‹ Dissertation sur Samarobriva, ancienne ville de la GauleChapitre 2 sur 2 · NOTES · texte numérisé non relu

NOTES

Lettres familières de Ciciérois'.

(No. 1, pag. 8.)

Comme les épitres de Cicéron sont peu consultées, on ne sera pas fâché de trouver ici les extraits dé celles que le célèbre orateur romain écrivait à son ami Trebatius , pendant que ce dernier exerçait des fonctions judiciaires dans l'antique Samarobrive. En voici le texte et la traduction :

6*. Lettre de Cicéron à Trebatius.

Ego enim desiderium lui spe tuorum commodorum consola'bor: sinauiem ista s uni inaniora recipe te ad nos* IVam aul eril hîc aliquid aliquando : aut si miniis , una , me hercule , coHo^ cutio noslrapluris eritquàm omîtes Samarobrivas.

Malgré le désir que j'ai de te posséder , je me consolerai dans l'espoir que tu es heureux : mais s'il n'en est pas ainsi, reviens près de nous , car il y aura toujours ici quel qu'avantage pour toi , ou du moins un seul de nos entretiens sera préférable à tous ceux que tu peux avoir à Samarohrive»

7*. Lettre.

Mîrabar quid esset qubd tu mihi litteras miUere intermisisses, Indicavit mihi Pansa meus epicureum le esse faclum : O castra prœclara ! Quid tufecisses , si te Tarenlum et non Samarobrivam misUsem ?

Je m'étonnais de ne plus recevoir de lettres de toi, lorsque mon ami Pansa m'a appris que tu étais devenu épicurien. O les

beaux exploits militaires !

Qu'aurais-tu donc fait, si je t'avais envoyé dans la voluptueuse Tarente, plutôt qu'à Samarobriye?

(38) 8*. Lettre.

Tantàm metuo ne arlijicium Uium tibi / arUm prosit.

IViJm, utaudio, istic non ex jure manu cnnsertum , sed nwgè Jerro rem repelunU

Ad m non, marL

Falk,

Je ne crains qu'nne chose y c'est que tes talens ne tè pro6tpnt pas; car, rommeon mepHssure, dans la ville où tu es , ce n'est point par les lois et par les formes de la justice, mais plutôt par le fer que Ton soutient ses droits*

Du 5«. jour avant les nones de

mars.

Adieu.

Lettre.

QuiisHnc venîunt, superbiam tuant accusant , quod negent te percanctantibus respondere, sed tamen e^t quod gaudeas ; constat enim intcr omnes , neminem te uno SamarobrivsB juris péritiorem esse*

Ceux qui reviennent d'auprès de toi , te reprochent ton orgueil et ton refus de répondre à ceux qui te consultent ; tu as cepen<dant de quoi être satisfait , puisque tout le monde avoue que ^ dans Samarobrit^e » tu es le seul homme instruit dans la science

du droit.

Adieu.

JLc» passages que je viens de rapporter, sans être positivement historiques , ne sont pas cependant sans intérêt pour l'histoire morale du pays^ dans un âge qui nous est, autant dire , inconnu. En effet , que de rapprochemens à faire entre ces Gaulois , nos pères; ces Gaulois presque bruts et sauvages, que César trouva si étrangers au luxe , à la mollesse et aux délices de Rome ; ces Gaulois qui ne connaissaient encore que le fer et la force pour le soutien de leurs droits , et ces Français de nos jours qui s'avancent et grandissent au sein de la plus généreuse civilisation , entourés de toutes les productions des sciences , des arts et de l'industrie ! • . . Ces rapprochemens seraient dignes d'une plume exercée , et recevraient quelques couleurs sous le pinceau d'un peintre habile de nos mœurs ; de nos usages et de notre législation.

Combat des peuples du Hainaut , de V Artois

et du p^ermandois.

(No. a, pag. lo.)

Il est bon de rappeler souvent à un peuple les actions éclatantes qui ont honoré ses ancêtres. L'amour du pays en de- TÎent plus fort et plus prononcé. C'est dans cette vue que je rapporte, ici^ le passage des Commentaires où César rend compte de l'issue du combat que, sous le nom de Nerviens^ lui livrèfent les peuples du Hainaut, auxquels se joignirent ceux de l'Artois et du Vermandois. Il est peu d'exemples d'autant de bravoure et de dévouement. Le vainqueur en fut frappé, et ne put refuser son admiration à des peuples aussi valeureux. C'est César lui-même, livre 2, qui le révèle à la postérité. Je traduis, le plus exactement possible, sa propre narration :

« Quoique les Gaulois fussent sans presqu 'aucun espoir de « salut , ils redoublèrent tellement de valeur qu'à peine les « uns étaient tombés , les plus voisins prenaient leur place , « et combattaient de dessus leurs corps ; ces derniers renversés « à leur tour, et les cadavres s'amoncelant , ceux qui survi- « vaîent s'en servaient , comme d'un lieu élevé , pour nous « lancer leurs traits , arrêter et nous renvoyer nos javelots.

« Ainsi on ne doit pas s'étonner que des borames d'une si « grande bravoure , aient osé traverser une large rivière, esca- « lader ses rives escarpées , et nous attaquer sur un terrain « qui leur était si désavantageux. Rien ne semblaft impossible « à leur courage et à leur vaillance.

« Ce combat terminé , et , par lui , Fa race des Nerviens pres- « qu'éteinte, leur nom presqu'effacé, les vieillards qui, comme « on Fa dit , s'étaient retirés dans des îlies et dès marais , en ayant « appris la funeste issue , jugèrent bien qu'il n'existait plus « d'obstacle pour les vainqueurs , ni de refuge assuré pour « les vaincus ; alors , du consentement de ceux qui avaient « échappé, ils envoyèrent des députés vers César, se rendirent

(40) t à loi , et y en lai exposant tous les malheurs de leur pays , ils « ajoutèrent: qu'il ne restait que trois sénateurs , de six cents « qu'ils étaient , et que de soixante mille combattans , ils se « trouvaient réduits à cinq cents hommes y au plus , en état « de porter les armes. César , jaloux de montrer sa clémence « envers des hommes braves , malheureux et supplians, les prit « aussitôt sous sa protection , ordonna qu'ils fussent remis en « possession de leurs terres et de leurs villes , et empêcha les « peuples voisins de profiter de leur malheureuse position et « d'ajouter à leur infortune ».

Distances.

( No. 5 , pag. 12. )

Depuis que j'ai écrit , on a bien voulu me communiquer la Traduction des Commentaires de César , par M. Botidoux , et la Bibliothèque classif{ue latine de M. Lemaire. Ces deux ouvrages contiennent des notes précieuses à recueillir sur le point le plus important de ma dissertation , notes qui prouvent à quelles étranges suppositions on est forcé de recourir , lorsqu'en histoire et en topographie, on s'est écarté de la vérité. Voici ces notes qui , toutes deux y sont relatives à la distance des cent mille pas y dans le rayon desquels ont été réparties les légions de César, lors de son arrivée à Samarobrive :

lo. Celle de M. Botidoux, 3*. vol., pag. 38o : « Millihus « passuum centum» Ce nombre me parait beaucoup trop faible ; « le grec qui met cent quatre-vingt mille , semble plus exact ».

2». Celle de M. Lemaire , tom. i , pag. iqS ; notes N^. 5 : c Minibus passuum centum. Non convenit numerus ; nam, ab a Eburonum finibus , ad Crassi hiberna circiter sunt clxxx « milL pass. ( i ) Sed facilis lapsus in numeris. Grœc, interp.

(i ) Si cette manière de calculer était admissible , il y aurait dans la note même de M. Lemaire une autre erreur. En effet Crassus n'était qu'à 25 milles de Samarobrive , et en admettant que le camp de Sabinus , chez les Eburones , était à l'extrémité opposée et le plus loin

(41) « excessu peccavit ; stadia enim dggg conficiunt {solummodb)

« centum millia passuum ».

Ainsi , d'une part , M.. Botidoux , qui parait avoir calculé l€S distances et reconnu qu'elles ne peuvent, en aucune manière, s'appliquer à Amiens , ne voit plus qu'un moyen , c'est de croire qu'il y a erreur dans toutes les éditions latines des Commentaires de César y et jusque dans les manuscrits latins écrits dans la langue de l'auteur ; tandis que l'interprétation d'une version grecque lui parait plus exacte, parce qu'elle allonge les distances de 80,000 pas , et lui permet de croire, avec la carte ded'Anville, qu'Amiens est la véritable Samarobrive.

D'un autre côté, voilà que la note de M. Lemaire nous révèle la véritable valeur d'après la traduction grecque, et nous prouve qu'on l'a mal interprétée , parce qu'en effet 800 stades ne font pas 180,000 pas , mais bien les cent mille pas du texte latin.

Au surplus , les deux ouvrages que je viens de citer , étant ornés de cartes qui supposent Samarobrive sur le sol actuel de la ville d'Amiens, MM. Botidoux et Lemaire se sont trouvés dans l'obligation de faire observer , comme on l'a vu dans leurs notes, qu'il y a insuffisance dans les nombres. Il en résulte que les réflexions et les judicieuses observations de ces messieurs justifient tous mes calculs et viennent appuyer mes conclusions.

Camp de Labiekus.

(No. 4, pag. i4. )

Sabinus fit connaître à César qu'il ne pouvait quitter son camp sans danger. Ce camp de Labienus , dont l'emplacement

possible , c'est-à-dire , à 100 mille pas de la même ville , ça ne ferait encore que 126 et non 180 ; mais , d'aprës le texte , ce n'est pas d'un camp à l'autre qu'il faut compter, puisque la distance marquée n'existerait plus entre les lieux désignés pour le campement des légions* Il est évident dès lors qu'il ne faut faire le calcul qu'à partir du centre -du rayon où se trouvait César et son quartier-général.

(40 restait ignoré , est situé snr la frontière qui sépare la France du royaume des Pays-Bas. Il se trouve sur le département de l'Aisne , à deux lieues d*Hirson , près de la rivière' de TOise. On le nomme vulgairement camp de Maquenovse, Sa positioa est parfaitement indiquée par les mots Lahieni castra , sur plusieurs anciennes cartes de la Gaule-Belgique et particulièrement sur celle dressée par Ortelius, en i584. Il figure, sur cette carte, entre la Sambre et la Meuse, à i8 lieue« à'Adua^ tuca, actuellement Tongres, où était le camp de Sabinus et de Coiki, et à 20 lieues de celui de Cicéron, qui y est également nommé Ciceronif castra. César , d'ailleurs , au livre 5 de ses Commentaires, nous le dépeint tel qu*on peut le reconnaître encore aujourd'hui: a Labienusy dit-il, campait dans un poste « bien fortifié par la nature et par Vart , où il ne craignait ni « pour lui, ni pour sa légion. Labicnus <, cum et locinaturd, « et manu munitissimis sese castris contineret, de suo ac legionis « periculo nihil timehat ».

Comme on le voit , ce n'était pas ici un simple camp retranché en terre ou en gazon , c'était un lieu fortifié par l'art et par la nature , dans lequel Labienus était à l'abri de toute crainte ; et en effet , l'histoire l'y représente plusieurs fois attaqué par les forces ennemies qui l'environnaient, et toujours il sortit vainqueur de ces attaques, en demeurant maître du terrain. Le long séjour qu'il y fit avait nécessité ces fortes et imposantes constructions dont on retrouve- à chaque pas les débris et les belles ruines. Le bois de haute et de basse futaie dont il est couvert , m'a empêché de le parcourir dans son entier , d'en reconnaître et d'en déterminer l'étendue et la forme; mais j'ai pu y distinguer, dans la partie nord, faisant face à la rivière de l'Oise , les restes de solides fortifications construites en maçonnerie , composée de grosses pierres carrées, d'un granit extraordinairement dur et qui est étranger au sol. De la démolition des retranchemens , on a bâti l'ancien et le plus moderne château du village actuel de Maqueooise; les maisons du village lui-même en sont presque toutes cons-

(43) truites , et malgré qu'il en ait été employé une telle quantité , il en reste çà et là des amas si considérables qu'on se croirait au milieu des rochers , jusque près d'un quart de lieue autour du camp. Dans les endroits où j'ai pu pénétrer, j*ai remarqué des mouvemens de terrain dont il n'est plus permis de deviner les causes. Il y existe encore un puits ; mais ce qui m'a le plus étonné , c'est une excavation de 3o à 4o pieds de profondeur, et de 20 à ^5 de diamètre. Cette excavation a conservé le nom de prison , on ne sait trop pourquoi ; car elle a plutôt la forme d'une énorme citerne ronde, s'élargissant, par le bas, en forme de poire. Cette forme est belle, on pourrait dire élégante. Les pierres en sont taillées et équarries ; la maçonnerie en est solide et bien conservée , malgré la démolition qu'on en a plusieurs fois essayée.

Quant aux murs principaux du fort qui sont encore existans, j'y ai remarqué, de place en place, des espèces de soupiraux, ou, ce que nous appellerions , de nos jours, de larges canonnières (i). J'en ai sondé la profondeur, et n'en ai pas rencontré le fond ; ce qui annoncerait l'existence de constructions souterraines , d'autant plus probables que cette partie nord du camp est élevée à près de 80 pieds au-dessus du ni- Teau de l'Oise.

Une chose remarquable , c'est que le camp de Maquenoise , et jusqu'aux ruines maçonnées de son fort et de ses retranchemens, sont couverts d'arbres énormes et de chênes que les siècles ont vu s'y succéder.

Voici, au surplus, sur ce camp trop peu connu jusqu'aujourd'hui, ce que dit D, Lelong, dans son Histoire du Diocèse de Laon , pag. ao.

(1 ) a Ces espèces de canonnières étaient des ouvertures pratiquées c dans les murs d'un fort , par le roojen desquelles on tirait sur Penc nemi sans s'exposer. On en voit sur les monumens antiques où elles a servaient , sans doute > à lancer des flèches et des pierres.

(Ëncyclop* Antiq. > 1. 1; pag. 654»)

(44) « Le camp (romain) de Maquenoise n'est pai moins curienx. « Destiné probablement k arrêter les Germains au passage de

• roise y il occupe un quart de lieue de longueur, et il est cons- « truit partie en terre , partie en maçonnerie , avec des souter- « rainsy des tours de distance en distance, environnés de fossés.

• Vers le milieu (au nord), était le fort principal, ou cLâtean, « pavé de grands carreaux de brique; il y avait un puits, une « prison et d'autres édifices nécessaires. On a trouvé , dans les

• fouilles, plusieurs médailles romaines. Une chaussée passait , « à l'extrémité de ce retranchement, dans les bois.de l'Ardenne, c et était dirigée d'Avesnes vers Mézières ».

« Dans le voisinage , est le pays de Cattrice, le Mont-Ermé, « le Mont'Césaré i etc. »

Plus loin , page 322 , D. Lelong dit encore : « Maquenoise « est un petit village où se trouvent un camp des Romains , « des mines d'or et d'argent qui ne valent point l'exploitation , « une forge et un ch&teau reconstruit vers la fin du \'}*, siècle , % sur les ruines d'un autre très-ancien ».

Je me suis un peu étendu sur ce camp de LabienuSy parce qu'il e'st à peu près oublié dans l'histoire , et aussi parce que, touchant au village de Maquenoise qui appartient au royaume des Pays-Bas , le camp , proprement dit, est sur le territoire français, qu'il en marque la frontière, et qu'il est, de ce côté , le dernier et le plus antique monument du département de l'Aisne.

Le Catelet.

(No. 5, pag. 18.).

Si la tradition, les chroniques et l'étymologie n'avaient pas, en quelque sorte , déterminé la position de Ribemont pour l'un des trois camps d'hiver qui furent fixés autour de Samarobrive, j'aurais penché à croire que le 3'. camp avait pu être établi au Câtelet, dont le nom Castellum retient encore quelque chose de son origine. En effet , j'y ai reconnu moi-même , vers l'extrémité nord du bourg , près et à gauche de la grande route

( 45 ) qui conduit à Cambrai , toutes les apparences d'anciens retranchemens. Il s'y trouve une grande quantité de briques et de toiles romaines. J'en ai ramassé plusieurs , ainsi que des fragmens de vases antiques , dans les tranchées faites pour l'exploitation d'une carrière de pierres. Ces retranchemens , qui sont d'une assez grande étendue , donnent au terrain toute l'apparence d'un ancien camp, lequel se serait trouvé, là, sur les bords de l'Escaut , et dont l'emplacement ne contrarierait. en rien les expressions de César : circùm Samarobrivam , puisqu'avcc Castres et Fermand , il forme cercle autour de la ville actuelle de Saint-Quentin, dont il n'eût été éloigné que de quatre lieues , et près de la voie romaine qui passe à peu de distance de là.

Camp de Vermand.

(No. 6, pag.av.)

Il y aurait bien des choses à dire sur le camp de Vermand , 3i déjà on n'avait pas tant écrit sur ce reste imposant de l'ouvrage des Romains. J'en ai vu plusieurs plans bien dessinés , gravés ou lithographies. Tous donnent une idée de sa forme elliptique ; mais je ne voudrais pas me prononcer sur leur exactitude. J'ai , au surplus , vérifié , la boussole à la main , que les quatre angles du camp sont dirigés vers les points cardinaux ; et , pour ceux qui voudraient visiter ce monument , voici ce que je crois devoir faire remarquer :

lo. Le grand diamètre de l'ellipse, auquel on donne 1600 pieds , s'étend du nord-ouest au sud- est, et longe le chemin de Saint-Quentin à Péronne.

20. Le petit diamètre ou la largeur, qui est de 1000 pieds » se mesure du nord- est au sud-ouest, ayant, dans le bas, la rivière de l'Aumignon , et dans le haut , la chaussée dite de Brunehaut , se dirigeant de Bavay sur Amiens.

3o. C'est vers le milieu de la partie méridionale, que se trouve la porte principale du camp; l'autre porte, exactement au nord , lui est diagonalement opposée.

(46) 4o. Le cÀté sad- ouest est celui qui présente , dans le meiU

leur état de conservation, le retranchement et le parapet. La

crête de ce parapet a 8 pieds de large, et s'élève de i5 pieda

an^e«sus du sol intérieur du camp.

S^. A l'opposé de la porte principale , est le lieudit le champ de la Trésorerie, C'était la, sans doote, qu'était l'ancien ques-^ îorium y c'est-à-dire, le trésor de l'armée. 11 est voisin de l'église , et le jardin de la cure en fait partie.

C'est dans ce champ de la Trésorerie qu'on a trouvé, à toutes les époques , et que chaque jour on trouve encore , une foule de médailles. Pour peu qu'on y remue la terre, on y rencontre des restes de constructions et de nombreux débris de poteries fines, de vases et de tuiles. J'y en ai ramassé moi-même , et de toutes les espèces, à la superficie. J'en ai rapporté une fibula en bronze , ou agraffe de manteau. Il y a peu de temps qu'on y a dérouvert une très -jolie statuette de Minerve, de 5 pouces de haut , et de la plus belle conservation. Elle est en bronze, et orne actuellement le cabinet de M. Minimus Desains*

Hors du camp , et dans différentes parties du village , j'ai rencontré , çà et là , des tronçons de colonnes et d'énormes blocs en grès taillés, ainsi que d'autres fragmens de même nature, dont il serait difficile de deviner la primitive destination ^ dans la position qu'ils occupent aujourd'hui. Il faudrait lea dégager de la terre où ils sont enfouis, pour pouvoir en juger.

Un objet assez rare à rencontrer , est une meule de camp. On m'en a fait voir une chez M. Santin , ancien maire de Vermand. Elle est bien conservée , et quoique le grès en soit dur comme le sil^x , la ciselure en est parfaitement exécutée. Soa diamètre est de i6 pouces. ( i )

Deux hameaux, presqu 'attenant au camp de Vermand , rap-

(i) Km moment où Pon achève l'impression de cet article, M, Rome» sous-préfet de Saint-Quentin, a hien voalu me faire part qu'il venait de faire Parqui.Hition de cette meule pour le cabinet des anti<]uité8 de son arrondissementt

pellent encore son antique origine : c'est Marte-ville et Ville-

eholle. On reconnaît dans les noms de l'un et de l'autre la villa

Martis qui a pu être, en même temps, la maison de plaisance

du général, lieu où éuit érigé l'autel de Mars y et la villa

scholœ qui était probablement la résidence du « maître des of-

« fiées , lequel avait sous lui deux écoles , scholœ , pour les

« gentiles et les équités, gens de guerre très-distingués chez les

♦ Romains , comme étant destinés à la garde du prétoire, ou du

c palais de l'empereur. » ( i )

J'ai cru devoir parler de ces deux hameaux , parce qu'on a cherché à expliquer leur nom diversement et d'une manière étrangère à la situation des lieux, tandis que leur dénomination se rattache naturellement au grand établissement militaire qui a existé à Vermand.

£n général , Vermand est susceptible d'être fouillé , parce qu'il n'y a eu que des destructions et peu de déplacement. Peut-être un jour la terre nous restituera -t- elle ce que le» siècles onjt conservé dans son sein. Peut-être en retirera- 1- on quelques inscriptions, quelques monumens, qui achèveront de consacrer l'antique gloire des Verotnandui,

MiÉDAiLLES Gauloises,

(No. 7, pag. 52.)

Lorsque l'Encyclopédie nous apprend que « le plus grand « recueil de médailles anciennes des Gaulois qui ait été donné « jusqu'à présent , n'en fait pas monter le nombre à plus de « cinquante en tout -a , on doit s'étonner que six de ces médailles , toutes de revers différens , se soient retrouvées dans les débris épars d'une seule ville antique, tant de fois saccagée , totalement détruite , et sur les ruines de laquelle des villes nouvelles se sont élevées. Et , quand on réfléchira que c'est du sein des murs démolis et des terres que l'on faisait tomber par masses, en renversant les fortifications de Saint-Quentin, que

( i) Encyclopéd. Antiq;. , t. 3 , p. 478.

(4«) six objets d'un si petit volame ont été déconYerts, l'étonné* ment en aof^entera encore; on dn moins, on y trouvera la preuve que la gantoise Samarobrive a dû avoir la haute importance que César lui a reconnue , et qu'il lui a consacrée dans ses Commentaires.

Celles de ces médailles que possède M. Minimus Desains sont d'une matière parlicnlière, composée de bronze et d'étain à i'4 p'. 0/09 comme le dit l'Encyclopédie, t. 3, p. aa. Elles présentent sur les deux faces des figures grotesques et de» animaux méconnaissables. Les quatre autres ont, pour type principal , le cheval en course qui caractérise les monnaies gauloises. Voici , à propos de ce type , ce qu'on lit dans l'Ency* clopédie in-t^o, , t. 3, p. 22 : « Il parait évident que ceux qui « ont fabriqué ces monnaies, ont voulu imiter celles d'or de « Philippe, roi de Macédoine; d'où l'on croit pouvoir inférer « que ce qui a donné lieu k la fabrique de ces sortes de mé- « dailles, par les Gaulois, c'est que ceux qui revinrent dans la « Gaule, après leur expédition sous Brennux , en Macédoine « et en Grèce , en rapportèrent des monnaies d'or de Philippe; (t et qu'après en avoir fait usage chez eux , pour se procurer t leurs commodités et leurs besoins , ils eu firent fabriquer « d'autres, à l'imitation de celles-là , par des ouvriers qui ne <t purent alors les contrefaire que d'une façon conforme à la c rudesse où étaient les arts dans leur pays ».

J'ai rapporté ce passage, parce qu'il facilite une explication qui a long-temps agité les savans ; celle de savoir pourquoi le cheval macédonien figurait sur les monnaies de la Gaule , et parce qu'en même temps ce passage rappelle que nos premiers aïeux, sous ce même Brennus ^ qui fit trembler Rome dans Bome, avaient déjà fait briller, au loin , leurs armes victorieuses, et rapporté, chez eux, les richesses et l'or de la Grèce.

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