répète, on ne saurait assigner d’une manière certaine le temps où celui que mentionne l'inscription, vint s'établir dans lAquitaine. On pourrait seulement conjecturer que cet événement date d'un temps assez éloigné de celui où le second Q. Cæcilins Creticus fut consul; peut-être ce Romain était-il fils de ce dernier. Si on adoptait cette opinion , la fondation de la Fülla pourrait être déterminée vers la fin du huitième siècle de Rome où au commencement du neuvième.

On voit qu'au surnom de Creticus il joignait aussi celui de Tetricus, dont l’origine est inconnue. Les Romains portaient souvent jusqu'a quatre noms, et même un plus grand nombre. Le premier, ou le prænomen ; le nomen venait ensuite; le troisième, ou le cognorien, indiquait la branche de la famille. C'était ce que nous appelons un surnom. I] pouvait venir ou d'actions éclatantes, de dénominations de lieux, où du caractère , des professions , des alliances et de l'adoption. Celui de Tetricus qui ne se rapporte à aucune particularité historique connue,

proviendrait-il du TZ'euicus Mons,

, mentionné par Virgile (1) et par Pline (2)? Cette montagne, située dans la Sabine, ou sur les frontières de ion de lftalie, pouvait se, trouver enclavée dans un des

She. sé cette règ

domaines des Cæciliens, où être le point le plus remarquable du voisinage de l'habitation de quelqu'un d’entr'eux ; cela aurait suffi pour qu'il en prit le nom. Les inscriptions nous montrent en effet des particuliers dont l'agnomen est évidemment dérivé d’un nom de lieu. Ce surnom de T'etricus pourrait venir aussi de l’humeur chagrine de lan des membres de la famille des Cæciliens (3). On

(1) Æneid Lib PAL D. 713:

Qui Tetricæ horrentes rupes montemque severum , Carperiamque colunt. , , 1, 1, 1° CoMRBEROT ke 15

(3) Tétricitas, humeur chagrine. Ovide :

Tétricus, chagrin, bourrw, d'une humeur chagrine. Columelle

fer

(43) a des exemples de surnoms donnés pour des traits de caractère et qui ont passé aux enfans de celui auquel ils furent d’abord imposés.

En lisant ainsi tout le passage où la famille des Cæciliens est nommée : Lucio CECILio METello CRETICO TETRICO > : CLARissimae CECILiorum FAMiliae, AVGustorum MATernorum MAIO- Rum, VILlae Suae COLLOcatae , MVNITae ET ORNATue.… , on voit que /Veronis Aquae , devint l'habitation , la filla de Lucius Cecilius Metellus Creticus Tetricus , de l'illustre famille des Cæciliens À ancêtres maternels des Augustes , c'est-à-dire des Tetricus , et là on trouve la cause de la prédilection de ces deux empereurs pour ce lieu. L'histoire en nous annonçant que le fondateur de l'empire des Gaules était d’une famille distinguée et sénateur, ne nous avait pas fait connaître ses aïeux. Aujourd'hui l'inscription trouvée à Nérac , nous montre que, du côté maternel, il descendait de l’une des plus nobles familles consulaires. Ainsi les monumens peuvent suppléer avec avantage au silence ou à l’oubli des historiens.

Le passage DVM TYRANNorum InFelici BELLO EVERSAE, De GO- THIS , À Dominis Nostris RENOVATAE, VETeranis Fidelibus HISPaniae EXERcitus, INCOLIS NERAE AQVAE, Piae, Felicis , AVGustae, TITulis DECORatae….. est d’une haute importance, on y voit la destruction du lieu durant la malheureuse guerre des tyrans, son rétablissement par les Teéricus , qui y emploient les dépouilles des Goths , les fidèles vétérans de l’armée d'Espagne appelés pour la peupler , et cette ville, nommée enfin Verae Aquae, honorée des titres de Pieuse, d Heureuse ct d'Auguste.

Mais quels sont les tyrans indiqués ici? Né à Rome , sénateur et consulaire , Tetricus aurait-il donné ce nom à Gallien sous lequel il s’éleva aux premiers emplois? à Postume qui jeta les fondemens de l'empire des Gaules ? à Victorin auquel il éleva un temple? Ces empereurs combattirent dans nos provinces ; ces belles contrées furent ravagées durant leurs sanglans débats ; mais ce n’est pas eux qu’on à voulu désigner sur le marbre de Nérac.

Trebellius Pollion nous a donné sous le üutre d'Aistoire des trente

tyrans (1) des notices, assez incomplètes , sur ceux qui usurpérent la puissance impériale durant le règne de Valérien et de Gallien son fils. « Pour completter le nombre de trente , dit Crevier (2) , il ya com- » pris et Odenat, dont la promotion fut légitime, des enfans à qui leur » âge n’a pas permis d'exercer la souveraineté , et deux femmes : Zéno- » bieet Victorine. On se moqua de luisur ce qu'il insérait des femmes » dans son catalogue des tyrans , et pour satisfaire à ce reproche, sans » se départir de son nombre favori de trente , Trebellius ajouta, après » coup, deux tyrans, l’un antérieur, l’autre postérieur à Gallien , l’un du » temps de Maxime, l’autre de celui de Claude. Si nous voulons rame- » neries choses à l'exactitude, nous ne trouverons sous Gallien que dix- » huittyrans en y comprenant même Zénobie. Au reste presque tous » ces hommes connus dans l'histoire du règne de Gallien sous le nom de » tyrans, étaient gens de mérite qui savaient la guerre , qui enten- » daient parfaitement la conduite des grandes affaires, et qui souvent » se rendaient recommandables par leurs vertus morales. »

Sans doute Crevier a eu particulièrement en vue et Postume et les deux Tetricus; mais ces derniers reconnaissent ici l'existence de quelques tyrans. Recherchons les noms de ceux qui se sont élevés à cette époque, et voyons si quelques-uns d'entr'eux ont paru dans ces provinces antérieurement à l'intronisation de Tetricus, ou durant son règne.

Cyriades , les deux Macriens, Quietus, Balista , Sulpicius Antoninus , prirent la pourpre en Orient, et y terminèrent leurs destins ; Ingenuus fut proclamé empereur par les légions de la Pannonie et de Ia Mosie. C’est dans cette dernière province que Publius Regalianus, fut salué du titre d' Auguste. Valens obtint en Achaïe, où il était proconsul ; Piso Frugi l’usurpa en Thessalie ; Alexandre Emilien, en Égypte; Trebellien , en Isaurie ; Celsus en Afrique ; aucun d’eux n’a envoyé

ses légions dans les Gaules.

(1) Triginta tyranni.

(2} Live xxvr.

Postume, Laelien, Lollien , Elien, Victorin, Marius, qui ont régné dans ces provinces, sont peut-être les seuls sous lesquels on pourrait placer la destruction de Veronis Aquæ ; mais j'ai déjà dit que Tetricus n'a pu donner l'épithète de £yr'ans à Postume et à Victorin. Marius aurait pu la mériter ; mais si son usurpation ne dura que trois jours , comme on le croit , trop légèrement péut-être, il ne faut pas le comprendre au nombre de ceux qui, disputant la couronne à d’autres compétiteurs, et ravageant les provinces qu'ils voulaient soumettre à leur autorité , ont pu renverser Veronis 4quæ ; que si Marius a régné plusieurs mois , comme l'ont cru les savans de Boze et Eckhel, on ignore complètement s’il s’éleva dans ce temps de troubles d’autres prétendans à la couronne. L'histoire est muette à ce sujet, et nous montre seulement , après la mort de Marius , Tetricus élevé, malgré lui, à la souveraine puissance par les soins de Victorine, son alliée ou sa parente. Mais les chroniques de cette époque sont si avares de détails, que l’on n’y trouve presque aucune des notions dont on aurait besoin: ainsi, en supposant à Marius un règne de plusieurs mois , On ignore les événemens qui Jauront illustré. Cependant les médailles de ce prince portent les légendes les plus fastueuses. On y loue son Equité ; la Félicité n’y est pas plus oubliée que la Valeur de cet, Auguste ; la Concorde existe entre ses guerriers ; ils sont fidèles, le siècle est heureux, et l'Empereur est le Pacificateur du monde (1).

« Laelien, Lollien , Elien, ce dernier avec le prénom de Lucius, sont » des noms qui, dans lesauteurs qui en ont parlé, paraissent désigner » le même personnage , savoir le tyran qui, au rapport de l'histoire, » usurpa la couronne dans la Gaule, pendant que Postume régnait sur » cette contrée ; qui fut la cause de sa mort, et qui resta maître d’une » partie de la Gaule, pendant plusieurs mois, jusqu'à ce qu'il fut tué par » ses propres soldats, à l'instigation de Victorin. Suivant les médail- » les, au contraire, ce sont trois personnages différens, puisque leur

(1) Voyezles recueils numismatiques qui ont rapporté les médailles de Marius.

(46 ) » prénoms ne sont pas les mêmes. Aussi , à limitation D'Eckhel , les » avons-nous distingués et en avons-nous fait trois tyrans; mais leur » histoire est fort embrouillée (1). »

J'ai cité ce passage de M. Mionnet, pour montrer combien il est difficile de déterminer le nom des tyrans qui ont régné dans les Gaules. Les médailles de Laelien, dit encore ce savant nummographe, sont incontestables; celle de Lollien, publiée par Tanini, paraît authentique ; celle d’Aelien lui donne les noms de Quintus Valens Aelianus : elle indiquerait donc un personnage différent de Lucius Aelianus , dont parle l’histoire, et qui serait cet autre Aelien dont le commentateur d'Eutrope a fait mention , et qui leva l'étendard de la révolte dans les Gaules sous le règne de Dioclétien.

Nous savons que Laelianus (2) ayant excité les Germains et leurs confédérés à se soulever contre Postume, fut refoulé par celui-ci dans Moguntia. Réduit à la dernière extrémité , il implora la clémence du vainqueur. Mais les soldats, irrités de voir qu'en pardonnant à ce tyran , Postume les empêchait de s'enrichir du pillage de cette grande ville, massacrèrent leur Empereur. Les troubles qui suivirent cet attentat purent fournir à Laelien , qui lui survécut de quelques mois, les moyens d'envoyer des corps de troupes jusques dans l’Aquitaine. Ces légions auraient pu y rencontrer les partisans de quelqu'autre prétendant à l'empire , peut-être de ce C. Lollianus , dont Tanini nous a conservé une médaille (3). Quintus Valens Aelianus, qui pourrait être différent de cet Aelien, qui leva l’étendard de la révolte dans la Gaule, sous le règne de Dioclétien , fut peut-être collègue de l’un de ceux que je viens de nommer. Le revers d’une médaille qui lui est attribuée indique en effet , par le redoublement de la lettre G, au mot

(1) M. Mionnet, De la rarcté et du prix des médailles Romaines >IL nb (2) Ulpius Cornelius Laelianus P. F. Augustus.

(3) D'un côté La tête de l’empereur et cette légende : IMP. C. LOLLIANUS. P. F. AVG. Revers, ARA PACIS ; temple de Janus fermé ; devant un autel allumé,

AVG. , l'existence de plusieurs Augustes (1). L'histoire nous fait connaître aussi un Saturninus , général sous Valerien et Gallien, qui prit la pourpre vers lan 1016, et qui, après avoir régné pendant un laps de temps qui n’est pas connu , dans une province qu'on ne nomme point, fut tué par ses propres soldats. Si l’on avait quelque motif pour croire qu'il se maintint, soit en Espagne, soit dans la partie des Gaules , voisine de l'Aquitaine et de la Province , jusqu’en 1020, alors on pourrait le compter au nombre des tyrans dont les sanglantes querelles portèrent le ravage et l’effroi dans cette partie de la Gaule antique. Je ne sais si Aureolus (2), gouverneur de lllyrie, et que ses troupes élevèrent à l'empire , a pu contribuer à la dévastation de ces contrées. Mais, défait par Gallien , en 1020, renfermé dans Milan, tué l’année suivante par les soldats de Claude le Gothique, rien n’annonce que , par lui ou ses lieutenans , il ait influé sur les destinées des lieux où Tiberius Claudius Drusus Néron, avait établi, à ses frais, une station militaire.

On voit que les recherches historiques ne présentent rien d’assuré sur les 7'yrans indiqués en général dans linscription de Nérac.

On doit remarquer en passant la conformité de celle-ci avec les premières , dont on s'est occupé dans cette Dissertation ; on y voit reparaître les fidèles vétérans de la colonie, tirés de l'armée d’Espagne, et aussi, en partie , les mêmes mots que l’on retrouve autour du médaillon en marbre, qui représente les deux Tetricus (3). Ainsi ces diverses inscriptions se servent de complément l'une à l'autre , et les faits indiqués par la première sont confirmés , développés , agrandis , expliqués par celles qui la suivent dans l'ordre que nous avons adopté.

Un des passages les plus remarquables de cette inscription , qui offre d’ailleurs tant de choses insolites, est sans doute celui-ci : APVD

(x) IOVI CONSER. AVGG ; Jupiter debout la foudre dans la main droite , la

haste dans la gauche.

(>) Marcus Acilius Aureolus. P. F. Aug.

(3) Suprä.

VIII EQVAL. D. V. S. XXXI AN. C. CVNAB.S. SID. RECEPT. On a déjà vu les derniers mots , SIDeribus RECEPTae , dans la première inscription que j'ai rapportée ; il parait évident que l’on doit lire CUNABulis Suis , et l’on est presque certain que ce qui précède, en partie , annonce que Nera Pivesuvia vécut trente et une années. Mais que faire de APVD VII EQVAL. D. V. S. ? Peut-on dire que la femme de Tetricus était morte , il y avait huit ans , dans sa patrie, le jour correspondant à celui où le monument fut élevé ? Alors on expliquerait à peu près ainsi ce passage : APVD octavum (annum) aEQVALI Die Vita Solutae trigesimo primo ANnos Consumpto , CVNABulis Suis SIDeribus RECEPTae. Mais on pourra toujours contester la manière d'expliquer ce passage : APVD VII EQVAL.

En voyant que Nera Pivesuvia est honorée du titre de Déesse, recue au sein des astres , vénérée comme la Gardienne et la Patronne de la cité, ne pourrait-on pas conjecturer que ceux qui ont élevé ce monument ont voulu égaler la femme de Tetricus aux plus grandes divinités de lOlympe , qui formaient deux classes , les Dii Consentes et les Di Selecti ? On y remarquait huit Déesses qui étaient les premières , les plus grandes de la hiérarchie céleste. Ce sont , suivant les mythologues , Cybeèle, ou la Mère des Dieux , ou la Terre, Junon, Cérès, Minerve, Vesta, Diane, Vénus et la Lune, que les poètes ont , il est vrai, confondue très-souvent avec Diane, mais que quelquefois ils ont aussi considérée comme essentiellement différente, ainsi que le Soleil et Apollon ont été distingués, surtout par les monumens (1), quinous font peut-être mieux connaître les idées généralement recues , les croyances les plus populaires. Si on adoptait les con-

(1) Beaucoup de monumens sont consacrés au Soleil , et le nom d’Apollon n’est point gravé sur ces marbres (Gruter, pages 32, 33), bien qu'il y reçuive d’autres noms , et entr’autres celui de Mithra (ibid. pages 36, 37, 38). Apollon est là constamment séparé du Dieu Soleil. Or invoque ce dernier conjointement avec la Lune , SOLI IN VICTO ET LVNAE AETERNAE. Gruter a donné une suite d’inscriptions dans lesquelles Diane est tout-à-fait distinguée de la Lune (pages 39, 40 , 41). Il en rapporte beaucoup d’autres où la Lune est invoquée à part et n’a aucun rapport ayec la sœur d’Apollon. On l’implorait quelquefois pour la conser-

= » ? £ L s ° a) \ Jectures, que je ne présente ici qu'avec une défiance extreme ,

on pourrait croire que l'inscription annonce qu’à l’âge de trente et un ans , Nera Pivesuvia avait été recue au sein des astres , Sa céleste patrie, près des huit Déesses , ses égales. APVD octo aEQVALes Deas, Vitae Suae Vrigesimo primo ANno , Cœlestibus CNNABulis Suis SI- Deribus RECEPrae.

L'origine de Nera Pivesuvia est déterminée par notre inscription. Elle était fille de la sœur du Divin Claude : DIVI CLAVDII SORoris FILIAE. Ainsi, nous retrouvons la première cause de l'alliance qui existait entre le vainqueur des Goths et Tetricus ; alliance manifestement indiquée par la médaille dont J'ai parlé plusieurs fois > et par le (1). L'histoire quelques sœurs. « Son » origine , dit Crevier (2), est peu connue , et tout ce que l’on en peut » dire avec quelque certitude, c’est qu'il était né en Il

monument de Casinomagus , qui était encore inédit nous apprend que Claude eut deux frères et

lyrie. On ne nom- » me point son père. Quelques-uns l’ont supposé fils naturel de l’un des » Gordiens, sans s'expliquer davantage. L'intérêt qu'avait à le relever , qui le reconnaissait pour son auteur , enga- » gea des flatteurs à lui faire une généalogie qui r

» danus et aux rois de Troye. Dans le vrai il €

» la maison de Constantin

emontait jusqu’à Dar-

tait du petit nombre de » ceux dont le mérite a fait la noblesse. Claude n'eut point d’enfans, > mais nous lui connaissons deux frères , Quintillus et Cr » nier fut père d’une fille qui épousa Eutropius , l’un des » seigneurs de la nation des Dardaniens. De ce mariage naquit Constan- » ce Chlore, père du grand Constantin. Ainsi celui-ci €

ispus. Ce der-

plus illustres

tait petit-neveu SARA GS COR TILE D I TT Te Te ou fit. pui

vation des Empereurs , comme dans une belle inscription publiée par le même antiquaire. Il semble qu’on ne peut douter que la Lune ne füt > AU moins dans les croyances générales , tout-à-fait distinguée de Diane, Nommée Diva Triformis par Horace , elle est , suivant les mythologues , la déesse de la chasse , la protectrice et la gardienne des villes, ou Diane. Etendant son pouvoir dans les enfers , elle ÿ prend un autre nom. Considérée comme une divinité céleste , elle est Phæbé ou la Lune.

(1) Suprà.

(2) Tom. 11 , 5.

( bo )

de Claude , et il devait vraisemblablement son nom à l’une des sœurs » de cetempereur , qui se nommait Constantine. » Nera Pivesuvia était fille d’ane sœur de Claude, mais on ignore si cette princesse était la même que celle dont Crevier parle en cet endroit.

Il paraît bien démontré que Nera mourut à l’âge de trente et un ans : son fils, Pivesuvius Tetricus en avait vingt et un , en 1026, comme on le verra bientôt. Il naquit donc en 1005, sous l'empire de Trébonien Galle. Si lon suppose que Nera était alors dans sa dix-huitième année , sa naissance aurait eu lieu en 987, et elle serait morte en 1013 , trente et un ans séparant ces deux époques. Ces dates sont incontestables , en ce qui regarde le jeune Tetricus ; elles le seraient de même relativement à sa mère, si, comme je lai proposé d’abord , on lisait sur le marbre de Nérac, APVD octavum (annum) aEQVAL: Die Vita Solutae XXXI ANno Consumpto.

Les remarques que lon pourrait faire sur beaucoup d’autres parties de cette inscription entraineraient peut-être dans des développemens trop nombreux. Mais on ne peut cependant négliger ce passage : DENIQue PERPetua TRANQuillitate CINERum OMnium IMPeri DILACerationibus IACENTIum Fideliter. Ce soin religieux de chercher à assurer l'éternel repos des cendres de ceux qui avaient péri durant les déchiremens de l'empire , peint admirablement les mœurs antiques , si dignes quelquefois de nous servir de modeles. Au troisième siècle de notre ère , on rendait une sorte de culte aux tombeaux, on respectait les morts ; au dix-neuvième, nous voyons des peuplades industrielles violer la paix des sépulcres , en arracher les tristes restes qu'ils renferment, et les employer à des préparations chimiques , comme si ces vieux ossemens n'étaient qu'une matière méprisable , qui n’inspire aucune vénération , qui ne réveille ni de touchans souvenirs , ni de longs regrets...

Le paragraphe qui termine l'inscription est l'un des plus importans, et celui qui se rattache le mieux à ce que nous savons de l’histoire de

Tetricus; je crois pouvoir le lire ainsi :

Sancti DELVBRI Septem Sacerdotes Nobilioribus Familiis EGREG% , Marco Aurelio TVRINIO , DITIS FLAMine , Summo Omnium Curatore

Sacrorum, Nobilitate Claro, ANGustorum CONSAN Guineo, ColLegi Curie PRESIDe : Sacris Factis PVBLice Flaminibus ET MISTeriorum PTACulis RITE PerPeTratis, À Domino Nostro AVGusto , PONT'ice MAXemo, Rerum Divinarum, Flaminibus OMnibus , DIT5Que TEST :bus, Votum SACrum LATum Fuit , CONSILio CONST anti ; ANnuente CAPie OMnibus, PROVincias DISTRACTas REIBVB/icæ DIV RNE RECONDERE , PVRPuramQue TOEDio SYMPtam , Vitæ Suce CON- TEMPTV, DEPONERE : LVDorum Secundo ANno VRBIS Renovatcæ , Romæ Conditæ Millesimo Vigesimo Sexto, MA: Kalendis, AVGustis COnSulibus Patre Quatuor et Quadraginta, Filio unum et Vitré

AN NT 4 RE ANnos NATcs.

On voit ici, si l’on adopte mon explication des sigles qui forment 3 na % g 1 x 7 ? . A] =] n Q D? AS *AaQ LE y © e. ? n < al à r une grande partie de ces dernières lignes, qu'en présence des sept A . 7 ag a .

prêtres du saint Delubrum , tous choisis dans les plus nobles familles.

le Marcus Aurelius Turinius, suprème Flamine de Dis , Inspecteur de

€ toutes les choses saintes, distingué par sa naissance illustre , du même sang que les Augustes (1), chefdu corps des Curies, les sacrifices ayant été publiquement offerts par les Flamines, et les cérémonies mystérieuses et exptatoires accomplies , selonles ritesordinairement observés pour les choses divines, par l'Empereur, Souverain Pontife, devant tous les Fiamines , les Dieux pris à témoin, le vœu sacré fut fait, avec ferme assurance, tous les assistans lui donnant leur approbation, de réunir incessamment à la République toutes les provinces qui enavaient été détachées, et de déposer ensuite la pourpre qu'il n'avait prise qu'avec peine et inême au péril de sa vie. Cela eut lieu lors des Jeux célébrés Ja seconde année de la ville renouvelée , au Kalendes de mai, l'an mille vingt-six de la fondation de Rome. Les Augustes, consuls > étant âgés, le père de quarante-quatre et le fils de vingt et une années.

C'est l'an 1026 de Rome que les critiques fixent l’époque de la bataille de Châlons, ou de l’abdication de Tetricus. L'inscription de Nérac nous apprend que cet événement fut l’accomplissement d'un

vœu fait en présence des prêtres du Delubrum , et de Marcus Aurelius

(1) C'est-à-dire les deux Tetricus.

(52) Turinius, leur chef; mais ce vœu dut être prononcé loin du profane vulgaire qui peut-être avait assisté aux sacrifices , mais qui ne pouvait être admis, soit à la pratique des rites particuliers et secrets de l’expiation , soit à entendre l'Empereur prendre les Dieux à témoin qu'il allait déposer la pourpre et la souveraine puissance. Faire connaître ce vœu était le moyen d'en empêcher l’accomplissement. Indépendantes depuis l'avènement de Postume, les Gaules n'auraient pas facilement consenti à redevenir une simple province de l'empire. A la seule annonce de ce vœu, des chefs militaires saisissant cette occasion d'exciter des troubles, se seraient faits proclamer empereurs par leurs soldats. L'Afrique , l'Espagne, l'Angleterre, auraient eu des tyrans, revètus de la pourpre et prenant les titres de Césars et d'Augustes. Le secret était donc indispensable , et il faut que Teiricus ait fortement compté sur la discrétion des prètres du Delebrum de Dis, pour prononcer devant eux le serment de réunir à 'empire les provinces qui en avaient été détachées , ce qui était, en d’autres termes , abdiquer en faveur d’Aurelien.

Le même besoin de dérober à la connaissance des peuples et de l'armée , le voeu prononcé aux Kalendes de mai de 1026, à l'instant où l'on célébrait des jeux solennels à Veræ Aquæ, empècha, sans doute, de le consacrer , en le faisant graver sur une plaque de marbre , et en plaçant celle-ci dans le Delubrum ; mais, après la bataille de Châlons , rien ne s’opposait à la publicité dé cet acte politique et religieux, et ce fut sans doute alors que cette inscription fut exposée aux regards dans le temple où le vœu avait été prononcé.

Le Delubrum, où Temple indiqué iei , était sans doute dédié à Dis , et il ne faut pas le confondre avec celui dont quelques inscriptions de Nérac ont conservé le souvenir, et qui, en 1025, fut élevé par Tetricus à Jupiter protecteur , à Victorine et à Victorin.

Marcus Aurelius Turinius, qui, ainsi que l'annonce l'inscription , était parent de Tetricus, avait le soin, l'intendance des choses saintes dansle Delubrum; il en était le Curator. Cicéron remplissait à Rome cette charge pour le temple de la terre : Ædes Tellus est curationis

mecæ , dit ce graud homme. Une inscription du Musée de Toulouse est

ainsi concue : MATRI DEVM Creius POMPEIVS PROBVYS, CVRATOR

€ 53 TEMPLI, Votum Solvit Lubens Merito. Turinius était aussi le chef du collége des Curions , ou prêtres des diverses Curies. Celui qui remplissait cette charge était nommé Grand Curion , Curio Maximus.

L'histoire nous apprend que Tetricus s’éleva au rang suprême par les soins de la fameuse Victorine; mais celle-ci ne lui avait pas communiqué son projet avant de l’exécuter. Elle le fit nommer empereur en son absence. Ce furent les soldats qui le proclamèerent, et il vint, comme Je l'ai dit ailleurs, prendre la pourpre à Bordeaux (1). Mais ce que l'histoire ne dit point, c’est qu'il fut forcé d'accepter la souveraine puissance et même au péril de sa vie. L'inscription de Nérac nous a conservé le souvenir de ce fait important. Ainsi ce ne fut point volontairement que Tetricus prit le titre d'empereur : il obéit seulement aux légions mutinées ; et lon sait qu’à cette désastreuse époque, en saluant un chef du titre d’Auguste, les soldats semblaient lui dire : règne ou meurs !… Etrange alternative qui plaçait le prince de leur choix entre le trône et le tombeau.

En résumant ce que les historiens et les monumens » Jusqu'à présent inédits , de Neræ Aquæ, de Lugdunum Convenarum et de Casinomasus, nous apprennent, ou nous portent à conjecturer, nous rétablivons ainsi chronologiquement , l’histoire des deux Tetricus.

982 (2) —- Naissance de Caius Pivesus Tetricus , issu d’une famille Sénatoriale (3), et qui, du côté maternel, descend de l’illustre race des Cæciliens (4). Ses premières années se dérobent à nos recherches. On croit seulement que, vers la fin du règne de Philippe, ou sous celui de Trajan Dèce ( 1000 à 1002 ), il commenca à s'élever aux dignités de la milice Romaine.

1004 — Trebonien Galle est monté sur le trône des Césars , et l’on croit que ce fut sous ce prince que Tetricus vint dans les Gaules.

Îl épouse, apparemment cette année, ou vers les premiers mois

DEN TE TP VER DCI CT TRUST TNT RON CD CNE SNS T TES mn RiNRe DS SR RE

(1) Absens à militibus lnp. electus est, et apud Burdegalam purpuram sumpsit, (2) Ans de Rome.

(3) Fid. Eutrope, Sextus Aurel. Victor , Trebellius-Pollion.

(4) Grande inscription de Nérac.

? SPAS Ce) de 1005. Claudia Aurelia Nera Pivesuvia, fille d’une sœur de Marcus Aurelius Claudius(r), alors apparemment simple officier dans les

armées impériales. — Caius Pivesus avait 22 ans (2), et l’on croit

ue Nera n’en avait que 18 que Nera n'en avait que 16.

1005 — Naissance de Caius Pivesuvius (3).

Qu 0 A 9 . ° 1007 — Æmilien monte sur le trône et ne S ÿ maintient que darant

trois mois. On ignore les circonstances de la vie de Tetrieus pendant ce court espace de temps.

Valerien et Gallien, son fils, possèdent l’empire. On croit que c'est alors que Tetricus devient gouverneur d’une province et obtient les honneurs consulaires attachés au titre dont il est revêtu. L’invasion des peuples du nord dans les Gaules et en Espagne ( vers l'an 259 de J.-C. ), lui fournit l'occasion de FIsnaee et sa prudence et sa valeur.

sorr — Postume est proclamé Auguste par les troupes. On croit que Tetricus embrassa le parti re ce me homme.

1018 — Claudia Aurelia Nera Pivesuvia meurt , âgée de trente

et un ans (4).

1020 — Postume est tué par ses soldats. Guerre dans les Gaules entre les Tyrans qui se disputent la possession de cette vaste province.

, . £ . GT . 3 7 à SES , , . . .

L'ancienne station militaire de Veronis Aquae, établie par Tiberius

Néron, et devenue depuis une J/illa de Lucius Cæ-

Claudius Drusus cilius Metellus Cretricus Tetricus, lun des ayeux maternels de C. Pivesus Tetricus , est renversée (5).

Victorinus , parent ou allié de Tetricus, dejà psSoo à l'Empire par Postume, en 1018, reste en possession des Gaules après la mort de ce prince ; mais il est assassiné , en 1020, et son fils est mis à mort pres-

qu'en même temps.

(x) Inscription de Casinomagus.

Grande inscription de Nérac.

(2) La même,

(3) La même.

(4) La même.

(5) Même inscripuon.

em RP de

(55) Tetricus est gouverneur de l’Aquitaine.

Marcus Aurelius Marius est proclamé empereur dans les Gaules. I est assassiné, selon quelques auteurs , le troisième jour de son rêgne : selon d’autres quelques mois après son avènement.

Fin de l’année 1020 ou premier mois de 1021. — Caius Tetricus, alors absent , est, par les soins de Viciorine, surnommée Auguste et Mère des Armées ( Augusta et Mater Castrorum ), élu empereur par les légions des Gaules. Il n’apprend son élévation qu'avec peine, et n'accepte qu'en voyant sa vie en péril (1). Il prend la pourpre à Bordeaux et déclare son fils César (2). Il est revêtu de la charge de Consul. . :

Gallien est assassiné. Marcus Aurelius Claudius , frère de la mère de Pivesuvia (3), oncle de Tetricus, est proclamé César et Auguste par l’armée et par le sénat.

Une alliance secrète, conclue entre Claude et Tetricus, assure à ce dernier la possession des provinces qui l'ont reconnu pour empereur. Une médaille (4) prouve cette alliance, déjà soupconnée par plusieurs écrivains et surtout par Zonare (5). Le monument de Casinomagus le témoigne aussi (6). On à cru même que ces deux princes possédèrent ensemble l'Espagne. Mais comme on y a trouvé des inscriptions consacrées seulement à Claude (7), on peut soupçconner qu’elle ne devint en entier la possession de Tetricus qu'après la mort de

Claude, en 1023.

(1) Grande inscription de Nérac.

(2) Trebellius Pollion, Triginta tyranni; Sex. Aurel. Vict. Historiæ Rom, Compend.

Eutropüi , Aistoriæ Romanæ Breviarum.

(3) Grande inscription de Nérac.

(4) Rapportée par plusieurs auteurs , et entr’autres par Venuti, Dissertation sur le règne des deux Tetricus , et M. Mionnet, De la rareté et du prix des Médailles Romaines, 11 , page 31.

(5) Annal., lib. 1.

(6) Suprà.

(7) Morales, lib. 9. c. 48.

Fin de r021 ou commencement de 1022. — Prise d’Augustodunum, ou Autun. Les habitans révoltés soutiennent un siége de sept mois. Le jeune Tetricus entre de vive force dans la place. Il paraît que des lésions Bataves faisaient partie de l’armée impériale durant le siége (1).

Tetricus Senior, est consul pour la seconde fois, et possède la puissance tribunitienne.

1022. — On veut engager Claude à attaquer Tetricus ; il répond : l'affaire de Tetricus ne regarde que moi ; celle des Goths intéresse la République, et il s'avance contre les redoutables ennemis du nom Romain. Le jeune Tetricus, âgé de 17 ans, marche à la tête d’une armée gauloise , sous les ordres de Claude, son grand oncle; il est vainqueur dans plusieurs combats. Les Goths et les Germains dévastateurs sont battus et refoulés jusque dans l'Ilyrie (2).

On ne sait si c'est à cette occasion, où pour une autre expédition heureusement terminée, que le jeune Tetricus prend le titre de Germarique.

Caius Pivesus Tetricus Augustus est consul pour la troisième fois, et pour la seconde , revêtu de la puissance tribunitienne (3).

1023. — Claude le Gothique meurt à Sirmium. Aurelien lui succède et laisse Tetricus en paix.

Caius Pivesuvius Tetricus, avec son père, est consul (4).

Un monument est élevé dans la cité de Verae Aquae pour la conservation des deux Empereurs et en l'honneur de Nera Pivesuvia, mise au rang des Déesses, et pour la ville même, déifiée, par les fidèles vétérans de la colonie , tirées des légions de l’armée d’Espagne (5).

Dans cette inscription Tetricus Senior porte le titre de Fondateur des Gaules, Galliarum Conditor. On voit qu'il existe véritablement alors un Empire des Gaules, et Tetricus a entièrement affranchi le

(1) Grande inscription de Nérac. Eumen. Paneg. Suprà. (2) La même.

(3) Autre inscription de Nérac. Supra.

(4) La même.

(5) La même.

pays d’une centralisation odieuse et de la domination de la ville éternelle, ce que Postume n'avait pas fait d’une manière aussi explicite.

Ce monument donne au jeune Tetricus les épithètes de Germanique et de Britannique que l’on retrouve aussi sur un marbre découvert à Lugdunum Convenarum (1), et où, comme ici, il a les titres de César et de Prince de la jeunesse.

1024, — C. Pivesus Tetricus n’est point consul cette année ; il possède la puissance tribunitienne. On ne connait pas les consuls en charge.

Les auteurs parlent vaguement des nombreux exploits de Tetricus. Mais ils n'ont donné aucun détail sur ses victoires; ce Prince fit de grandes actions , et son fils, bien jeune encore , acquit aussi une gloire qui n'aurait pas du périr. Cependant l’histoire se tait, et sans le dernier monument, rapporté dans cette Dissertation , on ignorerait peut-être toujours que Caius Pivesuvius prit de vive force Augustodunum, qu'il vainquit les Goths, et qu'il les poursuivit jusque dans l'Ilyrie ; que, triomphant des Germains et des Bretons , il assura la possession des rives du Rhin et de l’Angleterre à l'Empire des Gaules, et que ce fut lui qui réunit à ce vaste corps l'Afrique , l'Espagne et la Batavie, qui en avaient été détachées. Ainsi des bouches du Wahal jusqu'aux colonnes d'Hercule, ce jeune héros assure la puissance de son père et la grandeur de l'état. Ses trirèmes , victorieuses sur les deux mers, et qui l'avaient porté aux rivages d’Albion , le déposent plus tard sur la côte d'Afrique ; les légions Gauloises entrent avec lui dans Carthage , parcourent les terres puniques et campent sur les limites du désert. À vingt ans il a accompli ces grands travaux , car c’est de l’an 1024, aux derniers mois de 1025, que je crois pouvoir placer la réunion de ces provinces à l'empire. Il n’est pas nommé en effet dans les inscriptions du mois de septembre de cette année (2), et cette omission semble annoncer qu'il était alors absent , sans doute pour le service et la gloire de la République.

1022. — Cette année les consuls sont Ælius Drusus et Maxim:

(x) Inscription de Lugdunum Convenarum. Suprè. (2) Inscriptions publiées dans le Rapport sur les Antiquités découvertes à Nérac,

nus Tetricus (1). Ce dernier était sans doute parent de l'empereur.

Les légions, partout victorieuses sous le commandement de l’empereur, demandent qu’il soit salué du titre de F’ictorieux , et le peuple et le sénat Romain-Gaulois décernent par acclamatioa cette épithète à Tetricus (2).

Les mêmes monumens qui nous font connaître ces circonstances donnent à ce héros le titre de Fondateur de l'Empire des Gaules, Galliarum impertii conditor. L'année suivante il est revêtu de celui de Pacatoris (3) ou de Pacificateur , titre sans doute encore plus honorable.

La flatterie lui donne en même temps l’épithète de Divus (4). Aurelien imitera bientôt cet exemple.

Cette année Tetricus continue et achève les monumens destinés à l'usage et à l’ornement de l’ancienne Neronis Aquæ. Mais cette cité a éprouvé un changement dans son nom : renversée durant la guerre des tyrans, elle a recu celui de Vera , épouse de l’un des Augustes et mère de l’autre. Une ville nouvelle a été bâtie et porte le même nom (5), un Temple a été élevé à Jupiter protecteur, à Victorine et à son fils. De nombreuses sources ont été amenées dans le Nymphée de la ville, et un Palais, dont les brillantes mosaïques couvrent encore une vaste surface, est bâti (6) dans la position la plus heureuse , entre l’ancienne cité et la nouvelle que traverse une large voie militaire.

D'autres palais ont sans doute été élevés par Tetricus dans différentes parties de l'empire et surtout dans l’Aquitaine. J'ai cru pouvoir autrefois lui attribuer celui de Calagorris des Convenæ où j'ai re-

(1) Inscriptions publiées dans le Rapport sur les Antiquités découvertes 4 Nérac,

(2) Les mêmes.

(3) Inscription gravée sur le médaillon en marbre qui représente les deux Tetricus. Supra.

(4) Inscriptions publiées dans le Rapport.

(5) Les mêmes.

(6) Les mêmes.

- fr So VUS

( 59 ) trouvé cette longue série de sculptures qui aujourd'hui embellissent les vastes galeries du Musée de Toulouse (r).

1026. — Tetricus Senior est consul pour la cinquième fois et possede aussi la puissance tribunitienne; il a pour collègue C. Pivesuvius, son fils, alors Auguste (2). Les temples de Verae Aquae, pillés et renversés durant les guerres sont rétablis avec les dépouilles des Goths (3).

Jamais la puissance de Tetricus n’est apparue avec plus d'éclat. Il a élevé au plus haut degré de force et de splendeur l'empire des Gaules qu'il a fondé. Toutes les provinces qui avaient secoué le joug durant la guerre des Tyrans sont soumises. L'état comprend dans son étendue presque toute l’Europe Occidentale, et ses aigles, qu'ombragent les rameaux du chêne Druidique, ont porté la foudre Jusques sur le sol Africain. Héros de la Celtique, votre patrie a recouvré une noble indépendance; comme au temps de vos exploits, elle menace le centre et le midi de lftalie. Les Germains, si braves, ont retrouvé, en ses enfans , de dignes adversaires. Mais ce ne sont plus des colonies qu’elle envoie dans l'ile d’Albion, ou dans la forêt Hercynie ; ce n’est plus son Printemps sacré qu’eile jette au-delà des monts Pyrénéens. Toutes ces contrées sont ses tributaires. Qu'Aurelien soit vainqueur à Palmyre , que la révolte de Firmus soit étouffée en Egypte, qu'importe à Ja Gaule? Il y aura deux empires; le monde connu sera partagé en deux portions immenses; et la plus belliqueuse et la plus forte, sera sans doute, celle que défendront les descendans de Brennus et de Vercingetorix.

Mais les germes mal étouffés des discordes civiles renaissent de toutes parts. Tetricus doit vaincre les ambitieux qui aspirent au souverain pouvoir, et punir les factieux qui excitent à chaque instant

(1) Mémoires de l'Académie royale des’ sciences , inscriptions et belles-letres

de Toulouse , IH.

(2) Inscription de Lugdunum Convenarum ; médaille d’or du ienne Tétricus : \ I $ > j

autres en bronze rapportées par les auteurs.

(3) Inscription du médaillon en marbre qui représente les deux Tetricus, Pian-

che XVI.

a ET

Fe

ges ee

( 60 ) des troubles dans les provinces. Sans doute l'amour des peuples défend l’empereur. Néanmoins, toujours combattre, toujours frapper des rebelles , est une trop pénible tâche. Tetricus le croit du moins , et nous avons vu qu'aux kalendes de mai, il fait le vœu de renoncer à la pourpre et de remettre à Aurelien les provinces Occidentales. Heureux l'empire Romain, si, en reprenant tout-à-coup son immense étendue et sa majestueuse unité , il eût pu reconquérir sa vigueur native.

Bataille de Châlons. Tetricus se livre à Aurelien avec ‘son fils et ses amis.

Aurelien abuse, non de sa victoire, il n'avait pas vaincu Tetricus , mais bien de son étonnante fortune. Il veut, en entrant dans Rome, montrer l'Orient et lOccident enchaînés à son char, et il croit les personnifier en faisant paraître dans la pompe du triomphe et Zénobie et celui par lequel il règne dans la Gaule. Le sénat murmure : Aurelien, qui se vantait d'en être le fléau ou le pédagogue (r), reconnaît sa faute. Il appelle souvent Tetricus près de lui, et dans ses lettres il lui donne les titres de collègue et d’empereur.

1027. — Heureux dans le sein de sa patrie, remis en possession de tous ses biens, Tetricus fait construire sur le Mont-Coœlius, à la même place où était autrefois sa maison, un palais superbe, dont la dédicace a lieu avec des cérémonies peu différentes de celles qu’on observait à la dédicace des temples. Aurelien veut assister au banquet sacré qui fait partie de la cérémonie, et en entrant dans la grande salle, il y aperçoit un tableau, en mosaïque, où il est représenté remettant à Tetricus et à son fils la robe prétexte, le laticlave et les autres marques de leur dignité , el recevant d'eux, en échange, la couronne civique et un sceptre, dernier attribut qui rappellait, sans doute, que, par eux, Aurelien avait eu l'empire des Gaules.

1028.— Aurelien est assassiné à Coenophrurium , entre Byzance et Héraclée. Tetricus , toujours honoré, et auquel il a confié le gouvernement de la plus grande portion de Ftalie, jouit à Rome de l'estime publique et de ses immenses richesses.

(1) Senatorem pedagogum,. Vopiscus , in Aureliano.

survécut long-temps à son abdication.

À sa mort il fut placé au rang des Dieux. J'ai dit que les monumens lui avaient déjà donné le titre de Divus pendant sa vie sir

Sa vieille renommée , négligée ou méconnue , recoit par les marbres découverts à Nérac (2), une consécration nouvelle et qui ne s'effacera plus. Il faut avoir vu ces longues salles, ces belles mosaïques , ces milliers de fragmens de sculptures délicates, pour avoir une juste idée des travaux architectoniques exécutés dans ce lieu. Là se montre la grandeur romaine dans toute sa majesté; là se retrouvent de précieux documens de l'histoire des arts dans l’Aquitaine. Là aussi, peut-être , d’autres inscriptions, et des pierres sépulcrales (3) fixeront l'attention

Ln]

(1) Inscriptions de Nérac, citées dans le Rapport.

(2) IL est juste de consigner ici le souvenir de ce qu’on doit aux nouveaux soins de M. Lespiault, dont j'ai déjà signalé les travaux dans mon Rapport sur les antiquités découvertes à Nérac ; pour être juste aussi il faut se rappeler ce que M. Chretin a fait en ces dernières circonstances. Découvertes des inscriptions les plus importantes, levée des plans des divers édifices, calques des mosaïques , aperçus ingénieux sur la destination de tous ces objets, et sur l’explication de plusieurs passages des marbres inscrits, voilà ce qu’il ne faut pas oublier : car les noms des inventeurs doivent être attachés aux découvertes, et c’est à la reconnaissance des hommes éclairés qu’il est réservé d’en perpétuer le souvenir.

(3) Au mois de décembre 1830 , alors que personne encore n’avait songé à rattacher l’origine de Nérac à l’époque Romaine, j'y retrouvai, dans l’ancien parc des rois de Navarre, des marbres, des mosaïques , des fragmens de colonnes et une inscription sépulcrale qui a un peu souffert et qui aujourd’hui est conservée dans mon cabinet. Elle est gravée sur une plaque de marbre blanc des Pyrénées.

La voici :

RVEVEE F. OMBE.....

® RVFINVS..

DVS/P EN.

La première ligne est incomplète, à la seconde il faut peut-être lire OMBExonis.

ce nom, Aquitain, ou Celtibère , se retrouve sur des marbres des lieux voisins de

Tous les historiens s'accordent à dire, ou à laisser entrevoir , qu'il

me … de A OR ARE 4

(62) de l'archéologue , tandis que le crayon de l'artiste esquissera ces objets , faconnés par d’habiles ciseaux , ces précieux monumens qui jonchent le sol, et qui redisent la magnificence de ce qui n'est plus; antiques moniteurs de cet empire des Gaules dont le siége fut fixé, à ce que l'on peut croire, dans cette ville même où la Mère des armées partagea un temple avec Jupiter. Sur la rive droite de la Baïse apparaissent les vestiges de la cité impériale; à la gauche du fleuve, la demeure des rois montre encore ses vénérables débris. Terre de souvenirs, de poésie et de gloire, que foula le Vainqueur de l'Occident, et d’où le vaillant Béarnais partit pour aller conquérir le trône de saint Louis et de Francois Ier, que de noms célèbres, que de glorieux événemens se sont présentés à ma mémoire chaque fois que je t'ai visitée !.. Avec quel empressement j'ai cherehé dans les

Lugdunum Convenarum. À la troisième ligne la lettre @ , indique que le personnage dont le nom suit immédiatement a cessé de vivre. Vitio nigrum præfigere theta , dit Perse; condamner le vice, le marquer du éheta , parce que dans les jugemens cette lettre, écrite sur uu bulletin, indiquait une condamnation à mort, ce qui a porté Martial à nommer cette lettre rnortiferum theta. On l’avait choisie parce qu'elle est l’initiale du mot grec S#varos qui signifie la mort. Dans la Province Romaine , et dans la Novempopulanie, on s’en est servi, dans les inscriptions , pour indiquer que celui dont elle précède le nom a cessé de vivre.

Le second fragment, qui aurait peut-être plus d'importance, fut retrouvé brisé en cinq pièces près de la fontaine de Saint-Jean , non loin de la Baïse. Quatre morceaux se rajustent ; la ligne d’en bas n'offre plus qu’un peu moins dela

moitié des têtes des caractères. Des deux lignes supérieures il ne reste que ceti :

Sur le cinquième fragment on voit un O et le jambage perpendiculaire d’une autre lettre.

D’après l'examen de ces débris, je crus pouvoir fixer une position Romaine à Nérac ; J'étais d’ailleurs confirmé dans cette pensée par les traces des voies militaires déjà reconuues dans les environs. Les savans n’adoptèrent pas mes idées à ce sujet; mais les découvertes faites en 1832 , et cette année même, ont

justifié mon opinion sur l’ancienne origine de ce lieu.

restes de tes monumens somptueux, les trâces-des grands hommes qui t'illustrèrent! trompé par mon enthousiasme, Je croyais voir alors briller de nouveau , au-dessus des ruines qui te recouvrent, les aigles d'or de la Gaule indépendante, et la cornette blanche du héros d’Ar-

ques, de Fontaine-Française et d'Ivry.

No

NS

R SK

CU HBRITCG PIVV

Page 1