LES CAUSES DE L'INCRÉDULITÉ
Il y a environ dix -huit -cents ans qu'il s'est opéré dans l'univers une révolution, telle qu'aucune histoire n'en peut présenter de semblable, et que l'esprit humain , ne pouvant la révoquer en doute, a peine à la recevoir. Douze hommes sans naissance et sans considération, sans éducation et sans lettres, sortis d'un coin de la terre presque inconnu, envoyé par un homme mort du supplice des scélérats, sans autres moyens que la persuasion, •sans autres armes que leur patience, sont parvenus à changer les idées religieuses et morales de tous les peuples. Ils ont trouvé les nations prosternées devant des idoles que consa croient le respect de tous les pays et le préjugé de tous les siècles connus: à leur prédication ces idoles sont tombées, et sur les autels qu'elles occui. a
ij discours poientaété élevée la croix, jusque-là l'instrument du plus honteux supplice et le symbole de l'ignominie. Ils ont trouvé les esprits enthousiasmés de la philosophie, alors dans son plus brillant éclat , et les cœurs enivrés des .passions déifiées par le culte public : leur voix tonnante, victorieuse à la fois des opinions, des affections, des habitudes, des superstitions, dissipant de son souffle et les lumières de la philosophie, et les illusions des^ passions, a soumis la raison à la foi et les sens à la mortification. Ils ont trouvé les trônes occupés par des souverains superstitieux et cruels, qui , pour soutenir leur cuite antique, ont déployé toute «leur , puissance , et se sont armés de toute lepr fureur : par le plus étonnant des succès, ils ont triomphé de leur animosité eu y succombant fieur sang répandu est devenu une semence de nouveaux apôtres, qui eux-mêmes, par leur mort sanglante, en ont reproduit d'autres, jusqu'à ce qu'enfin de persécutions en persécutions l'univers se soit trouvé chrétien.
Après dix-huit cents, ans une nouvelle; révolution se prépare à changer encore la face de la terre. Ce que dix-huit siècles
PRÉLIMINAIRE. il)
consécutifs ont cru, révéré, adoré, pr'àti^ qué, le dix-huitième siècle a entrepris au*dacieusement de l'anéantir. 11 nB s'agit plus de substituer un culte à un autre, de présenter aux adorations des mortels un nouveau dieu; on prétend effacer des esprits toute idée de divinité. Lesapôtres de 4a nouvelle doctrine, aussi opposés aux apôtres du christianism e dans leur moyens que dans leur but, avoient commencé par prêcher et par implorer la tôlé* rance : mais à peine ont-ils usurpé dans un pays la puissance, qu'ils ont inondé la terre qu'ils s'étaient asservie, du sang le plus précieux, le plus pur, le plus sacré; ils ont développé une barbarie qu'on ne peut rappeler sans horreur; leur atroce et ingénieuse férocité a inventé des raffinemensde cruauté inconnus aux tyrans du paganisme.
Seroit - il donc arrivé ce temps désastrueux que le Seigneur montroit dans un avenir lointain à son apôtre bien -aimé?
L'incrédulité moderne seroit-elle ce monstre qui, traversant les mers revêtu de toute la puissance et armé de toute la force de l'antique dragon , doit élever ses blasphèmes contre Dieu, contre son Église,
iv DISCOURS
contre ceux qui régnent avec lui dansje ciel; faire la guerre aux saints de la terre, et les immoler à sa rage? Sômmes-nous destinés à la voir étendre la puissance dont elle s'est servie pour dévaster notre patrie, sur toute tribu, sur tout peuple, sur toute langue, sur toute nation? A toutes les douleurs îdont elle nous a pénétrés, serons -nous forcés d'ajouter celle de voir tomber en adoration devant elle tous les habitans de l'univers, dont les noms i*e sont pas écrits dans le livae de vie (i) ? Éloignons de notre esprit ces sinistres présages. Déjà dans notre patrie elle-même un gouvernement plus modéré que ceux qui depuis dix ans l'ont tyrannisée, travaillant à essuyer les plaies dont elle saigne de tous les côtés, semble vouloir arrêter la main qui les a infligées (*). En cherchant à réparer les maux affreux dont la France a été accablée, il paroît en avoir reconnu la cause ; et pour rendre à la nation son bonheur, il a senti la nécessité de lui rendre sa religion.
Espérons que cette lueur de restauration que nous apercevons , n'est que l'aurore
(*) L'auteur ecrivoit ceci en i8oï. {Note deT éditeur.)