‹ Dissertations sur la vérité de la religionChapitre 6 sur 53 · PRÉLIMINAIRE. XV · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE. XV

la téméraire vanité qui, se mêlant à votre libertinage, a été encore une des causer de votre incrédulité.

L'orgueil , ce funeste principe de la perte des anges et des hommes, fut la première cause qui suscita l'incrédulité contre le christianisme. Jésus-Christ avoit à peine commencé sa carrière évangélîque, que la secte des pharisiens s'éleva contre lui. Ces hommes, vains de leur fausse piété, enflés de leurs connoissances dans la loi, fiers du crédit que leur hypocrisie avoit usurpé sur le peuple et dans le Sanhédrin, méconnurent un prophète venu de la Galilée, méprisèrent un Messie pauvre et n'ayant pas où reposer sa tête , dédaignèrent une doctrine d'humilité et d'abnégation, se soulevèrent contre un prédicateur qui démasquoit, con^ fondoit, condamnoit leur vanité; et l'attaquant sans relâche de leurs perfidies, de leurs intrigues , de leurs calomnies , ils consommèrent enfin ce crime mémorable, qui a fait la destinée du . genre humain. La secte pharisaïque a péri ; mais son orgueil lui a survécu* Il continue de poursuivre Jésus -Christ sur ses autels,

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comme il Pavoit persécuté dans le cours de sa vie mortelle. II n a cessé de susciter contre lui les hérésies, qui, se renouvelant de siècle en siècle, changeant continuellement d'objet, mais constamment produites par la même cause, ont toutes été des révoltes d'une raison surperbe contre l'autorité. L'hérésie de notre siècle est la destruction de tout culte, de toute divinité, et elle procède de la même cause que toutes les autres.

Tant que la religion de Jésus -Christ subsistera, elle condamnera l'orgueil de la raison; et tant que la raison ne déposera pas son orgueil , il la soulèvera contre la religion de Jésus-Christ. La loi divine est formelle; elle tient toute intelligence captive sous le joug de la foi ; elle renverse toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu (5); elle est absolue, et ne souffre aucune exception. Tout est égal , dans l'ordre de la foi , entre le savant et l'ignorant, entre le génie le plus profond et l'esprit lé plus grossier. Il est écrit dans nos livres saints : « Je confon- » drai la sagesse des sages, je réprouve- » rai la prudence des prudens. Qù est

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» le sage? Où est le docteur de la loi?

d Où est le savant de ce siècle ? Dieu n'a- » t-il pas rendu insensée toute la sagesse » de ce monde (6) ? » Telle a été la sage économie de la Providence; elle a placé la conviction de sa religion dans des preuves de fait, qui sont à la portée de l'homme simple comme du génie le plus élevé ; et cette conviction acquise , elle exige de l'un et de l'autre un asquiescement également entier, une foi également humble, une soumission également passive.

Une loi aussi impérieuse, qui, pesant uniformément sur toutes les têtes, les met au même niveau, et qui ne laisse aucun. avantage aux talens et aux lumières, rabaisse nécessairement l'orgueil de l'esprit. Cette passion, aussi commune que l'orgueil des richesses , que l'orgueil de la naissance, que l'orgueil des dignités et des honneurs, plus active même dans les esprits qui ont la conscience ou seulement la pénétration de leur supériorité; cette passion blessée se soulève contre la loi qui la réprime. L'homme, jaloux de se distinguer par l'éclat du génie, des ta-

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lens, des connoissances , ne soutient pas l'idée de se voir confondu avec ce vulgaire qu'il méprise, de penser comme le vulgaire , de réfléchir comme le vulgaire, de raisonner comme lé vulgaire, de croire comme le vulgaire, de n'avoir pas plus de mérite dans sa foi que le vulgaire.

Mais l'incrédulité lui offre un moyen de sortir dès routes battues , de s'élever au - dessus de la classe commune. Une opinion nouvelle suppose de nouvelles lumières; une opinion hardie annonce des conceptions grandes et fortes. La raison, enorgueillie de là supériorité qu'elle a ou qu'elle croit avoir , trouve au-dessous de sa dignité de croire ce qu'elle ne comprend pas : fière de ses lumières, elle imagine qu'au-delà de l'horizon qu'elle aperçoit, rien ne peut exister; confiante dans ses forces; il n'y a rien de si élevé qu'elle ne veuille atteindre, rien de si profond qu'elle n'entreprenne de pénétrer , rien de si obscur qu'elle ne prétende éclaircir : elle ose citer à son tribunal jusqu'à la religion, et demander à Dieu compte de ses mystères.

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Il y a une intime correspondance entre la foi et rhumilité d'une part, entre l'orgueil et Pincrédulité de l'autre. La foi commande l'humilité, et Phumilité seule peut conduire à la foi. De même l'orgueil pousse à l'incrédulité, qui à son tour exalte encore l'orgueil. Ainsi tout concourt à éloigner de la foi l'esprit orgueilleux : il repousse la foi, parce qu'en croyant la religion il faudrait pratiquer l'humilité qu'il dédaigne; la foi le repousse, parce que l'insolence de ses pensées est incompatible avec la soumission qu'elle exige. Dès que la foi est le partage des humbles, il est naturel , il est juste que l'incrédulité soit le partage des superbes. 11 est naturel qu'en s'écartant de la route on s'éloigne du terme. Il est juste que le. châtiment naisse de la faute.

L'orgueilleux a prétendu soumettre à sa raison ce qu'elle devoit respecter , il sera abandonné à sa raison; il a méconnu son Dieu , Dieu* ne se fera, pas connoître à lui: il a dit au Seigneur: « Retirez- vous » de nous, nous ne voulons pas de la » science de vos voies (7); » Dieu le punira, en l'exauçant (8); ejfc pour avoir

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