LETTRE PREMIÈRE
Priestnitz - Son origine - Son ùge - Raisonsde sa confiance dans l'eau - Le berger Silésicn - l'remiiee.i '•n-péri'iui-es Jt Priestnitz utr lui même - Progrès de sa réputation comme hydrialre - Son premier mode d'emploi de l'eau - Priestnitz n'est pas l'inventeur de l'hydrothérapie ni des sudations forcées - Il a inventé Fenvelopptmeni dans le drap mouillé - Hésitations de Priestnitz dans les premier* temps de. sa réputation - Sa haine contre les nicdirins -- Le Docteur Oertel l'a conseillé - La Médecine le glorifie.
Le siècle avait un an ] Rome remplaçait Sparlo ,
Déji Napoléon perçait sous Bonaparte ,
Et du premier consul , déjà par maint endroit ,
Le front de l'Empereur brisait le masque étroit, (v.n.)
Alors dans Graefenberg, petit hameau situé près de la ville de Freywaldau , au nord de la Silésie autrichienne, naquit du sein d'une famille de cultivateurs un petit enfant qui devait plus tard rendre illustre et son nom et le nom de son village natal. Destiné à cultiver les champs paternels, Vincent Priestnitz ne présenta rien de bien remarquable dans son enfance, seulement
on put constater la subtilité de son esprit, la finesse de son intelligence , la sûreté de ses observations. Ces qualités le conduisirent à être novateur et propagateur d'un système qui n'était pas le sien et qu'il fit sien par la manière dont il le dirigea. Les causes qui portèrent Priestnilz à considérer l'eau froide comme un remède très-énergique et souverain dans certaines affections , sont dues au pur hasard et sont d'une simplicité sans égale. Un berger nomade lui avait souvent parlé des vertus curalives qu'il savait donner à de l'eau toute simple au moyen de quelques paroles mystérieuses. Priestnitz , frappé de quelques fails remarquables qui s'étaient passés devant lui, comprit bien vite que l'eau guérissait et non le charme; mais voici à quelle circonstance il dut la certitude de ses suppositions. Ii avait quatorze ans , quand par un accident qui aurait pu lui être fatal il s'écrasa un doigt; il n'avait pas sous sa main , le berger aux paroles mystérieuses, maïs il avait de l'eau, et par instinct il exposa son doigt au jet d'une fontaine. Bientôt le sang s'arrêta et la douleur disparut; il répéta plusieurs fois cette opération et au bout de quelques jours il se trouva guéri sans avoir souffert aucune inflammation , aucune suppuration. Dès ce moment, pour lui, le berger n'eut plus de crédit et l'eau eut toute sa confiance. Bien lui ên prit d'ailleurs. Trois, ans après ce premier accident, il avait dix sept ans environ, un cheval fougueux le renverse, le foule aux pieds, lui imprime ses fers sur le visage, lui meurtrit le bras et lui brise deux côtes. Le chirurgien appellé, s'efforce inutilement de tenir en rapport les fragments des côtes brisées, il rémédie a grande peine aux accidents primitifs, déclare le jeune homme èn danger de
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mort et pronostique pour l'infortuné, si Lou \iois il échappe, une vie de souffrance et un corps c ntrefait. Le chirurgien était à peine parti que Priestnil: se rappella son berger nomade et son doigt écrasé, et voulant faire mentir le chirurgien, il appuya sa pn'trine à l'angle d'une chaise, retint sa respiration, fi' par ce moyen, reprendre à ses deux côtes leur di 1 ■ ion première ; il entoura immédiatement alors sa Vitrine, de linges mouillés, les renouvella souvent, but abondamment de l'eau fraîche, et en peu de temps il se trouva entièrement guéri et nullement contrefait. Dèj ce moment , il eut en horreur et la médecine et les médecins, et l'eau froide devint pour lui une panacée universelle. Guérissant bètes et gens, il s'annonça comme un nouveau prophète , ayant foi en lui , et foi en l'agent qu'il employait, il faut le dire, souvent avec succès. Sa réputation devint bientôt si grande au milieu d ;s populations qui l'entouraient, qu'il laissa à l'abandon et les champs paternels et le petit cabaret dans leq lel il faisait boire aux paysans de Graefemberg, un p"i de sa panacée sans doute, mêlée aux divers liquides ' u'il leur débitait. Associé à un de ses cousins norotné Gaspard Prïestnitz, il parcourait, précédé de sa réputation de guérisseur, et la Silésie autrichienne et la Sik'sïe prussienne, donnant ses consultations dans les vilhges, et employant sur les paysans infirmes ses fricti ms avec une éponge qui ne ■ le quittait pas, et ses ablutions faites avec l'eau des torrents. À cette époque i 'ailleurs, (il avait vingt cinq ans environ) , sa médecine Hait très simple et ne se composait que de compresses oouillées appliquées sur les parties malades et des abh ons faites avec de grosses éponges.
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Voici ce qu'en dit le docteur Schedel (1) qui tient tous ces détails de Gaspard Priestnilz, le compagnon de Vincent l'hydropathe :
« Les malades se rassemblaient en foule sur les points où il se trouvait, et les ablutions et frictions générales, avec les éponges trempées dans l'eau froide, étaient pratiquées avec vigueur. La police se mettait elle en campagne. Ses Priestnilz avertis à temps, remettaient en sac leur léger bagage, et traversant la frontière, regagnaient Graefemberg ou quelque village voisin , où le remède universel opérait de nouveau sur les foulures, les douleurs, les maux de dents et les maux d'aventure des paysans ainsi que sur les maladies de leurs bestiaux , et plus particulièrement de leurs chevaux boiteux. L'effet éminemment résolutif de l'eau froide produisait merveilles sur les pieds et les jambes engorgées de ces quadrupèdes. Peu à peu beaucoup des malades abandonnés, ou qui avaient plus de confiance dans le paysan que dans les médecins, s'adressèrent à lui, et il commença à administrer son remède à l'intérieur avec un succès toujours croissant.
s Les malades non seulement se prêtaient avec enthousiasme à tout ce qu'il exigeait d'eux , mais encore renchérissant sur ses prescriptions, ils lui proposaient eux mêmes de tenter tel ou tel procédé.
a Ainsi se succédèrent le grand bain froid , la douche et les transpirations forcées ».
Les fanatiques de Priestnitz l'ont proclamé l'inventeur des sudations forcées avant l'immersion dans l'eau froide, et à ce sujet ils citent l'histoire d'une vache qu'il
(1) Eiamen clinique; d« l'hydrothérapie par le docteur Schedel, pag.il.
LETTRES sur l'hydrothérapie 11 avait longtemps traitée inutilement, et à laquelle il fit une allusion d'eau froide, un jour qu'il la trouva couverte de sueur sous l'enveloppe dont il l'avait pourvue; Le soulagement presque immédiat de l'animal lui aurait inspiré l'idée d'augmenter l'effet salutaire de l'eau en en faisant précéder l'emploi par une sueur excitante. A ce hasard seul, d'après eux, serait due cette modification nouvelle apportée à l'emploi de l'eau telle que le conseillaient tous les auteurs anciens, mais principalement les célèbres auteurs Pomme et Currie.
L'histoire de la vache peut être vraie et doit être vraie, et il n'est pas étonnant que ce fait se soit présenté à un homme qui soignait principalement, les bestiaux, mais la sudation forcée est employée dans toutes les provinces slaves , depuis un temps immémorial , et est considérée comme un des plus puissants dépuratifs que l'on puisse employer. Que Priestnitz , l'homme de l'eau froide , ait employé et adapté l'énergie de sa médication , à l'énergie de la médication usuelle des paysans ses concitoyens, quoi de plus naturel. D'ailleurs, dans ses premiers temps surtout, il obiéssait plutôt à l'audace des malades qu'à ses propres inspirations et ce n'est que lorsqu'il avait vu à diverses reprises, un malade user impunément et sans ses conseils de tel on tel mode d'application de l'eau froide qu'il se permettait d'engager les autres à en faire autant. Ceux à qui l'opération n'avait pas réussi étaient sérieusement gourmandés par lui , sous prétexte qu'il n'avait pas ordonné ce qu'on avait eu l'imprudence de faire. C'est ainsi que petit à petit il se fit une expérience; les malades l'instruisirent, leur audace chaque jour plus grande devant l'innocuité de certaines opérations jusqu'alors réputées
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dangereuses , augmenta l'audace du novateur et l'on lit un prophète d'un disciple, un puissant nageur d'un homme qui se laissait entrainer par un torrent. Ce qu'il a vraiment trouvé, ce qui a été une production vraie, sérieuse , intelligente de son esprit inventif, c'est l'enveloppement dans le drap mouillé.
Le professeur Oertel qui avait écrit un ouvrage remarquable sur l'emploi de l'eau froide , donna quelques conseils à Priestnits , et dès lors la médecine hydrothérapique entra dans une nouvelle phase. Patronée par des savants , soutenue par des riches gentilshommes hongrois guéris par la nouvelle méthode, l'hydrothérapie, marchant toujours empiriquement, pénétra peu à peu dans le domaine de la science. Les hommes d'observation, les médecins savants, se mirent à étudier les divers modes d'action de l'eau dans les diverses maladies guéries , ils se rendirent compte des effets produits, les expliquèrent, donnèrent leur raison d'être, et dès ce moment tout ce qu'il y avait d'empirique et de charlatanesque disparut de la nouvelle médecine.
Tant qu'il a vécu , Priestnitz a eu en horreur fit la médecine et les médecins, et tout ce qui portait un litre scientifique médical quelconque était fort mal vu et fort mal traité à Graefemberg. Cela tenait-il à ce qu'il craignait une concurrence ou seulement un simple contrôle ? Ou bien n'était ce qu'un ressentiment des tracasseries que lui avait suscité la police médicale au début de sa carrière hydrothérapique ? Nul ne le sait. Il n'en est pas moins vrai que si le titre de médecin n'était pas un titre de proscription, c'était toujours un litre qui inspirait une méfiance extraordinaire à Priestnitz, et qui redoublait sa rudesse et sa brutalité si c'était possible.
LETTRES St'R L'HYDROTHÉRAPIE
Quoiqu'il en soit, les médecins maltraités par lui porteront son nom à la postérité, le glorifieront d'avoir généralisé la médication des paysans slaves , l'élèveront sur un piédestal tellement grand , qu'il faudra bien que l'univers entier le voie, lui la personïfication de la médecine hydriatrique, lui qui a prouvé, pendant si longtemps et dans tant de circonstances que l'eau seule était l'agent par excellence, lui le modificateur puissant de l'organisme humain , lui enfin qui a mis en action les paroles de l'ecclésiaste : Et l'esprit de Dieu était porté sur les eaux.