‹ Dissertation sur un statère d'or du roi inconnu Acès ou AcasChapitre 4 sur 13 · DISSERTATION SUE UN STATÈRI D*OR · texte numérisé non relu

DISSERTATION SUE UN STATÈRI D*OR

naturelles^ procèdent toutes d'un commun prototype, la tête d'Alexandre. Je n'ai pas sous les yeux les originaux des Périsadès de Russie et de Glasgow; mais on peut s'en rapporter aux figures des ouvrages de Koehler et du prince A. Sibirski reproduites sur notre planche*; je ne me crois donc pas téméraire en affirmant pour ces deux pièces comme pour le statère de Paris, qu'il faut se carder d'y voir le portrait du roi du Bosphore.

Les dissemblances qu'on signalerait entre ces effigies montrent seulement une fois de plus que les copistes^ si intéressés qu'ils soient à une scrupuleuse fidélité, ne peuvent se défendre de s'écarter par quelque endroit de leur modèle.

Le prince Sibirski, suivi par M. de Roehne, attribue son statère aux premières années du règne du Périsadès II de Visconti, sur ce fondement que la tête serait plus jeune que celle des [pièces de Paris et de Londres. Je ne parle de cette illusion, conséquence de la croyance à un portrait réel sur cette monnaie, que parce qu'il n'est pas inutile

i . Le Périsadès de Glasgow est gravé sous le û? 3, pi. v, à la suite du mémoire de Kojehler intitulé : Description d'une médaille de Spartocus du cabinet de M, de Romanzoff. Voyes t. Il des œuvres de Koehler, Koehler^s gesammeUe Schriften^ et sur notre planche, n^ 4. On trouvera la figure du Périsadès de Russie dans les Mémoires de la Société éC Ar^' ehéologie de Saint'Pétersbourgy déjà cités, t. VI, p. 90, — et aussi dans le Musée Kotchoubey^ etc., de M. de Koehne, t. II, p. 33^ et enfin sur notre planche, n** 5.

de noter en passant qu'il n'est nullement prouvé que les Grecs aient été dès cette époque dans l'usage de modifier régulièrement l'effigie des monnaies royales en raison de l'âge du prince. Le contraire serait plus facile à démontrer par des exemples, comme ceux qu'offriraient les monnaies de Micomèdes II, roi de Bithynie, qui présentent une effigie invariablement semblable, bien que ce monarque ait régné plus de cinquante années, ou comme ceux des deux tétradrachmes uniques de ce Mostis cité plus haut, qui présentent également la même effigie, bien que leurs dates indiquent un intervalle de seize années entre la fabrication de ces précieuses monnaies que se partagent les cabinets de Londres et de Paris ^ La vérité, c'est

1. L'un des deux tétradrachmes du roi Mostis que je viens de citer, étant encore inédit, j'en donnerai ici la description et je le fais graver sous le n^ 6 de notre planche, car les numismatistes qui ont pu examiner la collection de M. le duc de Luynes, donnée par lui au cabinet de France, sont seuls à connaître cette pièce probablement unique.

Droit: Buste à droite, d'un personnage jeune, aux traits réguliers, sans barbe, revêtu d'une chiamyde.

Revers : BA2IAËÛ2 MOrTIAGS. Minerve casquée, la haste à la main, assise sur un siège à griffes de lion, s'appuyant sur un bouclier dont le symbole paraît être une tète virile barbue, et tenant de la main droite une figure de la Victoire couronnant le nom royal. A Fexergue : ET0Y2 KB. L'an 22. Dans le champ, à gauche, deux monogrammes : le premier est formé des lettres Y, £ et A ou A ; le second, les lettres T, N, K et d'autres peu distinctes.

Des deux tétradrachmes jusqu'à présent uniques du roi

22 DISSKRTATION SUR Cil STAXiRl D'OR

que la jeunesse du prëtendu portrait de Périsadès tient h ce que, comme tous les pseudo-Ljrsimd-

Slostîsy rmi, celui de la collection de LuyneSy an cabinet de France, paraît supérieur par sa conservation à celui du JBritisk Mmeum^ qui est beaucoup plus andennement coamu, puisqull a été décrit dès Tannée î 790 par D. Sestini {Lettere num» t. IV, p. Si) alors que ce précieux monument faisait partie de la collection Ainslie. Ces deux pièces offrent les mêmes types, mais avec d'importantes yariantes; ainsi : 1^ nous avons ici deux monogrammes au lieu du monogramme isolé, KM, qui figure sur la pièce anglaise; 2* notre pièce est plus ancienne, attendu qu'elle est datée de Tan 22 de l'ère à laquelle toutes deux se rapportent; je dis l'ère et non l'année du règne, bien que je n'ignore pas que Yisconti (Icon, Gr. t. II, p. 115, pi. <il, n® 18) ait vu dans le chiffre 38 du Mostis de Londres, dont il donna le premier une figure, l'indication des années du règne de ce personnage; mais sans nier la possibilité d'un règne aussi long, je préfère croire avec Eckhel que, sur ces deux médailles, il s'agit plutôt de l'ère de cette royauté inconnue ; Z° il n'y a pas sur notre pièce de nom de magistrat, tandis que le tétradrachme de Londres a été frappé sous le magistrat Sadalès , £111 SâAàAOY, selon l'indication qu'on f lit à l'exergue.

Je ne dois pas omettre de signaler une bonne figure du Mostis de Londres qui se trouve dans le Trésor de numismatique y — Rois Grecs y pi. XXIII, n*> 1.

Ce n*est pas incidemment et dans une note qu'il peut être question de discuter le pays et le temps où vécut le personnage au nom duquel ont été frappées ces médailles; mais je ne puis me dispenser de signaler l'importance historique du tétradrachme de Luynes qui nous apprend que Mostis dont les textes ne prononcent pas le nom, n'a pas réjgné moins de seize années, et que la dynastie à laquelle il appartient a subsisté au moins trente-huit années, si, comme il

DO ROI INGOmiU AGES. S3

ques, cette tête est la copie de l'Alexandre jeune et divinisé des Lysimaques. S'il restait quelques

y a des raisons de le croire, c*est le règne du fondateur qui a donné lieu à cette ère. J'ajouterai que cette fois, Teffigie du droit paraît être réellement un portrait royal : sur les deux yariétés connues, la tête a un caractère individuel prononcé, et en tous cas, n'a certainement rien de commun avec rimage d'Alexandre des monnaies de Lysimaque. Ainsi que les rois de Pergame, dont les plus anciens doivent avoir été ses contemporains, Mostis n'avait voulu copier que le revers des statères et des tétradrachmes du roi de Thrace.

On sait d'ailleurs que les tétradrachmes de Londres et de Paris ne sont pas les seules monnaies qui ai«[lit été frappées au nom d'un roi Mostis. Il existe depuis longtemps dans les cabinets des pièces de bronze, beaucoup moins rares que celles d'argent; or ces pièces, avec des types épiroies, nous montrent la légende M£I^£Û£ MOUTIAOS ^ Jusqu'à pré^ / f\ sent, dans les discussions soulevées par ces diverses monnaies, on ne s'est divisé qu'au sujet de la patrie à leur assi^ gner, les ans les donnant à la Thrace, les autres à TÉpire; mais on n'a pas encore mis en doute qu'elles aient été émises sons le même personnage. Ne se pourtait-il pas cependant qu'elles fussent de deux princes différents? Les monnaies de bronze avec leurs types nationaux certaine*ment épirotes, — l'aigle et les têtes conjuguées de Jupiter et de Junon, -^ sur lesquelles ne se voit pas d*effigîe royale et qui sont en outre d'un style plus ancien, n'auraientHslies pas été frappées par un premier Mostis, fondafteur de cette dynastie oubliée qui, d'après les deux tétradrachmes, a ea cependant tout au moins trente-huit ans de durée? Dans cette

* MîottlMJt, t. n, p. 67, n. 4S et raivattto. L« pttB aneiénne pnbtièiltioa d'ttoe raoanaie de bronM de Mo«tU remonte à l'aimée 4765. Voyra, fiw^ mismata cimelii austriaci yindoboneusis^ pi. xv, n. 24, p. lxxxvi du texte.

24 DISSEHTATION SOR UN STATÈaS D'OR

doutes, j'ajouterais qu'on retrouvera les traits jeunes, si Von veut, mais renfrognés et moins nobles de la pièce de Russie sur telle imitation lysimacbienne qui ne porte cependant pas le nom de Périsadès ^

hypothèse, les monnaies d'argent dont les types n'ont rien de national ou de propre à l'Epire, et se rapportent uniquement à la. personne royale, auraient été frappées sous le règne d'un fils, d'un neveu ou d'un successeur à un titre quelconque du chef de la dynastie. Il serait en effet naturel d'admettre que cet autre Mostis, s^ voyant parfaitement assis sur un trône qui, au moment de la fabrication de la plus ancienne des monnaies d'argent, datait déjà de plus de cinq olympiades, se fût décidé à faire le pas si redouté qui consistait à offrir son image aux respects et presque aux adorations des peuples, tandis que le premier avait dû ménager la chatouilleuse susceptibilité de ses nouveaux surjets. Quant à la patrie de ces monnaies, c'est, selon moi, l'Épire ou quelque ré^on voisine des États des Pyrrhus et des Néoptolème, et je me range nettement sur ce point du côté d'£ckhel et de Charles Lenormant, en me séparant de Sestini et de Yisconti, qui les donnent à la Thrace. Ce n'est pas ici le lieu, je l'ai déjà dit, de présenter toutes les raiscms qu'on pourrait alléguer contre l'hypothèse des deux savants italiens, mais je rappellerai en finissant^ qu'il est un argument décisif dans la question et dont je m'étonne que Yisconti n'ait pas compris l'importance, c'est celui auquel j'ai déjà fait allusion, je veux dire la présence de types nationaux épirotes sur des monnaies de bronze qui portent le nom de Mostis.

1 . Voyez au cabinet des Médailles et Antiques de- la Bi-^ bliothèque impériale , un pseudo-Lysimaque classé par M. Mûller parmi les pièces de localités inconnues, mais qui peuvent être attribuées à quelque atelier monétaire de la

En outre, dans Thypothèse inadmissible d'un portrait réel sur les trois statères au nom de Pé* risadès, comment pourrait-on y reconnaître un seul et même personnage ? Il y a de telles dissemblances entre les effigies des statères de Paris et de Londres et la tête du statère de Russie, qu'il serait impossible de les expliquer par une simple diiïérence d'âge, et qu'il faudrait distribuer ces trois . pièces entre deux rois. En fait, ces dissemblances et toutes celles qu'on signalerait entre les nombreuses copies du type lysimacbien proyiennent de ce que les graveurs des coins de ces monnaies, travaillant dans des pays et des temps divers, ne songèrent pas à faire le portrait d'un modèle vivant ou réel, mais à reproduire tant bien que mal un prototype consacré dont la plupart ignoraient sans aucun doute l'origine et la signification.

La question iconographique épuisée, reste à rechercher la place que le Périsadès de ces trois statères doit occuper parmi les rois du Bosphore. Au moment où écrivait de Boze, l'histoire de cette contrée n'avait encore enregistré que deux Périsadès. L'un, celui dont on fait le premier du nom S est le fils de Leucon ; il fut contemporain

côte d'Asie ainsi que la pièce russe. Voyez, ouvrage cité, lablean ix, n" 470 et p. 90. ^

i . On ne peut, avec certitude, numéroter les rois du Bosphore du nom de Périsadès ; avant le règne de celui qu'on veut avoir été le premier Périsadès, il existe dans leur

te DissiETAtmi nm im RATftiB d'or

de Lysiinaque et mourut plusieurs années trant ce dernier^ l'an 341 avant Jw G.; Tautre est criui qui céda ses États à son voisin^ le roi de Pont^ Mithrîdate VI, Tennemi du nom romain^ ëvénement dont on ignore la date précise, mais qu'oui peut placer environ un siècle ayant J» G.

C'est au premier de ces princes que de Boze a^ tribua le statère du cabinet de France. Gary, dans son Histoire des rois du Bosphore cimmérien^ adopta cette attribution ^ Eckhel plus tard Tint se ranger à cette opinion*, et depuis, pour tous les

chronologie, une lacune de vingt années pendant laquelle a pa régner an Périsadès, fait d'autant plus possible que nous saTons que ce nom était fort affectionné par oes princes.En effet, malgré cette lacune de vingt années et une autre d'environ cent quatre-vingt-dix années qui laisse tant de lignes blanches dans ce catalogue royal, je vois le nom de Périsadès porté à de grandes distances, par trois rois et par un prince : h? Par le fils de Leucon ; 2" Par uù fils de Spar- 10008, dont l'existence ne nous a été révélée que fort tard par une inscription dont j'aurai à parler plu» loin; 3^ Par le roi qui céda ses États à Mithridate VI , et 4^ par un petit-fils de Périsadès, fils de Leucon, mentionné par Diodore de Sicile (XX, 24), lequel paraît n'avoir pas régné. Ce prince, fils de Satyras, portait le nom de son aïeul, conformément à un usage antique dont on trouverait encore des exemples fréquents aujourd'hui, et qui nous permet de supposer bien des Périsadès dans les cent quatrevingt-dix années eiyriron pendant lesquelles l'histoire est muette sur les rois du Bosphore.

i. Voyez p. 26.

Page 1