Voir plus bas, p. 11, note
: DISSERTATION SUà UN STATÉftS D'OR
voyait autrefois que des pièces énnanées directement de Lysimaque^
Op sait du reste qu'avec les^ypes monétaires de Philippe et d' Alexandre^ le type du statère dé Lysimaque doit compter parmi ceux qui jouirent de la popularité la plus étendue et la plus persévérante. M. Mûller,qui a visité les plus importants cabinets de TEurope, et qui, eu vue de son livre^ y a noté * toutesles pièces à laJégendeBÂIIAEOS ArsiMAXOT, en a trouvé déplus de trente villes différenteS| qui longtemps après la m#rt de Lysimaque frappaient encore des statères semblables à ceux de ce prince, et s'étaient bien gardées d'y eiïacer son nom. Habilement composé d'une heureuse combinaison des divinités qui se partagent leâ deux faces du statère d'Alexahdrequ'il avait d'abord imité % et de Tefligie divinisée du fik d' Ammon , le type personnel du roi
1. t>ï€ Munzen des thracischen Ktienigs LfsimaehuSj pon X. MùUer, Kopienfiageny 1858. Je n'admets pas sans restrio tioQ l'ensemble des attributions du savant danois; je veux dire seulement qu'il a nettement distingué les Lysimaques originaux des imitations, et j'ajoute que ses conjectures sont ingénieuses lorsqu'elles ne sont pas incontestables.
2. Lysimaque, dont la monnaie d'or et d'argent devait être' si souvent coipiée, avsût commencé pslr se* montrer plagiaire servile du statère d'Alexandre, ainsi d'ailleurs que ses rivaux les autres successeurs du conquérant. Toutefois il parait avoir abandonné proin))ten3ent le type au buste de Minervîe oâsqtiéè avec la Victoire an revers-, si l'on en juge par la rareté te^ lativedes pièces où on le remarque, rareté constatée par l'estimation de Mionnet, qui porte à 300 fr. le prix des Ljfsi-
DD ROI mCONNU AGES. it
de Thrace, qu'il avait pu dans le principe imposer aux villes <iou mises à ses arnies^ outre l'avantagé d'une excellente renonimëe commerciale , avait celui d'être de bon augure et de convenir aux rois autant qu'aux t*épubliques; aussi la monnaie d'Acés n'est-elle pas la première sur laquelle on l'ait reconnu associe à un nom royal autre que celui de Lysimaque. Sans parler des tétradrachmes de Philétère de Pergame, d' Ariarathès de Cappàdoce et de Moslis, — roi aussi inconnu qu'Aces — qui copièrent seulement le revers du stalère de Ly siniaque, on connaît, depuis près d*un èiècle et demi, un stalère qui en est une contrefaçon complète, et qui n'en difïere que par l'omission de la Corne d'Ammon et par la légende du revers. On a coiii-' pris que je veux parler de cette pièce célèbre sur laquelle de Boze lut avec autant de surprise que de joie le nom du foi Périsadès, et qu'il démêla^ confondue avec des Lysimaques ^ dans un lot de médailles antiques rapjportées d'Orient pont le Roi au commencement du dix-huitîéihe siècle, par Paul Lucas, le fameuse voyageur '.
maqùes alexandrins, et à 30 fr. lés Lysimacpies originaux. Âjontons c|ue dans le Cabinet de France on ne possède qu'un seul exemplaire des Lysimaques de la première émission , tandis que la seconde y est largement représentée.
i , Voyez, dans lès Mémoires de V Académie des Inscrip^ tionsy t. VI, la dissei1!ation de Gros de Boze, Sur les rots du Bosphore cèmmérieity p. 549. Voyez aussi à la fin du Troisième sfoyage du sieur Paul ÎÀicas^ fait en \ 71 ky par ordre tk
12 DISSXETATJON SUR, UN STATÉU D*OR
Le nom de Përisadès n*élait pas inconnu ainsi que celui d'Âcès ; on savait qu'il appartenait à des rois du Bosphore cités dans les textes ; il semble» rait donc que T attribution du statère sur lequel on le lisait ne pouvait offrir de sérieuses difficultés. Il n'en a cependant pas été ainsi ; les pièces d'imitation sont de leur essence si rebelles à la classification y que depuis de Boze la trouvaille de Paiil Lucas a été ballottée entre trois Péri sadès différents^ et que bien qu'on s'accorde généralement à la donner à un fils de Spartocus qu'on veut nommer Périsadès II, la question est loin d'être décidée. Je n'ai pas la prétention de la trancher; cependant , comme il est impossible de ne pas rapprocher deux médailles qui présentent une aussi frappante analogie que les statères de Périsadès et d'Acès, je donnerai le résultat de mes observations sur la plus anciennement connue de ces deux pièces, avant d'a-r border l'examen de la seconde que cette sorte d'introduction pourra simplifier.
Louis XIF^ p. 312 du t. III de Tédition de Rouen, 1719. Là, on trouvera le catalogue sommaire des curiosités rapportées par Paul Lucas, pour le Roi, et en tète, Tindication de huit médailles d*or de différents rois grecs, au nombre desquelles deux sont données à Lysimaque; or, de ces deux, l'une n'est autre que le Périsadès du cabinet de France, miraculeusement échappé du creuset des voleurs de i83i, et qui est resté si longtemps Tunique monument monétaire sur lequel se soit lu le nom de ce roi. Cette pièce est reproduite sous le n^ 3 dç ma planche.
DU ROI MCONNO iCfiS. A%
Swi ks siatêres au type ds Zofsimaque qui porteni le nom
de Périsadès. »
Lorsque Yisconti enleva le statère à la légende BASIAËQS DAIPISAAOT au roi Périsadès, fils de Leucon^ auquel de Boze ravaît attribué^ et le donna à un autre Périsadès, celuiK^i fils de Spar : tocus\ cette médaille, l'une des plus célèbres raretés du cabinet de France, était encore considérée comme unique. Aujourd'hui, il existe trois statères à cette même légende, à peu près semr blables, mais non pas sortis du même coin. Le plus anciennement connu après le nôtre, c'est celui de la collection Hunter à Glasgow *; le troi-
4. Iconographie grecque de ViscorUi^ t. Il, p. 12i etsuiv» de l'édition in-4*', publiée en 4811.
2. Cette pièce, reproduite sous le n* 4 de ma planche, est celle que Mionnet, Supplément ^ t. IV, p, 461, décrit sous le n^ â, d'après Koehier, et qu'il cite, à tort, comme ayant été prise par cet auteur dans la collection du comte de Romanzoff. Si je signale cette méprise occasionnée par le titre du mémoire dans lequel l'académicien de Saint- Pétersbourg parle du Périsadés Hunter à propos d*une monnaie de Spartocus du cabinet Romanzoff, c'est parce que cette mention de Mionnet pourrait faire croire à l'existence d'une 4* pièce de Périsadés. (Voyez dans les œuvres de Koehier, Koéhîer^s gesammelte Schriften, t. Il, p. 45 et suiv., et notamment p. 58 et pi. v, h^ 3.)
Ijk DISSERTAXfpN gp^ pH ^IJiT&RB D'OR
sième, beaucoup plus récemment découvert, a été publié pour la première fois par son possesseur, le prince A. Sibir$ki\ Je fais graver sous les n^ 3, 4 et 5 sur la planche qui accompagne cette dissertation ces ti^ois variétés d'un type connu des lecteurs, puisque c'est celui des Lysimaques et de la monnaie d' Acès , mais je ne les décrirai pas minutieusement ; il sufBra de faire remarquer qu'indépendamment du changement du nom royal, c'est surtout l'absence de la corne d'Anbmon qui différencie ces monnaies, tant de leur prototype que de sa nouvelle imitation que je fais coni)£dtre. D'ailleurs, sur toutes trois, parait a l'exergue le trident que sur celle d' Acès nous ayons vu posé de même horizontalement; sur toutes trois également, la Minerve tient la lance omise sur cette dernière; enfin, si j'en juge par le Périsadès du cabinet de France, ces statères pèsent le poids normal attique^ c'est-à-dir(5, celui des vrais Lysimaques et de la plupart de leurs imitations, y compris l'Acès.
Les trois variétés des Périsadès forment deux groupes.
Daiis le premier, je place les pièces de Paris et de lx)ndres qui ne diffèrent Tune de l'autre que par une modification insignifiante du mono-
1 . Voyez, Mémoires de la Société impériale tP archéologie de Saint-Pétersbourg, t. IV, p. 99. 1852. Cette pièce est reproduite sous le n° 5 de ma planche.
W ROI QIGOIINn 4CiS. i^
gramme qu'on y remarque sous le siège dç la déesse et qui nous apprçud qii'elle^ oqt été frappéeç k P^nticapée. C'est là upe ÎDdicatioD comme |1 i^l'ep aurait fallu trouyer pne sui^ le statère d'Açès, ou elle aur^t été autrement u^ile que sur la monnaie d'un^oi dont les États sont parfaiteineqt connus. Sur le statère de Glasgow, le mopogra*me se compose seulement des lettres n et
A, ainsi disposées p!| ; sur celui de Paris, on
trouve les lettres IIAN ainsi disposées : O
Sans attacher trop d'importance à CjÇ petit détail y on en peut ipduire que la pièce de Paris, dont Ic^ monogramme est plus compliqué, est d'une ^ date moins ancienne que celle de Glasgow. Les efïigiès qui paraissent au droit de ces deux pièces sont identiques, et malgré l'infériorité de leur fabrique, ne s'éloignent pas sensiblement du prototype créé par Lysimaque. Au contraire, sur celle de Russie que je mets à part, la tête, quoique procédant du même modèle, s'en éloigne hotajjlement, ce qui n'a rien de surprenant^ si l'on songe qu'évidemment elle n'a pas été frapu pée dans la même localité. En effet, on n'y voit pas de monogramme sous le siège de la déesse ; tandis que dans le champ, ou remarque les lettres E P qui, selon le prince Sibirski, pourraient indiquer, soit l'année 1 50 d'une ère à chercher.
16 DISSERTATION SUR ON STÀTÈâl D'OR
soit y ce qui lui paraîtrait mieux fondée l'atelier monétaire d'Hermonassa , '£p|iL<&v<x(r9a , ville située entre Cotyora et cette cité de Trapezus (Trébizonde), dans les environs de laquelle il existe des raisons de croire qu'on a trouvé notre statère.
Depuis de Boze jusqu'à JM. de Koehne', le dernier auteur qui se soit spécialement occupé des statères de Périsadès, tout le monde a voulu voir au droit de ces pièces, le portrait du roi dont le nom est inscrit au revers. C'est, selon moi, une erreur. La tète qui figure sur ces monnaies, ainsi que celle qui paraît sur tous les pseudo-Lysimaques, n'est autre chose que la copie plus ou moins fidèle de la tête d'Alexandre, type maintenant incontesté de la monnaie de Lysimaque. Je ne m'effraye pas, d'ailleurs , du nombre de contradicteurs que je me vois dans le passé, attendu qu'il me semble impossible que j'en rencontre autant aujourd'hui. Ainsi qu'il arrive trop souvent, même dans les travaux d'érudition, les savants auxquels
1 • Il est toutefois douteux que les lettres placées dans le champ, soient les initiales des villes dont émanent ces mon* naies ; c'est plutôt sous le siège qu'on les reconnaît d'ordinaire.
2. Voyez le savant ouvrage intitulé : Musée du feu prince Basile Kotchoùbef et recherches sur t histoire et la numismatique des colonies grecques en Russie^ ainsi que des royaumes du Pont et du Bosphore cimmérieny t. II, p. 33, publié à SaintJPétersboui^ en \ 857.
je fais allusion s -en sont tous rapportés, sur ce point à celui qui le premier avait publié une monnaie de Périsadès^ et cela sans avoir pris la peine de discuter l'exactitude de son assertion et même sans avoir remarqué que de Boze, loin d'en avoir sérieusement établi la vraisemblance, a laissé voir qu'il n'attachait à ce monument qu'une 'médiocre importance au pdiqt de vue iconographique. Ils ne se sont point aperçus non plus que c'est évidemment l'absence de la corne d'Ammon qui a empêché le garde du cabinet du Roi de tenir compte de la ressemblance de la tète qui décore le droit du Périsadès avec celle qui parait sur les. Lysimaques. Ajoutons qu'à l'époque à laquelle écrivait de Boze, Tinscription du nom de Périsadès sur cette monnaie impliquait que l'eftigie était le portrait du roi du Bosphore, par cette raison qu'on était alors persuada que la tête des stalères de Lysimaque ne pouvait être que la sienne*.
Ne faisons pas, du reste, un crime à nos anciens, d'erreurs de ce genre, puisque, hier en-
i .. Après avoir dit que s'il ne s'y trouvait pas de légende^ a on jC aurait peut^tre pas hésité à attribuer cette pièce à Lysimaque^ » de Boze ajoutait : « je dis pour le revers ; car à régai*d de la tête, outre la différence des physionomies, autant qu'elle peut être marquée dans des ouvrages de cette nature qui n'ont que le premier trait, Lysimaque y est représenté, non-seulement la tête ceinte du diadème, mais encore accompagné de cornes de bélier. » Mémoire cite^p, 551 .
iS DISSKRTATiOlf SUE UN STATÈM D'OR
core, des critiques illustres les reproduisaîen dans des travaux spécialement consacrés à Fico* nograpbie grecque V Nous serions moins excusa-
I . Voyeiydans V Iconographie grwque, t. Il, édidon iii-4% publiée en i 811 , p. 98 et suiv., le chapitre dam lequel Yisconti reconnaît l'effigie de Lysimaque sur les statères au nom de ce prince, et même tome, p. 121 et suiv., celui dans lequel il reconnaît également le portrait de Périsadès sur le statère du cabinet de France k la légende fiÀSIAgOI IIAIPI24A0Y. Voyez aussi, Trésor de Numitmaiique et de Glyptique^ Numismatique des rois grecs^ p. 50, pi. xxit, n** 2, Tarticle dans lequel Lenormant décrit le même statère comme représentant le roi dont il porte le nom. J'avais alors l'honneur de le seconder dans la publication de ce grand ouvrage, et je partage, avec mpn célèbre prédécesseur, la responsabilité de cette opinion qu'aujourd'hui je crois erronée; mais je ferai remarquer que si Lenormant, privé des monuments que j'ai sous les yeux, s'est laissé, dans cette circonstance, entraîner par l'autorité de Visconti, après l'avoir également suivi en ce qui concernait la foi au portrait de Lysimaque (p. 6 et 7, n* 8 de la pi. iv du même ouvrage), du moins sa sagacité ne lui a pas permis de persister complètement dans cette erreur^ puisque, plus loin, nous le voyons revenir loyalement sur l'une de ces deux assertions, et déclarer formellement, dans un supplément, qu'il faut décidément reconnaître l'image divinisée d'Alexandre sur les statères de Lysimaque. (V. p. 48, au n*ll de la description de la planche xxni de l'ouvrage cité, et aussi p. 3i, au n* 1 de la planche xvn.)
Quant à Mionnet, il a toujours vu le portrait de Lysimaque sur les monnaies de ce prince. Voyez le t. I de son grand ouvrage, publié en 1806, p. 437, n~ 1 à 133, et le t. II de son Supplément, publié en 1822, p. 549, n"^ 1 à 35. Il en est de même du portrait de Périsadès. Voyes,
pu ROI npomip 4ÇÈS. i9
blés à présent qiie nous possédons des élémepts de comparaison qui faisaiept absolument défaut en 1 725 au prédécesseur de l'abbé Barthélémy. De Boze n'a pas vu plus de deux ou trois statères à la légende BASIAEQS ATSIMAXOT; sans sortir du cabinet impérial, j'en ai sous les yeux trente et un ^ Il ne m'a donc pas été difficile par la comparaison de notre Périsadès et de l' Aces avec cette foule de Lysimfiques originaux ou (l'imitation^ de m'apercevoir de la méprise 4^ Q^^s ^^~ vapciers.
Quie l'on confronta )e Péri^4ès et TAcès avec les pièces au inéme lype à la légencje BASIAEHS AT2IM4X0T et l'op reconnaîtrai avec nioi, que les téte$ gravées sur ces pièces sont absolument dénuées de ce caractère individuel qui fait dire d'un portrait qu'il doit ressembler à son modèle ^nconqp. J'en suis convaincu, pn pe pourra nier que ceç elfigies, malgré^ quelques différences fort
t. II, publié en i807, p« 549, n<» 1 ; là, il attribue le statère en question à Périsadès I, suivant l'ancienne attribution de Gros de Boze. Dans son Supplément^ t. lY, pi^blié en 18â4, p. 46i, n° 1, il voit encore sur cette pièce le portrait du roi dont le nom y figure; seulement il la donne à Périsadès II avec Visconti, auquel il renvoie l'honneur de cette nouvelle classification;
1. Sur cp nombre, cinq proviennent de la mémorable donation de M. le duc de Luynes ^ il s'en trouvait un aussi dans la cplleption Anastasi donnée à 1^ Bibliothèque par l'Empereur en 1862.