‹ Dissertations sur la vérité de la religionChapitre 7 sur 53 · XX DISCOURS · texte numérisé non relu

XX DISCOURS

voulu sonder l'inaccessible Majesté, il sera accablé du poids de la gloire (9).

Voyez l'orgueil, qui engendra llincrédulité, se manifester dans les titres pompeux dont elle se décore. .Ses apôtres se proclament hautement les libérateurs du genre humain, qu'ils affranchissent de la superstition; les bienfaiteurs de l'humanité, à qui ils apportent le bonheur; les apôtres de la vérité, qu'ils répandent sur la terre. Ils s'arrogent exclusivement la qualité de philosophes, et peut-être avons-nous à nous reprocher trop de facilité à leur accorder ce titre fastueux qui a pu cbntribuer à leurs succès. Eux, philosophes ! Ah! la philosophie est Tusage de la raison , elle n'en est pas l'abus. Certes , il fallut une tout autre philosophie que celle dont se vantent les incrédules, pour embrasser le christianisme malgré tous les obstacles qui s'opposoient à son établissement; pour abjurer les préjugés , supporter les mépris , affronter les dangers, subir les supplices, braver les tyrans. La philosophie n'a pas changé depuis ce temps; ce qu'elle étoit alors, elle l'a constamment été, elle l'est

préliminaire, xxj encore, elle le sera toujours. Dans tous les siècles le vrai chrétien aura seul droit de dire avec saint Cyprien : « C'est nous » qui sommes philosophes , non de pa- » rôles, mais de fait; qui montrons de » la sagesse non les vaines livrées, mais » la vraie pratique, et de la vertu non » la jactance , mais la constante réa- » lité (10). »

Suivez les incrédules -dans leurs funestes écrits : vous y verrez encore percer à chaque pas l'orgueil qui causa leur erreur, et qui ne contribue que trop à la propager. Car rien n'est plus propre à en imposer à la multitude, que ce ton affirmatif et impérieux , qui commande l'opinion et qui interdit le doute; il suppose la conviction intime de celui qui •Temploie, et par cela seul il l'inculque aux autres : on ne persuade jamais mieux que lorsqu'on a l'air profondément persuadé , et le plus sur moyen de bannir toute incertitude, est de n'en montrer aucune.

J'userai à cet égard d'une comparaison, peu digne peut-être de la gravité de cette matière, mais que sop extrême jus-

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4 esse doit me faire pardonner. Nous avons souvent été étonnée-dû prodigieux succès qu'obtiennent dans Jes rues et dans les places>publiques«es hommes adroits, qui attirent autour <Feux la multitude -par l'attrait de la curiosité , l'amusent par leur volubilité^ >l'entraînent par leur véhémence , et lut font «nfin acheter à grands frais des remèdes, dans lesquéls souvent elle n'a point de confiance. Tout leur art consiste dans l'audace- de leurs assertions : c'est l'assurance imperturbable de leur ton, l'autorité • avec laquelle ils garantissent l'effet infaillible de leurs secrets, qui abuse î la crédulité, séduit la simplicité^ fixe .^indécision, dissipe la méfiance, en impose à la malignité , et finit par faire triompher même de la prévention. H en est absolument de même de la prédication de nos modernes incrédules; c'est la même charlatanerie , la même confiance dans le ton, la même arrogance dans les manières, la même jactance dans les discours, et, je l'ajoute avec douleur, c'est trop souvent le même succès.

J'ouvre au hasard les ouvrages des in-

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crédules , et qu'y vois-je ? Au lieu de ce ton de simplicié et de candeur qui caractérise la vérité , et dont nos livres saints offrent un modèle si pur, j'y trouve le ton emphatique et obscur des oracles, le ton tranchant de la présomption , le ton arrogant de la hauteur , le ton suffisant de Ja légèreté , le ton méprisant de l'orgueil. Mettent-ils en avant un principe ? c'est un axiome ; le révoquer en doute seroit outrager 4a raison. Présentent-ils un raisonnement? il est terrassant; il faut être de la plus stupide ineptie, ou de la plus révoltante mauvaise foi, pour n'en être pas convaincu. Et tandis qu'ils exaltent ainsi leurs propres productions , ils versent Je mépris le plus insultant sur tout ce qui combat leurs «systèmes : ils traitent sans cesse les preuves du christianisme de vains, argumens d'école-, qui ne valent pas même la peine d'être réfutés; les mystères, d'absurdités dégoûtantes; les miracles, de fables ridicules ; les témoignages qui les garantissent, d'impostures grossières ; les sacremens , de pratiques superstitieuses; le zèle, de fa-

"xxiv Discouns natisme; les frayeurs de l'autre vie, de peurs d'enfans.

Est-ce ainsi que s'exprime la vérité?

Est-ce là le ton avec lequel il lui convient d'être présentée et défendue? La vérité, grande par elte-raême, brillante de son seul éclat, ornée* de sa simplicité , dédaigne ce vain étalage. Elle est confiante sans présomption , digne sans arrogance ,

noble sans fierté, modeste sans timidité :

elle n'annonce pas emphatiquement la lumière, elle la présente; elle ne promet pas fastueusement la conviction , elle la donne. C'est à l'erreur à employer l'effronterie du charlatanisme, la jactance de l'orgueil : de tels moyens sont dignes d'une telle cause, et lui sont nécessaires; ils remplacent les raisons, et peuvent faire croire qu'il en existe; et s'ils sont impuissans -contre la plus saine partie du genre humain , ils ont une funeste influence sur la plus nombreuse.

Il étoit impossible que des maximes aussi perverses n'excitassent pas des réclamations : n'eussent-elles que leur opposition aux principes reçus depuis tant de siècles , elles ne pouvoient manquer

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