RÉSURRECTION PE NOTRE SEIGNEUR JESUS-CHRIST
J'ai distingué la résurrection de Jésus-Clirist de ses autres miracles, et j'en fais un cliapitre à part, parce que n'ayant pas été aussi publique que les autres miracles , elle n'a pas été avouée de même par les ennemis du Christianisme. Elle a des preuves, et on lui oppose des objections qui lui sont particulières. Elle exige par conséquent une discussion spéciale.
I. Les défenseurs de la religion auraient pu , pour la prouver , se contenter d'alléguer cette multitude de prodiges de tout genre qui avaient rempli la vie de leur maîlie, et qui formaient une démonstration d'autant plus irrésistible, que personne ne les contestait. Mais ils ont dédaigné de se borner à cette preuve. Celui des miracles que leurs ennemis attaquaient est celui qu'ils ont le plus fortement défendu. Nous les voyons , dans leurs prédications et dans leus écrits, insister spécialement sur ce point essentiel et en faire le principal fondement de la foi (1). Jésus-Christ lui-même, prédisant sa résurrection, l'avait donnée couinic le signe le plus certain de sa mi-sion (2). Et St. Paul fait cet aveu solennel : Si le Christ n'est pas ressucité, notre prédication est vaine , votre foi est sans fondement, nous ne sommes que de faux témoins f3).
(i) Priinani et luaxiinuni iîdei fuiidaïuentum in resuireclionem Christi credire. (5. Ambrosius , de Joseph. ^ cap. xiii, n° 80.)
(a) Qui respondcns ait eis : geiieratio luala et adultéra .signnm quaîut : et signum non dabilor ei . nisi signnm Jonae propbeta;. Si<ut enim fuit Jouas m ventre Cf-ti tribus diebus et tribus noctibos , sic erit FiiiU» honiinis in corde terrae tiibui diebus et tribus noctibus, {Matth. xii, 39, 40)
^3) Sieigo /;britus non resurrciit ,inani3 est eigo praedicationos'ia ,
Dissert, sur la Belig. 12
La résurrection de Jésus-Clirist, attestée par ses disciples, a été contestée par les Juifs qui venaient de .le erucifier. Pour jujjer de quel côté est la vérité, il faut examiner ce qu'ont dit 1rs uns et le» autres.
II. Voici le récit des apôtres. Après que Jésus-Christ eut expiré sur la croix le vendredi , il fut enseveli] le soir même dans un toinl^eau. Le lendemain matin , les princes d€S prêtres et les pharisiens allèrent trouver Pilât . et lui dirent que ce séducteur (ils appelaient ainsi le divin Sauveur) avait annoncé pendant sa vie qu'au bout de trois jours il ressusciterait. Ordonnez donc , dirent-ils , que le tombeau soit gardé jusqu'au troisième jour , de peur que ses disciples ne viennent , et qu'après avoir dérobé son corps ils ne disent au peuple : il est ressuscité d'entre les morts ; et cette seconde erreur sérail pire que la première. Pilate répondit : Vous avez des gardes ; gardez-le comme vous l'entendrez Ils allèrent munir le sépulcre d'un s^eau qu'ils apposèrent à la pierre , et d'une gprde qu'ils placèrent autour. Le lendemain, qui était le dimanche, de très-grand matin, un grand tremblement de terre se fit sentir. Un ange descendu du ciel leva la pierre qui couvrait le tombeau, et s'assit dessus. A son aspect, qui était effrayant, les gardes saisis de terreur, restèrent comme morts. Des femmes, attachées à Jésus-Christ, étant venues quelque temps après , l'ange leur dit que celui qu'elles cherchaient n'était plus dans le tombeau, mais qu'il était ressuscité, selon sa "prédiction , et il leur montra le lieu où il avait été déposé. Cependant quelques-uns des gardes retournés à la ville , racontèrent aux princes des prêtres ce qui s'était passé. Ceux-ci assemblèrent le conseil des anciens. Il y fut décidé qu'on donnerait une grosse somme d'argent aux soldats pour répandre le omit que pendant qu'ils dormaient les disciples étaient venus et avaient
iv.anis est et fides vtstra : inv^nimur autein et falii tesifû Dt-i. ( i Cor. XV, 14 , i5.)
enlevé le corps de leur maître. Ils ajoutèrent, que si le gouverneur romain avait avis de cette manœuvre, ils se chargeaient de le persuader , et de les mettre eu sûreté. Les gardes reçurent l'argent, firent ce qui leur avait été ordonné ; et le bruit de l'enlèvement du corps de Jésus était encore répandu parmi les Juifs, au temps où Tévangéliste écrivait. Telle est la narration de St. Matiliieu, à laquelle les chrétiens de son temps et de siècles suivants ont constanunent fait profession d'ajoutf^r foi fl).
III. De leur côté, les Juifs publièrent, attestèrent, certifièrent que le corps de Jésus-Christ avait été réellement enlevé pendant le sommeil des gardes. Que telle ait été leur assertion, et la réponse unique qu'ils donnaient au témoignage des apôtres, nous ne pouvons pas en douter.
1° St. Matthieu, rapportant cette allégation , dit positivement qu'elle était, lorsqu'il écrivait, encore répandue comme un bruit public dans la nation juive r2\ St. >Iatthieu, écrivant peu d'années après ^ au milieu des Juifs, et spécialeuient pour les Juifs, aurait-il osé dire qu'ils étaient dans une opinion qu'ils n'avaient pas ? Quel mépris aurait excité une si ridicule assertion ? Quel tort n'aurait-elle pas fait à sa prédication?
2° Et voici qui est plus fort encore. Nous apprenons ; de St. Justin, que les Juifs de Jérusalem envovèrent de tous côtés des émissaires pour répandre ce bruit de l'enlèvement du corps de Jésus-Christ (3). Dans les siècles immédiatement suivants, nous voyons, d'une part
1 (l) Matth.. cap. xxvii et xxviii.
(2) Et fJivu!^aia:u est verbum istud apad Judîeos u que in ho-
diernam diera. [Matth. xxvm , iS.\
t (3) Délectes homines consMoistis : ac per eos in tofnm orbern îer-
,{ rarum naissos praedirastis impiani qaamdaru et exlefjein sertam 0 piano
qaodam Je>Q «alilaeo exciîa'aiu es>e ; et cum illam a nobis cruci-
fixam discipuli e inunuinento in goo , refixas e croce , deposijas
faeiat, nocte snbripaerint , decipi ab illis homines, diiii eum ex
• nnortais tesarrexisse, et in coeiara ascendisse, dicritant. (5". Justin
Dial. cum Thryphon.y n" io8.) ' *
les plus éclairés entre les adversaires de la reli[jion , Celse, Porphyre, Julien, répéter Tobjeetion de l'enlèvement du corps, et ne pas avancer d'autie fait. Nous voyons d'un autre côté les saints Pères et les apolojjistes uniquement occupés à réfuter l'assertion. Knnemis et défenseurs du christianisme , tous s'accordent ; leurs dires uniformes cadrent parfaitement sur ce point avec le récit de St. Maltliien. 11 est donc certain que le fait de l'enlèvement du corps est le seul que les Juifs contemporains aient opposé au témoignage des apôtres sur la ré surrection.
ly. Je dis que c'est le seul : car si on voulait prétendre qu'il a été opposé à la résurrection de Jésus-Christ quelqu'autre fait , d'abord je demanderais quel est ce fait , quelles preuves , quels indices mêmes on a qu'il ait été produit? Il n'y a , dans toute l'antiquité ecclésiastique et profane , aucune trace de semblable allégation. Je dirais ensuite qu'en prétendant qu'outre le fait de l'enlèvement on en a encore objecté quelqu'autre contre le fait de la résurrection, les adversaires feraient tort à leur cause. En opposant au témoignage des apôtres tantôt un fait, tantôt un autre, on énerve la force de ces oppositions. Les contradictions entre les réponses montrent qu'il n'y a pas de bonne réponse à donner. Revenons donc à dire que tout ce qui a été soutenu dans le temps contre l'attestalion des apôtres, que leur maître était ressuscité, a été qu'eux-mêmes avaient enlevé son corps pour se donner le moyen de prêcher sa résurrection : et plusieurs de nos déistes modernes ont senti cette vérité, car ils ont réchaulfé cet e histoire de l'enlèvement, et se sont efforcés d'en prouver la possibilité, la vraisemblance , la réalité.
V. Les deux relations des apôtres et des Juifs, oppo sées entre elles sur le fait principal, s'accordent dans plusieurs circonstances. Il en résulte évidemment que ces circonstances sont véritables. Quand je vois deux partis très-contraires l'un à l'autre convenir de certains faits dont ils sont bien iustruits , je suis assuré que ces
laits sont réels. Plus il y a d'opposition entre les partis, plus il y a d'intérêt à se contredire. Leur accord ne peut pas être l'elTet d'un concert. Il n'y a que la vérité bien î clairement reconnue qui ait pu les réunir dans la même assertion. Avant de discuter ces deux narrations et d'examiner ce qu'on doit croire relativement au fait sur lequel elles sont opposées, considérons ce qui s'ensuit des faits sur lesquels elles sont d'accord.
yi. 1-^ Il est certain , d'après le dire des Juifs comme d'après celui des apôtres, que Jésus-Christ est véritaliicment mort (1). Il est étonnant que des déistes du dixhuitième siècle aient essayé de jeter du doute sur ce fait, qui a été cru sans difficulté par tout ce qui a existé jusqu'à eux de chrétiens, de juifs, de païens, d'hommes de toute religion. Tacite, qu'on ne sou])çonne pas de partialité en faveur du christianisme, en fait mention (2). Tous les ennemis qu'a eus la religion dans ses premiers siècles, lui objectaient de présenter aux adorations du monde un homme mort du supplice le plus ignominieux; et nous voyons les défenseurs de la foi dans ses premiers temps^ occupés à résoudre cette objection. Veut-on des témoins comtemporains qui fussent ennemis des chrétiens? Nous citerons les soldats qui ne cassèrent pas les jambes à Jésus-Christ, parce qu'ils le trouvèrent mort; Pilate, qui permit de l'ensevelir, après avoir fait une enquête sur sa mort ; le centurion, témoin de son dernier soupir , qui l'attesta; enfin , les chefs des Juifs eux-mêmes, qui ne mirent de garde à son tombeau que parce qu'ils étaient bien stirs de sa mort. S'il leur
(t) Ad alias igitnr caasas car Jesas cracifîxns fneiit, addi forte potesl ista ; illara palani in crace mortaum esse, nt ne qois diceret illuin volentem ab orulis homi.ium recessisse , mm m<>rtnura rêvera, sed visuin esise dantaxat raori , et reversam postea qnando voluit, saani e raortais prodigiose finxisse resurrectionem. ( Origines contra Cels. lib. II, n° 56.)
(2) AnttDr norainis hujus Christus, qui, Tiberio imperanie, per procaraturem Pentium Piiatam sapplicio affectus erat. [ Tacit. Annal, Ub. XV , cap. 44.)
était resté quelque cloute, ils n'auraient pas manqué de le vérifier et tl'acliever leur victime. D'ailleurs, en supposant que Jésus-(>hrist ne fût pas mort auparavant, ne serait-il pas mort du coup de lance (|ui lui fut porté dans le côté, dont il sortit du sanj; et de l'eau, indice certain que l'enveloppe du cœur avait été percée? Admettant encore que ce coup ne l'eût pas fait périr, pouvait-il rester vivant, ayant été plus de trente heures opprimé du poids de cent livres d'aromates, serré de toutes parts dans des linges, et enfermé dans un sépulcre où il n'avait aucune communication avec l'air? Toutes ces circonstances , tirées de l'histoire évangélique , sont irrécusables aujourd'hui, puisqu'elles n'ont pas été récusées dans le temps. L'accord des Juifs avec les apôtres les prouvent démonstralivement. Que ceux qui reulent révoquer en doute cette mort , nous en citent une , dans toute l'histoire, qui ait été plus positivement et plus solennellement attestée.
VII. 2° Il est également certain que Jésus-Christ étant dans le sépulcre, les Juifs y ont mis des gardes. Nous n'avons pas à prouver cette vérité attestée par les deux partis. Mais par quelle raison les Juifs ujettaient-ils des gardes au tombeau d'un homme mort? Il ne peut y en avoir d'autre que celle apportée par St. Matthieu, la crainte qu'on ne dérobât le corps pour publier ensuite la résurrection , conformément à ce qu'avait prédit Jésus-Christ de son vivant. Les Juifs n'ont pas, d'ailleurs, démenti ce motif auquel leur précaution était attribuée. Et c est là une preuve de la vérité de ce qui est dit à plusieurs reprises dans les évangiles, que le Sauveur avait prophétisé qu'il ressusciterait : prophétie qui n'est certainement pas étrangère à notre objet.
VIIL 30 De la double relation, soit des apôtres, soit des Juifs, s'ensuit aussi la certitude de deux faits : le premier, que le corps de Jésus-Christ était dans le tombeau le samedi au matin ; le second , qu'il n'y était plus le dimanche au matin. La précaution prise par les Juifs le samedi , de mettre un scellé et des gardes au tombeau,
aurait été ridicule , s'ils n'avaient pas su que le coi-ps y était. L'assertion répandue par eux le dimanche, que le corps avait éié enlevé du sépulcre, aurait été tout aussi absurde si le corps y était resté. Il est donc certain que c'est dans l'intervalle du samedi matin , au matin du dimanche, que le corps de Jésus-Christ a disparu du tondDeau. La question entre les apôtres et les Juifs, de même qu'entre nous et les incrédules, se réduit à savoir si c'est la résurrection racontée par les évangélisles , ou l'enlèvement raconté par les gardes, que l'on doit croire. Je dis que c'est encore aujourd'hui, couime alors, le point de la question. En effet, de ce que les ennemis de Jésus-Christ n'opposèrent dans le temps, au récit des apôtres, que Thistoire de l'enlèvement , il. s^ensuit qu'on ne peut aujourd'hui en objecter aucune autre. Il faut soutenir la vérité de celle des Juifs, ou avouer celle des apôtres. Les deux partis s'étant fortement et uniquement attachés à ces deux narrations opposées , elles sont devenues comme deux propositions contradictoires , dont il faut reconnaître l'une vraie , lorsque l'autre est démontrée fausse. Quelque nouvelle fable que l'on veuille imaginer maintenant, elle se trouvera démentie d'avance par le témoignage unanime de tous ceux qui étaient à portée de rendre un témoignage. Ainsi , quand j'entends un incrédule moderne dire qu'il y avait peutêtre au tombeau une issue secrète, par où l'on aurait retiré le corps, je lui réponds : Votre supposition est évidemment absurde. La preuve que cette issue secrète n'a pas existé , c'est qu'elle a été inconnue , c'est qu'ils n'en ont point parlé. Et je pourrais ajouter que depuis dix-huit cents ans que ce sépulcre taillé dans le roc existe , et a été visité par une innombrable multitude de pèlerins et de curieux, aucun n'a jamais aperçu la plus légère trace de cette issue imaginaire.
Nous avons donc deux moyens de prouver la vérité de la résurrection : le premier est de faire voir que le témoignage des apôtres réunit tous les caractères qui peu-
vent lui imprimer la certitude ; le second est de montrer que le récit des Juifs est une fable absurde. Jo vais exposer, l'une après l'autre, ces deux preuves.
IX. Nous prouvons la vérité incontestable du témoignage des apôtres sur la «ésurrection de leur maître, comme nous l'avons établie relativement à ses autres miracles. Un témoignage est certain, disons-nous, quand ont est assuré que celui qui le rend n'a ni pu être trompé , ni voulu tromper. Il s'agit donc ici de savoir si , sur le fait de la résurrection , les apôtres ont été abusés , ou s'ils ont abusé le monde.
X. Pour prouver que les apôtres n'ont pas pu être dans l'erreur au sujet de la résurrection , commençons par faire quelques observations.
XI. 1° Les apôtres n'avaient pas l'esprit aliéné ; ils n'étaient pas des insensés , des fous. J'ai établi ailleurs cette vérité (1).
XII. 2° Les apôtres connaissaient parfaitement Jésus- Christ. Ils venaient de passer trois ans de suite dans sa compagnie ; pendant tout ce temps ils ne l'avaient pas quitté: et ils avaient vécu avec lui dans la plus intime familiarité. Il était donc impossible qu'il se trompassent sur sa personne, et qu'ils le confondissent avec un autre.
XIII. 3° Si l'on veut prétendre que les apôtres ont été trompés , il faut convenir qu'ils ont été sincères. Dès qu'on les suppose abusés , on les croit de bonne foi : étant de bonne foi, ils ont dit ce qu'ils croyaient véritablement. On doit donc ajouter foi à toutes les choses sur lesquelles ils n'ont pas pu se tromper ; on doit croire ce qu'ils disent d'eux-mêmes, de leurs dispositions, des circonstances où ils se sont trouvés. Il serait absurde jusqu'au ridicule de soutenir qu'ils se sont trompés sur ce qu'ils ont pensé , sur ce qu'ils ont dit , sur ce qu'ils ont fait, sur les lieux où ils ont été.
(c) Voyez chap. premier, n° 5 , page 219.
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Examinons donc , d'après la relalion des témoins dont la sincérité est admise, s'ds ont pu être induits en erreui sur la résurrection de leur maître.
XIV. S'ils disaient qu'un d'entre eux a vu Jésus-Christ vivant depuis sa mort , on pourrait penser que ce témoin isolé s'est lait illusion , et qu'il a pris un objet pour un autre ; mais ils rapportent qu'ds l'ont tous vu , et qu'à une seule fois Jésus-Christ a apparu à plus de cinq cents de ses disciples. Comment se pourrait-il qu'un aussi grand nombre d'hommes se fussent trompés tous ensemble , tous de la même manière ? que dans cette multitude il ne s'en fût pas trouvé un seul qui , avec des yeux meilleurs et un jugement plus sain , eut découvert l'erreur et Teùt fait apercevoir aux autres?
XV. S'ils disaient qu'ils ont vu Jésus-Christ une seule fois de loin, rapidement et en passant, on pourrait encore absolument croire la possibilité de l'erreur; mais ils racontent que Jésus-Christ n"a pas fait qu'une seule apparition ; qu'il s'est montré tantôt aux uns, tantôt aux autres : à Madeleiue, à d'autres femmes, à St. Pierre, à St. Jacques, à deux disciples, aux onze apôtres. Ils nomment les lieux où se sont passées plusieurs de ces apparitions, le jardin où était le tombeau, le chemin d'Êmmaùs, le cénacle, le bord du lac de Génésareth , une montagne de Galilée. lis attestent que pendant quarante iours de suite il leur a fréquemment apparu^ et qu'enfin ils l'ont vu remonter dans le ciel. Comment auraient ils pu se faire illusion tous ensemble sur des visites répétées aussi continuellement et pendant un aussi long temps?
XVI. S'ils disaient qu'ils n'ont fait , dans ces diverses apparitions^ que voir Jésus-Christ, ce serait déjà une chose inimaginable qu'ils se fussent trompés tous et aussi souvent; mais ils ajoutent cjue, dans les diverses occasions où ils l'ont vu, ils ont conversé avec lui; qu'il les a fréqueinuîent , pendant quarante jours , entretenus du royaume de Dieu. Ils rapi)ortent quelques-uns des discours qu'il a tenus , plusieurs des réponses qu'ils lui
ont faites. ïls disent qu'ils ont mangé et bu avec lui ; qu'il s'est fait toucher par eux à plusieurs reprises ; qu'il leur a fait sentir sa cliair et ses os ; qu'il leur a fait njettre les doij^ts dans ses plais restées ouvertes. Ils se seraient donc tous imaginés voir ce qu'ils ne voyaient pas, entendre ce qu'ils n'entendaient pas, toucher ce qu'ils ne touchaient pas ; et, ce qui est plus extraordinaire encore, tous se faisant, illusion, se seraient fait précisément la même. Tous les sens de tous ces hommes se seraient trompés à la fois, et de la même manière, sans que Wiu eût rectifié l'erreur des autres (1). Soutenir une pareille proposition , n'est-ce pas détruire dans le genre humain la certitude physique, qui consiste principalement dans le rapport unanime des sens ?
Si on veut s'opiniàtrer à soutenir que les témoins de la résurrection ont été induits en erreur, il faut articuler quelle a été cette erreur. Elle n'a pu être que de l'une de ces trois sortes. En croyant voir , entendre , toucher Jésus-Christ , ou ils n'ont rien vu , rien entendu , rien touché ; ou ils ont vu , entendu , touché un autie homme qu'ils ont pris pour lui ; ou ils ont vu , entendu , touché un fantôme qui avait sa ressemblance, et qui n'avait pas de réalité. Laquelle de ces absurdités les incrédules préféreraient-ils de soutenir?
(r) Ideo ilie quadr.-iginfa diebas mansit pos» resnrreciionem , tam longu (emj'Oie cunsptcius sui spatio veiitaiein comprobans : ne id qaud videbaiDi pbjntaMna^a esse |:aiarent. Neque his confen'ns mensam eliam addidù ; id quod efiam pos'ea dicit : et convescens cxxra \[\i-.. Hoi- auîeni apostoli scmpi-t tn resaireciioni» argumentutn sunip^eranf, riiof-ntes : Qui inanducavimus et btbimns cum itlo. Quod antem appaieni Int-rit per sequentia «Ksfeiidit , dicens : apparens illis, et loqueii:> de le^no Dei. (5. Joann. Ckiysosc. in Âcta Apost. Momil.i^n''/i.)
Ergo, quid curbati estis ^ et cogitationes ascendunt in cor vestrum ; vidcte mamis meas et pedes meos : palpate et videte. Si paitim est vobis artendeie, nec suf£î( iat tangeie palpate. Nec langite tantum dixit , seil palpaie. et coiitreclate. Prubent sibi njanus vestrac si mentianiur o(uii vestri : Palpate et vidtle : oculos in manibus habele. [S. Au^tist. se/ m. ccxxxvii, de Fettis Pasch. 8 ; al. cxLv, de Teinporc, n» 3.)
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XVII. Dire qu'ils n'avaient aucun objet devant eux , quand tous leurs sens leur présentaient Jésus-Cljrist , c'est avancer que tous les sens de beaucoup dhonimes à la fois peuvent non-seulement* faire prendre un objet pour un autre, ce qui est déjà souverainement déraisonnable, mais donner de l'existence à ce qui n'est pas , de la consistance à rien.
XVII i. Avancer que les apôtres ont pris pour Jésus- Christ un autre liouune qui lui ressemblait, n'est pas moins absurde. Quel serait donc cet homme qui n'aurait jamais paru avant la mort du Sauveur, et qui aurait absolument disparu du moment où l'on annonçait la résurrection et l'ascension ? D'ailleurs , les discours que les apôtres rapportent de leur maitre depuis sa mort, ont relation avec ceux qu'il leur avait tenus pendant sa vie : ils en sont la suite ; ils les rappellent, il faudrait donc que cet imposteur qui abusait les dis.-^iples par sa ressemblance avec leur maître, eut été avec eux habituellement dans sa compagnie. Et comment ne Tauraient-ils pas connu auparavant ? comment ne Tauraientils pas reconnu alors ?
XIX. Enfin la fable du fantôme pris pour Jésus-Christ répugne autant que les deux autres. Il faut , pour l'existence de cet être fantastique , faire intervenir la puissance divine en faveur du mensonge , et supposer un miracle dont le but serait de tromper le genre humain. D'ailleurs , Jésus-Christ lui-même a prévenu cette objection. Ce fut la pensée qui vint d'abord à l'esprit de ses apôtres , lorsqu'ils le virent pour la première fois dans le cénacle. Vovez , leur dic-il , mes mains et mes pieds ; considérez que c'est moi-même ; voyez qu'un fantôme n'a point une chair et des os , comme vous voyez que jeu ai (1).
(i) Conturbîiti vcro e; coiiterriti , existiraabant se sp rltnrn videre. Et dixil eis : quid 'iirbaii ciiis; et rojjita'.iones ascendiint in corda ▼estra ? videte nianu'» et pede-^, qnia ego ipse snm ; palpjte et videre, qoia spiii;U3 carn^-m et uisa non habet , scQt aie videtis Labere. Et
XX. Ceux, des incrédules qui ont essayé d'admettre cette ridicule hypollièse, que 1rs apôtres ont pu être abusés sur le fait de la résurrection , n'oiil eu , pour la soutenir, d'autre raison à donner , sinon que les disciples de Jésiis-Christ étaient préoccupés de l'idée que leur maître devait ressusciter, et qu'ils étaient d'u.e extrême crédulité.
XXI. Certes, il aurait fallu, dans tous ceux qui se sont portés témoins de la résurrection, une prévention , telle qu'on n'en a jamais vue dans aucun homme, pour qu'elle leur fît voir à tous, en même temps et delà même manière, leur maître vivant et présent, tandis qu'il aurait été mort et loin d'eux. Dira-t-on aussi qu'ils avaient tous l'esprit prévenu de toutes les circonstances qu'ils apportent, qu'ils étaient touspréoccupés de l'idée que Jésus-Ciirist apparaîtrait à ceux-ci dans un lieu, à ceux-là dansun autre ; quilreviendrait souvent les voir pendant l'espace de quarante jours; qu'il leur tiendrait tels discours ; qu'ils lui feraient telle réponse ? D'ailleurs toute la conduite des disciples prouve la fausseté de l'assertion. Ils n'avaient certainement pas le préjugé que leur maî-
«am hoc dixisset, ostendit eis manos et pedes. {Luc. xxiv , S') et
Quale est autem idcirco dicere Doniinura post resurrectionem qua dragiiita diebp.s comedisse cuin apostolis, ne phantasma pdtaretur, et hoc ipsiira quod cumedit in carne et in membiis vi^us est in phantasma oonfumare? Aut vernm est quod videbalur, anr falsam. Si vernme^t, crgo verc coraedil , et vere merabrii babnit. Si antein falsum , qiioinodo res fjlsas Ostendere voluit ut resnrreptionis verilatem probarei ? (5. Hierotiymus ^ epist. xxxvin, nd Pommachiuin. )
Sciât aiitein qui bas proposait quaestiones, ChiiNinra post resurrectionem cicatrices, non vulnera , deinonsliasse dubitanlibus ; propfer qaos etinni cibum ac potam suraere voluit, non serael sed saepios : ne illum iion corpus sed spiriluin esse arbitrai entur; et sibi non solide sed imaginaliter apparere. Tune autem illae falsae cicatrices fuissent, si nulla vnlncia praecessissent : et tamen nec ipsae essent , si eas esse noluisset. Voluit autem certae dispens.-ttionis gralia; ut iis quos aedifîcabat in fîde non ficta , non a!iud pro alio , sed hoc quod crneilixum viderant, resnrrexisse raonsiraret. (5. August. , lib. ad Deogratias y seu epist. en, quœsty i, n° 5.)
tre dût ressusciter ; ni Joseph, Nicodème et les saintes femmes qui venaient embaumer son corps ; ni Madeleine, qui, au premier moment oùelle le vit, nele reconnut pas ; ni les disciples d'Emmaiis, qui avaient, disaient-ils , espéré d'avoir en lui le libérateur d'Israël; ni les apôtres, qui refusaient de croire les premiers témoins du fait ; ni saint Thomas , qui , avant de se rendre à la conviction ^ voulut voir et toucher ses plaies (1). La lenteur avec laquelle les témoins de ce grand prodige l'ont cru , la circonspection qu'ils ont apportée à l'examiner, les preuves qu'ils en ont exigées, montrent évidemment que , loin d'être persuadés de la future résurrection de leur maître, ils n'en avaient pas même la pensée. La Providence a voulu qu'ils fussent aussi longtemps dans le doute, pour que nous n'en eussions pas (2). Ces mêmes circonstances repoussent aussi bien loin d'eux l'imputation de crédulité. Certes ce ne sont pas des hommes crédules, que ceux qui ne se déterminent à croire qu'après d'aussi grandes précautions. Ils ont mérité , et subi de la part de Jésus-Christ , le reproche de leur difficulté à croire , de la lenteur qu'ils y apportaient (3)»
(i)El di;ritur nobiâ : qutie tvgo Dominus cum su tiiim vulnerun* cicatricibns resurrexit? Qiiid ad hoc dcimas? ^i^isi qnia et hoc potest^tis fait, non neccssitatis. Sic voluit lesurgere. Sic se volait qnibusdain dubitantibas exliibere. In illa carne ciuatrix vulner's sanavit vainas incredulilatis. [S. Augiist. serm. ccxrii, in diebus ^.asch. i3; al. cxLvxi, de Ternpore f u° 3.)
(2) Quod resurreciionem dominicain discipuli tarde crediderant, non tam illorani infîrmitas quam nostra , ut ita dicara , fntara firmitas fuit. Ista namqne resai recno illis dabitantibns per niulta argamenia nionstrata est , qu?e dum hus Icf^entes agnoscimus, quid aliad quam de illorara dubitatione solidaranr? Minus eniin raihi Maria Mngdalene pr?estitit q'iae ci'ius credidit, qujnn Thomas qui diu dubitavit. nie eiiim dubi'ando vulnernra licatrices teîig't ; et de nosiro peotore vulnns dubieîaMs ampntavit. (S. Gregoriiis niagn. in evang. lib. ir, homil. 29 , n" i.)
(3^ Iti liac lectioîie aninia-lvcrtirans qaoïnodo ipse discipulos suc» prima membra saa , haerentes latere sao objurgavit Domiuus Jesaa, qnia, qnem dolebant oicsnm fiiisae , non credebant vivom esse : patres fidei, nonduin hdeles : magistri , iitcredeiet nniveisas orbis ter-
Aujourd'hui c'est une crédulité trop facile qu'on leur impute.
XXII. En voilà beaucoup trop, sans doute, pour réfuter une supposition aussi absurde que l'erreur des apôtres au sujet de la résurrection. Passons à la seconde hypothèse , et voyons si on peut plus raisonnablement les accuser d'avoir voulu en imposer.
XXIÏI. J'ai montré dans le chapitre premier, que les apôtres n'ont pas été des imposteurs, lorsqu'ils ont rapporté les miracles dont Jésus-Christ avait rempli sa vie. L'ont-ils été en publiant sa résurrection ? Les mêmes raisons qui ont établi la sincérité dans le témoignage qu'ils ont rendu au\ autres miracles , prouvent avec la même force leur sincérité dans le récit qu'ils ont fait de celui-ci. Je ne répéterai donc pas ici ce que je crois suffisamment établi ailleurs, sur le caractère moral des apôtres, prouvé par leurs écrits , qui donnent les régies de toutes vertus ; par leur conduite, qui en présente le modèle; par l'aveu même de leurs adversaires, qui n'ont jamais intenté un re[)roche à leurs mœurs ; sur les circonstances dans lesquelles ils ont ouvert leur prédication, sept semaines après la mort de leur maître^ dans la ville où elle avait eu lieu, au milieu d'une fête qui réunissait un grand nombre de témoins ; sur l'impossibilité de former et de soutenir un concert entre un si grand nombre d'homnies et de femmes; sur l'invariable uniformité de leur témoignage dans des temps et dans des pays divers ; sur sa constante persévérance dans tout le cours de leur vie, au milieu des persécutions et des tourments, et jusque sur l'échafaud ;sur ce que touslesintérêts humains s'opposaient à leur prédication, et qu'ils ne pouvaient avoir dans leur ministère d'autre intérêt
raram quod praediia'uri fueiant , et propîer qnod rnoritnri fuerant , nondnrn credebaiit, Q'icrn videram luorruos suscitasse, non c.eileb.int ffsijrrexsissp, Meiiro er^o ohjurgabantor. [S. Aitgust. ,sei-in. ccxxxl, /// Festis Pasch. a; al. dr Te n pore , ccxr.i , n" r.)
que celui qui fait toujours dire la vérité (1). Je me bornerai à ajouter à ces raisons quelques considérations.
XXIV. Si les apôtres ont voulu tromper sur la résurrection ^ ils étaient donc persuadés que leur maître était encore mort. Or, dès- lors, quelle espérance pouvaientils avoir de persuader au monde , sur leur seule parole, que leur maîtie était ressuscité ? Toutes les probabilités étaient contre eux : la nature du fait , difficile à croire; le préjugé qu'avait alors le gros de la nation contre Jésus-Clirist ; l'opinion généralement répandue , qu'ils avaient enlevé son corps; l'autorité du sanhédrin, et la contiance qu'on avait en lui. Quels moyens possédaient-ils, pour faire croire, malgré tant d'obstacles, un fait qui aurai t été faux (2j ?
XXY. Avec la persuasion de la fausseté du fait , quel motif pouvait les engager à le publier ? Que , pendant la vie du Sauveur , ils se fussent attachés à lui, cela est tout simple : ils le regardaient comme le Messie, qui, dans les idées qu'ils avaient alors, devait être un roi glorieux et puissant. Ils en espéraient des places avantageuses dans son royaume futur. Ils les lui avaient même déjà demandées. Mais leur maître mort , leurs espérances ont expiré avec lui. Ils ne peuvent plus rit n attendre de lui : et du ciel et de la terre, ils n'ont à es-
(i) Voyez chap. r , n° xu et suivants, page 2 33.
(2) Quid ergo habebanl dicendum exeantes ^ Nam passionem quidem sciebai univeisus orbis. In alto qaippe patibulo su>pen!>as foerat ; in meridie, in metropoli , et in maxirao die festo , et a qae maxime non licebat qiiemquam abesse. Resurrectionein vero nulJus •ciebat exterornm, qnod non parvum erai ilbs iiopediiueiilura ne persuadèrent. Et qaod esse sepaltus omnium romore ferebalur, quodqac disripuli corpas fuiati essent , mdiles jam judaeis omnibus dicebant. QaodaQtem resuriexisset exterornm nemo sciebat. Undenam expectâbant se id tuti orbi per^ua^uros esse. Si enim p<jst edi:a rairacola persnasi fuerant milites ut Contraria testarentnr, und^^nam sperassent hi se sitie mitacnlis prseditaturos esse; et ne obolnra quidem habentes, terrae et mari de resnrreclione pcrsuasuros esse ? (5. Joan. Chrysost.^ in epist . primam ad Cor. homil. v, n° 5 )
pérer que les tenibles supplices réservés aux iniposteuis et aux impies ^Ij.
XXVI. Tant que Jésus-Clirist a vécu , ses disciples ont pu avoir confiance en lui. Lors même qu'ils l'ont vu arrêté par ses ennemis , ils ont pu encore espérer qu'il saurait se tirer de leurs mains. Mais, s'ils l'ont cru mort sans ressource, ils n'ont pu voir en lui qu'un imposteur qui avait abusé de leur simplicité. Ils ont donc dû nécessairement se détacher de lui , et abhorrer d'autant plus sa mémoire , qu'ils avaient plus chéri sa personne (2). Au moins , dans leur nombre , devait-il s'en trouver que la honte d'avoir été dupes , l'indignation contre l'imposteur qui les avait trompés, le repentir d'une erreur contraire à leur religion , amenassent à l'aveu de la séduction qui les avait égarés. Au lieu de cela, nous voyons ces mêmes hommes, auparavant faibles et timides, qui,, an premier danger de leur maître, l'avaii nt lâchement abandonné , dont le chef l'avait mè-
(i) Si enim uon facra foissent illa quae vere facta sont, et si Chrislas in cœlum non asiendissef , haec fingere confendentes et aliis persaadeie, Deura offensuii eiant, et mille a. superis fulmina expectaturi. Alioquin etiam , si viverite Cbiisto taniam habuisseiit aiacriiaiem, ipsj moriuo illam extinxissent. [S. Joan. Chrysost.^ in priinarn epist. ad Cor.^ bomil. v, n° 4.)
(a) Nisi enim vidisserit illnm resnrrexisse , qnid poterat illos ad hoc bellnm educeie? Qaid non illos avertisset ? Dixit illis : Post très d:es resurgara, et regnum cœlonim poUicitus es*. Dixit illis quod orbetu terrarain s'ij^eraiuri essent accepte Spirita sancto, et ad baec irmamera alia dixit uatnrara omnem superanlia. Itaqne s.i nibil horom evenisset, et si viventi rrcdiderant , eo mortuo non ultra crediJissent, nisi ressu'-citatura ' idisseuf. Dixi.ssenf enim : post 1res dicb se resnrrectnrura dix.it : et non re>nrrexit : Spiiilam se datnrnm promisit, et non raisit. Quomodo ergo de faluris illam credaraus : cum praesentia de falso convicia sint. Qua de causa, si non resurrexisset , praedicarent illam resnrrexisse ? Quia ipsnm amabant, inquies. Atqni ipsnm deinde odio babituri erant , quod se decepisset , et prodidisset ; et qaod mide faisis proinissis induxisset ut domos, parentes, et omnia relinqnerent ; quod totam judaeorum gentem contra se susritasset et se prodidibset. (5. Joan. Ckiysost. , in epist. priinam ad Cor. homil. v, n" 4.)
me forinelleinent renié ; qui ensuite le voyant expiré , tremblant que la persécution qui l'avait immolé ne s'étendît sur eux , étaient restés enfermés dans le cénacle , nous les voyons tous unuiimement reprendre pour lui un attachement nouveau. JNous voyons leur zèle tout à coup ranimé, leur donner une force qu'ils n'avaient jamais eue (Ij. Quels elVets extraordinaires et absolument incroyables , la mort de Jésus-Christ aurait donc opérés
(i) Caeterum demas illos illam esse veneratos, quamdia cum ipsis versatas cuminoiatii.sq'ie sit, et q>iamJia fal'aoiis eos , nt seimone eorum utar , decipere potaerit, Cnr igitur post mortein, multo raagis qnam ante, illum admirali sunt ? Narn in huiuanis dej^enleiii , et deseruisse et abnegasse olim dicuntur; cum ilii videlicet insidiae factae snnt. Postquam vero in'er hutiiines esse desiit, alacres ipsi inori malebant qnam a vera de illo testificaiione arauveri. Si igitur praeoeptori suo niillius boni eonscii eiant, non vitae, non di-'Cplinae. non actioiiis, non operis alicujus , tandem mercnii, neque vero qadqaara ab illo emulamenti perceperant , praeter unam jnalitiain et aliorara hominuai deceptioi.em , qnamobrem lam prompte raorsebantur, dummodo de illo severa quae lam et insignia priedioarent. Cum intérim illoriim nnicuiqne lireiet otiose vivere, et in prupiia dojuo niia cum sibi carissim's secnrioiem mnito tutioiemque vitam agere. Fallaces autem honiines et in fcaudibus versantes qaotnodo affectassent mori pro .aUo, quera ipsi hoiuinem maxime certiss mejue novissent : praesertim qni ipsis, ut sermone isturum ufar, nnilias buni auctor fais- 5et, sed contra [)Otiuâ omnis maluiie piaeceptor. (^ Etisebr ^ Deinonst. evang. , lib. m. )
In confesse est apad oranes enm qni erga viventem hominem bénévole sit affectas, ipso mortuo, foitasse ne qnidem ejas meminisse ; qai ve'O maie affeilus sit erga illum dum viveret , et snperstilem deserueiit , mnIto magis imniemurem defuncti futurnm. Quo fit ut nemo qai amicum, magisnumet superstifem r^liquerit, ac deseiuerit, vita fanctuni plnrimi faciat ; ac tum praecipne cnm , propter exhibitam in eum benevolentiam mille peiicula sibi viderit imniinere. Ecre tameu illad quod nulli accidit, in Cbristo et in discipuls evenit; et qni viventem illnm negaveranf, ac desernerant, et comprebensnm reliqaeraiit, et aufugerani , post innnrnera illa opprohiia, et crucem , tanti illum fecernnt,Qt pro ipsius confessione ei fide aninias eiiara suas exponerent. Eniin vero si mortnus fnissel Chri.->tns, neqne re.>uirexisset, qni fieri potmsset, nt qui dum snpers'es es^et ob p^nculora imminens fugerant, eo jam vita functo, propter illum mdle penculis se ipso» objicerent. {S. Joan. Chrysost. homil. Cur in Pentecoste ^ etc. n° 8.)
sur eux I Ce qui devait les abattre est ce qui les encourage ; ce qui devait anéantir toutes leurs espérances est ce qui les relève ; ce qui devait éteindre leur amour pour sa personne , est ce qui les réchauffe. Et ce n'est pas un seul homme qui agit aussi contradictoiremeut à toutes les idées, à tous les sentiments, à tous les principes; c'est une multitude d'hommes qui tout à la fois se trouve entraînée dans une conduite diamétralement opposée à toute raison, comme à tout intérêt. Ce concert unanime de tous les disciples de Jésus-Christ à attester sa résurrection contre leur conscience , est ce qui n'existe point dans la nature^ un effet sans cause. C'est quelque chose de plus répugnant encore, c'est un efïet contraire à toutes les cauc^es qui e\istentdans la nature.
XXYII. Si , comme on le suppose ici , les apôtres savaient que leur maître était encore mort, ne devaientils pas penser que d'autres pouvaient le savoir comme eux? Quelques moyens qu'ils eussent pu prendre pour dérober son corps, quelqu'un ne pouvait-il pas s'en être aperçu? Quelque bien qu'ils l'eussent caché, ne pouvaitil pas d'un moment à l'autre être découvert ? Et alors , à quoi ne s'exposaient-ils pas ? Ils venaient de voir la manière cruelle dont leur maître avait été traité. Ils n'avaient pas d'autre sort à attendre, en se rendant encore plus ciiminels que lui , en se chargeant d'une iniposture plus odieuse , en intentant l'accusation de déicide. Si la résurrection n'était pas réelle , que l'on nous allègue un motif qui ait pu porter à la publier ; que l'on nous en non>me un qui n'ait pas dû en détourner.
XXVIII. Les disciples de Jésus-Christ ne donnent sur sa résurrection que leur seul témoignage. Ils conviennent qu'après sa passion il n'a été vu vivant que par eux (1). Mais ils joignent à leur récit des circonstances
(i) Hune Deus suvitavit «ertia die; et dédit cum inairifestum fieri, non omni populo, sed testibus praeordinaîis a Deo , iiobis qui luau- ^ ducavimns, et bibimns cnm illo , posîquam resurrexii a tnortais. (^ct. X, 40, 41.)
qui doivent le rendre croyable, et qui ne pouvaient pas être inconnues à ceux à qui ils les racontent. Ce sont les miracles qui ont accompagné ia mort de leur maître. Les ténèbres répandues en ce moment , le tremblement de terre, le voile dn temple déchiré , les tombeaux ouverts, plusieurs morts ressuscites ; il élait impossible que les Juifs à qui ces faits merveilleux étaient racontés, n'en connussent pas positivement ou la vérité ou la fausseté. Ils sont tellement extraordinaires , tellement éclatants , que, s'ils étaient vrais, ils avaient nécessairement frappé tous les habitants de Jérusalem. C'était cinquante jours après celui où on les disait arrivés , c'était en présence de tous ceux qui devaient en avoir été témoins, que les apôtres les annonçaient. Si ces faits avaient été faux, auraient-ils osé les rappeler aux Juifs ? s'ils l'avaient osé , n'auraient-ils pas reçu, non pas un démenti, mais autant de démentis qu'il y avait de Juifs à la fête ? Si leur narration avait été ainsi démentie, leur prédication n'aurait-elie pas été arrêtée en même temps que commencée?
De toutes ces raisons , il s'ensuit évidemment qu'il est impossible de regarder les témoins de la résurrection comme des imposteurs, et qu'il est au contraire trèscertain qu'ils étaient intimement persuadés de ce grand miracle qu'ils publiaient. Nous avons vu aussi qu'il répugne d'imaginer que sur ce fait ils aient pu être abusés. Dès qu'il est démontré qu'ils n'ont été ni trompeurs, ni trompés , leur narration réunit toutes les qualités qui produisent la certitude ; et il ne peut rester à un esprit raisonnable aucun doute sur la vérité -de la résurrection.
XXIX. A cette première démonstration , ajoutons-en une seconde. Ce n*est plus du témoignage des apôtres que nous la tirons , c'est de l'opposition de leurs adversaires. Dans le chapitre précédent, pour prouver la vé- LJté des autres miracles, nous argumentions de l'aveu qui en a été fait par tous les premiers antagonistes de la religion. La résurrection n'a pas été avouée de même ;
mais nous disons que ce qu'on y a objecté donne une prouvée aussi forte que pourrait l'être un aveu formel. Si on n'a pu opposer au témoignage des apôtres qu'un fait non-seulement incroyable et invraisemblable, mais absolument impossible , il en résulte manifestement que le récit des apôtres est véritable. Je prie que l'on se rappelle ce que j'ai observé ci- dessus : que l'on ne peut aujourd'hui alléguer d'autre fait pour combattre la résurrection , que celui qui fut avancé dans le temps ; et que les chrétiens, d'une part, leurs ennemis de l'autre, ayant constannnent et uniquement insisté sur leurs narrations respectives, la fausseté de l'une prouve la vérité de l'autre. Or , la fable de l'enlèvement du corps de Jésus-Christ , qui est la seule chose qu'on ait opjosée anciennement au fait de la résurrection , réunit la double impossibilité et morale et physique. Il est moralement impossible que les apôtres l'aient tenté , et physiquement impossible qu'ils l'aient exécuté.
XXX. Je pourrais d'abord observer qu'il est déraisonnable d'imputer une action aussi hardie à des hommes aussi timides que s'étaient montrés jusque-là les apôtres. Qu'est-ce qui aurait pu leur inspirer un courage aussi subit et aussi extravagant , précisément à la mort de leur maître? C'est déjà une première impossibilité, que des hommes faibles et lâches tentent une entreprise qui va jusqu'à la témérité. Mais passons sur cette première considération , et supposant les apôtres le contraire de ce qu'ils étaient , voyons combien d'impossibilités ont nécessairement empêché le coup qu'on leur impute (1).
(i) Quomodi) .lUlem fnreiiteni populum .'•ustinuissent ? Si namque coryphîeas ipsoruni oaliaiiae mnlitris verbiira non tulit ; et ti rtliqtii illiim vinclum videnles dispersi snnt, qnoniodo in animuiu induxissent ad exirema oibis accurreie , ut firtum ressuireclionis verbam plantarent ? Si enira ille adversus mulieris rainas non stetit , neque illi ad vinculorum con>peclain, quomodo poterant adversus reges et principes, et populo srare, ulli gladii, sai tagines, fornares, et mille qnotidie mortes, nisi ejus qui resnrrexerat viituie et gratia adjuti fuissent. (S. Joan. Chrys. in Matt. homil. lxxxix; al. xc, n" i,)
XXXI. Le nombre seul des complices d'une telle entreprise présente une impossibilité. Quels que soit ceux des disciples que l'on voudra accuser île cet enlèvement furtif , ils ne l'ont certainement pas su tout seuls. Tous ceux qui ont déclaré avoir vu Jésus-Christ ressuscité , tant hommes que femuies, ont dû être dans leur secret. On n'aurait pas pu les engager à cette fausse déclaration , sans leur faire voir clairement qu'on était maître du corps, et qu'il ne serait jamais représenté. Est-il raisonnable d'imaginer qu'on ait pu faire à plus de cinq cents personnes une aussi périlleuse confidence? Et quand la leur auiait-on faite ? Avant l'eulèvement? Mais entre l'heure de la sépulture et celle où le tombeau s'est trouvé vide , il ne s'est pas écoulé assez de temps pour se concerter avec tant de gens , pour les persuader , pour s'assurer d'eux. Après l'enlèvement? Mais, pour exécuter un coup aussi hardi , il faut connnencer par être bien sûr de tons ceux, sans exception, qu'on met dans le secret. Un seul qu'on n'aurait pu gagner, ou qui se serait repenti, non-seuleinent aurait détruit tout l'elfet de l'entreprise, mais aurait livré les auteurs aux plus justes et aux plus rigoureux supplices. Que d'impossibilités morales dans cette supposa on ! Impossibi lité de la confidence à lant de monde; mpossibilité de consentement de tant de monde ; impossibilité de la persévérance de tant de monde dans un tel complot. Que l'on considère encore que l'umque but de tous ces criminels associés aurait été détromper tout le monde, (|ue l'unique intérêt de chacun d'eux aurait été de découvrir le fatal secret, pour éviter le supplice qui les menaçait , et pour obtenir les récompenses qui auraient suivi la révélation (1;.
(i) Si eniin militibus pecniàara dffd.-rant judaei ut direrent ipsos corpus fiirto sustaiisse, si Iran.-enntes dscipuli dixisscnt, :psnni iurati suinus, (juanto non afferJi fuissent honore ? Ipsis itaqiie licebdt honorari etcoionari. dur ergo contaiu«liis allici , et peiiditari ma- Ineiant? nisi diviiia quaed»m viuus fuisse! bis oinniLus poienlior ,
XXXII. C'est , dit-on , pendant le sommeil des gardes que Tenlèvement a été effectué. Des hommes endormis, voilà les seuls témoins contre les disciples. 11 est physiquement impossible que, ans cet état, ils aient su ce qui avait été fait , et par qui il l'avait été.
XXXIII. Pour entreprendre une action aussi hardie et aussi dangereuse, il fallait être sur, d'abord, de trouver la totalité des gardes endormis; ensuite, de ne réveiller aucun d'entre eux , de pouvoir briser le sceau, rouler l'énorme pierre qui fermait le sépulcre, prendre le corps, se retirer en l'emportant , le tout si légèrement, si doucement, que , de tous les gardes répandus autour du tombeau , aucun n'eut été retiré de son sommeil par le mouvement et par le bruit. La tentative d'une telle entreprise par des êtres raisonnables est impossible moralement ; le succès est impossible physiquement.
Ce n'était pas Pilate , c'était le sanhédrin qui avait choisi les gardes du tombeau. La Providence l'avait arrangé ainsi , pour écarter tout soupçon à leur sujet (1). Ils V avaient été placés précisément parce qu'on prévoyait que les disciples de Jésus pourraient venir enlever son corps pour publier ensuite sa résurrection. On peut juger que les chefs des Juifs avaient eu soin de prendre les soldats les plus incorruptibles , les plus vigilants, les plus attachés à leur parti , les plus propres , en un mot à empêcher la fraude qu'ils craignaient. On peut penser qu'ils leur avaient donné les ordres les plus positifs , la consigne la plus sévère. La mission de ces gardes était courte : elle ne devait durer que jusqu'au troisième jour. Ainsi ils n'avaient à passer auprès du tombeau que la journée du samedi et la nuit du dimanche. C'était sur-
qaae ipsis peisaaderet? (.5. Joan. Chrys. ^in priinam epist. ad Cor., homil. V , n° 4.)
(i) Tu vero animadverte quomodo gestis sais abiqae capiantnr. Si enim Pilalnm non adiissent nec CDstodiam petiisiciit , facilias potais-ent haec iinpodenter asseveraie. Nunc vero non item. (^. Joan. Chijs. l'n Matth. boinil. xcj al. xcx, n° r.)
SDR LA RELIGION. 287
lout pendant celte nuit qu'ils devaient être sur leurs gardes, puisque c'était le temps où l'enlèvement était le plus facile. Veiller une seule nuit, n'est pas une chose pénible à des hommes rohustes. Il aurait même , à la rigueur, suffi qu'un d'eux restât éveillé. Espoir de la récompense, crainte du châtiment, tout les engageait à être fidèles ; et cependant ils s'endorment dans cette nuit si précieuse , ils s'endorment si profondément , que le grand bruit qu'on a dû faire autour d'eux ne peut les réveiller. Il est moralement impossibl de supposer un sommeil aussi général , aussi profond , avec toutes les raisons qu'ils avaient de ne pas dormir.
XXX ly. La manière dont on prétend que les apôtres ont exécuté leur coup supposent en eux deux choses contradictoires , une dextérité incroyable pour tirer subitement le corps du tombeau , et une extrême maladresse dans leurs mesures. On veut qu'ils aient perdu la nuit du vendredi au samedi , temps où il n'y avait pas encore de gardes au tombeau, et qu'ils soient venus dans la nuit suivante , lorsque le tombeau était entouré de soldats (1). Du moment où le sépulcre a été gardé , l'enlèvement a été impossible ; et c'est alors qu'on veut qu'il ait été exécuté. Il faut , de plus , dire qu'après être venus à bout de retirer le corps du tombeau . au heu de se retirer sur-le-champ , comme ils devaient en être très-pressés , et d'emporter le corps dans l'état où il était , les disciples se sont amusés à déposer les linges , et à les remettre en ordre, et qu'ils ont perdu à cette inutile opération un temps qui devait leur être bien précieux.
Ce ne sont pas encore là toutes les absurdités qu'il est nécessaire de dévorer, en soutenant la fable tissue par
(i) Cor antem non piius faratisnnt, sed posjqnam vos acce^seratis? Etenim si illnd facere volebant , (om nondum castodiretnr sepulcrom, id in prima nocte fecisicnt , cura id tuto et id sine periculo fieri posset. Nam sabbato accedentes cnsfudiam a Pilato peliernnt, et cnstod're cœperunt. Prima vero nocte nemo istorum sepnlcro aderat. {S. Joann. Chqrs. , in Matth. , homil. xc; al. xci, n° i. )
le sanhédrin, Si le fait est véritable, il y a deux sortes de grands coupables , les gardes et les apôtres. Voyons ce (|ui leur va arriver.
XXW. Les soldats conviennent et répandent qu'ils se sont laissés aller au sonuneil et qu'ils ont laissé eniporterpendantce temps le corps qu'ils étaient chargés de garder. Ils sont donc convaincus par leur propre confession d'une faute très-grave et très-punissable. On sait combien sont sévère les peines contre les militaires qui manquent à leur consigne. Nous voyons, très-peu de temps après, Hérodc envoyer au supplice les soldats qu'il avait chargés de la garde de saint Pierre , parce que cet apôtre avait été tiré miraculeusement de sa prison (1). L'enlèvement du corps de Jt'sus-Christ était d'une bien plus grande conséquence , le délit de ses gardes bien autrement grave, l'intérêt du sanhédrin à les punir infiniment plus grand. Sa confiance trahie^ l'enlèvensent qu'il avait voulu prévenir , effectué ; les précautions qu'il avait prises, rendues inutiles et tout cela par le délit de ses propres satellites, devaient le pénétrer d'indignation conLre eux. Il avait tout pouvoir de leur infliger un châtiment si bien mérité, et cependant il n'en fait rien, il ne leur inflige pas la plus légère punition, il ne leur faits pas la moindre réprimande. Il est encore moralement impossible de donnera cette indulgence des chefs de la nation un motif, en continuant de les supposer convaincus de la réalité de l'enlèvement.
XXXYL Et les apôtres sont encore bien plus criminels. La haine contre eux , déjà bien forte , doit être portée à son comble par ce trait de scélératesse. Les soins qu'on s'est donnés, les précautions que l'on a prises pour prévenir cet attentat , annoncent les peines terribles dont on le piuiira quand il aura été commis. Mais quoi I on ne leur dit rien , on ne les recherche point , on
(i) Heiodes, cnm rtqnisisset eura el non iiivenisset , inqnisitione faeta de ciisiudibus. jussit eus duci. (y4ct. xv , 19.)
SUR LA ilELIGION. 289
ne les juge point, on ne lespunitpoint. Que l'on nous dise ce qui a pu enipèclier de les poursuivre sur un crime aussi capital, aussi intéressant pour les chefs de l'état , aussi important pour le maintien de la relijjion. Il est , nous le répéterons toujours , moralement impossible d'en indiquer une autre cause, que la certitude où était le conseil, de la fausseté du fait qu'il avait lait répandre; et que sa persuasion que Tenquète qu'il entreprendrait, au lieu d'inculper les apôtres , tournerait contre lui-njème.
XXXyiI. ïl y a plus encore. Quelques semaines après, les apùtres annoncent hautement dans Jérusalem , à tout le peuple qui y est rassemblé, la résurrection de leur maître. Dès leurs premières prédications, trois mille, cinq mille sont convertis. De nombreuses conversions amènent chaque jour à la religion naissante de nouveaux prosélytes. Le sanhédrin commence à s'effrayer de ce prodigieux succès, il se détermine à mander les apôtres. 11 va donc, sans doute, s'ouvrir enfin ce procès si important entre les deux relations opposées. Les apôtres vont être interrogés sur le crime de l'enlèvement. L'honneur des membres du conseil accusés de déicide, et l'intérêt de la religion ébranlée , rendent indispensable une information juridique. En convaincant les apôtres de ce fait si grav« , par ce seul coup on fait tomber leur prédication , on anéantit leur parti , on ramène tous ceux qu'ils ont déjà pu séduire. Mais non : il ne sera pas dit un mot de ce prétendu délit. Le seul reproche fait aux apôtres est de prêcher la résurrection. Il n'est nullement question de ce qui aurait été infiniment plus grave , de l'enlèvement du corps pour supposer la résurrection. Un laisse cette accusation circuler dans le pubhc , où elle ne peut pas être vérifiée : on ne la porte pas au tribunal qui aurait le droit, les moyens^ l'intérêt de la constater. Admirons le contraste entre la manière dont les apôtres soutiennent leur témoignage de la résurrection , et celle dont les chefs des Juifs répandent leur récit de l'enlèvement. Les apôtres prêchent hautement en tout lieu que leur maître est ressuscité. On le leur défend ,
Dis$erl. sur la Relig, 13
et ils le prêchent encore , on les en punit , ils continuent toujours de le prêcher. Rien ne les arrête. Devant le tribunal, dans la prison , sous les coups, ils font constamment retentir leur prédication. Le conseil des Juifs ^ revêtu de la puissance, ne fait jias la plus légère mention du fait de l'enlèvement. Il le fait répéter de Louche en bouche , comme un bruit populaire et vague : il n'ose pas lui donner la consistance d'une enquête, ni même celle de sa propre assertion. A cette fermeté , à cette confiance des faibles, à cette mollesse , à cette timidité des puissants , il est impossible de ne pas reconnaître d'un côté, la certitude du fait annoncé ; de l'autre , la persuasion que celui qu'on fait circuler ne soutiendrait pas l'examen.
XXXA'^lir. Yoici un fait qui prouve plus positivement encore que le grand conseil ne croyait pas lui-même la fable de l'enlèvement. Dans une des comparutions des apôtres devant cette assemblée , irrités de l'intrépide fermeté avec laquelle Pierre, à la tête de ses frères, soutenait la vérité de la résurrection , les membres du tribunal pensaient à les faire tous périr ; mais vm docteur de la loi, nommé Gamaliel, personnage fort considéré dans la nation , cita plusieurs exemples de partis qui depuis peu s'étaient d'abord élevés , et ensuite avaient été promptement dissipés. Prenez garde , dit-il, à ce que vous allez faire de ces hommes. Si leur entreprise vient des hommes , elle se dissipera d'elle-même ; si elle vient de Dieu , toute votre puissance ne pourra la faire échouer. Craignez de vous trouver en contradiction avec Dieu. Tous les autres consentirent à ce qu'il pro- .posait. On se contenta de défendre aux apôtres^ après les avoir fait battre de verges, de parler désormais au nom de Jésus (1). Si le récit des gardes sur l'enlève-
(i) HiPc cnni aucli>sent dissecabantur , et cogitabant interficere illos. Surgens auteiu quidam in consilio pharisaeos, nomine Gamaliel, legis doctor, bonorabilis nniversae plebi , jussit foras ad brève horai- .nesfieri; di:&itque ad illos : Viri isiaeliiœ, aUendite vobis super bo-
SUR Là religion. 291
ment eût été cru dans le sanhédrin, Gamaliel y eût-il opiné ainsi ? S'il l'eût fait , comment sa proposition eùtelle été reçue? Des juges persuadés que les apôtres étaient des fourbes adroits et hardis , qui , après avoir dérobé un corps mort , publiaient sa résurrection , les auraient-ils laissés échapper de leurs mains, par la considération que leur prédication pouvait venir de Dieu ? D'après ce fait, il est, nous le répétons encore, moralement impossible que celui de l'enlèvement fût cru , même de ceux qui en avaient fait répandre le bruit.
On renouvellera peut-être ici l'objection que cette conduite du sanhédrin envers les apôtres ne nous est connue que par les apôtres eux-mêmes. Nous répéterons la réponse que nous avons déjà donnée, que St. Luc écrivait ce fait , lorsque peut-être Gamaliel, lorsque au moins quelques autres membres du conseil vivaient encore. Aurait-il osé devant eux écrire aussi publiquement un fait faux qui les concernait ? S'il l'avait osé, n'aurait-il pas été démenti ? Si sur les faits qu'il rapportait il eût été contredit aussi fortement, la religion aurait-elle pu s'établir ? Et s'il y avait eu une dénégation de ce fait, les écrivains des siècles suivants, ennemis du christianisme , l'auraient sue et l'auraient rappelée. Il n'est plus permis, après dix-huit siècles, de venir nier ce qui a été cru ^ dans le temps, de tous ceux qui étaient intéressés soit à le soutenir , soit à le contester.
La narration des Juifs sur l'enlèvement du corps de Jésus-Christ est donc aussi évidemment fausse, que le témoignage de ses disciples sur sa résurrection est évidemment vrai ; ce qui forme de la résurrection deux démonstrations, l'une et l'autre complètes, et qui se don-
rninibas istis qnid actari sitis.... Et nanc itaqae dico vol»is : Diicedite ab hominibus istis : et sinite illos : qaoniain si ex horainibns consiliurn est hoc aut opns, dissolfeîur : si vero ex Deo est, non poteritis dissolvere illud : ne forte et Deo repngnare inveniamini. Consenserant aalern illi ; et convocantes apostolos, ra?sis denuntiavernnt ut ne omnino loqaerentur in nomine Jes'j, et dirais«jrunt eus. (Âct. v, 'i3 et seq. )
nent encore réciproquement une grande force. Riprenons-les en peu de mots.
XXXIX. Les témoins de la résurrection n'étaient ni des visionnaires et des insensés, ni des fourbes et des scélérats. Ce n'est pas sur des ouï-dire qu'ils parlent : ce qu'ils annoncent , ils l'ont vu , entendu , touclié , non pas une fois , mais à plusieurs reprises et pendant quarante jours consécutifs. Ils publient la résurrection dans le temps, dans le lieu où elle vient de s'opérer, au milieu d'une multitude nombreuse, à la face de tous les hommes puissants qu'ils accusaient hautement de déicide, et qui à un intérêt majeur de les punir joignaient les moyens les plus faciles. Il est impossible qu'un si grand nombre d'hommes se soient concertés pour un mensonge auquel ils n'avaient pas d'intérêt ; plus impossible encore que , dispersés dans différents pays , ils ne se fussent jamais ou coupés eux-mêmes , ou contredits entre eux sur un fait faux ou sur ses circonstances ; souverainement impossible que tous , sans exception , eussent soutenu invariablement une imposture au milieu des contradictions, des persécutions, des humiliations, des tortures , sachant qu'une rétractation les délivrerait de leurs maux affreux et leur procurerait de grands biens. On n'a pu dans le temps, et on ne peut encore aujourd'hui combattre leur témoignage qu'à l'aide d'une fable mal tissue , dont les témoins avouent qu^ils étaient endormis. Jamais , avec la plus légère dose de sens commun, les apôtres n'auraient iniagijié de tenter le crime dont on les accuse. Jamais, timides comme ils l'étaient, ils ne l'auraient osé. En eussent-ils eu l'extravagante témérité^ jamais ils n'eussent pu l'effectuer. Leurs juges, qui étaient en même temps leurs ennemis , n'ont osé punir ni eux de l'avoir commis , ni leurs soldats de l'avoir laissé commettre contre leur consigne. Ils ne l'ont pas même publiquement reproché. Ils se sont même arrêtés sur la représentation que le témoignage pouvait venir de Dieu. Quel fait dans l'histoire des siècles réunit autant de motifs de certitude? Y en a-t-il un,
SUR LA REUGION. 293
même des plus indubitables, dont on puisse comparer l'évidence à celle de la rt'surrectiou ?
XL. Passons maintenant à l'examen des difticultës qu'élèvent les incrédules de nos jours, pour énerver la force de nos démonstrations. « Ils objectent d'abord u l'embarras , la confusion , les contradictions même , <« disent-ils, qui se trouvent dans les récits des évangé- « listes, compara les uns aux autres. Celui-ci rapporte « des apparitions dont celui-là ne parle pas : ils varient a tellement dans les circonstances, qu'on ne peut les « faire cadrer entre elles. 11 y en a même de rapportées .« par tel évangéliste , qui détruisent celles qui sont ra- .< contées par les autres. Quelle foi, disent les déis- M tes, peut -on ajouter à une histoire si mal arran- " gée ? »
XLI. Nous discuterons dans un moment en détail les diverses objections sur le récit des apparitions, mais il est bon de faire auparavant quelques observations.
On ne peut pas dire qu'il y ait de la contradiction entre les évangélistes, parce que les uns rapportent des apparitions et des circonstances que les autres passent sous silence (1). Il n'est jamais venu à l'esprit de qui que ce soit que deux historiens se contredisent , parce que l'un mentionnent des faits ou des particularités , dont l'autre ne parle pas (2;. Si on admettait cet extraordinaire principe, il ne faudrait rien croire en fait d'histoire.
(f) Muliis niodis Dorainus Jesas post ie^urrectioneru apparuit £idelibus hiiis. Hdbiierunt nnde >ciirjerent oiunes evangelistœ , sicut eis snbtiiinistrabat spiiitns recorda tioni s re;uni qnas scnberent. Alias aiiuddixit, alins aliud. Praetermitlere aliquis potuit aliquid verora : iiOM dicere al.qaid falsnm. (5". August. serin, ccxlvj , de Festis Pasch. 17; al. X.IX , n° i.)
(2) Si con'raria, inqiiit, inler se scripta eorom reperiuntur, maligni malo studio legitis : stiilti non inleiligitis : cyci non videtis.... Qnis eniiu up.qiiam duos historicos legeiis de nna re scribentes, uirumqiie, aut utrumlibtt eorum , aot failere , ant fal'i aibitralas est; aot ai al:er aliquid brevias complexus est, earad^m taroen sententiam
Rappelons-nous ce qui a été dit ailleurs , que l'objet des évangélistes était d'écrire non une histoire suivie de Jésus-Christ, mais des mémoires sur sa vie (1). Il y a eu conséquence de la variété dans leurs récits , les uns rapportant des faits que les auties omettent, ceux-ci racontant après ce que les autres ont raconté auparavant. C'est surtout dans la partie de l'histoire sainte qui suit la mort de Jésus-Christ , que l'on remarque ces différences. Les évangélistes , rapportent les faits d'une manière très— concise. Quelle en est la raison ? Nous l'ignorons. Il paraît qu'ils se sont principalement attachés à rapporter la manière dont la certitude de la résurrection est venue d'abord aux saintes femmes, et ensuite aux apôtres qui avaient peine à y croire. Il résulte effectivement, de cette manière de raconter, quelque confusion dans les récits.
Mais cet embarras doit-il empêcher de les croire ? Je prétends au contraire qu'il confirme la vérité de leur récit. Si les évangélistes avaient été des trompeurs, ils se seraient gardés de ces variétés ; rien ne leur était plus aisé , puisqu'ils écrivaient à quelques années de distance les uns des autres. Ces diversités montrent leur sincérité ; et puisqu'on les explique et qu'on les concilie parfaitement, il est impossible de les opposer à leur récit. Rapprochons, pour faire conciliation , leurs quatre narrations.
XLII. Jésus-Christ étant mort le vendredi , vers la la neuvième heure (2) , c'est-à-dire environ à midi ; Joseph d'Arimathie vint le soir demander son corps à Pilate, et l'ayant obtenu, il l'enveloppa d'un linceul , le plaça dans un tombeau neuf, taillé dans le roc , et
salvam integramqae custodiens, alter autem tanquaro membratiin cuncta digessit, et non solum qaid factum sit, vernm etiain qnemadmodum factura sit intima! et. {S. August. contra Faiistiuriy Lb. xxxm, cap. 7.)
(i) Voyez première dissertation , n° lix, page 107.
(2) Matlh. xxvu, 46, Marc, xv, 54; Luc. xxni, 46.
mit une pierre sur l'ouverture du tombeau (1). Marie- Madeleine, et une autre Marie, que St. Marc dit être mère de Joseph , et selon St. Luc, les femmes qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée , vinrent reconnaître k tombeau et observer la manière dont avait été placé le corps (2). Ensuite elles retournèrent , afin de préparer des parfums pour l'embaumer ; mais elles se tinrent tranquilles, selon le précepte, tout le lendemain, qui était le jour du sabbat (3). Nicodème vint alors , soit qu'il n'eût pas osé venir plus tôt par la crainte des Juifs, étant disciple de Jésus seulement en secret, soit qu'il lui eût fallu ce temps pour préparer cent livres de myrrhe et d'aloès qu'il apportait ; et s'étant joint à Joseph d'Arimathie, ils embaumèrent avec ces aromates le corps de Jésus , et le remirent dans le tombeau (4;. Yoilà tout ce qui se passa le vendredi après la mort de Jésus-Christ.
Le lendemain , qui était le jour du sabbat , les chefs des prêtres allèrent demander à Pilate une garde pour empêcher qu'on ne vint enlever le coi-ps de Jésus-Christ. Pilate leur ayant dit de garder le coi-ps comme ils l'entendraient , ils placèrent des gardes auprès du tombeau et apposèrent le scellé sur la pierre qui le couvraient (.5;. Selon quelques interprètes , le soir de ce même jour, d'après notre manière de compter , lequel dans celle des Juifs était le commencement du dimanche, lorsqu'il faisait encore clair, deux saintes femmes, Marie-Madeleine et une autre Marie vinrent voir le sépulcre (6). D'autres interprètes, entendant autrement l'expression de saint Matthieu, disent que ce fut au point du jour du dimanche que ces deux femmes allèrent au tombeau ;
(i) Matth. xxvit , 57 et seq. ; Marc, xv, 4^ et seq. Luc. xxm 43 et seq. ; Joann. x:x, 38.
(2) Ma'th. XXVII, 61; Marc, xv , 47; ^^c. xxiu, 4^.
(3) Luc. xxin , 36.
(4) Joann. xix , 39 et seq.
(5) Matth. xxvrt, 6r et seq.
(6) Mal th. xxvm, i.
et dans leur interprétation , la visite rapportée par saint Matthieu rst la même que celle dont les autres evangélisles font mention, et dont nous allons parler. iNous n'avons pas ici à examiner cette question qu'agitent les commentateurs, et qui est indillérente à celle que nous discutons contre les incrédules.
Le jour du sabbat étant passé, Marie-Madeleine , iMarie, mère de Jacques, et Salomé , acbetèTent des parlums , dit saint Marc , pour embaumer Jésus ; et le dimanche de grand matin elles vinrent au tombeau , b soleil étant déjà levé (l). Saint Luc ne nomme pas ces femmes ; il dit que celles qui étaient venues de Galilée avec Jésus vinrent au tombeau à la pointe du jour, portant les parfums qu'elles avaient préparés (2). Saint Jean ne fait mention que de Marie-Madeleine, et dit qu elle vint lorsqu'il faisait encore nuit (3). Le long de ia route, ces femmes, embarrassées, se demandaient entre elles : qui est-ce qui ôtera la grosse pierre qui ferme le sépulcre (4)? Mais en arrivant elles trouvèrent que la pierre avait été ôtée (4). Il était survenu un prand événement qui n'est rapporté que par St. Matthieiî. Un tremblement de terre s'était fait sentir auprès du tombeau. Un ange avait écarté la pierre et s'était assis dessus ; son regard était semblable à l'éclair , et ses vêtements brillants comme la neige. Cet aspect épouvanta les gardes, qui restèrent d'abord comme morts (6). Ils senluirent bientôt après; et quelques-uns d'entre eux allèrent dans la ville rapporter aux princes des prêtres ce qui s'était passé, et en reçurent de l'argent pour publier que les disciples étaient venus pendant leur sommeil enlever le corps (7). Ainsi les saintes femmes ne
(r) Maic. xvt , r, (î) Lnc. XXIV, I.
(3) Joann. xx', i.
(\) Marc, xvr, 3,4.
(5) Marc. XVI, 4; Luc. xxiv,2; Joann. xx, i.
(6) MgiUh. xxvuf , 2 et seq.
(7) Mat'Lj. xx/ir, n el seq.
trouvèrent plus ni la pierre sur le tombeau, ni les fjarcles au près. Il paraît , par le récit de saint Jean , que Marie-Madeleine , à cette vue , ne se donna pas le teujps d'examiner le sépulcre , et courut sur-le-champ trouver saint Pierre et saint Jean , auxquels elle dit : ils ont enlevé le Seigneur du tombeau , et nous ne savons pas où ils l'ont mis (1). Saint Marc et saint Luc rapportent que les autres femmes entrèrent dans le tombeau et n'y trouvèrent pas le corps ; mais elles virent, selon St Matthieu et St 31arc , un ange ; selon St. Luc , deux anges qui leur dirent de n'avoir pas peur, leur annoncèrent que Jésus était ressuscité, et les chargèrent d'en faire part aux apôtres , en leur recommandant d'aller en Galilée , où ils le verraient, ainsi qu'il le leur avait prédit (2). Saint IVJatlliieu et saint Luc disent que ces femmes coururent sur-le-champ raconter la chose aux apôtres. Saint Marc dit qu'elles n'en dirent rien à personne (3).
Cependant saint Pierre et saint Jean, sur le rapport de Madeleine, coururent au sépulcre : ils y entrèrent l'un après l'autre , trouvèrent les linges déposés, et le suaire qui couvrait la tète plié à part dans un autre endroit, et ils s'en retournèrent (4). Madeleine qui les avait suivis mais qui n'avait pas couru aussi vite , resta auprès du sépulcre , pleurant. En regardant dedans, elle vit deux anges qui lui demandèrent le sujet de ses larmes ; elle répondit que c'était l'enlèvement de son maître. En disant ces paroles elle se retourna , peut-être à cause de quelque bj uit qu'elle entendit , et aperçut un homme qu'elle prit d'abord pour un jardinier , mais qui se fit reconnaître pour Jésus lui même , et elle alla aussitôt raconter aux apôtres qu'elle avait vu le Seigneur et ce qu'il
(i) Joann. xx, 2.
(a) Matih. xxvin , 5, 6, 7 ; Marc, xvr, 5, 6, 7 ; Luc. xxiv^ 4 et seq.
(3) Matth- XXVIII, 8; Marc, xvi, 8; Luc. xxiv, 10.
(4) Joann. xvx , 3 et seq. ; Lac. xxiv, la.
lui avait dit (Ij. Saint Luc dit que ce fut là la première
apparition de Jésus ressuscité (2).
Pendant que cela se passait, les autres saintes femmes , dont Madeleine s'était séparée , et qui retournaient à la ville, partagées entre la frayeur que leur avait causée la vue de l'ange, et la joie que leur inspirait la nouvelle qu'il avait annoncée, eurent aussi le bonheur de voir sur leur chemin Jésus-Christ , qui leur parla et à qui elles baisèrent les pieds (3). Ce fut la seconde apparition. Alors toutes ces femmes se réunirent pour attester aux apôtres la résurrection ; mais ils ne la crurent pas encore (4). Tel est Tordre des apparitions de Jésus-Christ aux saintes femmes.
Il apparut pour la troisième fois le même jour à St. Pierre. St. Luc en fait mention, et St. Paul aussi ; mais ils ne donnent aucun détail (5j.
La cjuatrième apparition fut faite à deux disciples sur le chemin d'Emmaùs. Saint 3Iarc en dit un mot , et St. Luc la rapporte avec détail (6).
Malgré tous les rapports qui leur venaient de tant de côtés non suspects, les apôtres ne voulaient pas encore croire la résurrection de leur maître ; mais il apparut à eux-mêmes réunis dans le cénacle, leur parla, leur reprocha leur incrédulité , leur conféra le pouvoir de remettre les péchés, se fit toucher par eux , leur fit connaître toutes les écritures qui annonçaient sa passion et sa résurrection , et les convainquit ainsi qu'il était pleinement ressuscité (7). Ce sont là toutes les apparitions de ce premier jour.
(i) Joann. xvi, 21 et seq.
(2) Marc. XVI, g.
(3) Matth. xxviii, 9, 10.
(4) Lac, xsiv ,11.
(5) Lac. XXIV, 34; Prima ad Cor. xv, 5.
(6) Marc, xvx, 12; Luc. xxrv, i 3 et seq.
(7) Marc, xvr, 14; Lac. xxiv , 36 etjeq; Joann. xx , 19 el »eq.
Saint Thomas n'était pas avec les autres apôtres ce jour-là, quandJésus-Ciiristse montra à eux. Il ne voulut pas ajouter foi à leur récit unanime. Huit jours après Jésus-Christ convainquit son incrédulité en apparaissant au moment où il était avec tous les autres, et en lui faisant mettre les doigts dans ses plaies (1).
Outre ces six apparitions , les évangélistes font encore mention de plusieurs autres. Saint Jean dit que la troisième , faite aux disciples réunis, laquelle se trouverait être la septième de toutes , fut sur le bord de la mev de Tibériade. Là se fit une pêche miraculeuse ; Jésus mengea avec ses disciples, et donna à St. Pierre le pouvoir de paître son troupeau •2}. Saint Matthieu fait mention d'une autre apparition sur une montagne de Galilée (3;. Enfin saint Matthieu, St. Marc et St. Luc parlent de la dernière , au moment de l'ascension , où Jésus donna aux apôtres ses derniers ordres , et leur conféra ses pleins pouvoirs (4).
Mais il ne faut pas croire que ce soient là toutes les apparitions de Jésus-Christ, entre sa résurrection et son ascension. Saint Paul fait mention d'une, dont furent témoins plus de cinq cents frères, d'une autre à saint Jacques en particulier , et encore d'une autre à tous les apôtres (5). Et nous lisons , au livre des Actes, que pendant quarante jours après sa passion Jésus se montra vivant à ses apôtres dans beaucoup d'occasions, leur apparaissant et les entretenant du royaume de Dieu (6). Ce qui suppose que pendant ce temps il vécut beaucoup avec eux, et se fit voir à eux très-fréquemment.
Le développement que nous venons de donner, né-^ cessaire pour éclaircir ce que la différence des relations
(i) Joann. xx , 26 et serj.
(a) Joann. xxi, i et seq.
(3) Matih. xxvm, 16.
(4) Matih. xxvm, 18, ig, ao; Marc, xvr, i3 et seq.; Lac. xxiv, 5o.
(5) X. Cor. XV , 6, 7.
(6) Act. 1,3.
présente d'obscur , l'était aussi pour répondre à une p^rande partie des objections de l'incrédulité contre le lait de la résurrection , auxquelles nous allons passer.
XLIII. On nous oppose d'abord l'embaumement du corps de Jésus-Cbrist. « Si les disciples, dit-on. savaient < qu'd devait ressusciter au bout de trois jours, s'il .. l'avait publiquement prédit, si les Juifs eux-mêmes « en étaient informés, de quelle utilité était-il d'en- <( baumer son corps? D'ailleurs, il y a, à cet égard, de i< la contradiction entre les récits des évangélistes. « Selon St. Jean , Jésus - Christ détaché de la croix M fut enseveli et embaumé par Joseph d'Arimathie et .« par INicodeme. St. Matthieu, St. Marc et St. Luc «< disent que cela se fit en présence des femmes venues « de Galilée avec Jésus. St. Matthieu et St. Marc nom- « ment spécialement Marie - Madeleine , et une autre « Marie, qui était mère de Joseph. Cependant St. Marc «( et St. Luc font revenir ces mêmes fenunes le lende- «« main du sabbat, pour enbaumer le corps. Il faut « que ces évangélistes aient manqué de mémoire. »
XLIV. IX est vrai que Jésus-Christ avait prédit à plusieurs reprises sa résurrection ; mais , en rapportant ses prophéties , les auteurs sacrés observent qu'elles ne furent pas comprises par les apôtres (1). Et St. Jean dit que, même après la résurrection, les apôtres ne connaissaient pas encore l'écriture d'après laquelle le Christ devait ressusciter (2). Il n'est pas étonnant que des paroles qu'ils n'avaient pas comprises ne les eussent pas frappés, et que, dans leur douleur, ils les eussent oubliées. Les prêtres et les docteurs étaient plus intelligents qu'eux ; et, évedlés par leur haine , ils se
{i) A-t illi ignorabant verbu'n; et timuerunt inlerrogare illarn. ( Marc. IX , 3 1 . )
Etipsi nihilhoram inlellexeront : et erat verbumistadabsconditum ab fis : et non intell i^ebr. ut quae dicebanlur. (Luc. xvai, 34.)
(aj Nondumenim sciebant scripiurain , qiiia oportebat eniti a mor-^ tqia resurgere. (Joann. xx, g.)
rappelaient les prédictions de Jésus-Christ, pour empêcher qu'on ne leur donnât de la suite. Ce fut ce qui lui fit demander des gardes. L'embaumement de Jésus- Christ entrait dans les desseins de la Providence, il servait à deux choses, ainsi que nous l'avons dit : 1*» à constater la mort de Jésus-Christ contre les doutes que les incrédules pourraient élever; 2» à prévenir l'objection qu'ils devaient proposer , que les disciples du Sauveur étaient préoccupés de l'idée de sa résurrection.
Nous avons répondu, dans l'exposition des circonstances , à la contradiction que l'on trouve dans la conduite des saintes femmes qui , ayant vu embaumer leur maître le vendredi , venaient encore le dimanche pour l'embaumer. On confond deux choses diftérentes : la sépulture faite d'abord par Joseph d'Arimathie seul , et l'embaumement fait ensuite par lui , conjointement avecNicodème, quand celui-ci eut apporté les aromates. St. iVIalthieu, St. Marc et St. Luc ne font mention que de la sépulture; et c'est à cette action que furent présentes les femmes. St. Jean , le seul qui parle des parfums apportés par Nicodème , et de l'embaumement fait alors, ne dit pas un mot de la présence des femmes. Ainsi , elles savaient où Jésus-Christ avait été enseveli , elles ignoraient qu'il eût été enbaumé.
XL\. On prétend que les évangélistes se contredisent dans leurs récits des visites faites au tombeau par les saintes femmes. « St. Matthieu , dit-on , rapporte que « ce furent seulement Marie-Madeleine et une autre « Marie qui y allèrent. St. Marc dit qu'il y en eut <« trois, qu'il nomme Marie-Madeleine , Marie, mère " de Jacques , et Salomé. St. Luc raconte que ce furent « toutes les femmes qui de la Galilée avaient suivi .< Jésus-Christ. Il fait mention d'une d'elles, nommée ■ Jeanne. Selon St. Jean , il n'y avait que Madeleine. « Lequel croire? »
XLVL II n'est pas vrai que les évangélistes disent que ce furent seulement les femmes qu'ils nomment,
qui allèrent le dimandie matin au tombeau ; ils disent que ces femmes y allèrent, et c'est tout autre chose. Nous avons déjà remarqué qu'aucun des évangélistes ne rapporte la totalité des circonstances de la résurrection du Sauveur et de ses apparitions. Il en est de cette circonstance comme des autres. Chacun d'eux nomme quelques-unes des femmes : ils ne les nomment pas toutes. Il pouvait , avec celles qu'ils nomment , y en avoir d'autres. Nous eu avons la preuve formelle dans le récit de St. Jean ; il ne fait mention que de Marie-Madeleine ; mais la suite de sa narration montre qu'elle n'était pas seule. Cette femme étant allée avertir St. Pierre, et lui dire qu'on avait enlevé le corps de son maître, ajouta : et nous ne savons pas où ils l'ont mis (1). Ce mot nous suppose évidemment qu'elles étaient plusieurs. Les autres évangélistes ont fait comme St. Jean; ils n'ont pas dit toutes les personnes qui étaient au tombeau , ils en ont nommé une partie. Peut-être chacun d'eux a-t-il fait mention de celles de qui en particulier il tenait le fait.
XLVIL Voici une autre prétendue contradiction. « St. Jean dit que lorsque Madeleine vint au tombeau « il faisait encore nuit. Mais St. Marc dit qu'elle y « vint avec ses compagnes, le soleil étant déjà levé; et u St. Luc , que les femmes y vinrent à la petite pointe « du jour. M
XLYIII. Tout cela se concilie encore aisément. Saint Marc rapporte que les saintes femmes achetèrent leurs parfums lorsque le jour du sabbat fut passé , c'està-dire dans la nuit du samedi au dimanche ; elles se disposèrent et se mirent en mouvement avant le jour pour se rendre au tombeau; mais avant qu'elles se fussent rassemblées, que tout ce qu'elles apportaient fût préparé, et qu'elles fussent arrivées, le jour avait
(i) Taleinnt Dominum nienm de monamento : el ncsciraas ubi posaerant ecm. {Joann. xx, a.)
paru. St. Jean parle du moment où elles partirent ; les deux autres , de celui où elles arrivèrent.
XLIX. « On objecte encore que St. Matthieu et n St. Marc ne font mention que d'un seul ange , appelé - par celui-ci un jeune homme. Selon St. Matthieu il « était assis sur la pierre ôtée du tombeau; selon ■ St. Marc il était dans l'intérieur ; mais St. Luc et u St. Jean assurent positivement qu'il y avait deux « anges. >♦
L. St. Matthieu rapporte que l'ange était assis sur la pierre quand il épouvanta les soldats ; St. Marc , qu'il était dans l'intérieur du tombeau quand les femmes arrivèrent. Quelle contradiction y a-t-il là ?
Il n'y en a pas plus, en ce que St. Matthieu et St. Marc parlant d'un seul ange , St. Jean et St. Luc font mention de deux. D'abord ce serait une bien légère contrariété que celle-là; il s'ensuivrait seulement que les évangélistes auraient parlé des anges comme des saintes femmes , et qu'ils n'en auraient dit qu'un , lors même qu'il y en avait plusieurs. Ensuite il parait que les anges tantôt se montraient , tantôt se rendaient invisibles, tantôt se présentaient sous une forme, tantôt se produisaient sous une autre. Quand l'ange apparaît aux soldats, son aspect est terrible, dit St. Matthieu. Quand il se fait voir aux saintes femmes, c'est, selon St. Marc , sous la ressemblance d'un jeune homme revêtu d'une robe blanche. Lorsque St. Pierre et St. Jean viennent au tombeau , ils ne voient point les anges, quoiqu'ils eussent été vus auparavant par les saintes femmes , et qu'ils l'aient été ensuite par Madeleine. Il est de même très-possible qu'il s'en soit présenté tantôt deux, tantôt un seul.
LI. « St. Matthieu, ajoute-t-on, dit que Jésus se « fit voir à Madeleine et à une autre Marie; St. Luc, •• qu'il se montra aux femmes qui étaient venues avec •< lui de Galilée; St. Marc et St. Jean, qu'il apparut «seulement à Madeleine; ce dernier ajoute qu'il dé- « fendit à Madeleine de le toucher; tandis que saint
« Matthieu rapporte que Madeleine et Tautre Marie « lui baisèrent les pieds et l'adorèrent. »>
LII. Nous avons répondu à cette difficulté, en exposant les deux différentes apparitions de Jésus -Christ ; la première à Marie-Madeleine seule ; c'est celle dont parlent St. Marc et St. Jean ; la seconde aux Icinmes , c'est celle que rapportent St. Matthieu , qui ne dit pas quelles elles étaient; et St. Luc, qui entre dans un peu plus de détail. Ces deux évangélistes ne parlent pas de la particularité que Madeleine était allée avertir saint Pierre et St. Jean, ce qui l'avait séparée des autres femmes,' mais ils ne la contredisent pas.
C'est à Madeleine que Jésus-Christ dit de ne pas le toucher; c'est aux autres femmes qu'il permet de baiser ses pieds. Il ne veut pas que Magdeleine le touche, c'est-à-dire qu'elle l'arrête; et la raison qu'il en donne, est qu'il ne remonte pas encore auprès de son Père; voulant par là lui faire entendre qu'elle aurait le temps de le revoir. Le motif qui l'engage à ne pas s'arrêter avec Madeleine , est peut-être l'empressement de se montrer aux autres femmes qui étaient en chemin pour la ville, à qui il voulait se faire voir aussi avant qu'elles y arrivassent, afin qu'elles pussent prévenir les apôtres.
un. « On lit , c'est encore une difficulté des adversaires , dans St. Matthieu et dans St. Luc , que les femmes allèrent rapporter aux apôtres ce qu'elles avaient vu. St. Marc nous apprend , au contraire , qu'épouvantées par l'ange, elles s'enfuirent, et que telle était leur frayeur , qu'elles ne parlèrent à M personne. »
LIV. Ces deux relations se concilient encore en distinguant les temps. D'abord , les saintes femmes effrayées comme il est aisé de le croire, de l'apparition d'un ange, s'enfuirent; et bien qu'elles rencontrassent ]des personnes de connaissance , elles ne leur dirent pas ce qu'elles venaient de vesir; mais lorsque dans la suite de leur route elles eurent vu Jésus-Christ
lui-nième, qui se fit leconnaitre à elles, rassurées par sa présence, et de plus en recevant de lui l'ordre, elles allèrent trouver les apôtres et les instruire de la résurrection.
LV. « Selon St. jMattliieu, ajoute-t-on, Jésus-Christ •< fait dire aux apôtres, par les ieninies^ qu'il va se « rendre en Galilée , et qu'il leur ordonne de s'y «< trouver. Selon St. Jean , il leur fait annoncer par « Madeleine, qu'il remonte vers son Père. »
LVJ. Jésus-Christ ne se contrarie pas dans ces deux avis qu'il fait donner successivement aux apôtres. Dire, je remonte vers mon Père, n'est pas déclarer qu'il y monte dans le moment présent. C'est une mani'ère de parler, usitée et nullement impropre, de dire qu'on va à tel endroit, ([uand on doit y aller bientôt.
LVII. « Que prouvent, poursuit-on, des apparitions « dans lesquelles Jésus -Christ n'a pas été reconnu u d'abord? Nous voyons 31adeleine le prendre pour « un jardinier; et les deux disciples d'Emmaùs voya- .« gèrent avec lui longtemps sans le connaître. »
LVIIÏ. Observons les contradictions entre les diverses objections des incrédules. Tantôt ils taxent les disciples d'une excessive crédulité, tantôt ils argumentent de leur lenteur à croire.
Il n'est pas étonnant que Madeleine, tonte troublée de l'apparition d'un ange , encore prévenue qu'on avait enlevé son maître, ne l'ait pas reconnu à l'instant où elle s'est retournée. Il est même possible qu'elle ne l'eût pas regardé en face; mais cette erreur d'un seul moment est réparée aussitôt que Jésus l'appelle par son nom.
Quant aux disciples d'Emmaùs , il paraît que l'intention de Jésus-Christ était de les instruire avant de se faire connaître à eux, et de leur montrer, par les Ecritures, qu'il devait ressusciter avant de les en rendre témoins. C'est pour cela que, comme l'observe l'évangéliste , leurs yeux étaient fascinés (1) ; mais l'illusion
(i) Et quoinodo, iiiqaiunt, non cogiiDScebant euin in itinere, gi