MIRACLES DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST
Les miracles opérés par Jésus-Christ depuis le commencement de sa prédication jusqu'à son retour dans les cieux , sont compris dans un intervalle d'un peu
plus de trois années. Ils sont rapportés dans les quatre Evangiles , et allégués ou supposés dans le livre des Actes et dans les Epîtres des apôtres. J'ai établi l'authenticité de ces écrits. Il s'agit ici de prouver la vérité des faits qui y sont racontés.
I. Rappelons -nous le principe incontestable établi ci-dessus, qu'un fait, quelque éloigné qu'il soit de nous , est rendu certain , quand on a la double certitude que l'historien qui le rapporte n'a pas pu être trompé et n'a pas voulu tromper , qu'il a su positivement le fait, et qu'il le raconte sincèrement. Or, je soutiens que dans toute l'histoire ancienne , il n'y a pas un seul fait dont la relation réunisse plus complètement ces deux certitudes.
II. Une observation importante à faire avant d'entrer dans cette discussion , c'est qu'il est impossible de soutenir à la fois que les écrivains sacrés ont été trompés et qu'ils ont été trompeurs : l'une de ces assertions exclut positivement l'autre. Ou ils ont cru vrai ce qu'ils disaient , ou ils l'ont cru faux. Il ne peut pas y avoir de milieu entre la bonne et la mauvaise foi sur des faits qu'on dit avoir vus. iMais si les historiens des miracles n'ont pu en même temps être séduits et séducteurs, il est possible qu'ils n'aient été ni l'un ni l'autre. Prouvons d'abord qu'ils n'ont pas été abusés.
III. Les témoins des miracles du Sauveur sont, nonseulement les quatre évangélistes et les apôtres qui ont écrit des épîtres, mais encore tous les disciples qu'avait formés Jésus-Christ, c'est-à-dire les soixante-douze dont -.t. Luc fait mention dans son évangile, et de plus, tous ceux qui s'étaient attachés au divin Sauveur, et qui étaient en assez grand nombre. jVous voyons , immédiatement après l'ascension , lors de l'élection de St. Matthias, environ cent vingt fidèles enfermés dans le cénacle (1). St. Paul dit qu'après sa résurrection
(i) Erat aotera tnrba hominnm simul fere centura viginti. i^Act.i^ 5)
Jésus-Christ s'est montré une fois à plus de cinq cents d'entre les frères, dont beaucoup , ajoute -t-il, sont encore vivants , et dont quelques autres sont morts (1). St. Paul n'aurait pas osé hasarder cette assertion , si elle n'eût pas été vraie. Il aurait été trop facile de le démentir, pour qu'il se la permît. Il y avait donc, au retour de Jésus-Christ dans les cieux , plus de cinq cents personnes qui croyaient en lui : c'étaient autant de témoins de ses miracles. D'abord beaucoup d'entr'eux ont partagé les travaux apostoliques, et ont prêché, comme les évangélistes et les apôtres, la vérité de la religion et des miracles qui en sont le fondement. Mais ceux même qui n'ont pas exercé la fonction de la prédication , ont entendu celle des apôtres. Ils savaient positivement si les faits pubhés par eux étaient véritables. S'ils les avaient crus faux, ils les auraient contredits; s'ils les avaient contredits , les ennemis du christianisme , si habiles et si ardents à profiter de tout , se seraient appuyés de leur dénégation. Ainsi , par cela seul qu'ils ne contredisent point le témoignage des apôtres, ils y adhèrent; ils parlent comme eux, en ne parlant pas contre eux. Cette considération du grand nombre de témoins des miracles ^ est par ellemême de la plus haute importance ; et de plus , elle confirme beaucoup ce que nous avons à dire sur notre objet spécial, c'est-à-dire sur la force du témoignage des apôtres , des évangélistes , et de ceux que nous savons avoir dès le commencement prêché directement le christianisme.
IV. On ajoute une foi entière à l'historien qui a écrit sa narration d'après des mémoires authentiques et contemporains (2). On a un motif bien autrement puissant de crédibilité quand il rapporte ce dont il a été
(i) Deinde visus est plusquam qaingentis fratribus siniulj ex quibus niuhi manent usque adhuc, quidam autem dorniierunt. (i. Cor., XV, 6.)
(2) Voyez ci-dessDs , piemière partie, n° txv , jjage 18 5.
témoin. La croyance est encore plus fondée , s'il a été lui-même auteur dans les faits qu'il raconte. Enfin , le motif de certitude est à son comble, si le rapport est fait , non par un seul historien , mais par plusieurs témoins oculaires et ayant part aux faits. Or , nous trouvons l'ensemble de tous ces caractères dans l'histoire évangélique : on aurait peine à les trouver dans les histoires profanes. Les événeinensles plus fermement crus de ces histoires , ne le sont que d'après quelquesunes de ces preuves. Aucun peut-être ne les réunit toutes (1). Ici c'est un grand nombre d'hommes, qui unanimement, les uns de vive voix, les autres par écrit, proclament les faits de la vie de leur maître, et des faits, dont sinon tous, au moins presque tous ont été personnellement témoins (2). Ils disent avec confiance aux peuples parmi lesquels ils se répandent : Ce que nous vous annonçons, ce que nous vous attestons , c'est ce que nos oreilles ont entendu, ce que nos yeux ont vu , ce que nos mains ont louché (3). Ce n'est pas un fait isolé qu'ils ]*ubliLent, c'est une suite de faits perpétuellement renouvelés sous leurs yeux pendant le
(r) Sane commode raihi dicium videtar , aut prorsas credere oportet Jesu dihcipulis , sicat leliqui^ quO'^ne scriptonbas . ant si non bis , ne reliquis q-iidem. Cur eniin si sol. s his viris detrahenda sit fides , non etiam reliqnis omnibas quicumque anqaam, act apud barbaros , vifas, aot orationes, aut comnientaria conscripserant eorora qui variis teniporibns in aliquo génère virtutis, atquc officii praestiteiint. Aut si dicis aliis quidam credeie aequam esse, at his solis non credere, cur non hoc plane ad invidiam referatur. (Eusebius , Demonst. Evang. , lib. ni., cap. 7 )
(2)11 est incertain si les deux évangélistes qni n'étaient pas apôtres, St. Afarc et St. Lac, ont été disciples du Sauveur. Mais ce qui est certain, c'est queux et St. Paul avaient passé leur vie avec les apôtres et les disciples. Ainsi leur temoignagee a autant de poids que s'ils avaient été témoins oculaires.
(3) Qnod fuit ab initio, qnod andivimus, quod vidiraus ocnlis nostris, et perspeximus, et manus nostrae conlrectaverunt de verbo vitae, et vita roanifestata est, et yidiinns, et lestamar, et annuntiamus vobis. ( I. Joan. 1,1.)
Dissert, sur la Relig, 10
cours de trois années. Ce ne sont pas, disait hautement St. Paul, des faits inconnus et cachés, qui se soient passés dans quelque coin obscur (1), n'est à la vue de tout le public , c'est souvent en présence inènie de ses ennemis que Jésus-Christ a opéré ses miracles. Ce ne sont pas des faits préparés, arrangés d'avance, concertés comme on l'a vu jusque dans notre siècle , entre l'auteur et l'objet de prétendu prodige ; c'est à mesure que l'occasion s'offre à lui , c'est sur tous les malades qui viennent se présenter à sa bienfaisance , que Jésus- Christ exerce sa puissance miraculeuse. Ce ne sont pas des faits indifférents qu'on puisse apercevoir négligemment et en passant; il s'agit de l'objet le plus important , de l'intérêt le plus essentiel pour la nation juive, du sort de sa religion , de la reconnaissance de son Messie. Pendant tout le temps qu'il a fait ses miracles, Jésus-Christ n'a pas été quitté un seul moment par ses apôtres, et par une foule de disciples, quelquefois même d'adversaires. Ce n'est pas tout encore : ces apôtres qui publient les faits ^ en ont souvent été eux-mêmes partie ; ils y ont plusieurs fois joué un rôle actif. Par exemple , dans les deux miracles de la multiplication des pains , ce sont eux qui ont d'abord fait la distribution au peuple, et ensuite recueilli les restes. Jésus-Christ a fait marcher St. Pierre sur les eaux, il a fait portera St. Thomas la main dans ses plaies. Il est impossible de réunir plus de preuves de tout genre des miracles de Jésus-Christ, que n'en avaient les apôtres, et d'en avoir une certitude plus complète et glus fortement motivée. Elle est donc évidemment absurde, la supposition que quelques incrédules n'ont pas craint de hasarder , que les apôtres et les disciples ont pu être induits en erreur sur la réalité des faits qu'ils certifient.
0)Latere nih^l hornm arhiuor. neqne eniru in angtilo quiiiquain h<-vi.'ni gestum es.t. {Act.y xxvi, a6.)
SDR L\ RELIGION. 219
V. Pour le soutenir , il faudrait prétendre qu'ils étaient insensés, qu'ils avaient Tesprit absolument aliéné. Mais, en le prétendant, il faudrait le prouver; il faudrait prouver, ce qui est plus incroyable encore, qu'étant tous fous, ils voient à tous le même genre, le même degré , le même objet de folie. C'est ce qui n'aurait été vu que cette seule fois depuis la création.
Cette supposition , que les apôtres avaient l'esprit aliéné, est si ridicule, que je ne crois pas qu'elle ait été produite par qui que ce soit. S'ils eussent éié tels en atîestant les miracles , ils l'eussent été toute leur vie, puisqu'ils n'ont pas cessé de les publier. Comment pourrait-il se faire que , dans tous les pays qu'ils ont parcourus, personne n'eût découvert la folie d'aucun d'eux? Que l'on cherche dans leurs actions, dans leurs paroles, les plus légères traces de cette absence d'esprit. On voit, au contraire, dans leur conduite, une tenue une suite que ne peuvent pas avoir des insensés ; on les voit dans les villes les plus éclairées, enseignant les hommes de toute condition , disputant contre les uns convertissant les autres. La grandeur de leur entreprise, mais surtout son exécution , montre au moins la justesse de leur sens Jamais harangues n'ont été couronnées d'un succès aussi éclatant. Si on veut prétendre que les premiers prédicateurs de l'Evangile étaient des insensés il faut soutenir que tous ceux qu'ils ont convertis magistrats, savants, philosophes, étaient encore plus insensés qu'eux.
VI. « Mais, dit-on, les apôtres, s'ils n'étaient pas « des insensés , étaient au moins d'une ignorance j^ros- «« sière. Une infatigable crédulité formait leur carac- M tère. »
YII. Les apôtres étaient ignorants : à la bonne heure; mais étaient- ils sourds? étaient — ils aveugles? est -il nécessaire d'être savant pour être certain de faits palpables que l'on a sous les yeux? la science est -elle nécessaire pour être certain de ce que l'on voit continuellement pendant trois ans? Sur de tels faits, le
témoignage d'un ignorant est d'un aussi grand poids que celui d'un philosophe. En accordant aux disciples de Jésus-Christ des sens sains et un esprit qui ne fût pas dérangé , on s'ôte le droit de rejeter leur témoignage. Quel est le tribunal où on raisonne ainsi? Combien d'arrêts il faudrait casser, si on admettait que des témoins sont récusables sur lui fait, parce qu'ils sont ignorants.
Les apôtres étaient ignorants quand ils voyaient les miracles de leur maître : l'étaient-ils de même quand ils les publiaient? J'aurai occasion de parler ailleurs de cette différence survenue dans leurs personnes. Mais que l'on considère toute l'histoire de leur vie, que l'on parcoure tous leurs discours : on- verra s'ils étaient en effet, alors, de cette ignorance grossière qu'on leur suppose.
YIII. On attribue à une infatigable crédulité leur croyance des faits miraculeux. 1° En traitant du fait particulier de la résurrection , j'aurai occasion de les laver de ce reproche de crédulité ; 2° mais d'où auraitelle pu venir aux apôtres cette crédulité sur les faits évangéliques? Ils étaient juifs. Les préjugés de leur naissance, au sujet du Messie, devaient les éloigner de croire un 3Iessie pauvre et obscur. Il y a bien loin des idées judaïques sur le Messie , au Messie persécuté et expirant dans le dernier supplice , qu'ils annoncent. En les supposant exempts de préjugés, la crédulité qu'on leur impute serait déjà ])lus qu'extraordinaire; mais avec les préjugés qu'ils devaient avoir, et dont ils conviennent qu'ils étaient imbus , elle est absolument impossible. De plus , la nouvelle doctrine qu'apportait Jésus-Christ était absolument destructive de la religion dans laquelle ils avaient été élevés. Les deux religions ne pouvaient pas subsister ensemble. Il leur a donc fallu des preuves bien frappantes de la vérité de celle qu'ils embrassaient , pour quitter celle à laquelle ils étaient attachés. Ce n'est pas par créduhté que l'on dépose tous ses préjugés et tous ses principes;
3° enfin , considérons que s'il est possible de faire croire à un homme simple des choses incroyables , éloignées de lui , il est absurde de prétendre qu'on lui fait croire des faits palpables, tandis qu'il voit évidemment le contraire; de les lui faire croire continuellement et journellement pendant trois ans de suite; de les faire croire ainsi , non-seulement à un homme , mais à une troupe d'hommes ayant la plus légère dose de sens commun. On accorde qu'ils n'étaient pas insensés : il faut donc l'être soi-même pour lui attribuer une aussi déraisonnable crédulité.
IX. . Les apikres et les évangélistes n'ont pu être induits en erreur sur les miracles de leur maître; mais n'ont- ils pas voulu y induire les autres? c'est ce qu'il s'agit d'examiner.
X. Observons d'abord , avec St. Chrysostôme , que dès qu'on admet, comme nous l'avons prouvé, que ces premiers disciples de Jésus-Christ n'avaient pas l'esprit aliéné^ il est inconséquent de les accuser d'avoir cherché à tromper le monde. L'entreprise seule de vouloir faire croire des miracles qu'ils auraient sus être faux^ de vouloir les faire croire aux Juifs qui en auraient connu comme eux la fausseté , de vouloir les faire croire à tout l'univers païen qui en était si prodigieusement éloigné , eût été le comble de la folie , de la démence. Que l'on considère l'impossibilité du succès , si les miracles ne sont pas réels ; la faiblesse des moyens, les peines et les fatigues auxquelles il fallait se dévouer, les risques évidents auxquels on se Uvrait nécessairement : il sera facile de sentir qu'il n'y a que des cervelles dérangées qui pussent même en concevoir le projet. (1).
(r) Undenam illis in mente m venerit nt sperarent se totnm orbem terrae ^ osse vincere , si non vidissent Cbristum resurrexisse. 'Sum in mentis excessn quippiara taie et inconiiderale et temere cogitarunt. Omnem qnippe amentiam saperat absfjoe Dei gratia tantara reœ perfici posse sperare. Quomodo hoc effecerunt , insanientes et in mentis
XI. Nous sommes accoutumés à regarder les fondateurs de la religion comme des personnages de la plus haute sainteté ; mais sortons, pour un moment, de cette opinion. S'ils ne croyaient pas les miracles qu'ils publiaient, ils étaient des imposteurs , et des imposteurs du genre le plus criminel. L'objet de leur mensonge était d'anéantir la religion de leur pays , de détruire tout ce qui existait de religion dans l'univers, en apportant une religion nouvelle , qui était insociable avec toutes les autres, et dont ils connaissaient la fausseté. Quelle entreprise plus impie que celle-là, plus abominable, soit dans l'ordre de la religion, soit dans l'ordre de la morale , plus punissable et dans cette vie et dans l'autre? Il faut ne pas croire en Dieu, pour en forger un au gré de son imagination , il faut n'avoir aucune crainte du vrai Dieu , pour en présenter un faux à l'univers. Ces prédicateurs de la foi étaient-ils des hommes sans conscience , des impies , des athées? Ce serait à ceux qui le prétendent à le prouver. Dans toute espèce de justice, l'accusateur est tenu à la preuve. Les ennemis des apôtres n'en peuvent apporter aucune de l'imposture dont ils les accusent ; leur seule raison est que les apôtres ont menti au sujet des miracles de leur maître. Ainsi ils ne donnent d'autre preuve de la scélératesse des apôtres, que la publication des miracles ; et de la fausseté des miracles , que la scélératesse des apôtres.
Nous pourrions nous en tenir là. L'impuissance de prouver l'accusation suffirait pour la faire tomber. Mais, si on ne peut appuyer d'aucune raison cette grave accusation, démontrons-en la fausseté ; montrons que,
excessa , bir. vero sanae mentis erant, nt et res ipsae probant , qaorao do non acceptis ex cœlo fîde dignis pignoribas, et supernam non adepti gratiam, ausi cssen' ad tanta exire bella in terra et in mari suscipienda , et nJ mniandos totias oibis raores tanlo tt-mpore contirmalus, Loiu uns duodecim se accinj^ere ausi fuerint, et fortiter stare. (S. Jean. Chrysost. , in primam epist. ad Cor. ^ Hoin. 5, n° 3.)
SUR La religion. 223
soit qu'on examine les écrits des apôtres , soit que l'on considère leur conduite, tout repousse jusqu'au soupçon du crime dont on veut les charger.
XII. Je cherche d'abord dans ce qu'ils ont écrit quelque fondement à celte accusation d'impiété , et j'y trouve absolument le contraire. Si les écrivains sacrés étaient des imposteurs, des impies, présenteraient-ils dans leurs évangiles le système de religion qui donne la plus sublime idée de la Divinité , qui porte le plus efficacement les hommes à la chérir par la contemplation de ses immenses bienfaits , à la redouter par l'expectative de ses terribles châtiments? montreraient- ils le zèle qu'on voit briller partout à former les hommes à la piété la plu- solide et la plus affecliieuse (1)? Si les écrivains sacrés étaient des imposteurs, des hommes immoraux , publieraient-^ils le code de morale le plus entier, le plus pur, le plus parfait que le monde ait jamais reçu (2)? un code de morale si saint , que les
(i) Tir auteiD de praestigiis prorsus inlenlus, et plane despeiatts rebas oume suuju studium iinpendeiis, nonne vel iaiirudens ipbe dt; se ipso indicio sit , quod infandis moiibas, qaod scelestus , qnod obscenas, qaod religioriis iniruicns, qiiod injuslas , quod impius? Quis vero talis sit , nnde et qaoïnodo ea qoae ad religionem pertinent alios doceal ? Quoraodo item quae ad tempeiantiiim, qu£e ad Dei cognitionera , quae ad divinum forum ac judicium sumuii Dei ? ]N"onne his (Jinnibus cuntraria potins fomntendet ac praferat , suae i[)sius nequitis consentanea perpetranb ? Nonne Deunj, Deique providentiani , ac Dei judicium neget? Nonne oiunia de virtute, omnia de inimortalitaie animae verba irrideat? Qaod si quid taie etiam in iis quae ad Salvatorem, Dominnnrjqne nobliuni peiiinent intoeri licuisset, iiihil sane foisset dicendura. At vero, cum in singulis rébus et veibis universi opiHcein Deum patrem invocasse solilura <onstet, talesquequos in disciplinam accipere comparasse, cum etipse temperans fueriî , et verborum quae ad teuiperantiam pertinent ptceceptur , cum ancior praedicatorque veritatis, humanitatis, virtotis nniversae, cura religionis dus et magister, quae omnium regem Deum colit, rur non his consentaneuni sit putare , nihil hornm quae in illo admiramur , ab illo per dolum piaestigiarnm, aat per fallaciam gestum. (Eusei., Demonst. evang.^ lib. m.)
(a) Palchra profecto noslra decipiendi ratio : qnippe qui facimus
incrédules eux-mêmes sont forcés de le respecter et de l'admirer? Si les écrivains sacrés étaient des imposteurs, des fourbes , oseraient-ils prêcher continuellement la sincérité, l'horreur du mensonge, annoncer un Dieu qui lit jusqu'au fond des cœurs, présenter leur maître tonnant contre l'hypocrisie ? Voilà , il faut Tavouer , des criminels d'une espèce que l'on n'a jamais vue et que l'on ne verra jamais; qui parlent et écrivent sans cesse , et sans jamais se trahir , contre toutes leurs idées, contre toutes leurs affections , et qui emploient leur scélératesse à rendre l'univers vertueux, et tous leurs efforts à y établir solidement les vertus diamétralement opposées à leurs vices.
XIII. De leurs écrits je passe à leur conduite personnelle , et j'examine si elle est en opposition avec leurs principes. Que l'on nous dise quelle est la vertu la plus sublime, la plus pénible, dont, en apportant le précepte, ils ne présentent pas l'exemple (1)? Ils prê-
nt ex intemperantibos tempérantes liant, ant stadeant temperantiae ; ex injustis josti sint, aut a i jastitiam tendant : ex jmprudentibas évadant prndentes, aut viara prudentiae sectentur; ex timidis , ignavis, imhecillis , animosi sint et fortes ; qai virtnte tonc praesertim erninent , dura ad pietatem erga Deum omaium conditorem servandam decertant. Origen. contra Ceîs.,\\h. ii , n° 79.)
Quae enim per Dei gratiam recte agere potneront publicani et piscatores, haec pbilosopbi, tyranui, et, ut ita dicani , totus orbis innumera circamcurrens, ne imaginari quidem potait, Quid enim crux non induxit? De immorralitate animae sent«*ntiam, de reMirrectione corpornm, de despeciu praesentium, et de falnrorum deaiderio, homines angelos fecit : et omnes ubiqae philosophantur , ubique virtutem exhibent. {S. Joan. Chrysost.y in epist. primam ad Cor., Hom. iv , n" 3. )
(i) Qais igitur men'is sanitate prseditus, non ab illis protinns argamentans omni fide dignos illos judicaverit ? Viros qnidem absque controversia ignnbiles, litterarnmque ignaros, loqaendiqae imperitos: at in sanctae ac philosopbicae doctrina; amorem progresses ; et strenuam laboriosamque vilam amplexos : qaam qaidem inedia et abstinentia , tam a vino, tara a carnibus pinrimis, item affectionibus corporis atqae orationibas, snpplicationibusque ad Deam, ac maito
client le mépris des richesses; et, pour suivre Jésus- Christ , ils ont tout quitté (1) ; et leur pauvreté est telle, qu'au milieu des rudes travaux de l'apostolat, ils sont obligés de travailler encore de leurs mains pour obtenir leur subsistance. Ils prêchent la mortification, et on ne peut contempler sans effroi tout ce qu'ils ont à souffrir de maux de tout genre dans leur laborieuse carrière ; ils prêchent l'humilité , et soit dans leurs plus brillants succès , soit dans leurs plus rudes contradictions , on ne voit pas en eux un moment de jactance (2); souvent obligés de se justifier, ils ne se vantent jamais. Ils prêchent le pardon des injures; et continuellement calomniés , persécutés , jamais il ne leur échappe une parole de ressentiment , ils ne se permettent pas même une plainte. Ils prêchent la sincérité (et c'est la vertu dons il s'agit spécialement ici ) , et leur candeur est si entière qu'ils racontent eux-mêmes leurs défauts et leurs fautes ; leur ignorance , qui ne leur permettait pas de comprendre ce que Jésus-Christ leuj- disait de plus clair; leur ambition, qui les faisait aspirer à des grandeurs; leur jalousie, qui les mettait en rivalité pour
prias sniuma temperauiia et castitate corporis pariter aique aninii corraxerint. (Iluseb.y Dtmonst. evang^ lib. ixr.)
Eornm virtntisfuit qnod tlonum tatitnra retinerent. Vitam qnippe sanctitate conspicuain (lucebant , multamqne sapientiam extiihebant laboresqae magnos : vitam praesenteni conlemntbant: hamana nihili pendebanl : sed su{)erioits omnibus fneie ; ac, sicut aqnilse levés in altuin volantes , opeàbas ad ipsuin cœlum pert-ngebant. [S. Joari. Chrjnost. , in Joan. , Hum. xxnr, al. xxn , n" 3. )
(i) Apostoli de piscatione lacus Genesareth ad piscationem hominom tiansierunt. Tune babentes paliem, recîe, navicnlam , secnti Dominam , omuia reiiquerunt ; portantes quolidie crucem suam , et ne virgam quidem in manu babentes. [S. Hieronymns ^ eplst. s-cv , ad Rujinum monachum. )
(?.) Vide quiim a iastu alieni sint apostoli, et quam pbilosophi. Non circamenntes se venditant, nec dicunt quo pacto sacerdotes confatarint; neque narrando vanam gloriam captarunt : sed venientes, ea qose a senionbus aadierant simpliciter detmntiant. Hinc discimus ipsos non sede in tentationes injecitse, sed eas qnae infeiebantar fovtiter tnlisse. Alias vero qaisqiiis faissct, forte multitudine frelus, con-
les places du royaume attendu; leur lâcheté, qui leur fait à tous abandonner leur maître, et qui les fait ensuite plus honteusement encore renier par leur chef; leur incréduhté, leur lenteur à croire ce que leur divin Maître avait prédit. JNous ignorerions toutes ces faiblesses, si eux-mêmes ne les rapportaient pas, et ils les rapportent spontanément sans que rien les y oblige , sans que ce récit soit nécessaire à la suite de leur histoire (1). Et ce sont des hon»mes qui présentent un trait d'ingénuité aussi éclatant, dont on ne connaît peutêtre aucun autre exemple, que l'on accuse de fourberie? ce sont des hommes qui se montrent , dans toutes les circonstances , des modèles de toutes les vertus, dont on veut faire des monstres de scélératesse (2).
tamelias etiam protali^set , ac sexcenta gravia locntns esset. At non hi philosophi , sed omnia mansnete et bénigne. (iS. Joati. Chrysost.^ in act. ; Hora. xi , n° 2.)
Credant potins apostolos nostros, nec cura snspicerentur ab hominibns inflatos fuisse, nec cnm despicerentur elisos , Neutra quippe tentatio défait illisviris. Nam et credentinm celebrabantur prfeconiis , et persequentiiim maledictis infamabantar. [S. August.y de Doctrina Chrisci, lib ni, cap. 20, n° 29.)
(i) Addit Celsus : Discipulos Jesu, cum in re manifesta dissimulare nihil possint , id excogitasse , ut dicerent ipsi prcecognita fuisse omnia. At vero non animadvertit ant advertere nolait, ad scriptorum illornm sinceiitatem, qui fateantnr ipsis a Jeso praediclum fnisse : omnes vos scandalizabiniini in me in nocte ista ; seqae rêvera fuisse scandalizatos : hoc etiam fuisse prsedictum Petro : Antequam gallus cantet y ter me negabis; terqne negasse Petram. Nisi enirea sinceri et bona fide fuissent, sed, qaod putat Celsus , figmenta scripsissent, de abnegatione Pétri , de discipuloram scandalo , nunquam fecissent tnentionem. Nam etsi haec acciderint, quis ita accidisse probasset. (Origen. contra Celsum ^ lib. ii, n° i5. )
Tu vero, ut hic vidisti iilorum iroperfectionem, sic disce illornm philosopbicam raenfem , et veracitaiem mirare ; quomodo nempe scribentes, stupiditntem snam , etài magnam, non occnlteat. {S. Jean. Chrysost. in Matth. Hom. lui, al. liv, n" r.)
Perpende autem quam vere loqnantur apostoli , qui nec sua, nec aliéna vitia occnltent, sed veracissime scribant. {Idem , in Joan. Hom. Lxxxvii, al. lxxxvi, n° i.)
(2) Qui vero taies viros ficlionibas usos ac mentitos patant, et
XIV. Nous avons aussi des témoins irrécusables de la constante vertu des apôtres. Ce sont leurs propres ennemis, leurs persécuteurs, qui, les injuriant, les chargeant d'opprobres, n'ont jamais intenté un reproche à leur probité. Quel moyen eût été plus propre à décrier Ja nouvelle religion , que les vices de ceux qui la prêchaient? Ardents et habiles comme ils l'étaient à saisir tous les moyens de la combattre , peut-on douter que les Juifs et les païens n'eussent saisi avidement celui-là? Puisqu'ils ne l'ont pas fait , ils ne l'ont pas pu : leur silence sur la probité des apôtres en est la plus sûre apologie. On nous dira peut-être que ce n'est ici qu'une preuve négative : mais selon toutes les règles d'une saine logique ^ un raisonnement négatif conserve toute sa force tant qu'on ne lui en oppose pas de positifs.
Après le personnel des apôtres et des évangélistes , examinons leur narration , la manière dont ils la font , les circonstances dont elle est accompagnée.
XV. La première chose qui frappe, est son étonnante simplicité. Ils racontent les faits les plus extraordinaires , les plus merveilleux , comme ils rapporteraient des choses naturelles et communes. Toujours historiens , jamais panégyristes, ils ne font aucunes réflexions , lors même qu'elles paraîtraient les plus utiles , soit pour prouver ces faits , soit pour en lelever l'éclat. Ils racontent la vie de leur maître ; jamais ils ne font son éloge. On ne peut cependant pas douter qu'ils ne fussent pénétrés du plus tendre attachement et animés du zèle le plus ardent pour sa personne. Une narration si simple , si unie , est-
tanqDam impostores infamiis probrisqae notare conaniiir, cur non ipsi potins et ridiculisant, et odio , invidiaque digni , tanquam oinnis veritatis inimici habentor. Qai qnidem viros ab omni malitia aliènes, tahiqne sine faco, vereqae sincernm aniinnin in suis sciiptis prae se ferentes, inalitiosos quosdain et callidos andent (ingère sophistas ; tanqnam eos qui quidquid scri[)serint , commenli sint ; et suo praeceptori , quas iile nunquam feoerit , ad graliara iribuerint. l^Eiisebius ^ Demonst. evang.^ lib. iir.)
elle le langage d'imposteurs, d'hoinines (jui cherdienl à séduire ou à surprendre?
XVI. Ceux qui ont ce projet ont pour premier soin de cacher leur fraude. Les apôtres semblent prendre à tâche de donner tous les moyens de découvrir celle dont ils auraient pu se rendre coupables. Pour faire croire leurs mensonges, les imposteurs ont soin d'en placer le théâtre ou l'époque à des lieux ou à des temps tellement reculés, que la vérification en soit difficile. Les apôtres suivent la marche contraire. C'est dans le lieu , dans le temps où la mémoire de leur maître est encore toute rt?cente, c'est dix jours après qu'il a quitté la ten*e , c'est dans la ville même où il vient d'opérer le plus grand nombre de ses prodiges, qu'ils les publient Les imposteurs commencent par semer obscurément leur doctrine , avant de la mettre au grand jour. C'est dans le jour où une fête solennelle attire à Jérusalem un grand concours de monde de toutes les parties de la Judée, et même des pays étrangers , qu'ils y ouvrent leur prédication : ainsi , c'est devant tous ceux qui ont dû être témoins des miracles, qu'ils les annoncent. Toutes les personnes qui les entendent savent, à n'en pas douter), si ces miracles sont réels ou supposés : si quelques-uns n'en sont pas instruits personnelkment , il leur est facile de s'en informer sur-le-champ. Pour faciliter encore cette vérification, les apôtres indiquent hautement les lieux où les prodiges se sont opérés, les personnes qui en ont été les objets. Par là ils invitent à l'examen , ils provoquent la contradiction. Tout Jérusalem savait si , quelques semaines auparavant , à Béthanie, qui n'en était distante que de quinze stades , Lazare avait été ressuscité ; tout ce qui se trouvait à Jérusalem pouvait facilement , dès le jour même, s'en assurer. On pouvait de même savoir ou s'informer promptement si à Jéricho , dans le même temps , Jésus-Christ avait guéri un aveugle ; dans Capharnaum , un démoniaque , la belle-mère de St. Pierre , le domestique d'un centenier ; si , dans le désert de Bethsaide, il avait nourri cinq mille hommes avec cinq pains;
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si , dans la ville de Naiin , il avait ressuscité le fils d'une veuve ; s'il avait rendu la vie à la fille d'un chef de synagogue , nommé Jaïre. Il en était de niénie de tous les autres miracles. Il était moralement impossible qu'à l'occasion de la fête il ne se trouvât pas à Jérusalem des gens de ces divers pays, instruits de la vérité ou de la fausseté des faits annoncés, et dont la déposition ne confirmât ou ne contredit pas le témoignage des apôtres. Ces circonstances , favorables à la narration des ujiracles si elle était véritable , l'anéantissaient si elle était fausse. Les apôtres auraient-ils osé la produire devant tant de témoins, s'ils n'avaient pas été assurés de sa vérité? n'auraient-ils pas redouté les suites humiliantes et périlleuses d'un démenti? le démenti n'eut-il pas eu heu , si les faits n'eussent pas été bien publiquement connus? si le démenti avait eu lieu sur un seul miracle , se seraitil fait un seul chrétien ?
XYII. Voici qui est plus fort encore. Non-seulement les apôtres publient es miracles de leur maître devant ceux qui devaient en avoir connaissance , mais ils invoquent encore la connaissance qu'ils en ont. St. Pierre réclame leur propre témoignage ly. Il ne craint pas de leur dire , et à plusieurs reprises , qu'ils savent la vérité de ce qu'il leur rappelle. Supposons que les miracles n'eussent pas été réels , et que personne n'en eut eu connaissance : quel effet une assertion aussi ridicule , aussi effrontée , aurait-elle produit sur tout l'auditoire? Que les incrédules jugent eux-mêmes le genre d'impression que produirait sur eux un homme qui , atin de leur per-
(i) Viri lïi-aelitae, audile verba haec : Jesam ^'azarcenum , vimm apprfihatnm a Deo m veibi's, in virtutibas, er prodigiis et signis quae fecit Deus per illum in medio vestri, ut vos scifis. (^Act. ii, 22.)
Vos sciiis qood faclum est verbum per nniversam Jadaedm, incipiens a Galilaea , post baptisiuam quod pra;dic;uit Joannes : Jesnm a Nazareth, qaomodo uiixit eam Deus spinfu sancto, et «-iflute : qni pertransit benefaciendo , et sanando oranes oppresses a diabolo: qnoniam Deus erat coin illo. {Act. x, 87 , 38. )
suader des faits extraordinaires, leur soutiendrait qu'ils les savent parfaitement, tandis qu'ils n'en auraient aucune idée.
XMII. Une autre circonstance prouve encore manifestement la vérité des témoignages rendus par les apôtres et les autres disciples à la puissance miraculeuse de leur maître : c'est leur unanime et invariable conformité(l). Ils se répandent dans une multitude de pays , et partout ils annoncent 1rs mêmes merveilles, sans se couper euxmêmes dans leurs dépositions , sans se contredire réciproquement dans leurs récits. D'où peut venir ce concert si admirable, sinon de la vérité? Il n'y a que la vérité qui soit une, et qui puisse dicter à tant de personnes, dans tant de lieux, pendant tant d'années , des relations constamment les mêmes. Pour attribuer un accord aussi
(i) Contemplare praeterea qaantarn et ejusraodi sit illos de rebas gestis Jesu nulltim unquam discrepans verbum protulisse. Si enira de omnibus rébus de quibus ambigitor , atqae in judiciis quae ex legibas exeiceniur, coinmanibusque c«tntroversii.s , consensus testinin cerlum ratumque . id efficit de quo ambigitor ( in ore enim duorum , vel trium teslium consistit omne verbum), cur in bis quoque veritas non consistit ? Cam et daodecim apostoli fuerint , et septuaginta discipuli , et innnmerabilis extra hune numerum miiltiiudo, qui admirabilera in omnibus consensnm servaverint , et rébus ad Jesu gestis leslimonium dederint : non iliud qnidem sine sndore , sed cum tormentorom , omnisqoe ii.juriae, ac deniqae mortis perpessione. (^Euseb., Deinonst. evang. lib. m. )
Qoemadmodum enim in b'ra cim diversae sint chordae, unus tamen concentos est, sic etiam in aposiolorum choro, qaamvis sint diversae personae, una tamen doctrina est; quia et unus artifex erat , Spiritus santtns, qui ipsorum animos movebiit. Idque Paulus oslendens : Sive igitur, inquit, illi ^ sive ego, sic prcedicamus. {S. Joann. Chrysost. Hom. in S. Ignatiutn martyrem , n° 2.)
Denique auctores nostri, in quibus non frustra sacrarum litteraram figitur, et terminalur canon, absit nt iuter se aliqua ratione dissentiant. Unde non imiuerito, cum Ula scriberent , eis Deum , vel per eos locntura, non pauci in scbolisatque gymnasiis , litigiosis disputationibus garrnli,sed in agtis atque in urbibus,cam doctisatque indoctis, tôt tantiqoe popuii crediderunt. Ipsi tam pauci esse debuerant ; ne multiiudine vilesceret, quod religione eoram esse oporteret : nec tamen ita pauci, ut euruni non sit miranda consensio. (5. August. , de Civit. Dei ^ lib. xviii. cap. 41 , n® i.)
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exact au mensonjje, il faudrait soutenir ou qu'il a été produit par le hasard et sans que les apôtres se fussent concertés , ou qu'il est le résultat d'une convention faite entre eux. La première hypothèse est non-seulement déraisonnable, mais ridicule. Elle présente un effet sans cause. Pour la réfuter , il suffit de l'exposer. La seconde supposition est également absurde. Le nonribre seul de ceux qui auraient dû entrer dans ce criminel traité, eu montre l'impossibilité. D'abord, que les douze apôtres et les évangélistes eusseut fait et soutenu toute leur vie invariLJjlement un tel complot , serait déjà une chose incroyable ; mais il aurait fallu de plus , qu'ils eussent pour complices la nombreuse troupe des disciples , tant hommes que femmes ; il aurait fallu que dans cette multitude de personnes il ne s'en fût pas trouvé une seule honnête, que l'horreur d'un aussi grand crime eût arrêtée ; il aurait fallu que dans le cours de tant d'années il ne fût venu à aucune d'elles un repentir ; il aurait fallu qu'il ne leur fût échappé pendant tout ce temps aucune indiscrétion. Considérons que la plus légère révélation faite aux ennemis nombreux et puissants de la religion naissante livrait les auteurs et les complices de l'imposture nonseulement à un éternel opprobre, mais aux plus cruels supplices. Il est contraire à la raison d'imaginer qu'un semblable accord ait pu se former ; plus contraire encore de croire qu'il ait pu se soutenir. Pour concevoir un tel projet, il faudrait que plusieurs centaines d'hommes , sans exception , eussent été des prodiges d'extravagance et des monstres de scélératesse. Pour rexéciiter , il faudrait que tous ces mêmes hommes eussent été en même temps des modèles de prudence et des héros de fidélité.
XIX. Je dis que dans les écrits qui composent le Nouveau Testament on n'aperçoit point de dissonances, qu'il n'y a point de contradictions; mais il y a des différences sensibles. La variété des styles, la ma-
nièie de raconter les mêmes faits , les uns omettant des circonstances que rapportent les autres , ceux-ci plaçant après ce que ceux-là mettent auparavant , et d'autres diversités encore prouvent évidemment que ces diiïcrents ouvrages ne sont pas de la même main, et qu'ils sont de plusieurs auteurs qui ne se sont pas concertés en les écrivant (1). Des hommes qui auraient fait un accord pour tromper n'auraient donné au monde qu'un seul livre, qui n'aurait par donné de prise à ce genre de critique. On voit dans les Evangiles quelques récits qui semblent présenter de la contrariété ; par exemple, entre St. Matthieu et St. Luc, dans les généalogies qu'ils donnent de Jésus-Christ. Ces apparences d'opposition ont fourni à quelques incrédules des objections contre la vérité de l'histoire évangélique. En conciliant ces prétendues contradictions , on a réfuté leurs vains arguments, et on a montré que, loin de prouver la fausseté du récit des écrivains sacrés , ce qui paraît être entre eux des oppositions prouve au contraire leur sincérité , et fait voir qu'ils ne se sont pas concertés pour mentir (2). u Le mensonge est circonspect. S'il
(i) At CQin primo loco quaesivisseinus car a capteris evangelistis praetermishus Lazarus a Joanne solo metuoratus f uisset , respondebamas Spiiitain sanctuin ut cominenii suspicionem praecideret , permisisse nt evangelistae quae ad luiracula Saivaioris pertinerent concordissime de>cribeient ; cura.sse tamen ut alius aliud quidpiam praeteriret ; qaod signam esse peispicnum ipsos, neque callide, deditave opéra, Tinove consensQ, neque ad giaiiarn evaiigelia scripsisse; ita ut oinnes cum quidpi;im iii aliquo deesset , veritatem sine fucû dedararenf. (S. Joaiin, Chrysost. . Honiil. de Lazar. quatrid.)
Tu vero qai dissonaiiti?in illam objicis, perinde facis at si eadera ipsa verba , eosdem loquendi modos prof"erre juberes. Nanti alirid est diverse loqui , aliud pugnantia dicere. {^Idem ^ in Match, proœmiiim Homll. I, n'' 4, )
Quia raulta fecit Dominas Jésus, non omnes omnia conscripserunt : sed alins isia, alius il!a : sumraa tamen concordia veritatis. (5. August. Serm. ccxl, de Festis Paschal. prim. al. de Tempore cxxxix , n° r . )
(a) Atqiii, inquies, om.iino contra accidit. Saepe enim inter se dissentire deprehenduntur. Certe illud ipsam magnum est pro veritate
>• doit passer par des plumes dilîéreutes , il s'attache à « une scrupuleuse et servile unitorniité. Il n'y a point «' de dépositions plus unanimes que celles des faux té— « moins , lorsqu'ils ont pu s'aboucher : mais l'écrivain « que dirige et qu'inspire la vérité, rapporte ce qu'il « sait, sans avoir besoin de s'informer de ce qu'on .. a dit avant lui. Il ne craint ni contradiction , ni « démenti. Si dans son récil, comparé avec les autres, « il se rencontre des variantes difficiles à concilier, - il se met au-dessus de ces minutieuses critiques , et « se repose sur la vérité elle-même du soin de résoudre « des difficultés qu'il n'a pas daigné prévoir (1). »
XX. Invariablement unanime , le témoignage des premiers prédicateurs de l'Evangile est encore constamment persévérant : et c'est un nouveau caractère , qui porte au plus haut degré d'évidence sa vérité et la sincérité de ceux qui l'ont rendu (2). La persécution suscitée contre eux commence avec leur prédication. Leur maître la leur avait prédite. Il leur avait déclaré que les persécutions qu'il avait éprouvées se prolongeraient sur eux ; qu'il les envoyait comme des brebis au
argamentom. Si enim omnia accarate consonassent, quantnra ad tempos et quantum ad loca , et quanlam sid ipsa verba , ex inimicis nemo credituras erat ; sed ex matao hamanoque consensn ha-c scripta fuisse putas^ent ; atqoe hujnsmoJi consonantiam , non ex simplicitate , sinceritateque procedere. Jara vero illa quse , in exiguis rébus deprehendi videtar diversitas , omnem ab illis suspicionem depellit, scribentiumqae fidem claie vindicat. {S. Joan. Chrysost. in Mat th. proœm. Homil. I , n" 2. )
(i) Démonstration évangéliqae , par M. Duvoisin, cinquième édition (chap. V , pag. io8 , 109. )
(2 Qnod si mendacia baec erant, qoae illi ex composito fînxissent, operae pretium erit adiiii<ari quonam pacto tantas nuraerus consensom illura inter se in rebns fîctis, vel usqne ad mortem servaverit ; neque ullus earum rerum foimidine quae illos qui prios sublati fuerant accidissent a societate desciverit ; neque reliquis publiée cootradixerit , prodens ea quae inter ipsos compusaissent. [ Eusebius, Démonst. évang. lib. ui. )
234 DISSEKTATIONS
milieu des loups; qu'ils seraient poursuivis de villr en ville; traînés devant les conseils, les synagogues, les présidents, les rois; qu'ils seraient jetés dans ks prisonSj en haine à tout le monde , battus de verges, crucifiés, mis à mort(l). C'est avec la conviction intime de tous les maux épouvantables qu'attirera sur eux leur ministère, qu'ils l'entreprennent. C'est avec l'épreuve douloureuse de tous ces maux qu'ils la continuent sans relâche. L'Esprit saint me répète , dit 8t. Paul, que les chaînes et les tribulations m'attendent; mais je ne crains rien de tout cela. Je ne regarde pas ma vie comme plus précieuse que moi , pourvu que je consomme ma carrière et le ministère de la parole que j'ai reçu de Jésus- Christ (2).
Avant de pousser plus loin notre raisonnement, faisons deux observations qui n'y sont certainement pas étian gères.
XXI. 1° Voici une manière bien extraordinaire qu'emploie Jésus-Christ pour trouver des prédicateurs de sa religion. Quand un imposteur veut s'attacher des disciples et des preneurs , il leur donne de magnifiques espérances, il leur promet des richesses, des plaisirs, des honneurs, tout ce qui flatte les désirs humains. Pour la prédication de son Evangile, Jésus-Christ emploie le moyen contraire. S'il voit ses disciples mus par des pensées d'ambition , il se lidte de les réprimer ; et à la place de ces vues flatteuses il leur présente
(i) Ecre eo naiito vos sicut oves in medio lapornin... Cavete autem ab hominibus. Tradent eniin vos in conciliis et in synagogis suis : flageUabant vos : et ad piaesides, et ad reges duceraini.... et eritis odio omnibas propter nomen ineara. {I^Jatch. x, i6 et seq.) Vid. ibid. , xxiii, 34 ; xsrv, 9. Marc, xiii , 9. Luc. xxi, 12 , 16. Joann. xv, 20.)
(a^l Spiritus sanctos per oranes c-ivitates mihi proteslainr qaoniam vincula et (ribalationes Jerosolyiuis me raanent. Sed nihil bornm vereor ; nec facio aniiuam meam pretiosiorein qoam me ; ducumodo <;onsomraem cursnin raenm, et ministerium verbi qaod accepi a Doluino Jesn. (^c^ xx, iZ , 24-)
SUR LA RLLIGiO.V. 235
l'expectative du douloureux calice qu'il doit boire luimême (I). C'est en oflVant tout ce qui répaj^ne le plus à la nature, les liuiniliatious, les persécutions, les spoliations , les souffrances, la mort, qu'il imagine de se former des apôtres ; et il en trouve, et il leur inspire autant d'ardeur pour les maux aftreux qu'il leur promet , qu'ils en avaient pour tous les biens de ce monde. Si Jésus-Christ est un imposteur , il prend , pour se donner des complices, le moyen le plus propre à lui en oter. Si les apôtres sont des fourbes , ils le sont devenus par le motif le plus fait pour les détourner de l'être.
XXII. 2° En rapportant dans les Evangiles la prophétie qu'avait faite leur maître des souffrances qu'ils éprouveraient, les apôtres prenaient l'engagement de les subir. Si après cette prédiction qu'ils publiaient , on leur avait vu mener une vie commode et aisée, si on ne les avait pas vus, au contraire, en proie à tous les maux qui leur étaient annoncés, on leur aurait objecté avec avantage la fausseté des prédictions de leur maître, et la contrariété de ce qu'ils disaient avec ce qu'ils faisaient. Ils sont donc évidemment entrés dans le ministère apostolique , en sachant combien il leur serait pénible '2).
(r) Tune accessit ad eam mater filiomm Zebedaei cnm filiis sais, adurans et petens aliqaid ab eo. Qui dixit ei : Quid vis ? Ait illi : Die ut sedeant hi duo iilii mei nuns ad ilexterarn tuam et unus ad sinistrara , in regno tno. Responden'» autem Jésus dixit : >'e.->citis quid petaiis. Potesiis bibere calicem quem ego bibilams snm ? Matth. xx, ao, a c , 22. )
(i) Miram eiiam onde discipolis qui , nt obtreciatores Jesa dicunt, nec eam a raortuis sascitatam vidissent , née eam divinura quippiam esse persaasam habuissent , in mente venisset , non reformidaie quae Magister passas fuerat : intrépide se pericolis commit 1ère , patriamque relinqaere; ut ex voluntate Jesu docirinam sibi ab ipào traditam docerent. Nam aibitror nerainem fore qui, rebns diligenter perpensis, dicat illos tamnltuosam viiam propter Jesu doctriiiam elecluros faisse, nisi eos vehementer persua^isset , et ex suis pra?cpptis vivere. et alios ad ea capessenda adducere : praesertim eam, ut sunt res hu-
XXIII. Et leur attente n'a pas été trompée I On peut lire dans les épîtres de St. Paul aux Corinthiens^ le détail des maux auxquels ils étaient contiuuellement livrés '1) , des persécutions violentes que lui-même avait spécialement éprouvées (2) ; et il en était de même des autres prédicateurs apostoliques. On s'étonne que des hommes aient eu la force de soutenir tant de fatigues , tant de veilles, tant de travaux, tant de privations, tant
luanae, in praesens exitii pericnlum se conjiciat quisquis nova quaecutiique promulgare andet , infensosque sibi reddere quicumque saut piiscis dogiuatibus et consuetudinibus addicii. An non id periculi viderunt Jesu apostoli, cum au^i sunt, non solum Judaeis ex prophelicis serniuiiibos probare eam esse qnein prophétie praedixerant , sed etiain leliquis geniibus , enra qui heri et nudiasieriius cioci aftixus fuerat , banc ultro mortem pro humano génère subiisse. ( Origenï contra Celsuin , lib. i , n° 3r. )
Ergo illi praeceptoris sai exitum non videront , et qnali morte fuerit affectus. Cur igitar post il!am torpissimam illius necem de eo qui raortuQs esset novam theologiam cen^tantissime protulernnl; née ab incœpto deterreri potuerant ? At qaid ex ea re tandem petebant ? Nnm ut eodem supplicio afficerentur ? Sed quis , ullo unquam tempère, nuUa spe proposita, ejusœodi sapplicium manifestom eligeret ? ( Euseb. , Démonst. évang. bb. m. )
îfon enim quaes^us et commodi gratia rebgionem istam comment» sont '. quippe qui el praeceptis et reipsa eam vilara secuti sunt , quae e t voluptatibus caret, et omnia quae habentur in bonis jpernit : et qai non tantum pro tide mortem subierint , sed etiam moiituros esse et scierint et praedixerint, et postea uni versos qui illorum disciplinam secuti essent ,• acerba et nefanda passuros. (^Lactant. Divin. Instit.^ lib. V, cap. 3. )
(i) Usque ad banc horain, el esnrimus, et sitimus ; et colaphis caedimur, et instabiles samus; et laboram-s opérantes manibos nostris. Maledicimnr , et benedicimus : perseculionem patimur , et snstinemus : blasphemamur el obsecramus : tanquam purgamenta bujas " mandi facti sumus , omnium peripsema usque adbac. (i. Cor. iv, II , 12 , i3. )
(2) In laboribas plnrimis; in carceribn* abundantins, in plagia sopramodum; in mortibus fréquenter. Et Judaeis quinquies quadragenas ùna rcinus accepi : ter virgis caesus sum : semel lapidatns sum : ter naufragium feci : nocte et die in profundum maris fui. In itineribussaepe, periculis flnminum, periculis latronum , periculis ex génère, periculis ex gentibas, periculis in mari, periculi* in falsis fra-
de besoins , tant de contrariétés , tant de traverses , tant d'opprobres , tant de périls , tant d'emprisonnements , tant de supplices, tant de souffrances de toute espèce! Ce n'est pas un seul tourment , c'est toutes les sortes de tourments qu'on leur inflige ; ce n'est pas en un seul lieu, c'est partout où est répandu l'Evangile: ce n'est pas un seul témoin des miracles de Jésus-Christ , c'est tous ceux qui les publient ; ce n'est pas dans un seul temps, c'est pendant tout le cours de leur vie. Depuis le jour où ils entrent dans la carrière apostolique , jusqu'à celui où ils la terminent , ils ne cessent d'être entre la double tentation des tortures les plus cruelles, s'ils persévèrent dans leur témoignage, de tous les avantages temporels, s'ils les rétractent. Surs d'être, en soutenant leur déposition , avilis , dégradés , tourmentés, immolés; assurés d'être , en la démentant , loués , honorés , enrichis, comblés de biens , ils peuvent d'un seul mot se délivrer de tous leurs maux , changer la vie misérable qu'ils mènent en une vie pleine de délices ; et dans cette troupe nombreuse . pas un ne profère ce mot qui lui serait si utile, pas un ne se désiste de l'assertion qui lui est si fatale. Ils la soutiennent devant les tribunaux où on les traîne, ils en font retentir les prisons où on les jette , ils la répètent encore sur les échafauds où on les égorge ; car c'est là que se termine le terrible combat de la persécution la plus violente contre le témoignage rendu aux miracles. Tous les apôtres , excepté un seul, selon une tradition très-antique et très-accréditée , un grand nombre de disciples , scellent de leur sang les vérités qu'ils ont publiées, et expirent martyrs (l). Quel autre motif que le zèle de
tribas; in labore et serarama , in vigiliis multis, in famé et siti, in jejnniis ranltis, in frigore et nuditate. (2. Cor. xi, aS et sec/.)
(i) Rogo itaque vos omnes ot obediatis vestrœ justitiae, et omnein
patientiam exerceatis qaam ocalis vestris vidis'is , non modo in bea-
lis Ign;itio et Zozimo, et Rafo, sed eliam in aliis qui ex vobis, ac in
j»so PhuIo, caeterisqae apostolis, persaasi... qnod in debito sibi loco
la vérité, a pu les en^^ager à celle inébranlable constance? S'ils sont des faussaires , quVspèrent-ils audelà de celle vie (1)?
XXI Y. On nous dit que d'autres religions ont eu aussi leurs martyrs. Passons l'assertion qui pourrait être sujette à de grandes discussions. IMais la diflcrence est extrême entre ceux-là et les premiers chrétiens : elle consiste en ce que les uns mouraient ^our soutenir des opinions et que ceux-ci se sont fait égorger pour attester qu'ils avaient vu des faits. Le martyre prouve la persuasion de celui qui le subit : il ne prouve pas la vérité de ce dont il est persuadé. On peut se laisser immoler pour des opinions fausses, parce qu'on peut se tromper sur des opinions; mais sur des faits frappants, tels que sont des miracles que l'on a aperçus par tous ses sens, l'erreur est impossible. Le mariyre des
sinf ;)pad Domiiium, cumque et passi sint.... (S. Polycarp. epist. ad Fhillpp.f n" 9.)
Queni imitantes apostoli , nt qui vere essent gnostici et perfecti, pro ecclesiis qnas fandarunt, passi sunt. (5. Clemens Alex. Strom.f lih. IV , cap. 9.)
(i) Qiiod si qnis hvc evangelistarnm fîfjmenla esse opinatur, cur non potius fijimenti fueiint qnae adversns Jesnin , et chriiiatios infensuni odium coniFnentnra est. Veritas autem qu* litteris mandaveruiit ii qui omni génère pœnaram propter Jesn dociiinam piaeferendo demonstrarnnt, quara sinceio anirao erga illuin essent. Tauta enini, tain firma ad mortem usque constantia argiiraenfo est discipnlos Jesu non fuisse eos qni fingerent de ujagistro suo quce iieutiquaçi erant. Apostolos autem pro ceito habuisse qorç «cripserint , yt^uis rerum sest matoribus indf perspicnum est, quod tôt ac tanta protn'erint propter eura quem Dei iilium esse credebant, ( Ongcn. contra Celstirn^ lib. a, n° 10.)
Qiiomodo ergo is qui inorinus erat . et sepulrbro ronclnsas, ut lu dic s , o Judaee, in omnibus qui secuii sunt jllum tantam vim exhibait, tantamfjne virtatem , ut eis persuaderet solum illiiui nt adoraient, omni.icjue sustinere ac. perpeti mallent, quam suara in illum fidem amitiere. (5. Joann. Chrysost. homil. cur in pentccosle , etc., n° 8.)
Cogi'ate, frafrçs, quale fiieiit mitti humines per orbem terrarom praedicare bominera mortuum resunexisse, in rœlum ascendisse ; et pru is!a piadi' a'i( ne perpeti ora.nia quse insaniens mundus inferret,
disciples de Jésus-Clirist démontre leur sincérité : voilà tout ce que nous prétendons. Que le martyre des sectaires atteste aussi leur bonne foi , nous n'avons pas à le contester , puisque de leur bonne foi à la vérité de leur secte , il y a encore loin. En prenant le mot martyre dans son sens strict, nous pourrions dire qu'il n'y a que les disciples de Jésus-Clirist qui aient été martyrs. C'est un terme grec qui signifie témoin (1). Les premiers chrétiens ont été témoins des vérités pour lesquelles ils sont morts; ceux des autres religions n'ont pté que victimes des dogmes dont ils faisaient profession.
XXV. L'incrédulité que n'arrête , dans ses hardies assertions, aucune absurdité, n'a pas craint de dire que les apôtres n'étaient pas sans intérêt dans leur prédication : elle n'a pas rougi d'avancer qu'ils trouvaient dans leur ministère une subsistance assurée et une vie commode sans rien faire. Et comment Jésus -Christ la leur aurait- il donnée, lui qui n'avait pas seulement où reposer sa tête? D'ailleurs ne voyons-nous pas souvent les apôtres, du vivant de leur maître, repiendre leur métier de pêcheurs , y revenir encore après sa résurrection? ne voyons-nous pas St. Paul travailler de son métier pour se procurer la subsistance? Ils ne trouvaient donc pas une vie assurée dans leur ministère ; et certainement avec tout ce qu'ils avaient à essuyer de travaux , de fatigues , de souffrances , ils en tiraient encore moins une vie commode et douce.
damna, exilia, vincula, tormenta , flammas, bestias, craces, mortes; bocpro nescio quo... Nomqnid hoc facerent , nisi flagranfia verifatis, de conscientia vetitatis? Viderant quod dicebant. Nam qaando pro ea re morerentur, qnam viderant? Quod viderant ne'jare debebant? Non negaveiant. Praedicaverunt mortaura , qaem sciebant vivura. Sciebant pro qaa vita conreninebant vitam. Sciehanr pro qoa felicitate ferrent transitoriam infeliciraleni , pro qnibus praemiis ista damna conteranerent. (S. Angtist. sermo cccxi, al. cxv , de diversis , n° 2.) (i) Forïe aliqai frati um neseiont, qui graece non norunt. qnid sint teste»; graece ustatum nnmen est omnibus et religiosum : qnos enira testes latine dicimas, graîce martyres sun t. [S, August. in epst. Joann. tract, i , n" a.)
XXYI. « D'autres incrédules disent que c'est une «< tentation bien flatteuse et bien faite pour porter aux «. plus hautes entreprises, que celle d'une gloire bril- • lante, de passer dans les siècles à venir pour les .« lumières du monde, pour ses réformateurs. »
XXVII. J'ai déjà eu occasion de discuter cette difficulté en traitant des miracles en général (Ij. Il ne me reste qu'à répondre à l'application qu'on fait du principe au témoignage des apôtres.
1° Quand on travaille pour l'intérêt de la gloire, c'est pour la sienne. Ici les apôtres auraient travaillé aussi laborieusement pour la gloire d'nn autre : un autre aurait eu tout l'honneur , et eux toute la }»eine (2).
2° Où va-t-on placer cette tentation si délicate, de s'immortaliser dans la mémoire des hommes ? C'est dans des personnages simples, grossiers, du dernier ordre de la société (3).
3' Pour parvenir à cette gloire dans la postérité, il fallait que les apôtres passassent par les injures et les opprobres de la génération présente.
(i) Voyez première partie, n° xciv, page 2o3.
(2) Quod si ex aiuore gloriae hoc fecissenl, inolto magis nonsqaisque dogina sibi a'tiibaisset , non ei qui decesserat. At non credidisî>eut illis homines ? Et de qaonam magis credidissent audienfes; de illo ne qai rorapiehensns et cracifîxas fuerat; an de illis qui Judaeorum manas effugerant ? (S. Joann. ChrysosC, in epist. priuiam ad Cor. hom. v, n° 5.)
Numqoid enim, fratres mei , Petras pro sua gioria moriebalur? aul se ipsum praedicabat? Alius moriebatur , ut alius honoraretur : abus ociidebatur , nt alias coleretar. (5. Aitgiist. ^ serin, cccxi , al. cxv , de diversis ^ n"^ 2.)
(3) Et si quidem fuissent edacati in gioria, opibus, potentia et ernditione, ne sic quidem ad lantam mulem rernm se extoUeie posse videbantar. Sed lamen aliqiia ralione poluissent expecisri. Nonc antem alii in iacobns, alii in pellibus , alii in telonio. ZSMiil est his studiis Jneptius ad philosophiam , et ad persnadendum nt magna qais imagineiur. (5. Joatm. Chrjsust. in epistol, primain ad Cor. homà. v, no 3.)
4" Et c'était là tout ce qu'ils pouvaient envisager d'assuré et même de vraisemblable. Toutes les considérations humaines démontraient l'impossibilité de l'entreprise. Qu'elle échouât, comme selon le cours de la nature elle devait indubitablement échouer, au lieu de gloire , une honte éternelle s'attachait à la mémoire de ses auteurs.
XXVIII. Xous le disons donc avec confiance : tout homme qui forme un projet , se propose un but, est^ mu par un intérêt. Ici on ne peut apercevoir aucun but humain, aucun intérêt terrestre. Au contraire, tous les intci^ls de cette vie devaient détourner les apôtres de tenter l'entreprise, les en faire désister, s'ils avaient été assez extravagants pour la commencer. Et ils le savaient eux-mêmes, ils le disaient hautement ; si nos espérances sont bornées à ce monde, nous sommes les plus misérables des hommes (1). Un seul intérêt était capable de les faire agir; l'intérêt de la vie future, et celui-là ne fait pas les imposteurs.
XXIX. Aux nombreux témoignages dont tant de preuves démontrent la sincérité , ajoutons - en deux autres d'un genre différent, qui les confirment et leur d^onnent un nouveau poids. Dans la passion de Jésus- Christ, deux de ses apôtres lui sont infidèles. St. Pierre le renie par faiblesse , Judas le trahit par avarice. Et quelle sera la suite de la lâcheté de l'un , de la perfidie de l'autre ? Révéleront-ils aux ennemis de leur maître quelque chose à son désavantage? Certainement, dans le moment où ils lui manquaient aussi essentiellement, rien ne pouvait les engager à cacher, tout, au contraire, les portait à déclarer ce que pendant trois ans ils avaient pu remarquer ou apercevoir qui lui fût contraire. Des espérances flatteuses auraient dû tenter Judas, que la modique somme de trente deniers avait
(i) Si in,hac vita tantam in Christo sperantes sumas, miserabi liores samas omnibus bominibas. (I. Cor. xv , 19. )
Dissert, sur la Relig. 1 1
242 DISSERTATIOxNS
rendu traîlre. La crainte des chefs de la nation devait intimider St. Pierre, que la voix d'une servante avait rendu faible. Au lieu de cela, nous voyons Judas s'accuser d'avoir livré le sang; du juste, reporter l'infâme salaire qu'il avait reçu, et, dans le transport de sa douleur, aller terminer lui-même ses jours à une potence. INous voyons St. Pierre, sur un simple regard de son maître, pénétré du plus cuisant remords, répandre des larmes amères. Déistes , cherchez où vous le voudrez d'autres motifs à la sévère et longue pénitence de St. Pierre , et à l'affreux désespoir de Judas , que la conviction intime , acquise par une fréquentation continueile de trois années, de l'innocence de Jésus- Christ. Se fussent-ils aussi vivement reproché leurs crimes? en eussent-ils eu un aussi ardent repentir? en eussent-ils été aussi violemment tourmentés , s'ils n'eussent pas été entièrement assurés de la réalité des miracles qu'il leur avait fait voir? Entreprendra-t-on de nier ces faits, sur le prétexte que ce sont des apôtres qui les rapportent? Mais d'abord, sur celui de St- Pierre, quel autre motif que la vérité pouvait les engager à révéler la chute de leur chef , si humiliante pour lui , et dont la honte rejaillissait jusque sur eux? Quant au fait de Judas, l'évangéliste qui le rapporte huit ans au plus après qu'il s'est passé , y joint une circonstance qui en démontre la vérité. C'est que de l'argent rapporté par ce traître il a été acheté pour la sépulture des étrangers un champ qui, du titre de son acquisition, s'appelle encore le champ du sang (1); et St. Pierre con&rme le récit de St. Matthieu , en invoquant le témoignage de tous les habitants de Jérusalem (2). Auraient-ils osé , auraient-ils pu , sans être démentis .
(i) Consilio autem inilo emernnt ex illis agrum figuli, in sepultn* raru peregrinoram : propter hoc vocatas est ager ille haccldama , hot"* est ager sanguinis, usque in hodiernum diem. [Matth. xxvxi, 7,8.)
(2) Et notuin factain est omnibas habitantibas Jernsalem; ita at vocaretnr ager ille haceldama, hoc est ager sanguinis. (Act. t, 19.)
rapporter une telle circonstance dont la vérité ou la fausseté était nécessairement connue de tout le monde, s'ils n'avaient pas été certains de sa réalité? S'avise-t-on, pour persuader le public, de réclamer la notoriété générale, quand on sait qu'elle est contre soi?
XXX. Qui pourrait, après dix-sept siècles, révoquer en doute la vérité des miracles de Jésus-Christ , si , dans le temps où ils ont été publiés , elle n'a pas été contestée; si ceux qui auraient eu, avec le plus grand intérêt, les plus puissants moyens pour la combattre, n'ont pas osé la démentir? leur silence ne serait-il pas une preuve démonstrative? \oyant d'un côté les apôtres attester hautement les miracles de Jésus-Christ, et appeler en témoignage ceux même à qui ils les annonçaient ; voyant , de l'autre , lez ennemis de Jésus- Christ , ses persécuteurs;, ses meurtriers, ne pas disconvenir de la réahté de ses miracles, pourrait-il rester à aucun homme sensé le plus léger soupçon que les miracles n'eussent pas été opérés ? Or , ce n'est pas Jà une supposition, c'est un fait qu'il est très-facile de démontrer.
XXXI. Les chefs des prêtres, les docteurs, les pharisiens avaient un intérêt majeur à nier les miracles de Jésus-Christ , s'ils l'avaient pu. La prédication des miracles était une accusation formelle , intentée à eux tous, d'avoir fait périr l'envoyé de Dieu , le Messie attendu par la nation. Si Jésus-Christ n'était pas un séducteur, comme ils l'en avaient accusé, ils étaient eux-mêmes des scélérats de l'avoir immolé ; s'il était un prophète, le Messie promis à Israël , ils s'étaient rendus coupables d'un crime énorme envers Dieu et envers la nation. Ils avaient l'intérêt le plus grand à se laver de cette si grave inculpation; et le moyen le plus simple à la fois et le plus certain était de montrer la fausseté des miracles sur lesquels on fondait la divine mission de leur victime.
A l'intérêt le plus grand de soutenir la fausseté des miracles, les chef<5 des juifs auraient joint les moyens
les plus efficaces de la prouver. La puissance était entre leurs mains ; ils étaient les maîtres d'ordonner des enquêtes juridiques, de faire venir tons les témoins des lieux où on annonçait que s'étaient faits les miracles , de recevoir , de publier les dépositions : leur crédit , la conûance qu'on avait en eux , la crainte qu'ils inspiraient, auraient encore donné à leurs informations une grande autorité : un seul de ces miracles démontré faux aurait fait tomber la secte naissante et son inculpation.
Ces hommes devaient savoir positivement la vérité ou la fausseté des miracles, la possibilité ou l'impossibilité <le les contester. La publicité avec laquelle on annonçait qu'ils avaient été opérés , ne pouvait leur laisser à cet égard ni ignorance ni doute.
Il était absolument impossible qu'ils méprisassent la publication qui en était faite. La nouvelle religion prenait tous les jours de prodigieux accroissements. Les deux premières prédications lui avaient acquis huit mille disciples. Des églises se fondaient dans tous les pays , à Athènes , à Corinthe , à Antioche, à Alexandrie, à Rome. De tous côtés retentissait l'accusation de déicide intentée contre eux: de tout côté elle prenait de plus en plus de la consistance , et le nombre de ceux qui y ajoutaient foi se grossissait sans cesse.
XXXn. Les chefs de la nation juive se devaient donc à eux-mêmes, ils devaient à leur honiieur outragé , à leur ministère avili , à leur religion ébranlée , de démentir les apôtres, de certifier, de prouver qu'ils en imposaient en publiant les miracles de leur maître. La volonté ne leur manquait sûrement pas ; les moyens eussent été entre leurs mains : s'ils eussent pu nier les miracles, certainement ils l'auraient fait; si donc ils ne l'ont pas fait, c'est qu'ils ne l'ont pas pu. Or, l'ontils jamais faite cette dénégation si importante pour eux? Ce serait à ceux qui voudraient le prétendre , à le prouver : on n'en aperçoit dans aucune histoire , ni sacrée , ni profane , le plus léger vestige. Et peut-on
croire que dans les écrits qui nous restent relatifs à la religion chrétienne, et dans ceux où il en est seulement fait mention, il ne s'en trouvât aucune trace? Remarquons la différence du langage des apôtres, lorsqu'ils parlent de la résurrection de leur maître , qui était contestée, et de ses autres miracles. Sur la résurrection, c'est leur propre témoignage qu'ils allèguent , c'est par là qu'ils s'elYorcenl de la prouver. Sur les autres miracles , ils ne cherchent pas à donner ces preuves, ils disent seulement que toute la nation les connaît. Si la vérité des miracles de Jésus Christ avait été mise en question, ou verrait quelque part cette question traitée; il en serait au moins fait meulion dans quelques écrits. On connaît les objections faites au christianisme par ses premiers adversaires; on ne voit pas celle-là, qui eût été la plus forte de toutes, mise en avant. Si elle avait été proposée, les premiers apologistes de la religion, qui se sont attachés à réfuter toutes ce'le ^ que l'on faisait , jusqu'aux plus minutieuses, auraieAl-ils pu négliger de la traiter? Leur défense a dû nécessairement être dirigée sur l'attaque. Ce qu'ils ont répondu montre ce qu'on leur opposait. Quoique les écrits des premiers adversaires soient perdus, nous sommes assurés que cette difficulté ne s'y trouvait point. Ne pas combattre une objection aussi importante, n'eût-ce pas été en avouer la solidité? n'eût-ce pas été convenir que la religion avait un fondement ruineux? Que la dénégation des miracles fût restée sans réponse, il ne pouvait pas exister de christianisme. On n'y a pas répondu; donc elle n'a pas été faite.
XXXIII. Mais ce n'est pas seulement des disciples de Jésus-Christ, c'est de ses ennemis eux-mêmes que nous apprenons que ses miracles n'ont pas été contestés dans leur tel ips. Ce qu'ils opposaient à la preuve rés^iltante de ces miracles le démontre clairement. Le divin Sauveur venait en leur présence de guérir un possédé qui était muet et aveugle. Tous les assistants, émerveillés de ce prodige , disaient à haute voix :
Serait-ce donc là le fils de David? Que répondent à cela les pharisiens? C'est que Jésus -Christ ne chasse les démons que par lîéelzébub , le prince des démons (1). N'est-ce pas là évidemment un aveu de la réalité du fait qu'ils avaient actuellement sous leurs yeux ? S'ils avaient pu le contester , l'auraient-ils attribué au pouvoir du démon? s'ils avaient eu à donner une réponse aussi tranchante que la dénégation, s'ils n'avaient pas senti l'impossibilité de la proposer devant la multitude des témoins, se seraient-ils avisé de recourir à une défaite aussi misérable, que le Sauveur eût bientôt confondue?
Voudrait-on attaquer la fidélité de ce récit, sur le fondement qu'il est fait par des disciples de Jésus- Christ? mais leur narration est postérieu: j de peu d'années au fait qu'ils rapportent : ils le racont;?nt à la vue de ceux mêmes qui ont imputé au démon le miracle; qui sont encore revêtus de la puissance; qui, s'ils n'ont pas tenu ce discours, si même ils ne l'ont pas tenu si publiquement qu'il soit impossible de le désavouer , ont le droit de les punir ; qui en ont évidemment l'intérêt, qui en ont même le devoir; car tout gouvernement se doit de réprimer ceux qui le décrient, en lui imputant des choses fausses et ridicules. Le Sanhédrin s'est-il inscrit en faux contre le récit des deux évangélistes? a-t-il tenté de les en châtier? Deux choses sont évidentes : St. Matthieu n'aurait pas osé avancer un tel fait, s'il n'avait pas été non-seulement certain, mais très-public : et s'il avait eu cette témérité, il en aurait indubitablement été sévèrement puni.
(i) Tanc oblatns est ei daemoniura habens, caecns et mntns : et cnravit enin; i;a ut loquere'ur et videret. Et stupebant oranes turbse tl dicebant : Nunquid hic est filius David? Pharisœi auteiu aodientes dixerunt : Hic non ejicit daeinones nisi in Beelzebub principe dastnoniorum. {Matth. xii, 22, 23, 24. Vid. Z»c. , xt, 14, i5.) v
Telle étail donc la réponse que donnaient les Juifs À la preuve résultante des miracles que ne cessait d'opérer Jésus-Christ; ils ne niaient pas la réalité de ces prodiges, ils en contestaient la conséquence; ils convenaient qu'il les opérait; ils soutenaient que ce n'était pas au nom de Dieu; ils lui accordaient un pouvoir, mais un pouvoir diabolique et non divin. L'état de la quesuon entre les défenseurs et les antagonistes de la religion a constanunent été de savoir, non si les miracles étaient réels, mais de quel principe ils procédaient.
Je dis que tel a été l'état de la question , et je le prouve par toute la suite de cette longue et importante contestation. Nous voyons d'un côté Jésus-Christ , ses apôtres e leurs successeurs, donner invariablement les mêmes preuves de la religion ; nous voyons, de l'autre, les adversaires du christianisme répéter constamment les mêmes objections, les uns d'après les auties: ils sont de deux classes, les Juifs et les païens. Or, et les uns et les autres répondant à la démonstration des miracles , conviennent formellement de leur réahté , et se rabattent, ou à dire vaguement que les miracles ne prouvent rien, ou à renouveler l'absurde accusation intentée par les pharisiens , que c'est par la puissance du démon qu'ils ont été opérés.
XXXIV. Prenons d'abord les rabbins , héritiers de la haine et des arguments de leurs pères contre le christianisme. Dans le Talmud de Babylone , et dans celui de Jérusalem , il est dit que le mot Jehovah , prononcé d'une certaine manière , suffit pour opérer les plus grandes merveilles, et que Jésus avait appris le secret de cette prononciation , qui lui faisait faire ses prodiges. Honteux , sans doute , de cette pitoyable défaite de ses devanciers , Maimonide , qui passe pour le plus éclairé des rabbins , donne à la preuve tirée des miracles de Jésus-Christ , une autre réponse à [peu près aussi misérable, et qui montre également qu'il
n'osait pas en contester la réalité : il dit que le Messie ne devait pas en faire.
XXXy. Les aveux des païens ne sont pas moins formels. St. Justin, qui florissait au second siècle , défend les miracles de Jésus-Christ contre l'objection qu'on leur faisait d'être des œuvres majjiques (1).
Celse répète à plusieurs reprises la même injputation. Tantôt il dit que Jésus , ou s'est rendu coupable en faisant des choses extraordinaires par l'art magique , ou a tort d'inculper ceux qui , par le même art, ont fait les mêmes choses (2). Tantôt il prétend qu'élevé d'abord secrètement , Jésus alla ensuite se mettre en condition en Egypte; que là : apprit l'art de faire des miracles ; et qu'en étant revenu , à raison de ces miracles il se donna pour un Dieu (3). Tantôt comparant les rilracies du Sauveur aux choses étonnantes que font publiquement pour de l'argent ceux qui sont instruite dans l'art des Egyptiens, il demande si on doit croire aussi cjue ces hommes sont les fils de Dieu (4).
(i) Sed ne quis nobis opponat nihil obstare quominas et iis qui apad nos dicitur Christus hoinu ex hominibas , arle magica quae diciraus iriracnla ediderit , ac propterea filins Dei esse visas sit. (^S. Justin, apol. cap. 3o. )
(2) Accnsat praelerea (Celbiis)et ipsum Salvatorem , qaod raagicis arlibas fecerit ea quse faceie visus est ; et quod non prtesciret multus postea fnturos qui earorudem artinm periti eadem ac ipse effîcerent , jactarenique se divina effecisse poteiilia, illi sua socieîate inlerdiserit. Illum enim, si jus'e alius reje:it, improhora esso; cum eorumdeai criminuiu sit reas : aut si cum haec fecit extra culpam est, abesse etiam a culpa eos qui eadem faciant. (Origen. contra Celsurn. , lib. i, n° 6.)
(3) Assensum qiiodam modo prapbet (Celsas) miracolis quae Jesa fecit, et qufbus maitos adduxit, ut ipsum tanquam Christum sequerentur. At miracola illa, non divina virtute, sed magicis artibus facta esse calumniatur. Ait enim, /////m clam educatum ^ cum in M.^pto suam locasset operam , ' artesque efficicndi .^ miractda didi' cisset^ hic reversum esse denique , et propter illa miracuLi se pro Deo vendi'asse. {Ibid. ^ n° 38.)
(4'^ Age, inquit (Celsus ) demus hîcc a te gesta , sed confestira codem illa numéro habenda esse ait, ac ea quae prœsiigiatoies fa-
Lt témoignage de Celse est d'autant plus important, qu'il y avait à peine cent ans que Jésus-Clnist était remonté dans les cieux , quand il écrivait contre sa religion. Il avait dû voir, dans sa jeunesse, des personnes qui avaient connu ou Jésus-Christ lui-même, ou des hommes de son temps. Il nv pouvait donc pas ignorer ce qu'on avait pensé du temps de Jésus-Christ sur les miracles que l'on rapportait de lui? Il n'avait certainement pas manqué de s'en informer ; et on voit qu'il possédait l'histoire évangélique , dont il cite fréquemment des textes. Si donc quelque contemporain de Jésus - Christ eût nié ses miracles , Celse l'aurait indubitablement su. Animé comme il l'était d'une haine violente contre le christianisme , ingénieux à trouver des arguments pour le combattre , n'eût-il pas opposé fortement cette dénégation? eût-il renoncé à l'avantage qu'elle lui eût donné? eût-il recouru au minutieux moyen d'imputer à Jésus-Christ un pouvoir magique, s'il eut pu contester absolument son pouvoir? C'est donc avec bien de la raison qu'Origène dit , et que nous le répétons d'après lui, que Celse n'attribue les miracles à la magie, que parce qu'il est dans l'impuissance de les révoquer en doute (1).
Les ennemis de la religion , du temps d'Arnobe , répétaient aussi la même inculpation de sortilège, qu'il réfute avec force (2).
oiunt, majora semper, ac majora pollicentes, et quae faciunt ii qui sunt aegyntiacis arlibus ernditi , qni medio in foro pancis obolis vencrandas suas artes venditant ; doemonia ex hominibus pri»fliganî : exsuflant moibus; berouin animas evocant; opipara convivia , men" sas, bellaria, obsonia , quae nanqaam fuerant exhibent; agitant aninialia qaae veie nullasunt, sed vanaedantaxat animalium species. Mox ait : An qnia bœc iUi faciant , idciroo credendum nobis erit illos es^e Dei filios? An potins direndam iraproboram et nebulonnm esse bujusniodi artes. Çlbid. ^n° 68.)
(i) Jam saepe Celsns quia inficiari non potest miracula qutC Jésus fecisse scribitor, illa praestigiis tribiienda esse calumniatus est. (lèid. lib. II, ni> 14.)
(2) Occarsnrus forsitan rarsus est . cnm aliis mollis calumniosis
ir
Porphyre , dans le troisième siècle , attribuait de même aux prestiges du déinoii les miracles opérés par Jesus-Clirist et dans les premiers temps de l'Eglise (1).
Hiéroclès ne niait pas non plus les miracles du Sauveur : il disait seulement que c'était une bagatelle d'avoir rendu la vue à des aveugles, et fait quelques autres merveilles du même genre. Il croyait qu'elles pouvaient avoir été opérées par un homme ami des dieux , et il opposait à ces miracles ceux d'Apollonius de Thyane(2).
Julien, ennemi si ardent et si éclairé du christianisme, avoue nettement les miracles de Jésus-Christ ; mais il trouve que ce n'est pas une œuvre bien merveilleuse d'avoir guéri quelques boiteux , quelques aveugles dans les bourgades de Betlisaide et de Béthanie (3). 11 dit qu'après la mort de leur maitre les apôtres ont fait aussi des enchantements (4). Il reconnaît
illis, et paerilibns vocibas : raagnas fuit; clandestinis artibus omnia illa perfecic : Jilgyptioruni ex aditis angelornni potentium Domina et remotas faralos est disciplinas. Quid dicitis, etc. ■ Arrwb. adv. gent. ^ lib. i, cap. 43.)
(i) Nisi forte in niorein gentiliiini , impioramqae Poiphyrij et Euuomii bas prsestigias daeraonum esse confîngas. {S. Uleronym. contra Vig'd. )
(2) Audi vero qnibus increpat veibis, Sus denue nngantnr ^ inquit, Jesum tollentes ^ ut qui cascis videndi facuUatem reddiderit y et alla id genus admiranda prcestiterît. Tum et paulo post ila rationibus coUigit. Vidcndum porro ne dils gratissimi hominis facta latere christîani contcndant. Haec ipsius Hieroclis vcibà snnt in orafione contra nos scriptis cajos titulus Philaletes, i^Euseb. contra H'<.eroclem , vers, initium.) L'objet principal de cet ouvrage d'Eusebe est de répondre à la comparaison qn'Hiéroclès avait faite des miraclea do Jéins-Cbrist avec ceux d'Apollonius.
(3) Julianui. Hic toto vitae tempore nibil admodam inemoratnr dignum egit : nisi qiiis claudos ac caecos curare, et daemonio correptos adjarare in pagis Betbsaida et Betbania , raagni alicujus facinoris in numéro babeat. (5. Cyrillus Alex. adv. Julianiim , lib. vi. )
(4) Jnliumis. Videîo ergo quo pacto jadseis incantationis vêtus opiis faerit indormire sepulchris sepnlcbrorum causa; quod certe et ap'^stolcs vestros ciedibile est, post Magislii mortem fecisse; vobis-
St. Paul comme le plus grand faiseur de prestiges (3).
Nous voyons dans une épître de Yolusien à St. Augustin , qu'encore de son temps les païens objectèrent aux miracles du Sauveur, non qu'ils n'étaient pas réels, mais qu'ils n'étaient pas dignes de Dieu (4).
JNous avons un écrit du cinquième ou du sixième siècle, que quelques personnes attribuent à Evagrius , et qui est intitulé : Consultation de Zachéé^ chrétien, et d' Apollonius j philosophe. AppoUonius , qui est païen, convient que Jésus-Christ a guéri différentes espèces de maladies et ressuscité des morts; mais il ne mérite pas, ajoute-t-il, d'être singulièrement admiré pour cela , puisque d'habiles magiciens ressuscitent les morts, et que les médecins guérissent des infirmités de toutes sortes ^^5).
XXXVI. D'après ces témoignages constants et non suspects, raisonnons. Le christianisme a eu depuis le premier moment où son divin auteur l'a annoncé , une suite continuelle d'ennemis , surtout dans les premiers siècles. Tandis qu'on ne voit aucun d'eux contester la vérité des miracles du Sauveur , on voit tous ceux dont les objections sont venues jusqu'à nous TaVouer positivement. Les uns prétendent seulement que ces miracles ne sont pas d'une grande importance.
qae qai primi ab initio credidistis tradidisse; et incantationes callidias qaani vos peregisse ; sed posteris incantationis islias et execrationis offîcinas publiée exposnisse. (Ibi'd. , lib. x. )
(3) Juliamis. Omnes ornnino nnqaam qui fuerunt praebtigiatores ttoperavii Paolas. [Ibid. Lb. ni.)
(4) Nec nllis corapelentibos signis tantae majestatis indicia clarescnnt : quoniam larvabs illa pargatio, debiliom cnrae, reddiia vita defuncfis, haec, el si alios cogiles, Deo parvaB sunt. (^Volusiani ad S. Angust. epist. inter epist. S. Augiist. cxxxv , al ii j n" 2.)
(5) Apollonius philosophus. Memini dudara , et curationam varietates, et raortnnram sascitationes fuisse piolatas; in quibus tamen specialem Christi admirationera fuisse non video ; si quidam cum et peritiorei magi niortuos suscit;int, et medicis oniversis debilitatibu-s remédia largiuntur. ( Consultât. Zachœi christiani , e« Apollonii philos.^ \ih. I, cap. i3.)
Les autres opposent, comme des faits égalemeot certains, les prodijjes racontés dans le paganisme; entre autres ceux d'Apollonius de Thyane; mais le plus grand nombre attribue les miracles de Jésus-Christ à la puissance du démon. Je vois cette imputation de magie née au temps même de Jésus-Cbrist , et objectée personnellement à lui. Je la vois passant de bouche en bouche, se transmettant de génération en génération , se perpétuant de siècle en siècle. Je la vois répandue parmi les ennemis du christianisme de toutes les espèces. Juifs et païens, tous la répètent , et certainement sans s'être concertés ; cet accord , sans concert , indique une cause commune, qui ne peut être autre que l'opinion des ennemis de Jésus-Christ dans son temps, laquelle s'est transmise à ses divers ennemis des temps suivants. Je vois ensuite cette même accusation accréditée non-seulement parmi le peuple crédule, mais parmi les philosophes , et proposée par ceux qui ont attaqué la religion avec le plus de lumières. Est-il possible, d'après cela, de douter que l'opinion générale, constante , de tous ceux qui ne croyaient pas au christianisme dans les siècles voisins de son origine, était que les miracles annoncés n'avaient été opérés que par l'art magique? Or, je dis, et il n'est assurément pas difficile de le prouver, que cette opinion si universelle et si suivie est un aveu formel , prononcé par tous les premiers siècles, de la réalité des miracles de Notie-Seigneur. S'avise-t-on de rechercher la cause d'un fait qu'on ne croit pas vrai? Les ennemis du christianisme auraient-ils été assez imbéciles pour abandonner une réponse aussi péremptoire que la dénégation des miracles , et pour en adopter une aussi pitoyable que l'accusation de magie? il fallait que la notoriété des miracles, dans le temps où ils ont été opérés, fût si éclatante , qu'elle mît dans l'impossibilité de les révoquer en doute pour faire recourir à une telle ressource. Ces deux propositions , les miracles n'ont pas existé, les miracles ont été des sortilèges ,
scB Là religion. 253
sont entr'elles dans une contrariété si formelle, qu'elles ne peuvent pas être vraies toutes deux. Qui adopte l'une , rejette par là même l'autre. Dire qu'ils ont été opérés par le démon , est avouer en propres termes qu'ils ont été opérés. En niant les miracles de Jésus- Christ , l'incrédulité de nos jours rejette le témoignage et des apôtres et de leurs ennemis. Nos déistes combattent non -seulement nos pères dans la foi, mais aussi leurs propres devanciers dans Tincréduliié.
XXXVll. Ne pouvant pas nier ces aveux positifs
des premiers ennemis du cliiistianisme , embarrassés
de répondre à la preuve victorieuse qui en résuUe , les
inciédules ont imaginé de la rétorquer contre nous et
de nous opposer les aveux faits par les saints Pères,
de la vérité de plusieurs miracles du paganisme. « C'é-
« tait, disent-ils, un principe universellement reçu
« par les chrétiens, par les païens, par les juifs, par
H les grands comme par le peuple , par les savants de
« même que par les ignorants , que par le secours
« des esprits un homme peut faire des choses surna-
tt turelles. C'est d'après ce principe que Celse et les
u autres adversaires du christianisme convenaient de
u la vérité des miracles de Jésus-Christ^ en les attri-
« buant à la magie. C'est aussi d'après le même prin-
u cipe que nous voyons tous les Pères de l'Eglise
« avouer les miracles, soit d'Esculape, soit de Py-
" thagore , soit d'Apollonius , en disant pareillement
« qu'ils étaient opérés par le démon. C'est de part
« et d'autre le même aveu , l'attribution à la même
« cause. Dira-t-on que lès aveux des Pères prouvent la
« vérité des miracles païens? On ne peut pas avec plus
a de raison dire que les aveux des philosophes prouvent
<€ les miracles chrétiens. On ne peut pas conclure des
« uns plus que des autres , ou plutôt ni des uns ni des
u autres on ne peut rien conclure. Ils étaient faits
^ d'un côté et de l'autre sans un grand examen, et
« comme des choses indiflérentes au fond de la ques-
u tion. Il faut les regarder tous comme ces proposi-
« tions que les théologiens et les philosophes passent « plutôt qu'ils ne les accordent; ou , si l'on veut, qu'ils « accordent parce qu'ils ne croient pas avoir intérêt « de les contester. »
XXXVUI. Je pourrais d'abord nier l'assertion que tous les saints Pères ont attribué à la magie les miracles rapportés par les païens, et citer spécialement Arnobe, disant que ces guérisons si vantées étaient opérées par des moyens naturels (1). Mais comme il est vrai que plusieurs des saints Pères ont cru que ces prétendus miracles étaient des œuvres du démon , je n'insisterai pas sur cette réponse. Je conviens même que cette attribution des miracles du paganisme à l'art magique peut être regardée comme un aveu de leur réalité; mais entre cet aveu des Pères, relativement à ces miracles, et celui des philosophes, relativement aux nôtres , une circonstance grave met une différence essentielle : c'est que les miracles de notre religion ont
(i) Sed frustra, inqait nescio quis , tautum arrogas Chi^to : cum saepe alios sciamus et scierimus deos et laborantibas |.lurimis dédisse disciplinas, et multoium horainnm uiorbos, valetudiuesque curasse. Non inquiro, non exigo quis Deas , aut qao tempare , cui faerit auxiliatus; ant quem fractum restiîoerit sanitatis. Illud solum andire desidero, an sine ullius adjonctione materiae , id est, mf-dicaminis aiicujus, ad tactum inorbos jnsserit ab hoininibas revoiare; iraperaverit, fecerit et eraori valetadinis causara , et debilinm corpora ad suas remeare natnras, Christus enim scitar, aut admota partibas debilitatis manu , aat vocis siniplicis jussione , aures apernisse surdorum; exturbasse ab oculis csecitates ; orationeni dédisse rautis; articulorum vincnla relaxasse; ambalatnm dédisse contractis ; vililigines, querque-ras , atque intereunles morbos, oinniaque alia valetudinum gênera; quse hainana corpora snstinete nescio quia volait importuna crudelitas , veibû so'itus, iraperioque sanare. Quid simile dii oranes , a qai- Yhis opem dicitis aegris et periclitantibus latam ? Qui si quando , ut fama est, notinuUis, anl tribiiere medicinam, aat cibani aliquem jusserunt capi , aui qualitatif alicujas ebibi potionem , aut herbarun) et graminum succus superimponi, inqaielantibus causis ambulare, cessare , aut re aliqua quae officiât abstinere ; quod esse non magnum nec admirationis aiicujus stnpore cor.dignum promptnni est , si vo- Inerilis alfendere. {^Arnoblus adi>. gentss j bh. i, cap. 48.)
été publiquement attestés, publiquement avoués, et leur conséquence seulement combattue dès le temps où ils ont été opérés; au lieu que les miracles païens, n'étant rapportés que par des historiens de beaucoup postérieurs à l'époque où on les place, n'auraient pu être combattus que longtemps après. L'explication de cette différence va achever de mettre dans tout son jour la preuve de la réalité des miracles de notre religion , résultant de l'aveu de ses ennemis.
Ce n'est pas uniquement , et précisément sur les aveux des philosophes qui ont écrit dans les siècles postérieurs à Jésus - Christ, que nous établissons la certitude de ses miracles. Si nous n'avions , pour les démontrer, que la reconnaissance faite par Celse, Porphyre, Hiéroclès, Julien, nous convenons que la preuve serait légère , et que la foi n'y trouverait pas un fondement suffisant. Des aveux faits , un , deux , trois , quatre , six siècles après les miracles , ne seraient pas plus démonstratifs que ne le seraient des témoignages rendus aux mêmes époques; mais nous disons que ces aveux sont démonstratifs, parce qu'ils se lient et aux dispositions des témoins oculaires, et aux aveux antérieurs des antagonistes contemporains. C'est à ce raisonnement que les déistes doivent répondre, et qu'ils ne répondent point par leur assimilation avec les aveux faits par les saints Pères.
JNous connaissons le commencement , la suite , la fin de la contestation qui a duré pendant plusieurs siècles, entre les chrétiens et leurs adversaires, sur la vérité de leur religion. Nous connaissons par TEvangile ce qu'on objectait à Jésus -Christ lui-même sur ses miracles, et par les apologistes de la religion ce que dans les siècles suivants on opposait à la preuve résultante de ces miracles. Ce que nous savons ^ les philosophes païens le savaient aussi : ils avaient lu nos Evangiles; ils avaient reçu des ennemis du christianisme qui les avaient précédés, tous leurs arguments contre les miracles; ils objectaient ce qui avait été objecté
antérieurement : et ce qu'ils n'objectaient pas ne l'avait certainement pas été avant eux. Or, d'abord ils n'opposent pas aux miracles de Jésus-Cbrist la dénégation de leur réalité : d'où nous concluous qu'elle n'avait pas été niée avant eux. Ensuite . nous les voyons renouveler l'imputation de magie faite dès le temps de Jésus-Christ, laquelle suppose la vérité des faits; d'où nous concluons que cette imputation a toujours été faite, et que par conséquent les miracles ont toujours été crus. Celse, au second siècle, Porphyre, au troisième, Julien, au quatrième, sont pour nous non pas tant des auteurs éclairés qui avouent les miracles du Sauveur , que des garants non suspects et certains de l'opinion et de leurs siècles , et des siècles qui les ont précédés. Ils forment une chaîne continue de preuves , depuis les pharisiens jusqu'au quatrième siècle , que dans le temps des miracles , et dans les temps immédiatement subséquents, on était universellement convaincu , parmi les païens et parmi les chrétiens, de leur réalité; et cette confession si unanime de tous les incrédules anciens renverse sans ressource la dénégation si tardive des incrédules modernes.
Passons maintenant aux aveux faits par les saints Pères, et voyons si on peut en tirer la même conséquence en faveur des miracles du paganisme. On ne connaît ces différents miracles que par le rapport d'historiens qui leur sont fort postérieurs. Prenons pour exemple ceux d'Apollonius de Tliyane, qui sont les plus célèbres de tous, et ceux que l'on oppose avec plus de confiance aux miracles de Jésus- Christ : nous ne les connaissons que par le récit de Philostrate qui écrivait un siècle après. Les saints Pères auxquels on les objectait, ignoraient aussi bien que nous s'il y avait eu des témoins oculaires de ces prodiges , et quels ils avaient été : ils ne savaient pas mieux si les merveilles attribuées à Appolonius avaient été contredites de sou temps, et ce que les contradicteurs y
avaient opposé ; ils étaient pareillement dans Tignorance de ce qu'avaient pensé sur ces prétendus miracles les générations écoulées dans le siècle qui séparait Apollonius de son historien. Dans l'impossibilité où ils étaient de vérifier tout cela,, persuadés d'ailleurs, d'après la sainte Ecriture , que l'esprit de ténèbres peut quelquefois , avec la permission de Dieu, opérer des miracles, les saints Pères ont pris le parti de les avouer et de les attribuer au démon. Que quelquesuns d'entre eux aient cru inutile de discuter ces prodiges; que d'autres, étant si éloignés et de temps et de lieux, aient trouvé trop pénible de faire cet examen et de remonter à l'origine du témoignage; que d'autres même, si on le veut, aient eu trop de crédulité, et se soient laissé abuser par les récits qu'on leur faisait , tout cela nous est indifterent. jNous consentirons , à cet égard , à tout ce que l'on voudra. Ce qui nous intéresse, c'est que les aveux des saints Pères n'ont pas, en faveur des miracles païeas la même force que les aveux des philosoplies en faveur des miracles chrétiens ; ila n'ont pas la même relation à des aveux antérieurs remontant d'âge en âge jusqu'au temps de ces miracles ; ils ne se lient pas de même à l'opinion unanime de la génération contemporaine et de toutes les générations intermédiaires. L'aveu des saints Pères ne pouvait pas avoir le même motif que celui des T>hilosophes. Il n'y a donc aucune parité entre l'un et l'autre. Les miracles de Jésus-Christ ont été avoués dans les siècles qui l'ont suivi, parce que le témoignage bien connu et irrésistible de tous ceux qui les avaient vus,, soil aniis,^soit ennemis, leur imprimait une si éclatante notoriété , qu'il était impossible de les révoquer en doute. Ceux du paganisme l'ont été , parce qu'ignorant, à la distance où l'on était, l'opinion des contemporains et même celle de leurs successeurs, ou a trouvé inutile, ou embarrassant, ou impossible, d'en vérifier la réalité. Qu'on cesse donc de nous dire que
départ et d'autre ce sont des aveux faits sans examen. Ils n'ont pas pu être faits sans examen par les philosophes païens qui avaient toutes les facilites pour examiner nos miracles, qui même trouvaient cet examen tout fait; connaissant pleinement ce qu'avaient dit et ceux qui prêchaient le christianisme, et ceux qui le combattaient. Les aveux n'ont pas pu être faits avec examen par les docteurs chrétiens , pour qui l'éloignement, le laps de temps, l'ignorance des témoins et des adversaires de l'opinion et des raisonnements des uns et des autres, rendaient l'examen impraticable. Ainsi, c'est avec une force victorieuse que nous opposons aux incrédules les aveux de leurs devanciers ; c'est sans raison qu'ils nous objectent les aveux de nos saints docteurs.
XXXIX. Les faits merveilleux de la vie de Jésus sont démonstrativement prouvés. Il n'y a , comme je l'ai annoncé , aucune histoire ancienne qui réunisse de si nombreux et de si puissants motifs de certitude que l'Evangile : celles auxquelles tout l'univers , et les incrédules de même que les autres, ajoutent une foi entière , ont bien de leur vérité quelques - unes des preuves que nous venons d'apporter , aucune ne le présente avec le même degré de force (1) ; mais ces faits si complètement prouvés, que prouvent-ils? La conséquence que nous en tirons est-elle juste? en résulte-t-il que la religion apportée au monde par Jésus- Christ est véritable ? Il semble que ce ne puisse pas être une question. Julien , tout ennemi qu'il était du
(r) Tara conferantur simul illornin et Jesu historiae. An volet Celsas illornrn veram esse, hnjus aatem conGctam ; qaarn scripserunt ii qni rerura omnium oculati testes erant ; qui re ostenderunt sibi explorata esse quae viderant; qni deniijue qao animo essent, perferendis alacriter ejos doctrinse cansi sappUoiis tps'ificati î.r.nt ? Ecqnis vtdens recte facere omnia temere assentiatnr iis qust de illis tradifa sont; ea vero quae de Jesa feruntur absqae nllo examine rejiciat. [Ori^enes contra Ceisum ^ lib. m, n" 23.)
christianisme, reconnaissait l'autorité des miracles pour prouver une religion (1). Et en effet, la conséquence qui en résulte en faveur d'une doctrine , saute d'ellemême si vivement aux yeux , qu'il est impossible à un homme raisonnable de ne pas en être convaincu. J'ai d'ailleurs déjà établi cette liaison essentielle entre le miracle et la doctrine pour laquelle il est opéré (2); mais comme il n'y a rien de si évident que les déistes n'aient cherché à obscurcir , rien de si certain qu'ils ne se soient efforcés d'y jeter des doutes ^ il n'est pas inutile de revenir sur cette discussion , et d'ajouter à ce que j'ai dit quelques nouvelles observations.
Pour soutenir que les merveilles opérées par Jésus- Christ ne prouvent pas la vérité de sa religion , il faut prétendre ou qu'elles ne sont pas l'œuvre de Dieu, ou que Dieu ne les a pas faites pour établir la religion de Jésus-Christ.
Si les merveilles produites par Jésus-Glirist ne sont pas l'œuvre de la puissance divine, elles ont donc été opérées ou par un homme , ou par quelque agent intermédiaire entre Dieu et l'homme.
XL. Si on veut que ce soit un être intermédiaire entre la divinité et l'humanité , dira-t-on que c'est un ange de lumière à qui Dieu a donné pouvoir pour éclairer et instruire les hommes? Cette hypothèse ne serait nullement favorable au système de nos adversaires , elle ne ferait que reculer d'un degré la difticullé à laquelle ils veulent satisfaire. Ce serait toujours de Dieu que serait venue la puissance miraculeuse de Jésus-Christ ; avec cette seule différence qu'elle serait passée par un canal plus long ; et la vérité de la religion s'ensuivrait toujours de ces prodiges. Dira-t-on que
(t) JuUanus. Veritatera aatern non consfare ni.^do vocabulo ; sed necesj.e esse ot orationera praeferea signu;n aliquod sequatur, qood abi contigerit, fidem faciat ejas quae in futuruin faota est praedictionis. (5. Cyrill. Alex, contra Juliamun^ lib. x. )
(2) Voyez première parlie , n*^ xti , page i4 4)
l'auteur de ces œuvres contraires à l'ordre naturel est l'ange des ténèbres , le démon qui les a opérées pour tromper le monde? Mais 1" cette objection serait ridicule dans la bouche des déistes, qui n'ont pas plus de foi au démon qu'à Dieu. 2" Le démon, comiue nous l'avons observé, ne peut qu'avec la permission de Dieu troubler l'ordre que Dieu a établi dans la nature ; oi- , comme nous l'avons encore montré , il répugnerait à la bonté de Dieu qu'il laissât entraîner sa créature dans une erreur inévitable et funeste; il répugnerait à sa véracité qu'il se rendît complice d'une imposture en la permettant formellement, sans donner des moyens de s'en garantir. 3*^ C'est encore une autre absurdité de vouloir que le démon trompe les liommes pour leur faire adopter la morale la plus parfaite que l'on connaisse ; pour leur faire abjurer tous les vices , éviter tous les crimes; pour leur faire, au contraire, pratiquer toutes les vertus et opérer tous les genres de bonnes œuvres (1).
XLT. Si on veut que les miracles de Jésus-Christ aient été opérés par une puissance humaine , ce sont donc de ces tours d'adresse par lesquels des hommes subtils abusent de la crédulité populaire ; mais le nombre , la variété , le mode des miracles du Sauveur repoussent absolument cette idée et en montrent le ridicule. Un joueur de gobelets a quelques secrets, mais le nombre en est borné. 11 répète toujours les
(r) Nanc vero nallus praestigiator per ea qnœ facit, spfcîatores ad morum eiueiidationeoi excitât, aut Dei tiinorem docet qui spectaculis slapent; aut studet persnadere nt vivant qaasi Deo rationein redd;turi. Nihil horam prae-.tij^ia:ores faciant ; quia non pcssunt, aut consilium non Labent ; aut nulunt corrigendis hominibus operam date : quippe qui ipsi turpissiniis, infamissimisqne vitiis'refei ti sunt. Hic vero qui miraculis sais .spectatores eorum qoa? b^rie faciebjl ad morum correciionein addncebat , qaomoJo non erit exisMmandas se praebuisse, non solam illis qui proprie discipnli ejos vocati sunt, srd etiam reliquis omnibus exeniplum op'imse vilae. (Origen. contra Çelsum, lib. i,n° 68.)
mêmes, et de la même manière : il les prépare, il choisit sa place, souvent même ses spectateurs, il ne se laisse voir que d'un côté , pour qu'on ne découvre pas les moyens qu'il emploie. Ici, c'est absolument le contraire. Les miracles de Jésus-Christ sortent de dessous tous ses pas, il eu opère de toutes les espèces (1). Ici,
(i) Quid dicitts o iterurn ? Ergo ille mortalis, aut unns fuit e nobis cnias imperiam , ciijas vorem popularibas et rjaotidianis verbis missam , valetndines, moibi , febres , atque al^a corpornm cruciamenta fagiebant. Unus fuite nobis cujas praesentiam, cujus visom gens illa neqaibat ferre mersoram in visceribus daemonura ; contenitaqae vi ncva iiiembrorum possessione cedebat. Unus fait e nobis cujas ïœdas vililigines jassioni obtemperabant pulsae statira, et concorniam colorurn commacnlalis visceribos relinquebant. Unus fuit e nobis ruju» ex levi ir.ctn stabant proflnvia sanguinis et immoderatos cohibebant fluorés. Unus fuit e nobis cujus nianus inlercutes et venenosae fngiebant undae , penetrabi'.is iile vi^abat liqaor ; et tnrgentia viscera salutari ariditate deflabant. Unus fuit e nobis qui claudos carrere praecipiebat, et jain operis res erat; porrigere mancos manus, et atticoli iminobiliiates jain ingeràtas explicabant; captes merobris a^surgere, et jam sues referebant lectos , alienis panio ante cervicibus lati ; vidcatos videre luminibus, et jam cœlum diemque cernebant nullis cum ocnlis procreati. Uuns , inqnam, fuit e nobis qui debilitatibaa rariis nioibisque vexatos centum, aut hoc amplius, semel una intercessione sanabaf , cujus vocem ad siinplicern furibunda et insania explicabant se maria; proceilarum turbines tempestatesque sedabant; qui per altissimos gurgites pedem ferebat in tutuni ; calcabat ponti terga , undis ipsis stupcutibus, in famniatura subeunte natara ; qui sequentium se inilba quinque saturavit quinque panibns : ac ne esse praestigiae incredulis illis viderentur, et duris , bis senarura sportarnm sinus reliquiarum fragminibus aggerebat. Unus fuit e nobis qni redire in corpjra jam dudum ai)i:n3s prsecipiebat efflatas, prodire ab aggeribus conditas, et post diem funeris leilinm pollinctoruni volt»» minibus expediri. Unus fuit e nobis qui quod singuii voluerint , quid snb obscnrls cogitaiionibus coniinerent, tacitorum in cordibus pervidebat. {Amobiiis adv. gentes , \\h. r, cap. 45 et 46.)
Dixinins de nativitafe : nunc de virtute opeiibusque dicaraos; qnae cnm magna iuter horaines, ac mirabilia faceret , vidantes illa Judaeî magica pcfentia fieri curabant, ignorantes ea omnia qure fîebant ab eo prsedicta esse a prophetis. ^gros et varie merbernm génère languentes , non medela aliqua, sed vi ac petestate verbi sni pretinns reborabat : débiles resanabat : claudos ad gressuin erigebat : caecis vi»nm resliluebal : mnt's eloqnium dabat : surdos inauribat : pollutos piavnlatosqae pargabat : furiatis daernonum incur>u iiientem propriam
il marche sur les flots; là, il y fait marcher ses apôtres. Ailleurs, d'un mot il apaise une tempête; dans deux endroits dift'érents il nourrit des multitudes nombreuses avec un petit nombre de pains ; il guérit les malades de tout genre , des paralytiques , des lépreux , des aveugles, des muets, des sourds, des boiteux; il chasse des démons; il ressuscite des morts, dont un, expiré depuis quatre jours, et. enterré , répand déjà l'infection; il opère ces effets merveilleux , tantôt par une seule parole , tantôt par son attouchement (1) , tantôt, comme envers l'hémorroisse , en laissant seulement toucher son vêtement. Il les opère quelquefois loin de sa vue , et à une grande distance de lui : témoins le fils d'un officier de Capharnaiim , et le domestique d'un centurion; il les opère sans préparation, à chaque instant, en tout lieu, selon que les objets lui en sont offerts (2) ; il les opère entouré par devant , par derrière, à côté, par une troupe nombreuse, non-seulement de disciples , mais de curieux , mais même d'ennemis , tous attentifs à l'observer, plusieurs désirant avec ardeur trouver quelque trace de fraude. Peut-il entrer dans l'esprit qu'il existe dans la nature des moyens d'opérer tant de choses si opposées à l'ordre ordinaire de la nature , de les opérer de tant de manières , toutes différentes , toutes ayant si peu de relations avec leurs objets; toutes si occultes, qu'il est impossible aux yeux
rctjonebat : mortoos aat jam sepaltos ad vilam lucemqne revocabat, Idem qainqae millia hominuiu quinqne panibas et daobus pistiboa sataravit. Idem snpra mare aaibulavit. Idem in terapestate praecepit rento nt conquiesceret ; statimque tranqaillitas facta est. {Lactantiiis epitome div. instit. ^ cap. 45.)
(i) Tides qnalia habet geneia sanitatam. Iraperat febri : imperat spiritibus immundis : alibi ipse manus imponit. Non solam igitar verbo , sed etiam tacMi aegros cniare consuevit. (5. AmbrosiuSy de Vi~ duis , cap- X , n" 62 . )
(a) Nec lempas ad sanandara, nec locas qoîeritur. .. Ubique Jesas carat : nbique sanaJ : in itinere, in domo , in deserto. («S. Ambrosius , de Virginitate y cap. viii, n° 4a.)
les plus intéressés et les plus clairvoyants de les découvrir ^
XLII. Il est impossible de soutenir que les miracles de Jésus-Christ soient des tours d'escamotage faits par l'adresse humaine ; et je ne crois pas que cette ridicule idée ait été présentée par aucun incrédule , ni ancien , ni moderne : elle est également absurde, et les déistes de nos jours n'osent pas la répéter, cette assertion des incrédules anciens, que ces miracles sont des œuvres d'une puissance intermédiaire entre Dieu et l'homme. Il reste donc qu'ils soient l'ouvrage de Dieu ; mais en reconnaissant que c'est par une vertu divine que Jésus-Christ les a opérées , ne sont-ce pas des conséquences nécessaires, et qui s'ensuivent l'une de l'autre, 1° qu'il est l'envoyé de Dieu ; 2° que c'est de la part de Dieu qu'il annonce sa religion j 3" que sa religion est véritable?
XLIII. Pourrait-on le croire , si on ne le lisait formellement dans leurs écrits, que quelques déistes ont imaginé de nier ces conséquences? Ils oat prétendu que « les miracles de Jésus-Christ n'avaient pas pour objet « d'établir la divinité de sa mission , mais que c'était « uniquement des actes de compassion et de charité en- « vers les misérables, et non des preuves de sa religion.
XLIV. Parmi les miracles du Sauveur, on en voit qui ne sont pas des actes de bienfaisance : comme lorsqu'il marche sur la mer, qu'il fait faire une pêche prodigieuse, etc. Dira-t-on que Dieu faisait ses miracles sans objet? Quel autre objet, que de prouver sa mission, leur attribuera-t-on ? Pour achever d'^ réfuter <;ette pitoyable objection, écoutons Jésus-Christ luimême démentant l'assertion sur laquelle elle est fondée. Quand il guérit un paralytique, il déclare que c'est pour montrer que le fds de l'homme a la puissance de remettre les péchés (1). Lorsque les disciples de St. Jean-
(i) Ut aa»em sciaiis rjaia (ilius borainis habet polestatem in terra
Baptiste viPiinent lui demander s'il est le Messie , pour réponse il leur donne les miracles qu'il opère en leur présence (1). Si les Juifs lui demandent ce qu'il est? Les œuvres que je fais au nom de mon père, voilà, leur dit-il, ce qui rend témoigna{je de moi (2j. En ressuscitant Lazare , il annonce que c'est pour que le peuple qui va le voir , reconnaisse en lui l'envoyé divin {3). Après lui, ses apôtres suivent la même jnarclie, donnent aussi ses miracles comme une preuve de sa divine mission (4). Il est donc certain que c'est pour prouver qu'il est le Messie envoyé par le Père céleste, que Jésus-Christ opère ses miracles : et cette difficulté des ennemis de sa religion est aussi contraire à la vérité historique qu'à la raison.
dimiitendi peccata, tune ait paralytico : Surge, toile lectuin tnam , et vade in donium toam. [Match, ix, 6.)
(i) Cum autera venissent ad eam viri, dixercnt : Joannes Baptisfa misit nos ad te , dicens : Tu es qui venturns es , an alium expectamus? In ipsa hora muUos caravit a langoribus et plagis et spiritibus malis, et caecis miiitis donavit visuin. Et respondens dixit illi.s : Eantes renuntiale Joanni quae audistis et vidstis : quia caeci vident, claadi ambulant, lepiosi niuiidantar, surdi audiunt, mortui resurgunt , paaperes evangelizantur, (Luc. vu, 20, ai, 22.)
(2) Ego auteni habeo testimonium majus Joanne, Cpera enim, qnse mihi dédit Pater ut peificiam ea, ipsa opéra quae ego facio testimonium perhibent de me, quia Pater misit me. [Joann. v, 36.)
Respondit eis Jésus : loquor vobis et non creditis. Opéra quae ego facio in nomine Patris raei , haec testimonium perhibent de me. (Id. x,a4.)
(3) JesQs elevatis sarsum ocalis dixit : Pater, gratias ago tîbi qaoniam andisli me. Ego autem scieboœ qnia seniper me audis : sed propter popalum qui circomstat, dixi ut credant quia tu raisisti me. {Joann. xi , 41 > 42. )
(4) Yoyez ci- dessus , note, page aag.