‹ Dissertations bibliographiquesChapitre 24 sur 24 · Le Mercure galant pour 1672, 1 vol. petit · texte numérisé non relu

Le Mercure galant pour 1672, 1 vol. petit

in-12, et le 1 er volume de l’année 1673 ; car Donneau de Vizé s’était réconcilié avec Molière, en publiant un lettre apologétique sur le Misanthrope, que le libraire imprima en tête de cette comédie

Mais voilà, de compte fait, plus de 50 volumes in-12 et in-16; passons maintenant aux volumes in-4.

1. L’Imitation de Jésus-Christ, traduite et paraphrasée par P. Corneille. Imprimée à Rouen, par h. Maury, pour Robert Ballard, à Paris , 1656, in-4, fig. de Franç. Chauveau.

Nota. — Molière n’eût-il pas reçu en don, de la main de Corneille, cette édition in-4, que le graveur François Chauveau, qui l’avait ornée d’excellentes estampes, la lui aurait offerte; mais on doit supposer que Corneille se lit un plaisir et un honneur d'en donner lui-même un exemplaire à Molière, car il avait fait relier richement à ses frais un très-grand nombre d'exemplaires qu'il destinait à des présents. On connaît environ vingt de ces exemplaires de dédicace.

2. Mélange de poésies héroïques et burlesques du chevalier de l’Hermite. Paris, Guill. Loyson , 165(1, in-4.

Nota. — J. B. Tristan l’Hermitede Vozelle, puis de Soliers, ancien associé de la troupe des Bejart, ami de Molière et du comte de Modène (il tint sur les fonts de baptême un fils du premier et devint le beau-père du second), avait offert inévitablement ce recueil à ses amis, et Molière ne le conservait peutêtre que par insouciance, car J. B. Tristan l’Hcrmite était un poète bien médiocre.

3. Œuvres poétiques du sieur de P. Paris , Nie. et Jean de la Coste, 1650, in-4.

Nota. — Jean Royer, sieur de Prades, était un ami des amis de Molière, c’est-à-dire de l’abbé La Mothe Le Vayer, de P. Du Rycr,de Montauban, de Beys, etc. Aussi, sa tragédie d\4rsace fut-elle représentée en 1666 sur le théâtre du Palais-Royal. Ce n’est pas trop s’aventurer en conjectures, que de prétendre qu’il avait offert son volume de poésies à Molière.

4. Les Œuvres poétiques de Beys. Paris , Toussaint Quinet , 1652, in-4.

Nota. — Charles Beys, ancien comédien de YIllusire Théâtre, resta l’ami de Molière et des Bejart. Nous ne trouvons pourtant rien, dans son recueil, qui mette en évidence son amitié pour le grand poète comique.

5. Quatre Dialogues faits àl’imitation des anciens, par Oratius Tubero. Francfort, Jean Sarius , 1606, in-4.

6. Cinq autres Dialogues, par le môme, Ibid,., id., 1606, in-4.

Nota. — Le fils unique de François La Mothe Le Vayer avait été le condisciple et le meilleur ami de Molière. Il mourut en 1664, à l’âge de trente-cinq ans. On trouve, dans les dernières éditions de Molière, la belle lettre de condoléance que celui-ci adressa en cette circonstance au père du défunt. Nous supposons que François La Mothe Le Vayer, qui lui avait envoyé la grande édition de ses Œuvres, recueillies et publiées par les soins de son fils, y ajouta ces deux volumes qu’on n’y a pas réimprimés, comme trop hardis, et

qui parurent à Paris vers 1662, sous la rubrique de Francfort avec la fausse date de 1606. Molière avait une véritable sympathie pour ce vieux philosophe qui s’était mis à la tâte de l’école sceptique.

7. Pétri Gassendi Animadversiones de vitaetmoribus placitisque Epicuri libri V 1 1 1 . Lvgduni, Barbier , 1617, in— 4.

Nota. — Ce célèbre ouvrage de Gassendi, qui avait enseigné la philosophie à Molière, devait être en quelque sorte le bréviaire de ce dernier, qui ne s’avisa de traduire le poème de üicrèce que par amour pour Épicure. Au reste, peut-être Molière avait-il encore quelques autres ouvrages de Gassendi, qui fut jusqu’à sa mort en correspondance avec ses anciens élèves Dernier et Chapelle, tous deux amis de Molière.

8. Fables choisies, mises en vers de M. de La Fontaine. Paris, Cl. Barbin, ou Denys Thierry, 1668, ' ïn-4.

Nota. — L’admiration de Molière pour La Fontaine, admiration qu’il exprima plus d’une fois dans les termes les plus flatteurs, nous fait penser qu’il avait reçu de l’auteur un exemplaire de l’édition originale des Fables.

9. Recueil des titres, qualités, blasons et armes des seigneurs barons des Etats généraux de la province de Languedoc, tenus par Mgr le prince de Conti en 1654, par le sieur Bejart. Lyon, Jassermé , 1655, petit in-fol.

Nota. — Il est impossible que cet ouvrage ne se soit pas trouvé dans la bibliothèque de Molière, qui en avait écrit la dédicace. L’expert aura compris parmi les in-4 innommés ce petit in-folio mince, qui était, pour ainsi dire, un monument de famille, puisque la subvention accordée à l’auteur par les états du Languedoc avait aidé à faire vivre la troupe comique, que le prince de Conti ne payait ni généreusement ni exactement.

10. Traité de la Comédie et des spectacles, selon la tradition de l’Église, tiré des Conciles et des saints Pères. Paris, Promé, 1667, in-8, en grand papier, format petit in-4.

1 1 . La Défense du Traité de Mgr de Conti touchant la Comédie et les spectacles, ou la Réfutation d’un livre intitulé : Dissertation sur la condamnation des Théâtres; par le sieur de Voisin, prestre, docteur en théologie, conseiller du roy. Paris, Louis Billaine, 1671, in-4.

Nota. — Le prince de Conti avait fait tirer en grand papier un certain nombre d’exemplaires de son traité ; il les fit relier à ses armes et les envoya en présent aux personnes notables que cette publication pouvait intéresser. Il serait bien étrange que Molière n’eût pas reçu un pareil présent de son ancien condisciple, qui essaya de le convertir et de le retirer du théâtre. Quant au traité apologétique du sieur de Voisin , il fut également imprimé et distri-

bué aux frais du prince, qui avait entrepris une espèce de croisade contre la Comédie.

12. Recueil desprincipaux titres concernant l’acquisition de l’Hostel de Bourgogne, sis en cette ville de Paris, ès rues de Mauconseil et Neufve Saint-François, faicte par le doyen, maistres et gouverneurs de la Passion et Résurection Nostre-Seigneur Jésus- Christ, dès le 30 aoust 1548, au profil de ladite Confrérie et de leurs successeurs, etc., contre des conviées et calomnies théâtrales de quelques comédiens, soy-disans comédiensduRoy, accusans lesdits confrères d’estre usurpateurs d'iceluy Hostel de Bourgogne. Paris , 1634, in-4.

Nota. — Cet ouvrage était indispensable à Molière, pour l’éclairer sur les anciens droits et prérogatives des comédiens de l’Hôtel de Bourgogne, avec lesquels il ne cessa jamais d’être en lutte ; car ceux-ci l’accusaient d’avoir usurpé sur eux le titre de Troupe royale, que s’attribuaient exclusivement les comédiens du Palais-Royal. On a lieu de croire que si Molière eût vécu, il eût fini par absorber dans sa troupe celle de l’Hôtel de Bourgogne et par aller planter sa tente dramatique sur le sol natal de l’ancien Théâtre-Français. Cette réunion des deux troupes rivales ne s’opéra définitivement qu’en 1680, huit ans après la mort de l’illustre écrivain qui l’avait pressentie et sollicitée dans l’intérêt de l’art théâtral.

Examinons le dernier article de l’inventaire des livres trouvés dans la maison de Paris.

« Ilem. Quarante autres volumes de comédies françoises , italiennes, espagnoles, reliés en parchemin, prisés dix livres. *>

Nota. — Nous ne savons pas si ces volumes étaient des recueils factices de pièces de théâtre , ou si les pièces se trouvaient reliées séparément une par une. Nous nous rangerions volontiers à cet avis, car les pièces de théâtre, à cette époque, se vendaient ordinairement reliées en parchemin, comme on en trouve encore de nombreux spécimens. Reste à constater s'il est question ici de 40 volumes, comme le dit l’inventaire à la page 269 des Recherches sur Molière et sur sa famille, ou bien s’il faut lire 240 volumes au lieu de 40, comme l’avait avancé M. Eudorc Soulié à la page 92 de ce même volume. L’estimation de ces volumes, prisés 10 livres, nous fait présumer que leur nombre ne s’élevait pas au delà de 40, ce qui met le volume à cinq sous; or, le prix coûtant d’une pièce de théâtre, en général, était de dix sous pour l’in-12 et de vingt sous pour l’in— i.

Quoi qu’il en soit, nous devons, ce me semble, chercher dans ces « quarante volumes de comédies françoiscs, italiennes et espagnoles, » les pièces françaises, qui avaient été représentées sur Vlllustre Théâtre et sur le théâtre du Palais-Royal ; celles aussi qui portaient un ex-dono de l’auteur et qui avaient

été données à Molière par des amis ou par des obligés.

Voici d’abord les pièces appartenant à V Illustre Théâtre , que Molière pouvait avoir conservées comme des souvenirs de jeunesse :

L’Illustre Théâtre de M. Corneille. Suivant la copie imprimée à Paris (Holl., à la Sphère), 1644, in-12.

Nota. — Nous avons pensé que les Bejart et Molière eurent l’idée de « faire la comédie sous le titre de l’illustre Théâtre », comme le dit leur acte d’association, en s’inspirant du titre de ce recueil factice, qui fut d’abord imprimé à Paris, quoiqu’on n’ait pas encore découvert un seul exemplaire de l’édition originale. Cette édition serait de 1643, si notre supposition est juste, puisque Vlllustre Théâtre , établi dans le jeu de paume de la porte de N'esle, fit son ouverture à la fin de cette même année. Nous supposons encore que les cinq tragédies de P. Corneille, renfermées dans ce recueil : le Cid , Horace, Cinna , la Mort de Pompée et Polyeucte , furent les premières pièces représentées sur Vlllustre Théâtre. Dans ce temps-là, dès qu’une pièce était imprimée, toutes les troupes de comédiens s’arrogeaient le droit de la jouer. Ainsi, ce fut un fait exceptionnel, que la représentation presque simultanée de l'Alexandre de Racine sur les théâtres du Palais-Royal et de l'Hôtel de Bourgogne, avant l’impression de cette tragédie, et la troupe de Molière se vit sur le point d’intenter un procès à l’auteur, qui

avait reçu d’elle une primede2,000 livres pour droit de représentation.

Perside, ou la Suite d’ibrahim Bassa, tragédie par le sieur Desfontaines. Paris, Toussaint Quinet, 1644, in-4.

Nota. — Les documents découverts par M. Eudore Soulié établissent que Nicolas Desfontaincs était un des associés pour l’exploitation de ['Illustre Théâtre. On peut donc dire avec certitude que trois au moins de ses pièces y furent représentées. Celle-ci, selon les frères Parfait, fut jouée sous le titre de : Perside, ou la Suite de l'illustre Bassa. C’était, en effet, une suite d'ibrahim, ou l’illustre Bassa , tragédie de Scudéry, représentée avec succès, en 1643, à l’Hôtel de Bourgogne. Pour prouver que cette tragédie de Desfontaines a paru d’abord sur l’ Illustre Théâtre, il suffît de faire remarquer qu’elle est dédiée au duc de Guise, protecteur de ce théâtre.

L'Illustre Comédien, ou le Martyre de saint Genest, tragédie, par le môme. Ibid., id., 1645, in-4.

Nota. — On voit que Desfontaines, qui ramenait autant que possible le mot illustre dans les titres de pièces, pour mieux caractériser le répertoire de l’ Illustre Théâtre, s'attachait à faire concurrence aux tragédies qui attiraient alors la foule à l’IIôtel de Bourgogne. 11 donna d’abord une Suite à l’ Illustre Bassa de Scudéry ; après , il traita le sujet de saint Genest . que Rotrou venait de mettre au théâtre avec un prodigieux succès. L'Illustre Comédien n’a pa rde

dédicace , comme si le pauvre Desfontaines n’eût trouvé personne qui voulût l’accepter et la payer, bien entendu.

Alcidiane, ou les Quatre Rivaux, tragédie tirée de Manzini, par le même. Ibid., id., 1644, in-4.

Nota. — Cette tragédie fut représentée aussi sur V Illustre Théâtre, comme le prouvent sa date et la dédicace à M 11# de Châteauneuf, comédienne de la troupe de Molière.

L’Illustre Olympie, ou Saint Alexis, tragédie, par le même. Ibid., Pierre Lamy, 1643, in-4.

Nota. — La date de cette tragédie nous autorise à la placer dans le répertoire de Vllluslre Théâtre. La dédicace « à très-généreuse, très-noble et très-vertueuse dame madame de Talmant (Tallemant) », permet de supposer que cette dame avait donné quelque somme pour aider à monter la pièce. On peut induire de là que Tallemant des Réaux, qui consacre à Molière quelques lignes très-importantes dans les Historiettes, avait pu le connaître personnellement.

Artaxerce , tragédie représentée par Vllluslre Théâtre. Paris, Cardin Besonyne, 1645, in-4.

Nota. — Cette tragédie, dont l’auteur est Jean Magnon, avocat au présidial de Lyon, ami des Bejart et de Molière, est la seule pièce imprimée sur laquelle paraisse le nom de Vllluslre Théâtre.

Josaphat, roi de Judas, tragi-comédie de M. Magnon. Ibid., A. de Sommaville, 1647, in-4.

Nota. —Cette tragédie, malgré la date de son impres-

sion, doit avoir été jouée antérieurement sur l'illustre Théâtre. Elle est dédiée au duc d’Épernon, qui paraît avoir aidé de sa bourse Madeleine Bejart, lors du désastre de son entreprise dramatique. Magnon le remercie du secours qu’il avait donné « à la plus malheureuse et à l’une des plus méritantes comédiennes de France : « Vous avez tiré cette infortunée du précipice où son mérite l’avait jetée... Elle n’est remontée sur le théâtre qu’avec cette belle assurance de jouer un jour dignement un rôle dans cette illustre pièce. » Molière fut emprisonné pour dettes au Châtelet; n’est-il pas probable que Madeleine Bejart, se voyant comprise dans les mêmes poursuites, avait trouvé une caution chez le duc d’Épernon?

Le Grand Sélim, ou le Couronnement tragique, tragédie. Paris, Nie. de Sercy, 1645, in-4.

Nota. — L’auteur est François Le Vayer, sieur de Boutigny, parent de l’abbé de La Mothe Le Vayer el ami de Molière, qu’il avait connu probablement sur les bancs du collège de Clermont. Selon toute apparence, cette tragédie, qui est fort belle, fut représentée sur l’ Illustre Théâtre.

Énumérons maintenant les pièces qui furent représentées sur le théâtre du Palais-Royal, et qui devaient ainsi se trouver, avec des envois d’auteur, dans la bibliothèque de Molière :

La Feinte Mort de Jodelet, par le sieur de Brécourt. Paris, JeanRibou, 1660, in-12.

Nota. — Brécourt, qui faisait alors partie de la

troupe du Palais-Royal, passa bientôt dans celle de l’Hôtel de Bourgogne, mais il resta toujours en bonne intelligence avec Molière.

Zénobie, reine de Palmire, par le sieur de Magnon, historiographe du Roy. Paris, Christ. Journet , 1660, in-12.

Nota. — Jean Magnon avait été un des auteurs ordinaires de Vlllustre Théâtre. La représentation de sa Zénobie fut ce que le Registre de La Grange appelle un four , mais Molière avait fait donner à l’auteur une avance de 100 livres.

La Thébaïde ou les Frères ennemis, tragédie, par Racine. Paris, Th. Joly, 1664, in-12.

Alexandre le Grand, tragédie, par le même. Paris, P. Trabouillet, 1666, in-12.

Nota. — Molière, qui avait deviné le génie de Racine, essaya d’attacher à son théâtre ce jeune poète de grande espérance : il lui fit accorder deux paris d’auteur pour la Thébaide, dont il lui avait fourni le ujet, et pour Alexandre, que Racine eut l’indélicatesse de porter en même temps aux comédiens de l’Hôtel de Bourgogne.

Attila, roy des Huns, tragédie, par P. Corneille, Paris, G. de Luyne, 1668, in-12.

Tite et Bérénice, comédie héroïque, par le même. Ibid., id., 1671, in-12.

Nota. — Les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne sc montraient ingrats et dédaigneux à l’égard de Pierre Corneille, en se faisant prier pour jouer ses

pièces. Molière s’empressa d’attirer à lui le vieux maître de la tragédie française et lui demanda de travailler pour le théâtre du Palais-Royal. Un présent de 2,000 livres fut accordé à Corneille pour la tragédie d 'Attila et un présent de même somme pour Tite et Bérénice. Jamais les droits d’auteur n'avaient été portés à pareil taux.

La Folle Querelle, ou la Critique d’Andromaque, comédie. Paris , Thomas Joly, 1668, in-12.

Nota. — Cette comédie satirique en prose fut attribuée à Molière; elle était de Subligny, avocat et peut-être comédien, que Molière avait eu le tort d’encourager dans cette vive attaque contre Racine. Celui-ci en garda rancune à Molière, avec lequel il se trouvait déjà en délicatesse , et bientôt les deux anciens amis furent brouillés. Molière continua de rester en bons termes avec Subligny, puisqu’il lui joua encore une pièce, le Désespoir extravagant , représentée en 1670, mais non imprimée.

Arsace, roy des Parthes, par le sieur de Prade. Paris, Théod. Girard, 1666, in-12.

Nota. — Molière, en se fixant avec sa troupe à Paris et prenant possession de la salle du Petit- Bourbon, avait fait appel aux auteurs qui travaillaient naguère pour l'illustre Théâtre. Magnon et de Prade étaient accourus les premiers, avec les tragédies qu’ils gardaient depuis dix ans en portefeuille. Voy. l’épître dédicatoire d 'Arsace.

La Mère coquette, ou les Amants brouillés, comé-

IB

die en vers, par de Visé. Paris, Th. Girard. 1666, in-12.

Nota. — Molière, longtemps brouillé avec Donneau de Visé, s'était réconcilié avec lui à l’occasion d’une lettre que ce dernier avait écrite et publiée pour défendre la comédie du Misanthrope contre la critique. De Visé fit sa comédie de la Mère coquette pour rivaliser avec Quinault, qui avait fait représenter avec un éclatant succès à l’Hôtel de Bourgogne une comédie sous le même titre.

La Veuve à la mode, comédie, par le même. Paris, J. Ribou, 1668, in-12.

Délie, pastorale, par le même. Ibid., id., 1668, in-12.

Nota. — La Fontaine, qui avait fait connaissance avec Molière et que celui-ci regardait comme supérieur à tous les poètes contemporains, en dépit des distractions et des naïvetés du bonhomme, n’était pas étranger, dit-on, à la pastorale de Délie, que Champmeslé se crut autorisé à revendiquer pour son propre compte, en la faisant entrer dans le recueil de ses œuvres.

Le Favory, tragi-comédie, par M lIe des Jardins. Paris, Gab. Quinet, 1665, in-12.

Nota. — Voyez, dans les Historiettes de Tallemant des Réaux, une curieuse anecdote au sujet de la représentation de cette pièce sur le théâtre du Palais- Royal. 11 semble résulter de là que M I!e des Jardins

avait fait partie de la troupe de l’ Illustre Théâtre ou de la troupe nomade des Bejart.

Oropaste, ou le Faux Tonaxare, tragédie, par Cl. Boyer. Paris , Charles de Sercy , 1663, in-12.

Lisimène, ou la Jeune Bergère, par le même. Ibid . , P. Le Monnier, 1672, in-12.

1 Vola. — Ces deux pièces sont les seules que Claude Boyer ait fait jouer sur le théâtre du Palais- Royal. Pour la première, les comédiens lui offrirent cent demi-louis dans une bourse brodée d’or et d’argent. Ces cent demi-louis ne représentaient pas plus de 550 livres, qui en feraient 5 ou 6,000 aujourd’hui. Boyer était alors l’auteur en vogue de l’Hôtel de Bourgogne.

Maximien, tragédie, par Thomas Corneille. Paris , Aug. Courbé, 1662, in-12.

Nota. — Cette tragédie est l’unique pièce que Thomas Corneille ait voulu donner au théâtre du Palais-Royal; il resta depuis fidèle à l’Hôtel de Bourgogne, où il avait eu de prodigieux succès. Molière lui gardait rancune et ne lui épargna pas des épigrammes d’autant plus mordantes qu’elles tombaient juste sur la vanité du petit frère du grand Corneille. La tragédie de Maximien fut dédiée à Monsieur, frère du roi, protecteur de Molière et de son théâtre.

Les Apparences trompeuses, ou les Maris infidèles, comédie, par le sieur de Hauteroche. Paris, Pierre Promé, 1672, in-12.

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Nota. — Le comédien Hauteroche, que Molière avait enlevé à l’Hôtel de Bourgogne, ne fit que traverser la troupe du théâtre du Palais-Royal. On a de lui plusieurs pièces de vers dans les Délices de la poésie galante , que le libraire Ribou fit paraître en 1663 et réimprima en 1666, sous les auspices de Molière, qui était devenu son ami après avoir plaidé contre lui.

Ce sont là, du moins à notre connaissance, les seules pièces imprimées qui aient été jouées sur le théâtre du Palais-Royal, outre le répertoire de Molière, que chaque année voyait s’accroître de deux ou trois comédies. D’autres pièces furent jouées, qui n’ont pas été imprimées et dont on ne connaît plus que les noms, notamment une tragi-comédie de Bradamanle ridicule, attribuée à Madeleine Bejart; deux tragédies de Démélrius et d 'Agatocle, par Jean-Baptiste Aubry, son beau-frère, et quatre ou cinq farces, aujourd’hui perdues, de Molière.

Venons-en maintenant aux pièces de théâtre que Molière pouvait avoir reçues de quelques auteurs, à titre de présent ou d’hommage.

Intrigues de la vieille tour de Rouen, comédie, par le sieur du Perche. Paris , Cardin Besogne, 1640, in-12. — Rosimonde, ou le Parricide puny, tragédie (par le même). Ibid., Oursel, 1640, in-8.

Nota. — Molière avait rendu service à l’auteur, Jacques Crosnier, sieur du Perche, en lui prêtant une somme de mille livres, qui n’était pas encore

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remboursée à la mort du créancier. Voy. les Recherches, de M. Eud. Soulié, p. 287.

Charles Beys, l’ancien camarade de Molière et son associé dans la compagnie de l'illustre Théâtre, avait pu lut offrir plusieurs comédies jouées et imprimées longtemps auparavant : l’Hôpital des Fous, le Jaloux sans sujet, l’Amant libéral, etc. La Calprenède, qui avait conclu, au moment de sa mort, un traité avec Molière pour fournir à son théâtre un certain nombre de pièces nouvelles, ne lui aurait-il pas offert quelques-unes des anciennes pièces qu'il avait fait imprimer et réimprimer de 1637 à 1643? Le vieux Du Ryer, qui ne manquait jamais d’envoyer un exemplaire de ses traductions à Molière, sans doute pour faire acte de gratitude à l’égard de son bienfaiteur, lui avait donné aussi très-probablement un recueil de ses pièces de théâtre, qu’on ne jouait plus, et dont les éditions étaient alors épuisées. Ainsi avaient fait, selon toute apparence, Scarron, Guérin de Bouscal, Régnault, Gilbert, et d’autres qui aspiraient à voir représenter leurs ouvrages sur la scène du théâtre du Palais-Royal.

Quant aux comédies italiennes et espagnoles que l’inventaire a comprises dans le lot de 40 volumes prisés dix livres, il est impossible de deviner si c’étaient les pièces dont Molière avait fait usage dans ses comédies, ou bien si c’étaient celles qu’il se proposait d’imiter un jour. Parmi les premières, il faudrait donc citer la pièce espagnole de Moreto : El

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desdèn con el desden, d’où fut Urée la Princesse d’Élide; la comédie de Tirso de Molina >: El Combidado de Pietra , qui a produit le Festin de Pierre; le comédie italienne de Cicognini : Il Principe geloso, et celle de Nicolo Secchi, l’Interesse, dans lesquelles Molière avait trouvé l’idée première du Dépit amoureux et de Don Garde de Navarre, etc.

Les conjectures doivent s’arrêter là, surtout si l’on se rappelle que les comédies italiennes et espagnoles, dans ce lot prisé dix livres, ne pouvaient pas offrir beaucoup d’ouvrages rares et précieux. C’étaient apparemment des bouquins, plus ou moins avariés, que Molière avait achetés, pour quelques sous, en passant, sur les quais de Lyon ou sur les parapets du Pont-Neuf à Paris. Comédies italiennes ou espagnoles, les unes et les autres n’avaient pas la moindre valeur en France et n’y rencontraient guère d’amateurs, quoique ces deux langues y fussent beaucoup plus répandues alors qu’elles ne le sont aujourd’hui.

Résumons, en peu de mots, ce qu’on a nommé la Bibliothèque de Molière à Paris : vingt-cinq volumes in-folio, trente-neuf volumes in-quarto, la plupart reliés en veau; cinquante volumes in-douze et in-seize, reliés en parchemin, et quarante volumes de comédies, reliés en parchemin, le tout estimé 100 livres !

Le meuble qui renfermait une si pauvre bibliothèque valait à lui seul la moitié de cette somme ; c’était, comme nous l’avons déjà fait remarquer.

o une armoire de bois d’Allemagne, à deux guichets, garnie de fer, de cuivre, et de tablettes par devant. »

Transportons-nous à présent à Autcuii, dans cette maison de campagne où Molière allait de temps à autre se reposer des fatigues de la vie de théâtre en préparant de nouveaux chefs-d’œuvre. Il y avait là des livres qu’il feuilletait, qu’il relisait plus souvent sans doute que ceux laissés à Paris. C'est encore Jacques Taconnet, huissier-sergent à verge au Châtelet et juré-priscur, qui va continuer leur inventaire, que nous examinerons et apprécierons article par article, en présence d’Armande Bejart, veuve Molière, et de son oncle André Boudet.

Là, dans une chambre très-modestement meublée, dont Molière avait fait à la fois sa chambre à coucher et son cabinet de travail, on trouve des livres sur une planche : Onze volumes in-folio, quatre in-quarto et dix-huit in-octavo et in-seize. Et c’est là toute la bibliothèque de Molière à Auteuil !

L’inventaire de ces livres, qui ne présentaient pas sans doute une apparence très-favorable à la prisée, fut dressé sommairement par le susdit Jacques Taconnet, sergent à verge du Châtelet et juré-priseur, le jeudi 16 mars 1673 :

« Deux tomes in-folio, intitulés : les Œuvres de Balzac. »

Les Œuvres de J. Louis de Guez de Balzac. Paris, Billaine, 1665, in-fol.

« Deux autres tomes des Œuvres et Vies de Plutarque. »

Les Œuvres morales et les Vies des hommes illustres de Plutarque, translatées en françois par Jacques Amyot. Paris , Vascosan, 1565 et 1575, 2 vol. in-fol.

Nota. — Nous avons indiqué la plus belle et la plus lisible des éditions de la traduction d’Amyot, en supposant que la prédilection de Molière pour- Plutarque avait pu la lui faire choisir de préférence à toute autre des nombreuses réimpressions qui eu furent faites au xvn® siècle, notamment en 1614, 1619, 1635, etc.

« Un autre, des Essais de Montaigne. »

Les Essais de messire Michel, seigneur de Montaigne. Paris, J. B. Loyson, 1657, in-fol.

Nota. — On ne s’étonnera pas que nous ayons désigné la dernière édition in-folio publiée du vivant de Molière par les libraires associés de Paris, dont plusieurs étaient en relation d’affaires avec l’illustre chef de la Troupe royale. Cet exemplaire de Montaigne pouvait être un présent des éditeurs, ce qui n’empêehait pas Molière d’avoir depuis longtemps un autre exemplaire in-4 ou in 8, dont il avait fait le compagnon de ses pérégrinations dramatiques.

« Un, des Métamorphoses d’Ovide. »

Métamorphoses d’Ovide , en latin et en françois, avec de nouvelles explications historiques, morales

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et politiques, par Pierre Du Ryer, nouvelle édition. Paris, de Sommaville, 1660, in-fol., fig.

Nota. — Nous avons admis en principe que le vieux Du Ryer offrait un exemplaire de toutes ses traductions et compilations à Molière, avec l’espoir de faire représenter une de ses tragédies sur le théâtre du Palais-Royal. Cette traduction d’Ovide, qui parut d’abord dans le format in-4, en 1640 et 1665, avait été précédée d’une autre traduction, avec un discours et des explications historiques , par N. de Renouard. Paris, 1651, in-fol.

« Un autre, de Quilisidor. »

Nota. — Ce titre du livre ou ce nom d’auteur a été certainement défiguré par le clerc qui écrivait sous la dictée du juré-priseur Taconnet. Notre illustre et savant maître M. Victor Cousin a très-ingénieusement corrigé cette faute de copiste , en supposant qu’il fallait lire : Héliodore. C’est donc le roman grec de Théagène et Chariclée, que Molière avait dans sa bibliothèque. On sait que ce roman, qui avait déjà fourni à Hardy une tragédie représentée, en 1601, sur le théâtre de l’Hôtel de Bourgogne, inspira aussi à Racine une tragédie que le jeune poète vint apporter un jour à Molière : celui-ci ne l’accepta pas, mais encouragea l’auteur à traiter le sujet de la Thébaïde, qu’il avait, dit-on, traité lui-même dans une tragédie jouée à Bordeaux avec succès. Voici, au reste, les deux éditions in-folio du roman grec traduit par Amyot :

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Histoire æthiopique d’Héliodorus , traitant des loyales et pudiques amours de Théagène et Chariclée, nouvellement traduite du grec en françois. Paris , Sertenas, 1547, ou Longis, 1559, in-fol.

Cependant, après avoir admis la restitution proposée par M. Cousin, nous sommes forcé d’avouer que c’est peut-être trop hasarder que de vouloir retrouver le nom d 'Héliodore dans celui de Quisilidor. Les deux noms, malgré leur assonance, semblent avoir peu d’analogie. Nous aimerions donc mieux chercher Philidor dans Quisilidor. André Danican, dit Philidor, second fils de Michel Philidor, musicien de la chapelle de Louis XIII, avait été admis dans la Musique du roi en 1671. Il s’était mis à compiler et à copier de sa main un immense recueil de musique ancienne en tous genres, et il offrit à Louis XIV ce recueil, qui existe encore, du moins en partie, dans la bibliothèque du Conservatoire de musique à Paris. Plusieurs volumes, entre autres les 17 e et 25°, sont égarés depuis longtemps. Ne serait-il pas possible que Molière eût emprunté à la bibliothèque du château de Versailles un de ces volumes, qui aurait figuré ainsi parmi ses livres? C’est là un fait qui se renou velle tous les jours. Philidor avait rassemblé curieusement la musique des vieux ballets de cour : Molière n’aurait-il pas cherché, dans ces ballets oubliés, des sujets à remettre en œuvre? Quoi qu'il en soit, Philidor aspirait à composer de la musique pour les ballets nouveaux qu’on représentait à la cour, et dont

Lulli était le compositeur ordinaire, avec le concours de Molière et de Benserade. Ce fut seulement en 1687 que Philidor fit la musique d’un divertissement [le Canal de Versailles ) chanté devant le roi. La présence d’un volume de musique de ballets dans le cabinet de Molière n’a donc rien d'invraisemblable, et le nom de Philidor se dégage tout naturellement du nom incompréhensible de Quisilidor.

« Un autre, d’Hérodote. »

Les Histoires de Hérodote, traduites du grec en françois, par P. Du Ryer, enrichies de tables géographiques pour servir à l’intelligence de l’histoire. Paris, de Sommaville, 1645 ou 1658, in-fol.

Nota. — Encore un présent sans doute du traducteur, qui s’était mis, pour vivre, à traduire les principaux ouvrages grecs et latins, pour suppléer à l’absence des produits de son répertoire dramatique.

« Deux autres, de Diodore Sicilien. »

Nota. — Nous ne voyons aucune traduction française de Diodore en 2 volumes in-folio, et pourtant la noie de l’inventaire, qui cite Diodore Sicilien, annonce positivement qu’il s’agit d'une traduction française et non de l’original grec traduit en latin. Nous n’hésitons pas à croire que ces deux volumes représentent deux exemplaires de la même traduction ou deux traductions dont voici les titres :

Histoire des successeurs d’Alexandre le Grand , extraite de Diodore Sicilien et des Vies de Plutarque,

translatée en françois par Claude de Seyssel. Paris, Josse Badius , 1530, in-fol.

Histoire de Diodore Sicilien, traduite du grec en françois par Robert Macauit et Jacques Amyot, avec les annotations de Louis Le Roy. Paris, H. Perier, 1585, in-fol.

Cette traduction d’Amyot avait été publiée d’abord in-folio, en 1559, par Vascosan. Nous sommes porté à croire que Molière accordait une estime particulière aux traductions d’Amyot et qu’il les avait toutes dans sa bibliothèque.

« Un autre, de Valère le Grand. » •

Valere le Grant. Imprimé à Lyon sur le Rosne par maistre Mathieu Huss, imprimeur de livres, demeurant en ladite ville de Lyon, 1489, in-fol. goth.

Nota. — Nous avons adopté cette édition plutôt que celle de Paris, Antoine Verard, s. d., in-fol., car nous pouvons supposer que Molière, dans sa jeunesse, avait eu plus de temps à donner aux livres, et que le Valere le Grant imprimé à Lyon , alors si décrié et à présent si recherché par les bibliophiles, s’était offert à lui dans une de ses stations devant quelque étalage de bouquiniste.

« Quatre volumes in-4 : l’un, la Physique de

Rohault. v

Traité de physique, par Jacques Rohault. Paris, Savreux, 1671, in-4.

Nota. —C’était à coup sûr un présent de l’auteur à

BISSERTATIONS BIBLIOGRAPHIQUES. 349

son ami, avec une belle dédicace. Bienheureux celui qui découvrira ce précieux volume !

« Les Commentaires de César. »

Les Commentaires de César, traduits en françois par Nicolas Perot d’Ablancourt. Paris, Pierre le Petit , 1653, in-4.

Nota. — Nous n’avons pas hésité à choisir une traduction publiée par un contemporain de Molière et qui pouvait lui avoir été offerte en don par le traducteur. Il y a d’autres traductions antérieures, également dans le format in-4 ; celle de Biaise de Vigenère (Paris, 1601, in-4), plusieurs fois réimprimée, etc.; celle de Robert Gaguin (Paris, A. Verard , 1500, in-4); mais Molière n’avait que faire des Commentaires de César, et il n'eût pas songé à les acheter si on ne lui en eût pas fait hommage. Qu’y a-t-il de commun, en effet, entre ces Commentaires et les comédies de Molière ?

« IJn autre, Voyage du Levant. »

Relation d’un voyage fait au Levant depuis 1655 jusqu’en 1659 par M. Thevenot, avec une relation de la prise deBaghdad par le sultan Amurath, empereur des Turcs, en 1638, traduite du turc en françois. Paris , Cl. Barbin, 1664, in-4.

Nota. — La suite de ce voyage ne parut qu 'après la mort de Molière, en 1674. L’auteur, Jean de Thevenot , neveu du célèbre voyageur Melchisedech de Thevenot, était lié avec François Bernier, qu’il avait rencontré en Égypte. On sait que François Bernier

avait été le condisciple de Molière. Nous pouvons donc supposer que cet exemplaire du Voyage de Thevenot fut offert par l’auteur, au moment où Molière composait son Bourgeois gentilhomme : il n’en fallut pas davantage pour lui donner l’idée de la cérémonie turque.

Nous citerons encore deux ouvrages auxquels pourrait s’appliquer l’indication de l’inventaire : Relation journalière du voyage du Levant , par Henry de Beauvau (Nancy, 1615, in-4) ; Voyage du Levant , par le sieur D. C. [Du Chastel] (Paris, 1629, in-4); Observations curieuses sur leVoyage du Levant (Paris, 1668, in— 4).

« Un autre volume d’Horace. »

Nota. — Si les éditions in-4 du texte latin d’Horace sont très-nombreuses, nous n ’en trouvons qu’une seule en français, de ce format : les Odes d’Horace en vers burlesques (Paris, Toussaint Quinet, 1653, in-4). Faut-il supposer que Molière avait cet Horace en vers burlesques, plutôt qu’une bonne édition de Lambin, de Lubin ou de Bond? Nous avouerons que l’ancienne liaison de Molière avec d’Assoucy nous fait croire que ce dernier avait pu lui offrir un exemplaire des Odes d’Horace travesties en vers burlesques , si ces Odes anonymes sont du même auteur que l'Ovide en belle humeur et l’Enlevement de Proserpine.

« Dix- huit autres volumes in-douze et inoctavo. »

Ces dix-huit volumes, que l’inventaire ne désigne

DISSEimîIOSS BlBMOCnAPHIQl'ES. 351

que par leur nombre et leur format , semblent avoir été comptés pour bien peu de chose dans la prisée totale, qui s’élève à 30 livres; car toute la bibliothèque de campagne de Molière n’est pas estimée davantage: 30 livres, pour H volumes in-folio, i volumes in-4 et 18 volumes tant in-12 qu’in-S ! Ces volumes étaient donc en bien mauvais état. On a pu juger par la nomenclature des in-folio et des in-4, qu’ils ne sortaient guère de la catégorie des bouquins. Cependant il fallait, pour que l’estimation fût si basse, que la condition matérielle de ces volumes laissât beaucoup à désirer. Cela prouve une fois de plus que Molière n’était nullement bibliophile.

Mais nous nous plaisons à penser que ces livres fatigués, usés, maculés, peut-être même déchirés, étaient ceux que Molière avait lus et qu’il relisait encore. Là devaient être son Térence, qu’il savait par cœur, et son Lucrèce, dont il s’amusait à traduire en vers les plus beaux endroits. C’est encore parmi ces in-12 et ces in-8 qu’on pourrait chercher quelques ouvrages que Molière ne se lassait pas de relire et qui servaient d’aliments à sa verve comique : Rabelais, Boceace, Marot, les Serées de Guillaume Bouchet, le roman de Francion par Sorel, le Roman comique, les Nouvelles tragicomiques , et même le Virgile travesti de Scarron , le Moyen de parvenir, les Quinze Joies du mariage , le Don Quichotte de Cervantes, etc., et les Recueils de poésies de divers auteurs, publiés par les libraires Ballard, de Sercy, Loyson, Ribou, etc., re-

cueils dans lesquels ont été insérées probablement plusieurs pièces anonymes de Molière. Mais, à coup sûr, ce n’étaient que des bouquins, c’est-à-dire des volumes salis et maltraités par un long usage. Autrement, l’estimation eût été plus honnête.

30 livres toute la bibliothèque de Molière à Auteuil ! Et quelle bibliothèque , composée de 33 volumes de différents formats! 30 livres, ce n’était guère plus que le poids du papier! Soutiendra-t-on encore, à priori, que Molière possédait une bonne bibliothèque et qu’il aimait les livres? L’inventaire est là pour répondre, et l'on peut assurer que l’huissier jurépriseur n’a pas compté un volume de moins. Bien plus, s’il n’a pas spécifié nominativement la présence d’une édition des œuvres de Molière parmi les livres trouvés à Paris et à Auteuil, il est permis de supposer que cette édition ne s’y trouvait pas : ce qui est une preuve flagrante de l’insouciance et de l’incurie de Molière à l’égard de ses propres ouvrages. Certes, notre juré-priseur n’aurait pas oublié de mentionner cette édition, en cas qu’il l’eût rencontrée dans le cours de son inventaire. Au reste, Molière ne serait pas le premier auteur qui eût dédaigné de conserver ses œuvres.

Quant à ses pièces de théâtre imprimées séparément, elles se trouvaient peut-être, en partie sinon en totalité, au nombre des volumes de comédies françaises qu’on avait inventoriés en bloc à Paris. La veuve de Molière était présente à cet inventaire ,

et l’on doit imaginer qu’elle n’eùt pas manqué, par politique , d’y faire figurer les œuvres de son mari , si elles eussent été là. Il y avait eu pourtant une édition des Œuvres de Monsieur Molière , avec pagination suivie, en 1666. Le libraire Gabriel Quinet, ami de Molière, obtint un privilège, en date dn 6 mars 1666, pour imprimer ses Œuvres en un ou plusieurs volumes , et il fit paraître cette première édition en deux petits volumes in-12; et François Chauveau, autre ami de Molière, avait dessiné et gravé deux frontispices dans lesquels Molière et sa femme étaient représentés avec les costumes de leurs principaux rôles. Eh quoi ! celte édition n’était pas chez Molière, et la Bejart n’en avait point un exemplaire relié en maroquin par un habile ouvrier, le Gascon ou Duseuil? C’est à peu près certain, et pourtant c’est à peine croyable. La veuve de Molière avait eu sans doute un ou plusieurs exemplaires de cette édition , magnifiquement reliés et portant une dédicace autographe de l’auteur à son adresse, mais elle les avait laissés se perdre ou elle les avait donnés à ses galants.

Outre cette première édition qui est aujourd’hui si rare et qui pourtant devait avoir été tirée à grand nombre, puisque Gabriel Quinet en céda des exemplaires à ses confrères Louis Billaine et Etienne Loyson qui firent imprimer des titres avec leurs noms, il y eut, du vivant de Molière , au moins quatre éditions factices de ses œuvres, éditions faites sans son

aveu par les libraires Guillaume de Luyne , G. Quinet, Ch. de Sercy, J. Ribou et Cl. Barbin , et composées de la réunionnes pièces que ces libraires avaient -fait paraître séparément. On ne connaît que quelques volumes isolés de ces éditions factices, qui formaient six volumes, puisque le tome Vil, contenant Psyché , les Fourberies de Scapin, et les Femmes savantes, fut mis au jour en 1673, après la mort de l’auteur sans doute, avec un litre à l’adresse de Barbin. Aucun de ces recueils factices ne paraît avoir été autorisé par Molière, qui eut plus d’un procès contre les libraires, au sujet de la propriété de ses ouvrages , et qui , en 1671 et 1672, fit imprimer lui-méme , à ses frais, le Bourgeois gentilhomme, Psyché, et les Femmes savan-, tes, qui se vendaient chez lui, c’est-à-dire sans doute à la porte de son théâtre , et chez les libraires du Palais.

Il ne s’est jamais rencontré jusqu’à présent un seul exemplaire des œuvres ou des pièces isolées de Molière, portant une dédicace ou un envoi autographe, tandis qu’on pourrait citer, pour la plupart des écrivains du siècle de Louis XIV, quelques-uns de leurs ouvrages avec des ex dono auloris, des hommages en vers et des envois signés. La bibliothèque dramatique de M. de Soleinne renfermait un grand nombre de ces exemplaires de dédicace. On sait que les auteurs du XIX e siècle , qui avaient besoin de se faire des protecteurs puissants et surtout généreux, étaient t r ès-prodigues de leurs livres et qu’ils en faisaient

relier avec luxe un certain nombre pour les distribuer en présents. Faut-il croire que Molière s’abstenait de se conformer à cet usage qu’il jugeait indigne de lui? Faut-il plutôt supposer que tous les exemplaires qu'il avait offerts à ses amis et à ses protecteurs furent soigneusement recherchés, enlevés et détruits par la main des prêtres et des dévots? 11 semble impossible , en effet, que Molière n’ait pas présenté ou adressé des exemplaires de ses pièces au Roi, à Monsieur, à Madame, au prince de Condé et à tous les grands personnages qui s’étaient faits ses prôneurs et ses appuis. D’où vient que tous ces exemplaires ont disparu et qu’il n’en est pas resté un seul dans la bibliothèque du château de Versailles, ni dans la Bibliothèque du Roi à Paris, ni dans les bibliothèques particulières des princes de la famille royale? On est forcé de croire à une destruction systématique plutôt qu’accidentelle.

Ne possède-t-on pas aujourd’hui dans les dépôts publics et dans les collections particulières une quantité d’exemplaires de dédicace offerts à Louis XIV par tous les auteurs eux-mêmes? N’a-t-on pas retrouvé , par exemple, à la Bibliothèque Impériale, l’unique exemplaire qui existe de l’odieux libelle que Pierre Roulés, curé de Saint-Barthélemy, lança contre Molière, sous le titre du Roy glorieux au monde , et cet exemplaire qui s’est conservé , quand l’édition entière était mise au pilon, n’est-il pas justement celui que l'auteur avait fait relier aux armes

du roi, pour le lui offrir? Si tous les exemplaires des pièces ou des œuvres de Molière que ce célèbre écrivain avait donnés en présent sont égarés ou anéantis, il est bien difficile de ne pas voir une sorte de conspiration occulte , acharnée à effacer les traces de l’auteur du Festin de Pierre et du Tartuffe. Le seul exemplaire de ce genre qui ait échappé à la proscription serait donc ce volume de la première édition de PImposteur , relié en veau brun avec fleur de lis sur le dos , volume que j’ai rencontré sur un étalage des quais et qui garde encore sa reliure primitive dans la belle bibliothèque de M. Ambroise Firmin Didot, auquel j'en ai fait don.

Cette question est plus importante qu’elle n’en a l’air au premier coup d’œil, car elle explique comment on a fait pendant deux siècles une guerre implacable à tout ce qui de près ou de loin tenait A Molière, à tout ce qui pouvait servir à perpétuer son nom et sa mémoire. On sait de quelle manière l’autorité ecclésiastique épurait les bibliothèques après le décès de leurs possesseurs. Il est incontestable que pendant plus d’un siècle ce bon monsieur Tartuffe a fait une guerre terrible aux comédies imprimées de Molière, et par conséquent à ses manuscrits, à ses lettres autographes, etc. Cette circonstance expliquerait seule l’extrême rareté des éditions originales de ces comédies. Antoine-François Jolly, qui publia en 1739 la première édition critique des Œuvres de Molière, eut beaucoup de peine à réunir les impres-

sions originales, pour revoir le texte de son édition (Paris, Leclerc , 1739, 8 vol. in-12): « L’éditeur, dit-il dans l’Avertissement, pour sa justification sur la différence qu’on pourra trouver, tant dans les vers que dans la prose de Molière, entre cette édition et celles qui l’ont précédée, a remis à la Bibliothèque du Roi sept volumes in-12 contenant les vingt-trois comédies qui ont été imprimées du vivant de l'auteur. » Nous n’osons pas dire que ce recueil ait été conservé à la Bibliothèque Impériale. On l’y cherchait vainement il y a vinjgt ans. Quant aux manuscrits de Molière, Antoine-François Jolly n’avait pu que constater leur perte : « De pareilles éditions, dit-il en parlant de celles qu'il déposait à la Bibliothèque du Roi, doivent en quelque sorte tenir lieu des manuscrits qui manquent. »

Les manuscrits de Molière, ceux du moins qui avaient servi à la représentation de ses pièces, étaient conservés très-probablement au théâtre du Palais- Royal. C’était et c’est encore un usage de souf/ler les acteurs, en suivant leurs rôles sur le manuscrit original de l'auteur, lors- même que la pièce aurait été imprimée. 11 faut se rappeler aussi que les pièces de théâtre à cette époque n’étaient livrées à l’impression que longtemps après leur apparition sur la scène, car toutes les troupes de comédie ayant le droit de représenter les pièces qui n’avaient pas été faites pour elles, une fois que ces pièces avaient paru imprimées, le théâtre qui avait un succès retardait

le plus possible l'impression de la pièce en vogue. Aussi, Molière ne fit imprimer qu'én 1662 sa comédie de l'Êtourdi , qui avait été représentée pour la première fois à Lyon en 1653 -et à Paris en 1658; il ne publia qu’en cette même année 1663 sa comédie du Dépit amoureux , qui avait été jouée d’abord à Béziers en 1651. Il se refusa toujours à faire imprimer plusieurs des farces, dans lesquelles il excellait comme acteur et qu’il ne cessa pas de jouer pendant toute sa carrière dramatique; ces farces ne nous sont plus connues que par leurs titres et par la mention qui en est faite dans le fameux Registre de La Grange, savoir: le Docteur amoureux, le Fagoteux, la Jalousie de Gros-René, la Casaque , les Trois Docteurs rivaux, le Docteur pédant, Gorgibus dans un sac, Gros-René petit enfant, etc. Les manuscrits de ces farces aujourd’hui perdues se trouvaient certainement dans la bibliothèque du théâtre de Molière.

Cette bibliothèque a existé, c'est un faitàpeu près indubitable. Nous avons découvert, à Saint-Pétersbourg, dans la bibliothèque Roumanzoff, un manuscrit du Théâtre François par Ghappuzeau, manuscrit qui avait été exécuté exprès pour SIM. les comédiens du Roi et qui avait fait partie de leur bibliothèque. Ce, fut dans cette bibliothèque, déjà bien dilapidée au commencementdu XVIII° siècle, que les frères Parfaict puisèrent les matériaux de leur précieuse Histoire du Théâtre-François. A cette époque, les manuscrits de Molière ne s’y trouvaient peut-être plus. Sa veuve

les avait sans doute réclamés', et ils furent détruits comme piapers inutiles à l’inventaire de sa succession. Mais d’autres manuscrits, non moins curieux pour l’Histoire de Molière et de sa troupe, avaient pu disparaître auparavant, enlevés, selon toute vraisemblance, par Madeleine Bejart,qui avait voulu anéantir avec eux toutes les traces de ses aventures de comédienne de campagne. II y avait, à la bibliothèque du théâtre, quatorze volumes in-folio, rédigés au jour le jour par Molière et les Bcjart, et renfermant le journal de leurs tournées dramatiques en province depuis la fermeture de l'illustre Théâtre en 1645. Ce devait être un journal analogue au Registre de La Grange, qui avait failli disparaître aussi sous nos yeux, lorsque Lemazurier, ancien secrétaire delà Comédie-Française, s’en fut emparé, et que l’active intervention de M. Taschereau réussit enfin à faire rentrer ce précieux registre dans les archives de la Comédie, où il est maintenant caché à tous les regards et mieux gardé que les pommes d’or du jardin des Hespérides.

Voici comment est prouvée l’existence des quatorze volumes que nous ne saurions trop regretter et qu’on ne retrouvera sans doute jamais. Rappelonsnous que la déconfiture de l'illustre Théâtre força les Bejart et Molière à quitter Paris en 1645 ou 1646, et à courir la province en donnant des représentations de ville en ville jusqu’en 1658, où cette troupe nomade vint se fixer à Paris et obtint du roi la per-

mission de jouer trois fois par semaine sur le théâtre du Petit-Bourbon, malgré les privilèges des comédiens de l’Hôtel de Bourgogne et des comédiens du théâtre du Marais. Peu de temps après, la troupe, devenue sédentaire, donna des représentations quotidiennes et s'installa d'une manière définitive au théâtre du Palais-Royal. Molière avait donc pu écrire sans interruption les annales de sa troupe comique, depuis son départ de Paris en 1645 jusqu’à son retour en 1658, et même jusqu’à l’établissement complet de son théâtre du Palais-Royal. Eh bien ! les quatorze registres in-folio , qui contenaient ces annales journalières pendant seize ou dix-sept ans, ne se retrouvèrent plus en 17Sf>, quand le chevalier de Mouhy publia, dans le tome III de son Abrégé de l'histoire du Théâtre-Français , un « Etat des registres de la Comédie-Françoise vérifiés avec la plus scrupuleuse exactitude. «Nous tremblonsde demander ce qui reste aujourd’hui de ces registres. Citons seulement ceux qui se rapportaient à la période malheureusement trop courte de la direction théâtrale de Molière.

« Le premier registre est un petit in-folio couvert en parchemin, sur la couverture duquel on trouve écrit : Registre de la troupe des comédiens du Roi au Palais Royal en 1663, et sur le dos de ce registre est marqué XV, ce qui annonce qu’il y en avoit quatorze AVANT CELUI-CI.

« A la tête delà première page de ce registre écrit

à la main, est écrit : « Ce vendredi nous avons recommencé l’année, sur le pied de quatorze parts, par Mariamne et l’École des Maris. »

« Dans l’article des frais journaliers, on lit celuici : « Pour les Capucins, 1 livre 10 sols; part d’acteur, 19 livres. »

« On juge, par les dates des représentations, que les comédiens, dans ce temps-là, ne jouoient que de deux jours l’un.

« Ce registre finit, le dimanche 6 janvier 1664, par le Dépit amoureux, sans petite pièce ; ce n’étoit pas l’usage alors : la recette, 410 livres; part d’acteur, 29 livres 15 sols.

« Le second registre, couvert aussi en parchemin, où l’on trouve sur la couverture : XVI ; ensuite : Registre de recettes, années 1664 à 1665. Il commence, le vendredi 12 janvier 1664, par la première représentation de la Bradamante ridicule; recette, 1,384 livres; frais ordinaires, 61 livres 11 sols.

« Il finit, le mardi 6 janvier 1665, par les Fâcheux et le Cocu imaginaire; recette, 708 livres; part d’acteur, 42 livres 10 sols.

a Nota. — Depuis cette date, les registres des années suivantes manquent jusqu'au 21 mars 1672.

« Registre in-folio , couvert en parchemin ; on trouve écrit, sur la couverture, au dehors : Registre

qui indique la mort de M. Molière le 17 février 1773

(on veut dire 1673). Ce registre est imprimé.

« Il commence, le vendredi 29 avril 1672, par les Femmes savantes; recette, 495 livres 10 sols; part d’acteur, 31 livres.

« Il finit, le mardi 21 mars 1673, par le Malade imaginaire; recette, 633 livres; part d’acteur, 23 livres 10 sols. »

Comment ces archives si précieuses, comment cette bibliothèque si utile pour l’histoire du Théâtre, ont-elles été négligées pendant tant d’années et abandonnées à toutes les chances de destruction? En 1780, le chevalier de Mouhy constate qu’il y avait eu 14 volumes avant le tome XV des registres de la troupe de Molière, et, déjà, il manquait, en outre, environ sept autres volumes, pour remplir la lacune de l’année 1666 à 1671 inclusivement. Nous l’avons dit, il faut attribuer la perte des 14 premiers volumes à un détournement intéressé et systématique de la part de Madeleine ou d’Armande Bejart. Quant aux autres volumes absents, ils furent peut-être prêtés à quelqu’un qui faisait un travail sur l’ancien théâtre, et ils se trouvèrent égarés par suite de la mort ou de l’infidélité du dépositaire. Peut-être aussi , La Grange les avait-il empruntés lui-même pour compléter et rectifier son Registre particulier.

De tout temps, les comédiens se sont montrés fort insouciants à l’égard des livres et des papiers. Les registres les plus importants que leur avaient légués

leurs prédécesseurs servaient d 'accessoires dans les représentations où il fallait faire figurer un gros livre sous le bras d’un intendant ou d’un notaire. C’est ainsi que le Registre de La Thorilliêre a perdu des feuillets au commencement et à la fin. Les enfants, les comparses, les valets de théâtre ne se faisaient pas faute d’arracher ces feuillets. Heureux quand ils n’emportaient pas le volume tout entier là où Alceste voulait mettre le sonnet d’Oronte :

Franchement, il est bon à mettre au cabinet.

Les manuscrits de pièces de théâtre n’étaient pas mieux conservés ; dès que la pièce ne devait plus faire partie du répertoire, le souffleur ou tout autre la condamnait à se transformer en cornets chez l’épicier. Quelquefois un auteur s’en saisissait, et, si la pièce n’avait pas été imprimée, il s’en appropriait le sujet ou les détails. On peut parier, à coup sûr, que plusieurs des canevas ou farces inédites de Molière sont tombés de la sorte dans les mains des plagiaires. Une tradition, qui n’a rien d’invraisemblable, veut qu’Alexandre Duval ait trouvé ainsi, par hasard, dans les archives de la Comédie-Française, le manuscrit de la Casaque, et s’en soit servi pour composer un petit acte intitulé : la Tapisserie, et représenté avec un succès de fou rire en 1808 sur ce théâtre, sans soupçonner qu’il pillait son maître. M. Ernest de Calonne avait pris sans doute dans un vieux manuscrit les principaux traits du Docteur amoureux, qu’il fit repré-

senter à l’Odéon sous le nom de Molière. Le chevalier de Mouhy n’assure-t-il pas, dans son Abrégé de l'histoire du Théâtre françois , tome I er , p. 290, que M. de Bombarde avait dans sa collection dramatique le manuscrit de la farce du Maître d’école?

li n'est pas étonnant, d’ailleurs, que la troupe des comédiens du roi, en changeant plusieurs fois de local, d’administration et de règlement, dans le cours de plus d’un siècle, ait semé çà et là les débris de ces archives et de cette bibliothèque , que Molière considérait comme des papiers de famille et comme des titres de noblesse. C’était là, il faut le reconnaître, la véritable bibliothèque de Molière.

Quant aux livres qui furent trouvés chez Molière et inventoriés après sa mort, soit à Paris, soit à Auteuil, on peut dire sans craindre de se tromper, qu’il ne les avait ni choisis ni rassemblés avec amour, pour la plupart du moins ; qu’il ne les conservait que par indifférence, et qu’il ne les ouvrait pas souvent, si tant est qu’il les eût jamais lus.

Et maintenant, qui voudra croire que Molière prenait la peine d'apposer son nom sur le frontispice d'un de ces malencontreux volumes? Les faussaires en autographes, qui ne doutent de rien, nous montreront tout à l’heure le Térence de Molière, avec sa signature !

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