‹ Dissertations sur la vérité de la religionChapitre 14 sur 53 · PRÉLIMINAIRES. XXXIX · texte numérisé non relu

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bien de maux cherche à attirer sur chacun de vous cette incrédulité qui s'efforce de vous prendre dàns ses pièges. Enfans, elle vous enlève à celui qui vous rassembloit si affectueusement autour de sa personne; vieillards, à l'attente précieuse q|ii soutenoit votre caducité , elle substitue l'expectative prochaine de l'anéantissement de tout votre être ; riches charitables , elle vous dispute le prix de vos bonnes œuvres ; vos aumônes ne monteront point aux pieds du juge qui doit les récompenser ; pauvres , elle vous conteste le dédommagement de vos privations , elle vous dépouille de l'héritage qui vous fut promis; malheureux de tout genre, elle vous arrache vos consolations; hommes de tout état, elle anéantit vos espérances.

Et vous, objets de nos vives douleurs, qui naqq es, qui fûtes élevés dans le sein du christianisme, qui lui appartenez encore par votre baptême, qui en goûtâtes • autrefois les maximes, qui Hèpuis les avez abandonnées; c'est à vous spécialement que nous adressons ces Dissertations sur la vérité de la religion. Nous ne vous de-

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mandons pas encore de la croire , , nous vous conjurons de l'examiner. S'il reste encore au fond de vos cœurs le plus léger doute (et peut-il n'y en pas rester?), considérez combien est absurde et dan* gereuse l'indifférence dans laquelle vous vous enfoncez volontairement : c'est la tranquillité de l'homme ivre, qui dort sur le bord d'un précipice; c'est l'apathie du condamné qw, étourdi par l'opium v monte sur l'échafaud sans terreur. Si, comme l'ont cru fermement, tant de siè* cles, comme l'ont professé et soutenu tant de puissans génies , la religion est vraie, voyez,, en la rejetant, de quels biens immenses vous vous privez , à quels maux affreux vous vous dévouez. Ses promesses et ses menaces sont si expresses , que leur effet est la conséquence inévitable de sa vérité. Vous vous piquez de sagesse et de prudence dans toutes vos.

autres affaires; est-ce ici le lieu d'en»

manquer? Quand une affaire majeure et d'une haute importance vous survient,, vous ne négligez pas de l'étudier; vous employez tout ce que vous avez d'esprit, de sagacité, d'expérience, de connois-

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sauces , à. la bien connoître. En est-il une dont l'importance approche de celle-ci?

Que pensez-vous de l'homme qui, insouciant sur l'affaire dont dépend le sort de sa vie , s'occupe , pendant qu'elle se décide , de frivolités et de bagatelles ? Retournez sur vous-mêmes le jugement que vous portez sur lui. Vous êtes incomparablement plus déraisonnables, puisque entre votre extravagance et la sienne il y a toute la distance qui est entre l'éternité et le temps. C'est donc pour votre propre intérêt:, pour votre plus grand intérêt, et, nous le disons d'après notre divin Maître, pour votre seul intérêt essentiel (16), que nous vous conjurons de vous occuper dè cette examen. G'est votre cause que nous plaidons auprès de vous (17). Ayez pitié de vous-mêmes, de la plus précieuse portion de vous-mêmes, de votre âme (18), que vous exposez au plus imminent et au plus épouvantable des dangers..

Redouteriez -vous là difficulté, l'embarras, la fatigue de cette étude de la religion ? Ah ! quand il' s'agit pour vous dîintérêts tomporels, avec quelle ardeur

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vous vous livrez à des discussions bien autrement épineuses ! Vous ne calculez pas alors les peines, les difficultés du travail. Pâr quelle déplorable inconséquence ne vous arrêtent-elles que quand il est question du plus grand de tous vos intérêts? Et quelles sont-elles donc, ces difficultés si effrayantes que vous présente Pexamen de la religion? S'agifc-ii de sonder des idées abstraites , de vous élever à des raisonnemens qui surpassent votre intelligence? Vous demande-t-on de faire des recherches lointaines, de parcourir dans votre esprit tous les temps et toutes les régions? Non; elle est entièrement à votre portée, vous la trouvez sous votre main en quelque sorte toute faite; elle est la plus facile comme la plus importante de toutes, cette étude de la loi divine (19). Dieu a voulu que sa révélation

vous fût rendue certaine par les mêmes moyens que toutes les autres vérités; que la même faculté intellectuelle jugeât les objets religieux et les profanes; qu'elle observât les mêmes règles dans la recherche des uns et des autres. Il a attaché la conviction de sa religion au genre

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de preuves Te plus simple, le plus propre à être senti par tous les esprits, le plus usité parmi les hommes; à des preuves de fait, sur lesquelles reposent tous nos autres intérêts, qui fixent toutes nos autres croyances , qui nous dirigent dans toutes nos autres actions, qui nous règlent pour tous nos autres dtevoirs , qui nous déterminent sur toutes nos autres affaires.

Non , nous osons vous le dire, ce n'est pas votre esprit qui se rebute des difficultés qu'il envisage, c'est votre cœur qui s'effraie des sacrifices qu'il n'ose même contempler; ce ne peut pas être votre raison, ce sont éyidèmmentvos passions qui vous arrêtent dès l'entrée de l'examen, et qui ne permettent pas à votre raison même de le commencer.

Tout ce que nous Vous demandons avec instance, est donc de raisonner sur l'affaire la plus importante pour vous, comme vous raisonnnez habituellement, comme vous auriez honte de ne pas raisonner sur le plus léger intérêt. Nous vous demandons uniquement d'être raisonnables sur ce point, comme vous l'êtes sur tous les autres (20). Ce que nous vous

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demandons, votre raison elle-même vous le demande avec nous; Elle vous supplie, elle vous conseille , elle vous requiert , elle vous somme par notre voix , et par là voix intérieure de votre conscience , de là laisser s'exercer librement sur la matière qui est le plus évidemment de son ressort, et; qu'il lui importe le plus essentiellement de connoître. Si vous ne daignez pas nous écouter , écoutez-la du moins; écoutez ce qu'elle vous crie, et sur la nécessité dont il est pour vous de vous livrer à l'examen de la religion , et sur la manière dont vous devez y procéder.

Elle vous présente deux règles, dont vous ne pouvez vous dissimuler la justice :

là droiture d'intention, la pureté du cœur.

Si votre intention n'est pas droite ; si , au lieu de chercher là vérité , vous la fuyez, pouvez-vous croire que vous la rencontrerez? Si votre volonté dit à votre intelligence ce que disoient les Juifs à leurs prophètes : « Ne nous montrez pas » ce qui est véritable; ne nous faites voir » que ce qui nous plaît, présentez-nous » des erreurs -(ai); »docile à. vos ordres, pour votre malheur, voîrç intelligence

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ne vous offrira que les illusions qui vous flattent. Si, comme tant d'autres l'ont pratiqué, comme peut-être vous-mêmes vous en avez agi jusqu'ici, vous ne consultez , sur la Térité de la religion , que les écrits qui la combattent, ou si vous ne lisez les livres qui la défendent qu'avec un esprit de critique, et dans l'intention d'y apercevoir des difficultés^ vous n'y trouverez que ce que vous y aurez cherché. Et n'est-il pas dans l'ordre ordinaire que ce que l'on désire vivement soit-ce -que l'on voit clairement? Combien de fois n ? avez-vous pas vu , et peut-être vous-mêmes l'avez -vous souvent éprou-.

vé, que les désirs forment les opinions, donnent du poids aux plus minces raisons, atténuent les plus puissans motifs?

Commencez donc par souhaiter sincèrement, franchement, uniquement, de découvrir la vérité , et méprisant les fades railleries, laissant de côté les déclamations vagues et incertaines, n'ayant plus aucun égard aux frivoles autorités auxquelles vous avez jusqu'ici trop déféré (22), pesez dans la balance de votre propre raison les preuves que nous vous présentons

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<le la vérité du christianisme , et les difficultés qu'on y oppose.

Mais pour que cet examen soit fait avec l'impartialité requise, une autre condition est indispensablemerit nécessaire; ♦c'estque vousy apportiez *m cœurpur 0*3).

Quelque empire qu'aient pris s»r vous vos passions , à quelque degré qu'elles aient altéré votre intelligence^ elles ne peuvent pas <vous déguiser cette vérité évidente, qu'elles ont intérêt à ce qu'il n'existe pas une religion qui les réprime.

Écartez donc du tribunal de votre raison ces conseillers dangereux, qui ne persuadent qu'en séduisant ; qui , incapables d'éclairer, ne savent qu'aveugler; dont la voix, plus haute et plus forte que celle du raisonnement, parvient trop souvent à l'étouffer; dont vous avez bien des fois éprouvé la funeste influence sur votre volonté; et qui , formant dans votre esprit un parti puissant en faveur de l'incrédulité, finiraient par l'y entraîner.

Enfin, pour parvenir à la connoissance certaine delà vérité, nous vous proposons une dernière préparation. Si vous croyez qu'il existe, ou même qu'il peut exister ,

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un Etre suprême, vous ne pouvez douter qu'il ne soit en son pouvoir -d'augmenter les lumières de votre esprit, qu'il ne soit le maître de faire descendre sur vous la science avec la sagesse, et qu'étant par lui-même le principe déboute vérité, il ne puisse vous découvrir la vérité dams son entière clarté (a4)« Conjurez donc avec un humble confiance ce Dieu infiniment puissant et bon, dont vous reconnoissez l'existence , dont vous^ie voulez pas encore oonnoître la loi, de se manifester à vous. Dites-lui , comme saint Paul terrassé aux portes de Damas Seigneur, qui êtes-vous? Dites-le-lui dans toute la sincérité de votre esprit, avec toute l'ardeur de votre cœur; et il vous répondra de même , qu'il est ce Jésus que jusque-là vous avez persécuté (2 5). Déposez les préjugés qui offusquent votre raison , repoussez les .passions qui l'aveuglent, examinez avec l'impartialité et la bonne foi requises les preuves du christianisme, et nous sommes assurés que bientôt vous serez chrétiens.

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