XXX DISCOURS
d'autres lieux eussent été religieux ; qui le redeviendront encore, si jamais il est du bon air de croire.
J'appelle incrédules par légèreté ces philosophes adolescens, qui, masquant leur frivolité par lteur suffisance, vous entretiennent gravement de leur expérience, vous; présentent d'un ton d'oracles le résultat de kurs profondes réflexions, vous^assomment de leur immense érudition puisée dans les brochures du jour. Ils ont tout vu, tout lu, tout examiné, tout considéré, tout discuté, tout pesé , et de leurs nombreuses assertions là seule véritable, c'est qu'ils ont tout décidé.
Enfin j'appelle incrédules par légèreté toute celte tourbe d'êtres superficiels , qui ne s'attachent à aucun système particulier, et dont l'incrédulité consiste à rejeter la loi qui les condamne; qui, incapable d'adopter une opinion , ne savent que suivre un parti ; dont les idées flottantes, et emportées çà et là par tout vent de doctrine , varient selon les impressions qu'ils ont reçues du dernier homme méchant ou astucieux qu'ils ont,
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entendu (la); avançant sans crainte les maximes les plus hardies , reculant sans difficulté, quand on leur en fait envisager les conséquences : tous ceux, en un mot , dont Pincrédulité ne repose sur aucun principe; qui ne pourraient pas rendre compte du motif qui les y a décidés; qui se sont faits incrédules ou par le plaisir de l'être , ou par la vanité de le paroître, ou par la crainte d'être obli* gés de pratiquer ce qu'ils croiroient. Ils blasphèment ce qu'ils ignorent (i3).
Toute leur science se réduit à un jargon .
emprunté de leurs oracles, avec lequel ils s'érigent en docteurs, sans comprendre ni les matières dont ils parlent, ni même souvent les choses qu'ils affirment (i4).
Et moi , j'ose contester à tous ces hommes leur prétention d'incrédulité.
Ils ne sont pas véritablement incrédules , ils veulent l'être; ils ne croient pas réellement que la religion soit fausse, ils le souhaitent; ils ne nient pas dans le fond de leur cœur l'existence d'un Dieu vengeur du crime, ils la craignent; et leur esprit irréfléchi , qui n'a jamais su se rendre compte d'un sentiment, prend
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aveuglément ses désirs pour des opinions.
Que l'on retranche de la classe de» incrédules tous ceux qui le sont devenus^de quelqu'une de ces manières, à quoi- se réduira ce parti qui effraie par son grand nombre.
Pour connoître sûrement l'influence qu'a eue la légèreté d'esprit sur l'incrédulité moderne, il suffiroit de son propre témoignage. Cette cause de son origine se manifeste, de même que les autres, dans ses écrits. On y voit continuellement la raillerie substituée au raisonnement, et le ridicule mis à la place de la discussion.
Il nlest pas difficile de sentir combien est déplacé v combien est indécent dans une matière aussi grave, le ton de la .plaisanterie (i5). Certes^ si jamais la raison humaine- fut appelée à traiter des objets qui exigeassent toute la force de l'esprit, toute l'étendue des connoissances , toute la profondeur des réflexions , c'est lorsqu'elle s'est élevée à ces grandes méditations qui lui découvrent son origine et sa fin, les moyens de répondre à l'une et d'atteindre l'autre; qui Lui développent
PttfcLiMmiiBK. xaxiij sesrelatîons avec son auteur, ses rapports avec ses semblables; qui l'instruisent dè l'universalité de ses devoirs ; qui posent le fondement de ses espérances; qui ouvrent les sources <îe son bonheur ; enfin , dont dépend et pour le temps et pour l'éternité tonte la suite de ses destinées. Et les incrédules imaginent de discuter ces grands objets avec des plaisanteries; et ils prétendent décider ces vastes questions avec des bons mots! Quelle idée ont donc eux-mêmes, de- leur cause, ceux qui) pour la? soutenir , ont recours à d'aussi méprisables moyens? S'ils ont "des raisons solides à produire, croient -ils leur donner du poids par ces saillies légères? S'ils n'en ont point, pensent-ils que des railleries pourront en tenir lieu?
C'est là précisément leur espoir. Ils se flattent: dè suppléer par le sël de leurs bons mots à ce qui manque de force à leurs raisonnement; et, sentant qu'ils ne peuvent- éclairer, ils cherchent à éblouir. L'exemple de leurs devanciers, des. Hobbes , des Vanini , des Spinosa , dont les écrits v inconnus du vulgaire, languissent dans la poussière des biblio-
xxxiv MscouaB thèques , leur avoit appris l'impuissance du raisonnement contre la religion, Mais le ridicule est aussi propre à attaquer la mérité qu'à combattre l'erreur; ou le vit aussi souvent flétrir la vertu que démasquer le vice. Une raillerie est ,- sur lé commun dès hommes, plus puissante qu'une raison : peu sont en état de suivre la marche du raisonnement ; mais un bon mot est à la porté de tous : et même par* mi ceux qu'une éducation plus cultivéeplace au-dessus du vulgaire, combien n'y en a-t-il pas qui se piquent plus d'esprit que dè jugement , qui' ont plus de pré-, tention à la vivacité qu'à la justesse , qui sont ainsi plus disposés 4 être séduits qu a être persuadés, et plus entraînés par une raillerie que convaincus par une raison!
Les incrédules ont senti l'avantage que pouvoit leur donner ce genre d'attaques légères, et ils les ont prodigieusement multipliées. On a vu les matières les plus graves agitées dans des brochures superficielles, les principes les plus sérieux combattus dans des contes , les raisonnemens les plus abstraits discutés dans des vers.. On a vu les histoires saintes paro-