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AUTHENTICITÉ DU NOUVEAU TESTAMENT

Je vais commencer par prouver cette authenticité. Je répondrai ensuite aux objections par lesquelles on la combat.

ARTICLE PREMIER

Preuves de VaulhetUicité.

III. Je suppose un principe qui doit être la base de toute cette discussion ; c'est qu'il est possible d'être assuré de l'authenticité d'un livre ancien. Il serait inutile de vouloir prouver celle de nos livres saints à des hommes qui auraient Textravagance de prétendre qu'on ne peut jamais être sûr qu'un ouvrage ancien, quel qu'il soit, est de l'auteur à qui on l'attribue. Vis-à-vis de ceux qui voudraient rejeter toute authenticité de tout livre, il n'y a d'autre parti à prendre que de les abandonner à leur absurdité ; de même qne ce serait perdre son temps que de vouloir prouver la chose la plus claire à un pyrrhonien absolu qui s'obstinerait à douter de tout. Aussi le pyrrhonisme sur l'authenticité des écrits est universellement regardé comme ridicule, et on sait avec quel mépris il a été reçu quand on a voulu le produire. Il n'y a pas d'homme raisonnable qui ne croie fermement et sans aucun doute que les poésies d'Homère et de Virgile , les harangues de Démosthènes et de Cicéron, les histoires de Thucidide et de Tacite, les ouvrages philosophiques de Platon et d'Aristote sont véritablement de ces auteurs. Au reste , ce ne sont pas les incrédules de nos jours qui pourraient nous faire cette difticulté. Ils nous objectent divers auteurs: Tite-Live , Tacite, Suétone, Cicéron, Josèphe. Ils reconnaissent donc

l'authenticité de leurs ouvrages. Ainsi , en niant qu'on puisse être sûr de l'authenticité d'un écrit ancien , nonseulement ils heurteraient le sens commun et la persuasion universelle , mais ils se contrediiaient euxmêmes.

Ce principe incontestable posé , je dis qu'il ne nous est pas venu de l'antiquité un ouvrage dont l'authenticité soit plus évidemment prouvée que celle du Nouveau Testament; et qu'aucune authenticité n'est certaine, si celle-là ne l'est pas. Je vais plus loin : je prétends que les preuves de l'authenticité de nos saints livres sont et plus multipliées et plus fortes que celles qu'on peut apporter en faveur de tous les autres livres quelconques (1).

lY. Les motifs sur lesquels on est persuadé qu'un ouvrage est véritablement de l'auteur dont il porte le nom, sont :

Que tout , dans cet ouvrage , soit conforme aux circonstances historiques , aux mœurs , aux usages du temps et du pays où on dit qu'il a été composé;

Qu'on y trouve des indications positives que c'est dans ce temps qu'il a été écrit ;

Qu'il ait été alors très- public ;

Que dans les temps voisins on l'ait généralement attribué à cet auteur ;

Qu'il ait été cité par d'autres auteurs contemporains, on peu postérieurs;

Qu'une tradition continue et bien constante , depuis le temps de l'auteur, le lui attribue ;

Que ceux même qui aumient pu avoir intérêt à contester l'authenticité, en soient convenus ;

Que la supposition n'ait pu être faite par aucune personne ;

Qu'elle ne puisse être fixée à aucune épioque.

(i) Qnod poteris proferre scriptnm, qaod non ille qui non vult credere dicat esse confictam, si Jania Evangelii uotitia venit in dubiam. (S. Aug. , contra Faustum , lib. xxir, cap. 79.)

Il n'est pas même nécessaire , pour être fermement convaincu de l'authenticité d'un livre , de réunir l'universalité de ces preuves. Et si on voulait les exiger toutes, je demande quel est l'ouvrage profane qu'on pourrait croire authentique ? Si donc je puis montrer que nos livres sacrés réunissent tous ces caractères , j'aurai démonstrativement établi non-seulement qu'ils sont authentiques , mais qu'il n'en existe aucun autre dans le monde , dont l'authenticité puisse leur être comparée.

V. J'ouvre d'abord les livres du Nouveau Testament, et j'examine leur contenu. Je ne vois rien dans les discours, dans les actions de Jésus-Christ et de ses disciples , qui ne soit parfaitement conforme aux circonstances personnelles ou locales du temps et des pays dont il est parlé. Je vois , au contraire, l'histoire de l'Evangile et celle des Actes des apôtres liée dans beaucoup d'endroits à l'histoire civile , et partout y cadrant exactement. Je vois un grand nombre de faits particularisés , et tous les détails se rapportant aux lois , au gouvernement, à la religion , aux mœurs , aux usages , soit des Juifs, soit des autres peuples. Nulle part je ne découvre la plus légère dissonnance. 11 n'est nullement aisé de faire adopter un ouvrage supposé , et de ne pas donner quelque prise à la critique qui est si soupçonneuse et si éclairée. Combien de livres que les plus légères différences avec quelques usages du temps ou du lieu font rejeter comme faux, ou suspecter comme douteux ! Ce qui serait difficile pour un seul ouvrage, le devient bien davantage encore, quand on pense qu'il s'agit de plusieurs écrits attribués à divers auteurs; quand il faudrait y mettre , comme dans nos livres , la niarque des différentes mains qui les auraient composés, et en effacer la trace du temps où ils auraient été fabriqués. Un faussaire qui aurait voulu faire une pareille supposition, aurait-il osé y mettre tant de particularités, tant d'indications de personnes, de lieux, de circonstances? N'aurait-il pas craint de se trahir par

quelqu'endroit ? S'il avait eu la hardiesse maladroite d'entrer dans tous ces détails , aurait-il pu réussir à imiter si parfaitement , dans toutes les parties, ce qui aurait dû être dit dans le temps et par les personnes , qu'il fut impossible de découvrir la trace de sa fraude ?

YI. Ce n'est pas tout. iN'ous voyons dans les évangiles plusieurs variétés , qui appartiennent aux circonstances des temps différents où ils ont été écrits, et des objets divers pour lesquels ils l'ont été. J'en citerai seulement deux exemples : Saint Matthieu écrivait son évangile en hébreu , et spécialement pour les juifs convertis à la foi. En conséquence, il s'attache plus que les autres évangélistes à rapporter et à appliquer à Jésus- Christ les prophéties de l'Ancien Testament , afin de montrer aux juifs qui y croyaient, l'accomplissement de ces oracles dans la personne du Sauveur. Saint Jean , qui écrivait son évangile beaucoup d'années après les autres , et dans un temps où il s'était élevé des hérésies sur la divinité de J.-C. et sur la réalité de sa chair , insiste particulièrement et plus que tous, sur les déclarations que son Maître avait faites de sa divinité (1;. Nous lisons aussi dans les trois premiers évangélistes les prophéties de Notre-Seigneur sur la destruction de Jérusalem. Il était utile de les rapporter avant l'événement, pour établir et confirmer la foi. Saint Jean, qui écrivait après la prise de cette ville, n'en parle pas, parce que son récit n'aurait plus eu le même effet. Un faussaire , fabricant des évangiles postérieurement au temps des évangélistes, aurait-il imaginé d'adapter avec cette justesse les divers évangiles à des circonstances qui alors auraient été aussi éloignées de lui? Concluons donc que tout le Nouveau Testament décèle si parfaitement le

(i) Nara neqae evangelistas idcirco in ter se pugnace dixerimns, quoniam alii in exponent'a Christi humanitate plus operae posnetunt, alii ad explirandam divinitatis materiam se contnlernnt ; atque alii ab his rebns quœ secandum nos sont, auspicati sunt. (5. Gregor. Naz, Orat. xx , n° loo.)

temps apostolique , qu'il est déraisonnable de le rapporter à un autre temps.

VII. Voici une autre preuve que le Nouveau Testament est réellement de ce temps-là : c'est qu'à la seule inspection des livres dont il est composé, on voit clairement que tous, (excepté les ouvrages de St. Jean, son évangile, son apocalypse, et peut-être ses épîtres) ont été écrits avant la ruine de Jérusalem. Il est parlé trèssouvent, au livre des Actes des apôtres, de Jérusalem et de son temple , comme de choses alors existantes. Les épîtres de St. Paul le supposent aussi évidemment. Mais avant d'écrire le livre des Actes , St. Luc avait composé son évangile; il le dit expressément (1). Voilà donc évidemment un des évangiles antérieur à la destruction de Jérusalem. Or, il est certain par le témoignage de toute la tradition, que les deux évangiles de St. Matthieu et de St. Marc avaient été écrits avant celui-là , et que St. Luc n'a été que le troisième qui ait publié un évangile. Il n'est pas nécessaire de m'arrêter à prouver une vérité qui, je crois, n'a jamais été contestée. Il résulte de là évidemment que ces trois évangiles sont antérieurs à la subversion du peuple juif. Nous en avons encore un témoin d'une grande autorité. C'est le pape St. Clément, disciple des apôtres, qui, dans sa première lettre écrite vers l'an 68 de notre ère, cite plusieurs fois les évangiles, ainsi que nous allons le voir, et qui, de plus, parle de l'exercice de la religion judaïque dans le temple de Jérusalem, comme d'une chose alors existante (2). Dès que ces livres sont antérieurs à la prise de Jérusalem , ils sont incontestablement du temps des

(t) Primum quideia serraonem fecit de omnibas, o Théophile, quae cœpit Jésus facere et docere nsqne in diem qua prsecipiens apostolis per Spirilum sancinm qnos elegit, assumptas est. {Jet. i, v. i.)

(2) Non ubique, fiatres, offeranlur sacriîicia jngia , vel votiva , vel pro peccato et debcto, sed HierosolTrais tantam : atqoe illic non in orani loco fit oblatio , sed ante teraplura , ad alfare, prias facta a snmmo sacerdote et praedictis ministris oblati inspectione et probatione. [S. C/ernens , papce , Epist. prima, n° 4t.)

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auteurs auxquels on les attribue. La ruine de cette ville est de l'an 70 de notre ère ; le martyre de St. Pierre et de St. Paul, de l'an 66; celui de St. Marc , de l'an 68; St. Jacques avait subi le sien en l'an 61 ; quant à St. Luc, il a survécu de beaucoup à tous ces temps-là. Il est donc incontestable que les livres du Nouveau Testament ont été écrits et publiés dans le temps des auteurs auxquels on les attribue.

^IIL Si on veut nier l'authenticité des évangiles, il faut contester aussi celle de tous les autres livres du Nouveau Testament. Ils sont tous intimement liés entre eux. Quoique distincts, ils forment un ensemble. Le livre des Actes suppose les faits rapportés dans les évangiles. Les épîtres apostoliques rappellent aussi ce qui est contenu , soit dans les Evangiles, soit au livre des Actes. Mais nier l'authenticité de ces épîtres, c'est se jeter dans des difl&cultes insurmontables, ou, pour mieux dire, dans des absurdités intolérables. Veut-on que ces épîtres n'aient pas été écrites? Aime-t-on mieux qu'elles l'aient été par un personnage supposé? A qui imaginera-t-on de persuader qu'on a fait à la fois illusion à tous les néophytes de différents pays, de Rome, de Corynthe, d'Ephèse , de Thessalonique , etc. , et qu'on leur a fait illusion au point de leur persuader qu'ils avaient reçu de St. Paul desletUes que dans le fait ils n'auraient jamais vues? Comment tous ces fidèles auraient-ils pu se tromper sur l'auteur de ces lettres, quand ils y lisaient des réponses à des questions qu'ils avaient proposées à l'apôtre sur divers points de discipline et de morale, sur les viandes offertes aux idoles sur les observances légales , sur l'Eucharistie , sur le mariage et la virginité? Quel faussaire aurait voulu, aurait pu se faire prendre pour St. Paul, en annonçant à ces églises, tantôt qu'il les a visitées, tantôt qu'il compte les revoir incessamment; ailleurs, qu'il leur envoie un de ses disciples? Pour faire toutes ces suppositions, il faut supposer le trompeur et les trompés imbécilles au point où aucim homme ne l'est.

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