LETTRE DEUXIÈME
De l'eau - Son action dissolvante - Causes de son état de non pureté - Quelles sont les eaux les plus pures - Plus leur température s'élève, plus leur composition s'altère - Les eaux des rivières et des fleuves - L'eau chargée de sélénite et de carbonate de chaux est indigeste - L'eau des puits - L'eau des sources - Leurs qualités - Quelle est l'eau la plus digestive - De la composition de l'eau - Caractères de f'eau hydrothéra pique - Marche de la médecine vers l'unité médicale - Conclusion.
Rangée par les anciens au nombre des quatre éléments, et regardée jusqu'à la fin du XVIII. 8 siècle comme tel, l'eau est l'un des corps les plus abondamment répandus dans la nature. Elle est aussi nécessaire à l'existence des êtres organisés que l'air atmosphérique lui même. Noire but, dans cet ouvrage, n'est pas de faire l'histoire analytique de l'eau , mais bien de faire ressortir les qualités qui lui sont indispensables pour qu'elle puisse être considérée comme agent thérapeutique, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, et d'expliquer son mode d'action dans les divers modes d'application de la méthode hydrolhérapique. Nous laisserons donc aux auteurs spéciaux le soin de raconter les diverses transformations de ce corps, et les phénomènes qu'il peut présenter, soit à l'état solide, soit à l'état liquide, soit à l'état gazeux, nous contentant de faire ressortir les qualités qui constituent la bonne eau, celle qui est nécessaire, indispensable pour le traitement des maladies.
LETTRES SUR i.' HYDROTHÉRAPIE
L'eau exerce sur la plupart des corps une action dissolvante si énergique, qu'il est rare de la rencontrer pure ; on peut même dire qu'elle n'existe à l'état de pureté parfaite que dans les laboratoires des chimistes. Les eaux les plus pures sont celles qui proviennent des pluies et de la fonte des neiges et des glaces, mais à peine ces eaux ont elles pris leur cours qu'elles se chargent d'impuretés. Si elles coulent à la surface de la terre, elles lessivent le sol, entrainent avec elles une foule de substances minérales, de débris organiques qu'elles dissolvent, perdent leur transparence et contractent un goût et une odeur anormales. Si elles s'arrêtent et demeurent' abandonnées à elles mêmes, elles entrent en putréfaction, se couvrent de végétations et donnent naissance à des gaz fétides et délétères.
Si au lieu de prendre leur cours à la surface du sol , elles s'enfoncent dans les profondeurs de la terre, elles ne s'altèrent pas aussi promptement, mais elles ne conservent pas mieux leur pureté. Elles rencontrent sur leur passage des substances minérales qu'elles dissolvent et charrient, et plus elles s'enfoncent profondément plus elles tendent à s'altérer, puisque leur pouvoir dissolvant augmente et par la pression , et par la température de plus en plus élevée qu'elles acquièrent.
Nous pouvons donc établir comme règle générale que plus la température des eaux s'élève, plus leur composition salière.
Parmi les eaux qui arrivent à la surface de la terre , les plus pures sont celles qui n'ont rencontré, pendant leur trajet, que des roches siliceuses inaltérables.
Les eaux des rivières et des fleuves, se chargent en traversant les villes d'une assez grande quantité de
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substances organiques. Mais la quantité de ces substances en dissolution est bien petite par rapport à la masse d'eau qui se renouvelle sans cesse, et qui rejette toujours sur les bords, les", matières étrangères entraînées par le courant. D'ailleurs ces eaux sont constamment filtrées, pour ainsi dire, par le lit de sable, continuellement lavé, sur lequel elles coulent.
Moins une eau est chargée de sels, plus elle est potable, en sa qualité de véhicule et de dissolvant des matières digestives. Toute eau chargée de sélénite et de carbonate de chaux, paralyse certaines digestions, surtout les digestions légumineuses , telle est l'eau de nos puits dont l'eau s'accumule et reste stagnante dans le fond, comme dans un tonneau. C'est tout autre chose quand l'eau du puits est une eau courante qui se renouvelle constamment, dans ce cas l'eau de ce puits est une eau de source (t).
L'eau la plus digestive n'est ni l'eau distillée, ni l'eau de pluie. L'eau n'est pas pure, pour en être réduite aux seuls éléments de l'eau , c'esl-à-dire, pour ôtre de l'eau simple ; sa simplicité nuit à sa puissance dissolvante. Pour qu'elle ait les qualités de l'eau de source il faut qu'elle s'imprègne d'air atmosphérique et d'un peu d'acide carbonique.
Il est aujourd'hui parfaitement démontré que l'eau est le résultat de la combinaison d'un volume d'oxygène et de deux volumes d'hydrogène; la formule atomique est H* 0; dans la nomenclature chimique l'eau a reçu
(1) Telle est l'eau du puils 141.1 i nous serl poui nuire Èlabli-sorrioiu liyiliolbijr.iiiiqiie dans le palais Andreini en dehors de la Porle Sainlc Croii , h Florence.
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le nom d'oxyde dkydrogène et mieux de protoxyde d'hydrogène depuis la- découverte , par M. Thénard , d'un deutoxydc l'eau oxygénée ; mais le protoxyde d'hydrogène, n'est pas l'eau potable, l'eau hydrolhérapique, s'il m'est permis de m 'exprimer ainsi. L'eau potable se reconnaît aux caractères suivants : Elle est limpide , légère , agréable au goût, sans odeur, elle cuit bien les légumes , ne coagule pas la solution de savon, et ne donne pas de précipité trop abondant par les solutions azotiques de baryte, d'argent, et par l'oxalale d'ammoniaque. { Dufonchel).
L'on appellait autrefois l'eau, te grand dissolvant de la nature; c'est sur celle propriété dissolvante de l'eau que se base le traitement hydrolhérapique des maladies. Bien que dès la plus haule antiquité l'eau ait été employée comme agent thérapeutique, jamais a aucune époque elle ne l'avait été, j'oserai dire, d'une manière presque aussi exclusive , c'est que jamais aussi à aucune époque il n'avait été donné de constater les faits merveilleux que nous avons constatés. Ces miracles de guérison qui ont tant émerveillé, qui de lout temps, ont fait croire à la présence dans l'eau employée, de quelqu'agent médicamenteux qui agissait à l'insçu du malade et même du médecin, auraient beaucoup moins étonné si l'on eut fait un peu plus d'attention à la composition de l'eau et à la composition de l'air, cet élément indispensable de notre existence.
L'eau est un composé d'oxygène, d'hydrogène et souvent d'acide azotique, ainsi que l'a constaté le célèbre professeur Liebig;
L'air est un composé d'oxygène, d'azote, de vapeur d'eau et d'acide carbonique. *
1H LETTRES SUR L' IfYDHOTHÉRAPfE
Cette analogie entre ces deux corps suffit mieux que toutes nos paroles à faire comprendre toute l'influence que l'eau peut exercer sur l'organisation humaine pen^ dant l'état de maladie. D'ailleurs, comme toutes les sciences humaines , la Médecine marche chaque jour de plus en plus vers l'unité, et cette tendance eat un progrès, si on la compare à la Fâcheuse complication qui a si longtemps entravé la matière médicale.
Le physicien en admettant la molécule qu'il ne connaît ni ne comprend, cède à cette tendance vers l'unité; le chimiste prend pour un type d'unité, l'atome qui n'existe , sous une forme arrêtée, que dans son esprit ; le naturaliste, soit qu'il s'occupe de la matière inerte , soit qu'il étudie la nature vivante, cherche sans cesse à remonter des unités individuelles aux unités collectives , pour arriver systématiquement à une sorte d'unité phénoménale; que notre unité, à nous Médecins, mit l'eau simple, l'eau pure, l'eau naturelle et sans alliage. En disant cela, je ne dis pas qu'il n'y a qu'un seul et unique remède, l'eau, pour guérir les maladies, mais j'appelle, dans la science du médecin, l'existence d'une unité comme elle existe dans la science du naturaliste dans la science du physicien , dans la science du chimiste.
Voici quatre mille ans, dit M. Charles d'Ofbigny, que la science s'organise ; et depuis près de quatre siècles, notre Europe marche à la tête de la civilisation. La science a dévoré bien des générations, elle ne compte môme plus aujourd'hui ses martyrs; cependant, après tant de sacrifices , pouvons nous dire que nous soyions arrivés à la certitude scientifique? Mais à côté du mal, suite inévitable de l'isolement des premiers peuples et de l'imperfection des moyens de manifestation, nous
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avons pour remèdes, les causes qui ont amène l'émancipation de la pensée, les causes qui cimenlenl cl garantissent l'union des peuples. Depuis ce moment les conquêtes de l'esprit humain ne sont plus livrées au bon vouloir d'un aréopage scientifique et à l'existence incertaine d'une nation. Tous les peuples en sont solidairement les dépositaires ; et quand les rivalités qui les séparent et les arment les uns contre les autres auront à jamais cessé ; quand tous les hommes jouissant des bienfaits des lumières marcheront d'un pas égal dans les voies de la science , alors seulement on connaîtra les limites de la puissance de l'esprit humain. La science, quelque incomplète qu'elle nous paraisse aujourd'hui, n'en est pa3 moins l'ancre de salut de l'humanité : dans la science pratique expérimentale, repose la vérité, tandis qu'en dehors il ne peut y avoir qu'incertitude, erreur ou mensoDge.
Vouons nous donc à la science.
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