‹ Dissertations sur la vérité de la religionChapitre 33 sur 53 · XX. Invariablement unanime , le témoi · texte numérisé non relu

XX. Invariablement unanime , le témoi

gnage des premiers prédicateurs de l'évangile est encore constamment persévérant; et c'est un nouveau caractère , qui porte au plus haut degré d'évidence sa vérité et la sincérité de ceux qui Font rendu (21). La persécution suscitée contre eux commence avec leur prédication. Leur maître la leur avoit pré^dile. Il leur avoit déclaré que les persécutions qu'il avoit éprouvées se prolongeroient sur eux; qu'il les envoyoit comme des brebis au milieu des loups; qu'ils seroiènt poursuivis de ville en ville, traînés devant les con seils , les synagogues , les présidens , les rois ; qu'ils seroient jetés dans les prisons, en haine à tout le monde, battus de verges, crucifiés, mis à mort (22). C'est avec la conviction intime de tous les maux épouvantables qu'attirera sur eux leur ministère , qu'ils l'entre preunent. C'èst avec l'épreuve douloureuse de tous ces maux qu'ils la continuent sans relâche. L'Esprit saint me repète, dit saint Paul , que les chaînes et les tribulations m'attendent; mais jè ne crains rien de tout cela : je ne regarde pas ma vie comme plus précieuse que moi, pourvu que je consomme ma carrière et le ministère de la parole que j'ai reçu de Jésus Christ (23),

Avant dp pousser plus loin notre raison-

â;<> DISSBBTÀTIONS

nenient , faisons deux observations qui n'y sont certainement pas étrangères*

XXI. i° Voici une manière bien extraordinaire qu'emploie Jésus-Christ pour trouver des prédicateurs de sa religion. Quand un imposteur veut s'attacher des disciples et des prôneurs , il leur donne de magnifiques espérances , il leur promet des richesses , des plaisirs , des honneurs , tout ce qui flatte les désirs humains. Pour la prédication de son évangile Jésus-Christ emploie le moyen contraire. S'il voit ses disciples mus par des pensées d'ambition, il se hâte de les réprimer; et à la place de ces vues flatteuses, il leur présente l'expectative du douloureux calice qu'il doit boire lui-même (a4). C'est en offrant tout ce qui répugne le plus à la nature, les humiliations, les persécutions»

les spoliations» les souffrances, la mort» qu'il imagine de se former des apôtres; et il en trouve » et rl leur inspire autant d'ardeur pour les maux affreux qu'il leur promet , qu'ils en avoient pour tous les biens de ce monde. Si Jésus- Christ est un imposteur, il prend , pour se donner des complices , le moyen le plus propre à lui en ôter. Si les apôtres sont des fourbes , ils le sont devenus par le motif le plus fait pour les détourner de l'être.

XXIL 2 0 En rapportant dans les évangiles la prophétie qu'avoit faite leur maître des souffrances qu'ils éprouveroient, les apôtres prenoient l'engagement de les subir* Si après cette prédiction qu'ils publioient , on leur avoit vu mener une vie commode et aisée, si on ne les avoit pas vus, au contraire , en proie à tous les maux qui leur étoient annoncés , on leur suroît objecté avec avantage la fausseté des prédictions de leur maître f et la contrariété de ce qu'ils disoient avec ce qu'ils faisoient. Ils sont donc évidemment entrés dans le ministère apostolique , en sachant combien il leur seroit pénible (25).

XXIII. Et leur attente' n'a pas été trompée! On peut lire dans les épîtres de saint Paul aux Corinthiens , le détail des maux auxquels ils étoient continuellement livrés (26) , des persécutions violentes que* lui-même avoit spécialement éprouvées (0 7); et il en étoit de même des autres prédicateurs apostoliques. On s'étonne que des hommes aient eu la force de soutenir tant de fatigues , tant de veilles, tant de travaux, tant de privations, tant de besoins, tant de contrariétés, tant de traverses, tant d'opprobres, tant de périls, tant d'emprisonnemens , tant de supplices, tant de souffrances de toute espèce !

Ce n'est pas un seul tourment , c'est toutes les sortes de tournions qu'on leur inflige ; ce n'est pa$ en un seul lieu , c'est partout où est répandu l'évaOgile ; ce n'est pas un seul témoin des miracles de Jésus- Christ , c'est tous ceux qui les publient; ce n'est pas dans un seul temps , c'est pendant tout le cours de leur vie. Depuis le jour où ils entrent dans la carrière apostolique , jusqu'à celui où ils la terminent, ils ne cessent d'être entre la double tentation des tortures les plus cruelles , s'ils persévèrent dans leur témoignage ,.dè tous les avantages temporels s'ils le rétraolent. Sûrs d'être, en soutenant leur déposition, avilis, dégrades, tourmentés, immolés; assurés d'être, en là démentant, loués, honorés, enrichis, comblés de biens, ils peuvent d'un seul mot se délivrer de tous leurs maux, changer la vie misérable qu'ils mènent en une vie pleine de délices; et dans cette troupe nombreuse , pas un ne profère ce mot qui lui seroit si utile , pas un ne se désiste de l'assertion qui lui est si fatale. Ils la soutiennent devant les tribunaux où on les traîne; ils en font retentir les prisons où on les jette; ils la répèlent encore sur les échafauds où on les égorge ; car c'est là que sè termine le terrible combat de la persécution là plus violente contre le témôi-

StTR LA RELIGÎOPT. •

gnr.ge rendu aux miracles. Tous les apôtres > excepté un seul, selon une tradition très antique et très accréditée , un grand nombre de disciples, scellent de leur sang les vérités qu'ils ont publiées , et expirent martyrs («28). Quel autre motif que le zèle de la vérité, a pu lès engager à cette inébranlable constance? S'ils sont des faussaires, qu'espèrentils au-delà de cette vie (29)?

XXIV* On nous dit que d'autres religions ont eu aussi leurs martys.^ Passons l'assertion qui pourroit être sujette à de grandes discussions. Mais la différence est extrême entre ceux-là et les premiers chrétiens : elle consiste en ce que les uns mouroient pour soutenir des opinions, et que ceux-ci se sont (ait égorger pour attester qu'ils avoient vu des faits. Le martyre prouve la persuasion de celui qui le subit : il ne prouve pas la vérité de ce dont il est persuadé. On peut se laisser immoler pour des opinions fausses , parce qu'on peut se tromper sur des opi nions; mais sur des faits frappans, tels que sont des miracles que l'on a aperçus par tous ses sens , l'erreur est impossible. Le martyre des disciples de Jésus-Christ démontre leur sincérité : voilà tout ce que nous prétendons. Que le martyre des sectaires atteste aussi leur bonne foi, nous n'avons pas

h le contester, puisque de leur bonne foi à ïa vérité de leur secte il y a encore loin. En prenant le mot martyre dans son sens strict, nous pourrions dire qu'il n'y a que les disciples de Jésus-Christ qui aient été martyrs. C'est un terme grec qui signifie témoin (3o). Les premiers chrétiens ont été témoins des vérités pour lesquelles ils sont morts; ceux des autres religions n'ont été que victimes des dogmes dont ils faisoient profession.

XXV. L'incrédulité que n'arrête , dans ses hardies assertions, aucune absurdité, n'a pas craint de dire que les apôtres n'étoient pas sans intérêt dans leur prédication : elle n'a pas rougi d'avancer qu'ils trouvoient dans leur ministère une subsistance assurée et une vie commode , sans rien faire. Et comment Jésus-Christ la leur auroit-il donnée , lui qui n'avoit pas seulement où reposer sa tête? D'ailleurs ne voyons-nous pas souvent les apôtres, du vivant de leur maître, reprendre leur métier de pêcheurs, y revenir encore après sa résurrection? Ne voyons^ nous pas saint Paul travailler de son métier pour se procurer la subsistance? Ils ne trouvoient donc pas une vie assurée dans leur ministère ; et certainement avec tout ce qu'ils avoient à essuyer de travaux, de fa-

figues, de souffrances, ils en tiroient encore moins une vie commode et douce*

XXVI. « D'autres incrédules disent que » c'est une tentation bien flatteuse et bien » faite pour porter aux plus hautes enlre- » prises, que celle d'une gloire brillante, de 0 passer dans les siècles à venir pour les lu- » mières du monde, pour ses réformateurs. »

XXVII. J'ai déjà eu occasion de discuter cette difficulté en traitant des miracles en général (3i). Il ne me reste qu'à répondre à l'application qu'on fait du principe au témoignage des apôtres.

i° Quand on travaille pour l'intérêt de la gloire , c'est pour la sienne. Ici les apôtres auroient travaillé aussi laborieusement pour la gloire d'un autre : un autre auroit eu tout l'honneur, et eux toute la peine (3s).

2° Où va-t-on placer cette tentation si délicate, de s'immortaliser dans la mémoire des hommes? C'est dans des personnages simples, grossiers, du dernier ordre de la société (33).

3° Pour parvenir à cette gloire dans la postérité, il falloit que les apôtres passassent par les injures et les opprobres de la génération présente.

4° Et c'étoit là tout ce qu'ils pou voient envisager d'assuré et même de vraisemblable.

Toutes lès considérations humaines démon- Iroient l'impossibilité de l'entreprise. Qu'elle échouât, comme selon le cours de la nature elle devoit indubitablement échouer, au lieu de gloire une honte éternelle s'attachoit à la mémoire de ses auteurs.

XXVIII. Nous^ le disons donc avec confiance : tout homme qui forme un projet se propose un but, est mu par un intérêt. Ici on ne peut apercevoir aucun but humain , aucun intérêt terrestre. Au contraire , tous les intérêts de cette vie doivent détourner les apôtres de tenter l'entreprise , les en faire désister, s'ils avoient été extravagans pour le commencer. Et ils le savoient eux-mêmes, ils le disoient hautement : si nos espérances sont bornées à ce monde , nous sommes les plus misérables des hommes (54). Un seul intérêt étoit capable de les faire agir; l'intérêt, de la vie future, et celui-là ne fait pas les imposteurs.

XXXIX. Aux nombreux témoignages dont tant de preùyes démontrent la sincérité, ajoutons-en deux autres d'un genre différent , qui les confirment et leur donnent un nouveau poids. Dans la passion de Jésus-Christ , deux de ses apôtres lui sont infidèles. Saint Pierre le renie par foiblesse; Juda le trahit par avarice. Et quelle sera la suite de la lâche-

lé de Pun , de la perfidie de Paulre ? Révéleront-ils aux ennemis de leur màître quelque chose à son désavantage? Certainement, dans le moment où ils lui manquoient aussi essentiellement , rien ne pouvoit les engager à cacher» tout, au contraire , les portait à déclarer ce que, pendant trois ans, ils ' avoient pu remarquer ou apercevoir qui lui fût contraire. Des espérances flatteuses auroient dû tenter Juda, que la modique somme de trente deniers avoit rendu traître.

Lâ crainte des chefs de la nation devoit intimider saint Pierre, que la voix d'une servante avoit rendu foible. Au lieu de cela, nous voyons Juda s'accuser d'avoir livré le sang du juste , reporter l'infâme salaire qu'il avoit reçu , et dans le transport de sa douleur, aller terminer lui-même ses jours h une potence. Nous voyons saint Pierre ; sur un simple regard div son maître , pénétré du plus cuisant remords , répandre des larmes a mères. Déistes, cherchez où vous le voudrez d'autres motifs h la sévère et longue pénitence de saint Pierre et à PalFreux desespoir de Juda, que la conviction intime, acquise par une fréquentation continuelle de trois années, de l'innocence de Jésus-Christ. Se fussent-ils aussi vivement reproché leurs crimes ? en eussent-ils eu un si ardent re-

pentir? en eussent-ils été aussi violemment tourmentés , s'ils n'euseent pas été entièrement assurés de la réalité des miracles qu'il leur avoit fait voir ? Entreprendra-t on de nier ces faits , sur le prétexte que ce sont des apôtres qui les rapportent? Mais d'abord, sur celui de saint Pierre , quel autre motif que la vérité pouvoit les engager à révéler la chute de leur chef , si humiliante pour lui , et dont la honte rejaillissoit jusque sur eux? Quant au fait de Juda , l'évangélisle qui le rapporte huit ans au plus après qu'il s'est passé , y joint une circonstance qui en démontre la vérité. C'est que de l'argent rapporté par ce^ traître, il a été acheté pour la sépulture des étrangers un champ qui 9 du titre de son acquisition , s'appelle encore le champ du sang (35); et saint Pierre confirme le récit de saint Matthieu , en invoquant le témoignage de tous les habitans de Jérusalem (36). Auroient-ils osé, auroient-ils pu, sans être démentis , rapporter une telle circonstance , dont la vérité ou la fausseté étoit nécessairement connue de tout le monde , s'ils n'avoient pas été certains de sa réalité ? S'avise-t-on, pour persuader le public, de réclamer la notoriété générale , quand on sait qu'elle est contre soi ?

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