CHAPITRE PREMIER
Miracles de Noire-Seigneur Jésus-Christ.
Les miracles opérés par Jésus - Christ depuis le commencement de sa prédication jusqu'à son retour dans les cieux, sont compris dans un intervalle d'un peu plus de trois années. Ils sont rapporlés dans les quatre évangiles, et allégués ou supposés dans le livre
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des Acles et dans les épîtres des apôtres.
J'ai établi l'authenticité de ces écrits; il s'agit ici de prouver la vérité des faits qui y sont racontés»
h Rappelons-nous le principe incontestable établi ci-dessus, qu'un fait quelque éloigné qu'il soit de nous, est rendu certain , quand on a la double certitude que l'historien qui le rapporte n'a pas pu être trompé et n'a pas voulu tromper; qu'il a su positivement le fait, et qu'il le raconte sincèrement. Or, je soutiens que dans toute l'histoire ancienne il n'y a pas un seul fait dont la relation réunisse plus complètement ces deux certitudes.
II. Une observation importante à faire avant d'entrer dans celte discussion, c'est qu'il est impossible de soutenir à la fois que les écrivains sacrés ont été trompés , et qu'ils ont été trompeurs : l'une de ces assertions exclut positivement l'autre. Ou ils ont cru vrai ce qu'ils disoient, ou ils l'ont cru faux. II ne peut pas y avoir de milieu entre .la bonne et la mauvaise foi , sur des faits qu'on dit avoir vus. Mais si les historiens des miracles n'ont pu en même temps être séduits et séducteurs, il est possible qu'ils n'aient été ni l'un ni l'autre. Prouvons d'abord qu'ils n'ont pas été abusés.
III. Les témoins des miracles du Sauveur sont, non seulement les quatre évnngélistes et les apôtres qui ont écrit des épîtres , mais encore tous les disciples qu'avoit formés Jésus-Christ, c'est-à-dire les soixante-douze dont saint Luc fait mention dans son évangile r et de plus , tous ceux qui s'étoient attachés au divin Sauveur , et qui étoient en assez grand nombre. Nous voyons , immédiatement après l'ascension , lors de l'élection de Mathias , environ cent vingt fidèles enfermés dans le Cénacle (1). saint Paul dit qu'après sa résurrection Jésus -Christ s'est montré une- fois à pjus de cinq cents d'entre les frères, dont beaucoup, ajoute-t-il , sont encore vivans, et dont quelques autres sont morts (2). Saint Paul n'auroit pas osé hasarder celte assertion, si elle n'eût été vraie : il auroit été trop facile de* le démentir, pour qu'il se la permît. Il y avoit donc, au retour de Jésus-Christ dans les cieux , plus de cinq cents personnes qui croyoient en lui :
c'éloient «autant de témoins de ses miracles. D'abord, beaucoup d'entre eux ont partagé les travaux apostoliques, et ont prêché , comme les évangélislcs et les apôtres, la vérité de la religion , et des miracles qui en sont !e fondement. Mais ceux mêmes qui n'ont pas exercé la fonction de la prédication, ont en-
tendu celle des apôtres ; ils savoient positivement si les faits publiés par eux étoicnt véritables : s'ils les avoieut crus faux, ils les auroient contredits; s'ils les avoient contredits , les ennemis du christianisme , si habiles et si ardens à profiter de tout , se seraient appuyés de leur dénégation. Ainsi , par cela seul qu'ils ne contredisent point le témoignage des apôtres, ils y adhèrent; ils parlent comme eux, en ne parlant pas contre eux. Cette considération du grand nombre de témoin» des • miracles , est phr elle même de la plus haute- importance ; et de plus , elle confirme beaucoup ce que nous avons à dire sur notre objet spécial, c'est-à-dire sur la force du témoignage des apôtres, (tes é vangélistes, et de ceux que nous savons avoir dès le commencement^ prêché directement le christianisme.
IV. On ajoute une foi entière à l'historien qui a écrit .sa narration d'après des mémoires authentiques et contemporains (5).
On a un motif bien autrement puissant de crédibilité, quand il rapporte ce dont il a été témoin. La croyance est encore plus fondée , s'il a été lui-même auteur dans les faits qu'il raconte. Enfin , le motif de certitude est à son comble, si le rapport est fait, non par un seul historien, mais par plusieurs
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témoins oculaires et ayant part aux faits.
Or, nous trouvons l'ensemble de tous ces caractères dans l'histoire évangélique : oo auroit peine à les trouver dans les histoire» profanes : les événeinens les plus ferme-' ment crus de ces histoires , ne le sont que d'après quelques - unes de ces preuves ; aucun peut-être ne les réunit toutes (4). Ici , c'est un grand nombre d'hommes qui, unanimement, les uns de vive voix, les autres par écrit, proclament les faits de la vie de leur maître , 'et des faits dont sinon tous , au moins presque tous , ont été personnellement témoins (5). Ils disent avec confiance aux peuples parmi lesquels ils se répandent : Ce que nous vous annonçons, ce que nous vous attestons, c'est ce que nos oreilles ont entendu , ce que nos yeux ont vu , ce que nos mains ont touché (6). Ce n'est pas un fait isolé qu'ils publient, c'est une suite de faits perpétuellement renouvelés sous leurs . yeux pendant le cours de trois années. Ce ne sont pas, disoit hautement saint Paul, des faits inconnus et cachés , qui se soient passés dans quelque coin obscur (7); c'est à la vue de tout le public, c'est souvent en présence même de ses ennemis que Jésus-Christ a opéré ses miracles. Ce ne sont pas des faits préparés , arrangés d'avance , concertés , comme
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on Ta va jusque dans notre siècle , entre l'auteur et l'objet du prétendu prodige ; c'est à mesure que l'occasion s'offre h lui , c'est sur tous los malades qui viennent se présenter à sa bienfaisance, que Jésus-Christ exerce sa puissance miraculeuse. Ce ne sont pas des faits indifférons qu'on puisse apercevoir négligemment et en passant ; il s'agit de l'objet le plus important, de l'intérêt le plus essentiel pour la nation juive , du sort de sa religion, de la reconnoissance de son Messie. Pendant tout le temps qu'il a fait ses miracles , Jésus-Christ n'a pas été quitté un seul moment par ses apôtres et par une foule de disciples , quelquefois même d'adversaires. Ce n'est pas tout encore, ses apôtres qui publient les faits, en ont souvent été eux-mêmes partie; ils y ont plusieurs fols joué un rôle actif. Par exemple , dans les deux miracles de la multiplication des pains, ce sont eux qui ont d'abord fait la distribution au peuple , et ensuite recueilli les restes. Jésus- Christ a fait marcher saint Pierre sur les eaux, a fait porter à saint Thomas les mains dans ses plaies. Il est impossible de réunir plus de preuves de tout genre des miracles de Jésus-Christ , que n'en avoient les apôtres, et d'en avoir une certitude plus complète et plus fortement mo-
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ttvée. Elle est donc évidemment absurde , la supposition que quelques incrédules n'ont pas craint de hasarder, que les âpôlres et les disciples ont pu être induits en erreur sur la réalité des faits qu'ils certifient.
V. Pour le soutenir , il faudroit prétendre qu'ils étoient insensés, qu'ils avoient l'esprit absolument aliéné. Mais en le prétendant il faudroit le prouver; il faudroit prouver, ce qui est plus incroyable encore , qu'étant tous fous, ils avoient tous le même genre , le même degré, le même objet de folie. C'est ce qui n'auroit été vu que cette seule fois depuis la création.
Cette supposition , que les apôtres avoient l'esprit aliéné, est si ridicule, que je ne crois pas qu'elle ait été produite par qui que ce soit. S'ils eussent été tels en attestant les miracles , ils l'eussent £iè toute leur vie , puisqu'ils n'ont pas cessé de les publier.
Comment pourroit-il se faire que , dans tous les pays qu'ils ont parcourus, personne n'eût découvert la folié d'aucun d'eux ? Que l'on cherche dans leurs actions, dans leurs paroles, les plus légères traces de cette absence d'esprit! On voit, au contraire, dans leur conduite, une tenue, une suite que ne peuvent pas avoir des insensés; on les voit dans Los villes les plus éclairées , enseignant les
hommes de toute condition » disputant contre les uns, convertissant les autres. La grandeur de leur- entreprise , mais surtout son exécution, montre au moins la justesse de leur sens. Jamais harangues n'ont été couronnées d'un succès aussi éclatant. Si on veut prétendre que les premiers prédicateurs de l'évangile étoient insensés, il faut soutenir que tous ceux qu'ils ont convertis , magistrats , savans , philosophes > étoient encore plus insensés qu'eux.
VL « Mais, dit-on , les apôtres , s'ils n'étoient » pas des insensés , éloient au moins d'une » ignorance grossière. Une infatigable crédulité » formoit leur caractère. »
VIL Les apôtres étoient ignorons , h la bonne heure; mais étoient-ils sourds? étoientils aveugles? Est- il nécessaire d'être savant pour être C3rtain de faits palpables que l'on a sous les yeux? La science est-elle nécessaire pour être certain de ce que l'on voit continuellement pendant trois aïls?* Sur de tels faits , le témoignage d'un ignorant est d'un aussi grand poids que celui d'un philosophe.
En accordant aux disciples de Jésus -Christ des sens sains et un esprit qui ne fût pas dérangé, on s'ôte le droit de rejeter leur témoignage. Quel est le tribunal où on raisonne ainsi ? Combien d'arrêts il faudroit
casser , s! on admettait que des témoins sont récusables sur un fait , parce qu'ils sont ignorans !
Les apôtres étoient ignorans quand ils voyoient les miracles de leur maître : l'étoientils de même quand ils les publioienl? J'aurai occasion de parler ailleurs de celte différence survenue dans leurs personnes. Mais que l'on considère toute l'histoire de leur vie , que Ton parcoure tous leurs discours : on verra s'ils étoient en effet , alors , de celte ignorance grossière qu ? on leur suppose.
VIII. On attribue à une infatigable crédulité leur croyance des faits miraculeux.
i° En traitant du fait particulier de la résurrection , j'aurai occasion de les laver de ce reproche de crédulité. 2° Mais d'où auroitelle pu venir aux apôtres, celte crédulité sur les faits évangéliqucs? Ils étaient Juifs : les préjugés do leur naissance au sujet du Messie , dévoient les éloigner de croire un Messie pauvre et obscur. Il y a bien loin des idées* judaïques sur le Messie, au Messie persécuté» et expirant dans le dernier supplice, qu'ils annoncent. En les supposant exempts de préjugés , la crédulité qu'on leur impute seroit déjà plus qu'extraordinaire; mais avec les préjugés qu'ils dévoient avoir , et dont ils conviennent qu'ils étoient imbus , elle
est absolument impossible. De plus, la nouvelle doctrine qu'apportoit Jésus-Christ, étoit absolument destructive de la religion dans laquelle ils avoient été élevés. Les deux religions ne pouvoient pas subsister ensemble.
Il leur a donc fallu des preuves bien frappantes de la vérité de celle qu'ils einbrassoient , pour quitter celle à laquelle ils étoient attachés. Ce n'est pas par crédulité que Ton dépose tous ses préjugés et tous ses principes. 3° Enfin , considérons que s'il est possible de faire croire à un homme simple des choses incroyables , éloignées de lui , il est absurde de prétendre qu'on lui fait croire des faits palpables» tandis qu'il voit évidemment le contraire, de les lui faire croire continuellement et journellement, pendant trois ans de suite; de les faire croire ainsi , non seulement à un homme , mais à une troupe d'hommes ayant la plus légère dose de sens commun. On accorde qu'ils n'éloient pas insensés : il faut donc l'être soi - même pour leur attribuer une aussi déraisonnable crédulité.
IX. Les apôtres et les évangélistes n'ont pu être induits en erreur sur les miracles de leur maître; mais n'ont-ils pas voulu y induire les autres? C'est ce qu'il s'agit d'examiner.
X. Observons d'abord, avec saint Chrysostômc , que dès qu'on admet , comme nous l'avons prouvé, que ces premiers disciples de Jésus-Christ n'avoient pas l'esprit aliéné-, il est inconséquent de les accuser d'avoir cherché à tromper le monde. L'entreprise seule do Vouloir faire croire ces miracles qu'ils auroient su être faux, de vouloir les faire croire aux Juifs qui en auroient connu comme eux la fausseté; de vouloir les faire croire à tout l'univers païen qui en éloit si prodigieusement éloigné, eqt été le comble de la folie, de la démence. Que Ton considère l'impossibilité du succès, si les miracles ne sont pas réels; la foiblesse des moyens, les peines et k»s fatigues auxquelles il falloit se dévouer , les risques évidens auxquels on se livroit nécessairement ; il sera focile de sentir qu'il n'y a que des cervelles dérangées qui pussent même en concevoir le projet (8).
XL Nous sommes accoutumés à regarder les fondateurs de la religion comme des personnages de la plus haute sainteté ; mais sortons , pour un moment , de cette opinion.
S'ils ne crôyoient pas les miracles qu'ils publioicnt , ils étoient des imposteurs , et des imposteurs du genre le plus criminel. L'objet de leur mensonge éloit d'anéantir la religion -de leur pays, de détruire tout ce qui
e\isloit de religions dans l'univers, en apportant une religion nouvelle , qui étoit insociable avec toutes les autres , et dont ils connoissoient la fausseté. Quelle entreprise plus impie que celle-là*, plus abominable, soit dans Tordre de la religion , soit dans Tordre de la morale, plus punissable et dans cette vie et dans l'autre? 11 faut ne pas croire en Dieu , pour en forger un au gré de son imagination ; il faut n'avoir aucune crainte du vrai Dieu , pour en présenter un faux à l'univers. Ces prédicateurs de la foi éloicntik des hommes sans con.-cieucc, des impies, des athées? Ce seroit -à ceux qui le prétendent à le prouver. Dans toute espèce de justice, l'accusateur est tenu à la preuve. Les ennemis des apôtres n'en peuvent apporter aucune eje l'imposture dont ils les accusent ; leur seule raison est que les apôtres ont menti au sujet des miracles de Iéur maître. Ainsi ik ne donnent d'autre preuve delà scélératesse des apôtres, que la publication des miracles; et de \a fausseté des miracles, que la scélératesse des apôtres.
Nous pourrions nous en tenir là. L'impuissance de prouver l'accusation suffiroit pour la faire tomber. Mais , si on ne peut appuyer d'aucune raison celle grave accusation , démontrons-en la fausseté; montrons
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que, soit qu'on examine les écrits des apôtres, soit que Ton considère leur conduite, tout repousse jusqu'au soupçon du crime dont on veul les charger.
XII. Je cherche' d'abord dans ce qu'ils ont écrit quelque fondement à celle accusation d'impiété, et j'y trouve absolument le contraire. Si les écrivains sacrés étoient de» imposteurs, des impies, présenteraient -ils dans leurs évangiles le système de religion qui donne la plus sublime idée de la divinité , qui porte le plus efficacement les hommes à la chérir, par la contemplation do ses immenses bienfaits , à la redouter par l'expectative de ses terribles châlimens? Montreraient -ils le zèle qu'on voit briller partout à former les hommes à la piété la plus solide et la plus affectueuse (9) ? Si les écrivains sacrés étoient des imposteurs, des hommes immoraux, publieraient -ils le code de morale le plus entier, le plus pur, le plus parfait que le monde ait jamais reçu (10) , un code de morale si saint, que les incrédules eux-mêmes sont forcés de le respecter et de l'admirer? Si les écrivains sacrés étoient des imposteurs, des fourbes, oseraient -ils prêcher continuellement la sincérité , l'horreur du mensonge , annoncer un Dieu qui lit jusqu'au fond des cœurs , présenter leur
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maître tonnant contre l'hypocrisie ? Voilà f il faut l'avouer, des criminels d'une espèce que l'on n'a jamais vue et que Ton ne verra jamais; qui parlent et écrivent sans cesse, et sans jamais se trahir , contre toutes leurs idées , contre toutes leurs affections , et qui emploient leur scélératesse à rendre l'univers vertueux, et tous leurs efforts à y établir solidement les vertus diamétralement opposées à leurs vices.
XIII. De leurs écrits je passe à leur conduite personnelle , et j'examine' si elle est en opposition avec leurs principes. Qqe l'on nous dise quelle est ta vertu ta plus sublime , la plus pénible, dont, en apportant le précepte, ils ne présentent pas l'exemple (n)?
Ils prêchent le mépris des richesses ; et , pour suivre Jésus-Christ , ils ont tout quitté (12) ; * et leur pauvreté est telle , qu'au milieu des rudes travaux de l'apostolat , ils sont obligés de travailler encore de leurs mains pour obtenir leur subsistance. Ils prêchent la mortification , et on ne peut contempler sans et froi tout ce qu'ils ont à souffrir de maux do tout genre dans leur laborieuse* carrière ; ils prêchent l'humilité, et, soit dans leurs plus brillans succès, soit dans leurs plus rudes contradictions , on- ne voit pas .en eux un moment de jactance (i5); souvent obligés do
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se justifier, ils ne se vantent jamais. Ils prêchent le pardon des injures , et continuellement calomniés , persécutés, jamais il ne leur échappe une parole de ressentiment , ils ne se permetteut pas même une plainte.
Ils prêchent la sincérité (et c'est la vertu dont il s'agit spécialement ici), et leur candeur est si entière -, qu'ils racontent eux-mêmes leurs défauts et leurs fautes; leur ignorance, qui ne leur permetloit pas de comprendre ce que Jèsus-Ghrist leur disoit .de plus clair , leur ambition , qui les faisoit aspirer à des grandeurs ; leur jalousie , qui les meltoH en rivalité pour les places du* royaume attendu; leur lâcheté, qui leur fait à tous abandonner leur maître, et qui le fait ensuite plus honteusement encore renier par leur chef ; leur incrédulité, leur lenteur à croire ce que leur divin maître ayoit prédit. Nous ignorerions toutes ces faiblesses, si eux-mêmes ne les rapportaient pas, et ils les rapportent spontanément , sans que rien les y oblige , sans que ce récit soit nécessaire à la suite de leur histoire (i4). Et ce sont des hommes qui présentent un trait d'ingénuité aussi éclatant , dont on ne connoît peut-être aucun autre exemple , que l'on accuse de fourberie ! ce sont des hommes qui se montrent , dans toutes les circonstances , des modèles de toutes
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les vertus dont on veut faire des monstres de scélératesse (i5) !
XVI. Nous avons aussi des témoins irrécusables de la constante vertu des apôtres.
Ce sont leurs propres, ennemis , leurs t persécuteurs , qui, les injuriant, les chargeant d'opprobres , n'ont jamais intenté un reproche à leur probité. Quel moyen eût été plus propre à décrier la nouvelle religion., que les vices de ceux qui la prêchoient ? Àrdens et habiles, comme ils Pétoient, à saisir tous les moyens de la combattre, peut-on douter que les Juifs et les païens n'eussent saisi avidement celui-là? Puisqu'ils ne l'ont pas fait, ils ne l'ont pas pu : leur silence sur la probité des apôtres en est la plus sûre apologie. On nous dira peut-être que ce n'est ici qu'une preuve négative ; mais selon toutes les règles d'une saine logique, un raisonnement négatif conserve toute sa force, tant qu'on ne lui en oppose pas de positifs.
Après le personnel des apôtres et des évangélUte& , examinons leur narration , la manière dont ils la font, les circonstances dont elle est accompagnée.
XV. La première chose qui frappe , est son étonnante simplicité. Ils racontent les faits les plus extraordinaires , les plus merveilleux, comme ils ^apporteraient des cho-
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ses naturelles ot communes. Toujours historiens» jamais panégyristes» ih ne font aucune réflexion, lors même qu'elles paroîtrôient le plus utiles, soit pour prouver ces faits, soit pour en relever l'éclat. Ils racontent la vie de leur maître; jamais ils ne font son éloge. On ne peut cependant pas douter qu'ils ne fussent pénétrés du plus tendre attachement et animés du zèle le plus ardent pour sa personne. Une narration si simple, si unie , est-elle le langage d'imposteurs , d'hommes qui cherchent à séduire et à surprendre ?
XVL Ceux qui ont ce projet, ont pour premier soin de cacher leur fraude. Les apôtres semblent prendre h tache de donner tous les moyens de découvrir celle dont ils auraient pu se rendre coupables. Pour faire croire leurs mensonges, les imposteurs ont soin d'en placer le théfttre ou l'époque à des lieux ou à des temps tellement reculés, que la vérification eh soit difficile. Les apôtres suivent la marche contraire. C'est dans le Heu, dans le temps od la mémbire de leur maître est encore toute récente , c'est dix jours après avoir quitté la terre , c'est dans la ville même où il vient d'opérer le plus grand nombre de ses prodiges, qu'ils les publient. Les imposteurs commencent par se-
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mer obscurément leur doctrine, avant de la mettre au grand jour. C'est dans le jour où une fêle solennelle allire à Jérusalem un grand concours de monde de loulcs les parties de la Judée , et même des pays étrangers» qu'ils y ouvrent leurs prédications : ainsi, c'est devant tous ceux qui ont dû être témoins des miracles , qu'ils les annoncent. Toutes les personnes qui les entendent savent, à n'en pas douter, si ces miracles sont réels ou supposés : si quelques-unes n'en sont pas instruites personnellement , il leur est facile de s'en informer sur-le-champ. Pour faciliter encore celte vérification , les apôtres indiquent hautement les lieux oti les prodiges se sont opérés , les personnes qui en ont été les objets. Par Ui ils invitent h l'examen , ils provoquent la contradiction. Tout Jérusalem savait si , quelques semaines auparavant, à Bélhanic , qui n'en étoit distante que de quinze stades, Lazare avoit été ressuscité.
Tout ce qui se trouvoit à Jérusalem pouvoit facilement, dès le jour même, s'en assurer.
On pouvoit de même savoir ou s'informer promptement si à Jéricho , dans le même temps, Jésus-Ghrist avoit guéri un aveugle; dans Capharnaum, un démoniaque , la belle mère de saint Pierre, le domestique d'un centenier ; si , dans le désert de Bethsaïde , il
avoit nourri cinq mille hommes avec cinq pains ; si f dans la ville de Naïm , il avoit ressuscité le fils d'une veuve; s'il avoit rendu la vie à la fille d'un chef de la synagogue, nommé Jaïre. Il eu étoit de même de tous les autres miraçlcs. Il étoit moralement impossible qu'à l'occasion de la fête , il ne se trouvât pas à Jérusalem des gens de ces divers pays , instruits de la vérité ou de la fausseté des faits annoncés, et dont la déposition ne confirmât ou ne contredit pas le témoignage des apôtres. Ces circonstances favorables à la narration des miracles si elle étoit véritable , l'anéantissoient si elle étoit fausse. Les apôtres auroient-ils osé la produire devant tant de témoins , s'ils n'avoient pas été assurés de sa vérité? N'auroient-ils pas redouté les suites humiliantes et périlleuses -d'un démenti? Le démenti n'eût-il pas eu lieu, *i les faits n'eussent pas été bien publiquement connus? Si le démenti avoit eu lieu sur un seul miracle, se serait-il fait un seul chrétien ?
XVII. Voici qui est plus fort encore. Non seulement les apôtres publient les miracles de leur maître devant ceux qui dévoient en avoir connoissance , mais ils invoquent encore la connoissance qu'ils en ont. Saint Pierre réclame leur propre témoignage. Il ne craint
pas de leur dire , et à plusieurs reprises»
qu'ils savent la vérité de ce qu'il leur rappelle (16). Supposons que les miracles n'eussent pas été réels , et que personne n'en eût eu connoissanec : quel effet une assertion aussi ridicule, aussi effrontée , auroit- elle produit sur tout l'auditoire? Que les incrédules jugent eux-mêmes le genre d'impression que produiroit sur eux un homme qui , afin de leur persuader des faits extraordinaires, leur souliendroit qu'ils les savent parfaitement» tandis qu'ils n'en auroient aucune idée.
XVIII. Une autre circonstance prouve encore manifestement la vérité des témoignages rendus par les apôtres et par les autres disciples à la puissance miraculeuse de leur maître : c'est leur unanime et invariable -conformité (17). Ils se répandent dans une multitude de pays , et partout ils annoncent les mêmes merveilles , sans se couper eux-mêmes dans leurs dépositions , sans se contredire réciproquement dans leurs récits. D'où peut venir ce concert si admirable , siqon de la vérité? Il n'y a que la vérité qui soit une, et qui puisse dicter à tant de personnes, dans tant de lieux, pendant tant d'années, des relations constamment les mêmes. Pour attribuer un accord aussi exact au mensonge , 1. 12
il faudrolt soutenir ou qu'il a élé produit parle hasard, et sans que les apôlres se fussent concertés, ou qu'il est le résultat d'une convention faite entre eux. La première hypothèse est non seulement déraisonnable , mais ridicule. Elle présente un effet sans cause. Pour la réfuter, il suffit de l'exposer. La seconde supposition est également absurde. Le nombre seul de ceux qui auroient dû entrer dans ce criminel traité , en montre l'impossibilité. D'abord, que les douze apôr très et les évangélistes eussent fait et souter nu toute leur vie invariablement un tel complot, seroit déjà 1 une chose incroyable : mais il auroit fallu, de plus, qu'ils eussent pour complices la nombreuse troupe des disciples , tant hommes que femmes; il auroit fallu que dans cette multitude de personnes 9 il ne s'en fût pas trouvé une seule honnête, que l'horreur d'un aussi grand crime eut arrêté; il auroit fallu que , dans le cours de tant données, il' ne fût venu à aucune d'elles un re-r pentir; il auroit fallu qu'il ne leur fût échappé pendant tout ce temps aucune indiscrétion. Considérons que la plus légère révélation faite aux ennemis nombreux et puis^ sans de la religion naissante , livroit les auteurs et les complices de l'imposture, non seulement % un éternel opprobre, mais au$ '
plus cruels supplices. Il est contraire à la raison d'imaginer qu'un semblable accord ait pu se former; plus contraire encore de croire qu'il ait pu se soutenir. Pour concevoir un tel projet, il faudroit que plusieurs centaines d'hommes , sans exception , eussent été des prodiges d'extravagance et des monstres de scélératesse. Pour l'exécuter, il faudroit que tous ces mêmes hommes eussent été en même temps des modèles de prudence et des héros de fidélité,
XIX. Je dis que dans les écrits qui composent le Nouveau Testament on n'aperçoit point de dissonance, qu'il n'y a point de contradictions; mais il y a des différences sensibles. La variété des styles, la manière de raconter les mêmes faits , les uns omettant des circonstances que rapportent !ss autres; ceux-ci plaçant après ce que ceux-là mettent auparavant , et d'autres diversités encore , prouvent évidemment que ces différens ouvrages ne sont pas de la même main , et qu'ils sont de plusieurs auteurs qui ne se sont pas concertés en les écrivant (18). Des hommes qui auroient fait un accord pour tromper , n'auroient donné au monde qu'un seul livre , qui n'auroit pas donné de prise à ce genre de critique. On voit dans les évangiles quelques récits qui semblent présenter de la contra-
riété; par exemple, entre saint Matthieu et saint Luc, dans les généalogies qu'ils donnent de Jésus-Christ. Ces apparences d'opposition ont fourni à quelques incrédules des objections contre la vérité de l'histoire évangéli- .que. En conciliant ces prétendues contradictions , on a réfuté leurs vains argumcns , et on a montré que, loin de prouver la fausseté du récit des écrivains sacrés , ce qui paroît être entre eux des oppositions, prouve au contraire leur sincérité, et fait voir qu'ils ne se sont pas concertés pour mentir (19)* a Le mensonge est circonspect. S'il doit pas- » ser par des plumes différentes, il s'attache » à une scrupuleuse et servîle uniformité. Il » n'y a point de dépositions plus unanimes » que celle des faux témoins, lorsqu'ils ont » pu s'aboucher : mais l'écrivain que dirige » et qu'inspire la vérité , rapporte ce qu'il » sait, sans avoir besoin de s'informer de ce » qu'on a dit avant lui. Il ne craint ni con- » Iradiction, ni démenti. Si dans son récit, » comparé avec les autres , il se rencontre » des variantes difficiles à concilier, il se » met au-dessus de ces minutieuses critiques , » et se repose sur la vérité elle-même du 1» soin de résoudre des difficultés qu'il n'a » pas daigné prévoir (20). >