‹ Dissertations sur la vérité de la religion, savoirChapitre 5 sur 47 · IX. Si dans les commencements du christianisme on · texte numérisé non relu

IX. Si dans les commencements du christianisme on

voyait les livres du Nouveau Testament tenus secrets , et publiés seulement quelques années après, on pourrait plus aisément soupçonner qu'ils auraient été supposés. Mais, au contraire, nous les voyons dès les premiers temps répandus universellement et avec profusion. Eusèbe rapporte que beaucoup de disciples de ce temps primitif, abandonnant leur patrie, allaient exercer le ministère évangélique, annoncer Jésus-Christ aux peuples qui n'en avaient pas encore entendu parler, s'empressant avec ardeur de leur donner les livres des saints Evangiles; et qu'ils ne partaient de ces pays, pour aller répandre ailleurs la foi, qu*après y avoir établi des pasteurs, à qui ils confiaient le soin de leur nouvelle plantation (1). Nous apprenons de St. Justin, qui écrivait dans le milieu du second siècle, que ces livres, qu'il appelle les commentaires des apôtres , étaient lus publiquement le dimanche dans les éghses (2). Tertullien, qui florissait à la fin du même siècle, dit que de son temps les originaux des lettres des apôtres , conservés dans les églises auxquelles ils les avaient écrites , y étaient lus publiquement (3). Nous ne cachons pas nos livres , dit- il ailleurs, et beaucoup de circonstances les font passer aux mains

(i) Plerique illins leraporis discipnlî.... relicta patria peregre proliciscentes munns obibanl evangelistarnm iis qui fidei sermonem nondum audivissent, Cbristura praedicare et sacrornm evangeliorain libros tradere arabitiose satagentes. Hi postqnam in reraotis qaibasdam ac baibaris regionibns fundamenta fîdei jecerant, alicsque pastores constituerant, et novella? plantatioràs curam eisdem commiserant, ad alias gentes et reg^ones. comitante Dei gratia ac virtnte, properabant. [Euseb. ^ Hist. Ecoles. Ub.iii^cap. 3r.)

(2) Ac solis qui dicitur die, omnium sive nrbes, sive agros ineolentiura , in euradem locdm fît convenlns , et commentaria apostolorum ant scripta propbetarum legnntur, quoad licet per terapora. {St. Justin. Apol. prima .^ ti° 67.)

(3) Age, qui voles curiositatem exercere in negotio salntis tuae , percurre ecclesias apostolicas apud quas ipsœ adhuc ecclesiae apostolorum suis locis praesident , apud quos ipsae anthenticae litterae eorum recitantnr, sonantes vocera et repraesenfantes faciein unioscajasque. ( Tcrtull. de Prœscrlpt. cap. xxvni. )

SUR LA RELIGION. 4l

de ceux qui sont étrangers à la religion (1). Origène prouve l'avènement du Messie etpar les prophéties et par les écrits apostoliques qu'on met constamment entre les mains de ceux qui sont en état de les entendre (2). C'était pour donner à ces saintes Ecritures la plus grande publicité, que la plupart avaient été écrites en langue grecque, la plus usitée qui fût alors . qui était la langue naturelle de beaucoup de pays , la langue savante de tous les autres , et qui était connue de tous les hommes éclairés. Et pour qu'elles fussent encore plus répandues et mieux connues de toutes les classes d'hommes, on les traduisit bientôt dans toutes les langues. Les apôtres ont fondé des églises dans un grand nombre de régions éloignées les unes des autres. Ce fait ne peut pas être et n'est pas contesté. On trouve les livres du Nouveau Testament répandus et lus dans toutes les églises dès les premiers temps de leur fondation , et immédiatement après les apôtres. Il est donc certain que c'étaient les apôtres, ou les hommes apostoliques, qui les leur avaient donnés en les fondant. Il serait ridicule d'imaginer une supposition de livres, exécutée dans aussi peu de temps et dans autant de pays divers.

X. On ne peut pas douter qu'un livre ne soit de l'auteur auquel il est attribué , quand on le voit cité , d'abord par les contemporains de cet auteur, qui ont vécu avec lui ; ensuite successivement par d'autres écrivains, qui, de génération en génération, rendent témoignage à l'authenticité. Cette chaîne d'attestations forme une démonstration irrésistible. C'est ce que peuvent présenter bien peu d'ouvrages anciens , sur lesquels

(i) Inspice Dei voces litteras nostras, qnas neque ipsi sapprimimas , et pleriqae casus ad extremos iransmittunt. ( Idem. apoî. cap. XXXI. )

(2) Deniqae enm qni praedictas est advenisse deinonstiamns, cuni de vaiiciniis illo editis qnae malta sont , tura ex evangeHcis apostolicisqoe scriptis , qaae sedalo tradantor iis qai prudenter illa intelligere possunt. ( Origen, contra Ctls. , lib. m, w° i5.)

cependant on n'aaucun doute; et c'est ce que la Providence a voulu réunir , pour" réfuter d'avance , par l'organe des témoins les plus respectables, tout ce qu'or pourrait opposer dans la suite à l'autheuticité des saints livres qu'elle a inspirés.

XI. St. Clément, qui fut le troisième successeur de St. Pierre sur le siège de Rome , avait beaucoup vécu avec les apôtres, spécialement avec St. Pierre et St. Paul. Les citations qu'il fait de nos livres sacrés prouvent donc : 1° que ces livres sont antérieurs à ce qu'il a écrit , et par conséquent du temps des apôtres ; 2° qu'ils sont véritablement des hommes apostoliques à qui l'Eglise les attribue, et qu'il avait longtemps connus. Dans sa première épître aux Corinthiens, qui est incontestablement de lui , il rapporte les paroles de Jésus-Christ tirées du chap. IV de l'évangile de St.' Luc. « Faites miséricorde pour « obtenir miséricorde. Remettez, et il vous sera remis. «< Comme vous faites, il vous sera fait. La mesure dont « vous aurez usé sera celle qu'on emploiera envers vous(l). » Dans un autre endroit il présente de même, comme sorti de la bouche du Seigneur , ce qui est dit au chapitre xviii de St. Matthieu, au chapitre ix de St. Marc, et au chapitre xvii de St. Luc : « Malheur à » cet homme. Il serait bon pour lui qu'il ne fût pas né , «• plutôt que de scandaliser un de mes élus (2). Il vau- « drait mieux pour lui qu'on lui attachât une meule au

(i) Praecipue raemores serraonum Domini Jesa , qaos locatns est docens mansnetndinen et aeqnanimiîatem. Sic enim dixit î « Misere- « mini et misericordiam cunseqaamini. Dimiltite et diinitlelnr volns. « Sicnt facitis, ita vobis fîet.... Qua mensara metiemini , in ea rnen- « snrabifur vobis, v Hoc praecepto, et his mandatis stabiliamas nos: sfcmper obedientes simus sanctis ejas eloqaiis, humililer de nobis sentientes. (S. Clemens papa ^ Epist. prima , n° i3.)

(2) Recordamini verbornm Jesu Domini nostri : « Vae homini " illi : bonarn erat ai si natas non fnisset , quam nt nnnm ex meis « electis scandalisaret. Melius erat ut ei niola circumponeretur , et u in mare demergeretur , qnam ut anam de posillis meis scandalisa- « ret. » {Ibid. n° 46.)

« COU , et qu'on le jetât dans la mer^ que de scandaliser « un des petits. » J'observe , sur ces deux citations , que St. Clément ne prétend pas apprendre aux Corinthiens ces préceptes de Jésus-Christ tirés des évangiles; il les leur rappelle, il leur dit de s'en souvenir. Ils étaient donc connus auparavant. Les évangiles étaient donc trèspubhcs avant l'épître de St. Clément, c'est-à-dire deux ans après la mort de St. Pierre et de St. Paul.

Je cite avec moins de confiance la seconde épître de St. Clément , parce qu'il n'est pas également certain .qu'elle soit de lui. Cependant, comme le plus grand nombre des savants la lui attribuent , je crois pouvoir présenter plusieurs textes des évangiles qui y sont rappelés. Il rapporte dans un endroit ces paroles du Sauveur, tirées du chap. ix de St. Matthieu : « Je suis venu appeler, non les justes, mais les pécheurs (1). >» Dans un autre, celles-ci , tirées du même évangéliste, chapitre x: « Celui qui me confessera devant les hommes, « je le confesserai devant mon père (2). » Dans un troisième , celles-ci, d'après le chapitre xvii du même : « Tout homme qui me dit : Seigneur, Seigneur, ne « sera pas sauvé, mais celui qui opère la justice (3). » Et ces autres dont une partie se lit au même chapitre : « Si vous êtes assemblés en mon nom , et si vous « n'observez pas mes commandements, je vous rejeterai, « et je vous dirai : Retirez-vous de moi ; je ne sais d'où « vous êtes, ouvriers d'iniquité (4). » Plus bas il rappelle

(i) Alia quoqae scriptura ait : « non veni vocare justos sed « peccatores. » (5. Clemens ^ Epist. secunda , fi° 2.)

(2) Ait vero eàam ipse : « Qui me confessas fuerit in conspectn - hominum, confirebor ipsum in nomlne patiis mei. » [Ibid. rv' 3.)

(3) Non modo igitar ipsain vocemus Dorainura : id enim non salvabit nos : si quidem ait : « non omnis qui dicit mihi, Domine, « salvabitur , sed qui facit justisiam. w (Ibid. n" 4.)

(4) Idcirco nobis haec facientibns dicit Dominus -• « Si fneritis « mocam congregati in sitiu meo , et non feeeritis mandata mea, « abjiciam vos : et dicam vobis : discedite a me : nescio vos nnde « siiis , operarii iniquitatis. » (Ibid.)

les maximes rapportées aux chap. vi et xvi de St. Mattliieu, et au chapitre xvi de St. Luc : « Que nul ne «< peut servir deux maîtres: qu'on ne peut pas servir à <« la fois Dieu et l'avarice ; qu'il ne sert de rien de gagner « tout le monde, si on perd son àme (1). » Plus bas encore il répète ce que le Seigneur a dit dans l'Evangile (c'est celui de St. Luc, chap. xvi) : « Celui qui est fidèle dans les petites choses est aussi fidèle dans les grandes (2).» Enfin, pour terminer cette longue suite de citations, il dit qu'il a été déclaré par Jésus-Christ : « Que ceux-là « sont ses frères , qui font la volonté de son père (3) ; » ce que Ton trouve au chapitre xii de St. Matthieu.

Je dois observer ici qu'on ne voit point dans les lettres de St. Clément de citations de l'évangile de St. Jean. Cela ne pouvait pas être. St. Clément est mort longtemps avant que St. Jean n'eût publié son évangile. Mais il est impossible , en voyant plusieurs textes des premiers évangiles cités par St. Clément , disciple et compagnon de plusieurs apôtres , de se refuser à la conséquence que ces saints écrits sont authentiques.

Dira-t-on , pour affaiblir cette autorité , que St. Clément ne nomme pas positivement les évangélistes : que ce n'est peut-être pas des évangiles qu'il a tiré les paroles de Jésus-Christ qu'il rapporte, et qu'il peut les avoir apprises par tradition ? C'est une des objections auxquelles je répondrai dans l'article suivant. Je me contenterai ici d'observer que parmi les passages cités de St. Clément , il y en a qui repoussent formellement l'idée qu'ils soient cités d'après la tradition. Ce saint pontife dit dans l'un ,

(i) Dicit antem Dominas: « nullas servas potest duobas domi- - nis servira. Si nos volumns et Deo servire et mammonae, incoimno- "■ dum nobis est. Xain : qaae utililas, si qnis nniversam raundum la- « cretur , animara vero snam detrimento afticiat. » [Ibid. n 6 )

(2) Ait qaij)pe Doinir.us in evangelio : « Si parnm non servastis, « quis magntmi vobis dahiî ? Dico enim vobis : Qui fideiis est in « minimo et in majori fideiis est. « {Ibid. «« 8.)

(3) Eteniui Dominas dixit : Praires mei sont qai faciunt voluntatcm patris mei. i^Ibid. no 9.)

SDR LA RELIGION. 45

qu'une Ecriture rapporte; dans un autre, que Jésus- Christdit dans V Evangile. C'est donc d'après uneécriture, c'est d'après un évangile, qu'il rapporte les discours du Sauveur.

XII. Il y a parmi les savants quelques doutes sur l'authenticité de l'épître de St. Barnabe ; mais la plupart la lui attribuent. On ne peut pas d'ailleurs douter que ce ne soit, au mouis, un monument de quelque personnage apostolique, quand on la voit citée avec respect sous le nom de cet apôtre par St. Clément d'Alexandrie (1) , et par Origènes(2^. Or, dans cette épître, nous lisons deux citations des évangiles : l'une, du discours de notre Seigneur; « Qu'il est venu appeler, non les justes, mais les pécheurs (3) ; » l'autre , de ce précepte du Sauveur : ' Donner à quiconque vous demande (4). »

A la suite de St. Clément et de St. Barnabe, nous pouvons appeler en témoignage plusieurs autres auteurs très- respectables, qui vivaient très-peu de temps après eux, qui avaient été disciples de l'apôtre St. Jean, et que l'on appelle comme eux, par cette raison. Pères apostoliques. Il était impossible que ces hommes instruits par un apôtre qui était lui-même évangéliste, ne sussent pas positivement si les Evangiles étaient ou n'étaient pas des auteurs dont ils portent les noms. Lors

(i) Si addnxero testem Barnabain apostolicura ; erat autem is ex septuaginta. i^S. Clemens Alex. Stromat. lib. ir, cap. ao. )

(2) Eadem quoqae Barnabas in.epistola sua déclarât, cum dnas esse via s dicit;unarn lucis , alteram teriebrarcm, qnibas et praecise certes angelos esse dioit ; viae quidera lucis angelos Dei : lenebraram aatem viae angelos satanae. {^Orig. De Principiis , lib. m, cap. 2.)

(3) Quindo autem apostolos suos, qui praedicaturi erant illius evangelinm , elegit homines omni peccato iniquioies, ut ostenderet qood non venit vocare justes sed peccatores ad pœnitentiam , tam palam fecit se esse fliiam Dei. {S. Barnab. Epist, n° 5. Fid. Match, cap. ix.)

(4) Non dubitabis dare , neque ranrmurabis cnra das. 0/nm petenti te tribue.

Gognosces aatem qais sit bonus tnercedis retribator. (Ibid. n. 19, f^id. Luc. VI, 3o. )

donc que nous les voyons rapporter des textes des évangiles et les citer connue les propres paroles de Jésus- Christ, nous pouvons être assurés que les évangiles existaient du temps des apôtres ; que c'étaient les apôtres eux-mêmes qui les donnaient à leurs disciples, et que par conséquent leur autlienlicité est incontestable.

XIII. Le premier de ces Pères est St. Ignace, évêquc d'Antioclie, et martyrisé l'an 107, dans un âge avancé. Il était, c'est lui-même qui l'atteste, un de ceux qui avaient vu Jésus-Christ dans sa chair après sa résurrection (1). Il avait conséquemment dû connaître personnellement les apôtres et plusieurs des premiers disciples du Sauveur. Il avait spécialement passé une grande partie de sa vie avec St. Jean. Ce saint docteur , dans plusieurs de ses lettres , emploie souvent des passages , soit des évangiles, soit dcii épi très apostoliques. Ici il rappelle ce que dit Notre-Seigneur dans St Matthieu , chap. XII , et dans St. Luc , chap. xi , « que l'arbre se connaît à ses fruits (2) ; » là^ que Jésus-Christ est baptisé par St. Jean, « pour remplir toute justice (3), » ainsi que le dit St. Matthieu au chap. m ; dans un autre endroit, ce que recommande le Seigneur, au chap. x de St. Matthieu, « d'être prudent comme le serpent, et simple comme la colombe (4). » Il cite aussi plusieurs

(i) Ego enim et post resurrectionera eam in carne novi : et credo esse. {S. Ignat. Epist. ad Smyrn. fi° S.)

(2) Nullus fidem repromittens peccat ; neque caritatem possidens odit. Manifesta est arbor ex frnctu ej'us. Similiter qai profilentur se christianos esse, ex ils quae facinnt cernuiitur. (Idem , Epist. ad Ephes. «° i4-)

(3) Cognovi < iiira vos perfectos in fide immota.... plene persoasos Dominum nostrom natnm ex Yirgine, baptizatnm a Joanne ; ut impleretiir ah eo omnis jiistitia. ( Idem , Epist. ad Smyrn. n° 14. )

(4) Bonos discipolos si ainaveris , nulla libi est gratia : potius pestilentioi'es in mansnetudine snbjice. Non omne vnlnns eodem eniplabtro ouratur. Vehementiores morbi accessiones saper fasionibus seda. Prudens esto sicut serpens in oronibus, et simplex ut co- Itimha. {Idem, Epist. ad Polyc. n^ 3.)

fois les épîtres de St. Paul, par exemple, lorsqu'il dit ce que recommandait l'apôtre aux fidèles de Corinthe , « d'être parfaitemeut unis dans le même sentiment, et <i d'être tous unanimes dans leurs discours {1}; >» et quand, après avoir parlé des injures qu'on lui fait souffrir, il répète , d'après St. Paul , « que pour cela il n'est pas justifié (2). »

XIV. St Polycarpe , lié d'amitié avec saint Ignace , quoiqu'il fût beaucoup plus jeune , avait été aussi disciple de saint Jean. Nous avons de lui une épître aux Philippiens , dans laquelle il cite plusieurs passages des évangélistes ; entr'autres ceux-ci de saint Luc, chap. vi : « Ne jugez point j^our n'être pas jugés : remettez et on « vous remettra ; on vous mesurera sur la mesure dont « vous aurez usé ; » et ces autres du chap. v de saint Matthieu : « Bienheureux les pauvres et ceux qui souf- « frent persécution pour la justice, parce que le royaume « de Dieu est à eux (3). « On y lit aussi ces paroles du chap. VI de saint Mattliieu : «< Ne nous induisez pas en « tentation ; » celles rapportées par saint Matthieu , chap. XXVI, et par saint Marc, chap. xiv : « L'esprit est « prompt et la chair est faible (4). »

XV. Papias, évêqued'Hiérapolis, vivait dans le même temps que saint Polycarpe. Son ouvrage, en cinq livres, intitulé : Exposition des discours du Seigneur , n'est point

(i) Dncet itaqae vos omnibus modis glorificare Dominuin Jesum Christum , qui glorificavit nos : ut in obed enlia una sitis perfecti eadem mente, eademque sententia ; idemque dicatis de eodem omnes. (Idem, Epist. ad Ephes, n° 2.)

(aj Al ego eoruiD injuriis raagis erudior. Sed non in hoc jusùjieatiis sum. (Idem Epist. ad Rom. n° 5)

(3) Meiuores autem < oruin quœ dixit Dorninus , docens : « Noli- (( te julicare, ne jadicemini : dimittite et dimittetar vobis : in qna « niensura raensi faerilis, reraetietur vobis : et beat! pauperes et qui « persecutionem patiuntur propter justitiam , qaoniam ipsorum est « regncm De\ » (S. Polj-c. Epist. ad Philipp. no 2.)

C4) Precibus rogantes omnium conspectorem Deum : Ne nos inducas in tentationem : sicnl dicit Dominus : spiritus quidem promptns est y caro autem infirma. (Ihid. , n° 7).

parvenu jusqu'à nous. Mais Eusèbe raconte de lui diverses particularités , et rapporte plusieurs fragments de son ouvrage. Papias n'avait été disciple d'aucun des douze Apôtres, il ne les avait pas même vus; mais il s'était informé avec soin auprès de ceux qui les connaissaient, et qui étaient dans leur intimité, de ce qui concerne la foi. Quand je rencontrais, dit-il, quelqu'ancien qui eût vécu avec les apôtres , je m'informais avec soin de ce qu'ils avaient enseigné , de ce qu'avaient dit André , Pierre , Philippe , Thomas , Jacques , Jean , Matthieu, ou quelqu'autre disciple du Seigneur; de ce qu'avaient dit entin Ariston et Jean prêtre , lesquels étaient aussi du nombre des disciples du Seigneur (1). Eusèbe ajoute que Papias avait été disciple particulièrement d' Ariston et du prêtre Jean (2), et il rapporte ce que ce prêtre, différent de l'apôtre du même nom, lui avait appris. Il me disait , c'est Papias qui parle , que Marc, qui était interprète de Pierre, avait écrit tout ce qu'il conservait dans sa mémoire, avec exactitude, mais non dans l'ordre où le Seigneur l'avait dit ou fait. Quant à saint Matthieu , reprend Eusèbe , Papias raconte de lui qu'il a écrit en hébreu l'Evangile des oracles et des actions de Jésus-Christ , que chacun a interprété comme il le pouvait. Le même auteur, ajoute Eusèbe , a aussi employé les témoignages de la première

(i) Ipse autem Papias, in exordio sai operis déclarât se minime quidam sanctorum apostolornm , vel anditorem fuisse, val eosdem oculis sais adspexisse. Sad ea qaae ad Cdera pertinent ab iis qui eisdem noti et familiares erant se accepisse docet liis verbis.... Si quis presbyter mibi forle occnnebat, qai cum apostolis versatns fuisset, dicta apostolorura ab eo diligenter sciseitabar : nempe qaid Andréas dixisset, quidve Petrus, quid Pbibppus, quid Thomas, qaid Jacobus, quid Joannes, aat Matthaeas, aut quis alias Domini discipulus , qaae denique Aristion et Joannes presbyter , qui in numéro discipulorum Douiini habebaniur, loculi fuissent. [Eiiseb. , Hist. Eccl. , lib. iri , cap. 33.)

(a) Quin etiam Papias , qnem modo posaimus^ apostoloram dicta ab his qui cum illis versati fuissent fatetur se excepissc ; Aristionis item et Joannis fuisse auditorem. {Ibid.)

épître de saint Jean, et de la première de St. Pierre (1). Voilà donc deux évangiles et deux épîtres apostoliques dont l'authenticité est garantie par Papias. L'autorité de cet écrivain est très-grave, puisque non-seulement il parie d'après les récits que lui avaient faits ceux qui avaient vécu familièrement avec les disciples de Jésus- Christ, mais qu'il rapporte ce que lui avait positivement dit un de ces disciples. Son témoignage nous représente celui du prêtre dont il le tenait. Sa narration prouve démonstrativement que les écrits dont il parle étaient, dès les commencements du christianisme, connus et attribués aux auteurs dont ils portent les noms.

XVI. De tous les disciples des apôtres dont les écrits sont parvenus jusqu'à nous, le seul que je n'aie pas cité, c'est Hermias, auteur du livre intitulé le Pasleur, et que Ton croit être le même dont parle saint Paul dans son épitre aux Romains. C'est qu'on ne voit pas dans son ouvrage , comme dans ceux des autres Pères apostoliques , des passages précis du Nouveau Testament , textuellement rapportés. Mais, si je ne crois pas devoir faire usage de son autorité , les incrédules peuvent encore moins tirer avantage de son silence. Si aucun texte du Nouveau Testament n'est rapporté par lui dans ses propres termes, il fait beaucoup d'allusions manifestes spécialement à l'évangile de saint Matthieu et aux épîtres de saint Paul ; et il dit beaucoup de choses qui en sont clairement tirées. Entre plusieurs exemples que je pourrais rapporter, je me contente de produire un petit nombre de passages (2).

(i) Israd, inqnit , presbyler nailii dicebat : Marcas, qui fuit in- :erpres Pétri , quaecumque tenebat luemoria scripsit quitlem accu- ^ale ; sed tamen non eo ordme quo erant a Domino dicta, factage Ista qii dc'in a P;»pia nairanur de Marco. De Maitbsso an-

em haec ab iilo refernntar, Matlhaeus sermone hcbraïco evangeinm de Cliristi oraculis, et rébus gesiis conscripsit ; quod plane jU'sqne ut poterat interpretatU'? Cit. Idem scriptcr prioris cpistolcR roannis et Fetri siiniliter piioris usns est testinioniis. (ibid.)

(">.) Juravit enim Dnminus per filhv.n sinim. Qui denegaveril il-

Disscrt. sur la Relia. 3

Des Pères apostoliques, passons à ceux de i'àge suivant, qjii n'ont pas été iniinédiatement disciples des apôtres , mais qui sont plus reculés d'un deyré , et qui ont reçu la foi de ceux à qui les apôtres l'avaient enseignée. Nous trouvons aussi dans leurs écrits la preuve que nos livres saints étaient connus, cités et révérés par eux, coninie les véritables ouvrages des apôtres et des premiers disciples du Sauveur.

XVII. Le premier est saint Justin, d'abord philosophe, converti à la foi chrétienne à l'âge de trente ans, martyrisé en 1G7 , un an après St. Polycarpe. Né en Palestine, au commencement du second siècle , il a dû connaître beaucoup de personnes qui avaient vécu avec St. Simon, disciple et proche parent de Jésus-Christ , et second évèque de Jérusalem, couronné de la palme du martyre , en 107. St. Justin a dû vivre aussi avec des disciples de l'apôtre St. Jean , mort vers l'an 100 de l'ère chrétienne. Il ne peut pas y avoir de doute que ce saint docteur n'ait connu , et révéré comme le dépôt sacré de la foi , nos livres saints. Dans sa première apologie delà religion, qu'il présenta vers l'an 150, aux empereurs Antonin le Pieux , Marc-Aurèle et Vérus , au sénat et au peuple , il dit, comme nous l'avons vu , que les commentaires des apôtres sont lus dans les assemblées des fidèles. Il avait dit auparavant que ce qu'il nomme commentaire des apôtres est ce qu'on appelle communément évangiles, et la preuve sans réplique que c'est de nos évangiles qu'il parle , est qu'au même endroit il rapporte , comme tirée de ces commentaires,

liiini et sr , despondentes saam vilam, il]i et .psi detvegaluri iuiit iUuui in advenientihus diebus. Si autem qui nnnquam denegaverint, ob nimiam miseiicoidiam propitius l'actas est illis. (^Hermias, pasior, lib. i, vis. 2 ; cap. 2 ; vid. Matth. cap. x, 32 , 33).

Quod si dlmiserit nxorem suam , et aliaiu duxerit , et ipse inoerb»tur. {Ibid. bb. n, mand. 4 , cap. i : vid. Matth. cap. xis, v. 9

Volontés videri c'ui;cia sciie, nibilque oœnino scientes et cuni

sint s!ulii cupiant doctores videri. {^Ibld. bb. m, simibtndo JX i;ap. 22. Vid. Epist. ad Roman, '^ap. i , vers. 2 i , 22.)

rinstitution de l'Eucliaiistie , dans les propres termes employés par St. Matlliieu , St. Marc et St. Luc (1). Dans toute la suite de ses ouvrages, il suppose la vérité de l'histoire évangélique. Il s'attache surtout dans son dialogue avec le juif Tryphon , à montrer l'accord parfait des prophéties judaïques avec les faits de la vie de Jésus-Christ, tels que nos évangélistes les racontent. Enfin , dans beaucoup d'endroits, il cite formellement les évangiles présentant textuellement leurs expressions. Il serait beaucoup trop long de rapporter ici toutes ces citations. Je me contente d'en indiquer quelques-unes , tirées seulement d'une partie de sa première apologie (2,.

(i) Nam aposloli , in commeutaiiis suis qnae vocantur evangeiia , ita sibi mandasse Jesum tradideiuiii : euui scilicet accepto pane, cum graîias egisset , dixisse : « Hcc facile in meam coinineinora- " tionem : hoc est corpus meum, >> et poculo similiter accepto, actisque gratiis dixis'^e : « Hic est sangui mens; » ipsisque solis fradidisse. {S. Just. , Apol. prima ^ n" 66).

(2) Au n" i5, St. Justin cite le texte de St. Matthieu, chap. v,

sur le scandale; ceux, de St. Matthieu, chap, xix; de St. Marc,

i chap. X ; de St. Luc, chap. xvi , sur l'adultère de Ihomme qui

[épouse une femme réfrudiée ; et celui de Si. Matthieu, chap. xix , sur les eunuques d'état ou de volonté. Au n° 16 , il cite le texte de \ St.. Matthieu , chap. ix, que Jésus Christ est venu appeler, non les I justes, mais, les pécheurs; ceux de St. Matthieu, chap. vi , et de I' St. Luc, chap. V, sur l'amour de tous les hommes, sur la charité '^ envers eux. sur l'exhortation à amasser des trésors , non sur la ten e , mais dans le ciel, sur la confiance dans la Providence. Au n° i 7 , il cite d'autres passages des mêmes chapitres sur la patience et sur l'obligation de souffrir de la part des autres; les textes de St. Matthieu, chap. V, sur l'obligation défaire luire ses bonnes œuvres , sur la défense de jurer; ceux de St. Matthieu, chap. xix , di- St. Marc, chap. x; de St. Luc, chap. xvux, sur ce que Dieu seul est bon ; ceux de St. Matthieu, chap. ix , sur ce qu'il ne suffit pas de dire: Seigneur, Seigneur, peur entrer dans le royaume des cieux , et sur ce que c'est par les œuvres que l'on est connu. Enfin , au n° 18, le saint docteur rappelle les jaroles de J. C. rapportées par St. Matthieu, chap. xxii, de rendre à Dieu ce qui est à Dieu , t't à Cé.sar ce qui est à César. Il seiait facile, mais il est inutile de pousser plus loin celte énumération.

XVIII. Tatien, disciple de St. Justin, composa, peu après le inartvre de son inaître , un ouvrage contre le pa};aiiismc , intitula : Discours aux Grecs. Il y rapporte dans deux endroits des passages tirés du premier chapitre de l'évangile selon St. Jean (l).Une autre preuve cjue cet écrivain connaissait nos évangiles, et les regardait connue les fondements de la foi transmis parles apôtres, c'est que , lorsqu'il fut mallieureuscment tombé dans l'hérésie , et qu'il se fut fait chef de la secte des encratites , il ne contesta pas l'authenticité de ces livres sacrés qui le condamnaiet formellement; il imagina de les tronquer et de les accommoder à ses erreurs. Il composa, au rapport d'Eusèbe, de St. Epiphane et de Théodoret , un ouvrage qu'il intitula Dialesscron; ce qui veut dire, selon les quatre : lequel n'était autre chose qu'une collection et une suite de textes tirés des quatre évangiles, et une sorte de concoid ince formant une histoire suivie du divin Sauveur. Il n'ajouta rien au texte des évangiles, mais il en retrancha ce qui était contraire à sa doctrine réprouvée, spécialement les généalogies de Notre-Seigneur, et tous les passages qui le présentent comme le descendant de David, selon la chair (2j. Si au ten\ps de Tatien, c'est-à-dire au second siècle, nos quatre évangiles n'avaient pas été connus, Tatien aurait-il pu en former son ouvrage? S'ils avaient été regardés alors comme des écrits apocryphes et faussement attribués aux premiers fondateurs de la religion , l'aurait-il voulu?

XIX. On croit communément que Hermias a écrit, ])eu de temps après St. Justin et Tatien , son ouvrage

(i) Per se enira nihil e«t aliud (anima) «inana tenebrse, nec quid-

qiiain in ea lominosniu. Atque id ipsuin e.-t quod di« iiur : ttnchrœ

lucem non comprehenderunt. ( Tatianus ^ Orat. ad Grœcos ^ ii" r3. )

Da'tuonibas rejeclis, solum Deura sectamini : Oinnia pcr ipsum

fada snnt j et sine ipso facttim eu nihil. [Ibid. n" 19.)

(2) Voyez la l'rpfac»' des l'P. Bénédictins sor leur édition de St. Justin et de plusieurs antres npoiogi^trs du second siècle. (Paît. 3 , chap. XII , n" 4.)

contre les philosophes païens. Il le commence par un passage de la première épître de St. Paul aux Corinthiens (1).

XX. Athénagore, qui était du même siècle, a publié, en 177, une apologie de la religion. Il y cite de même plusieurs fois les paroles du Sauveur, telles que nous les voyons dans les évangiles (2).

XXI. A peu près dans le même temps qu' Athénagore écrivait son apologie , Théophile , évêque d'Antioche , composait son ouvrage en trois livres , adressé à Autolycus. C'est pareillement une défense de la religion chrétienne, et il y rapporte de même plusieurs passages du Nouveau Testament (3).

(i) Beatnsj apostolas Panlas Corinthiis, quijaxta Laconicam Grseciam habiiant soribens, dilecti, sic pronantiat, sapientia mundi hujas apad Deum staliiiia est. ( Hermias gentilium philosophorum irritio , n° i .)

(2) Athenagorse legalio pro cfaristianis , n° xx. Ex ipsis etiam qoibus adhaeremus praeceptis, atpote non homanis, sed a Deo prunanciatis et traditis persuadere vobis possuraas. Qaaenam snnt igitur illa plaeita in quibas enutrimur ? « Dico vobis : dib'gite iaimicos ves- '< tros , benedi'-ite maledicentibus , orate pro persequentibas , ut « siùs filii patris vestri qui in cœlis est; qui solem sunm oriri facit « super bonos et malos , et pluit saper jastos et injastos. >» ( Vid. Luc y chap. V ).

Ibid. n° xn. « Si en'ra diligitis , inquit, eos qui vos diligunt, - et matnnm dali. iis qui vobis muluam dant, quam mercedem ha- « bebitis? » {Vid. ibid.)

Ibid. n° xxxn. « Nam qui videt, inquit , mulierem ad concu- < piscendam eam jam mœchatus est eam in corde sua. » ( Vid. Match. , cap. v. )

Ibid. n° XXIII. « Quicomqae enim dimiseiit , inquic , nxorem « .'•uim et aliam dnxerit , mœchabitur. » ( Fid. Matth, cap. xix , Luc y cap. XVI.)

(3) Theophilus ad autolycum, lib. 11 , n° i3 , « Nam quae snnt " apud horaines impossibilia, possibilia snnt apud Deum. » {Vid. Luc , cap. XVIII. )

Ibid., nO xxit. Uxc nos docent scripturae sacrae , et quotquot Spiritu sancto afflaii fuere : in bis Joannes ita dicens : In principio erat Verbum.^ et Ferbuin erat apud Deum. Quibus verbis ostendit initio soluin fuisse Deum, et in eo Verbnm. Tune addit : « Et Dans erat

XXII. L'autorité de St. Irénée est d'un poids immense dans cette matière, non-seulement parce qu'il est, comme les auteurs dont nous venons de parler, très-voisin du temps apostolique, mais parce qu'il avait été, dans sa jeunesse, disciple d'un respectable personnage de ce temps. Dans une lettre à Florenus , dont Eusèbe nous a conservé le fragment , St. Irénée rapporte combien il avait connu St. Polycarpe; il raconte ce que ce grand évéque lui avait dit de la famiUarité dans laquelle il avait vécu avec l'apôtre St. Jean et avec plusieurs autres disciples qui avaient vu le Seigneur , et de ce qu'il avait appris d'eux sur la personne du Sauveur, sur ses miracles, sur sa doctrine. St. Polycarpe, ajoute-t-il, rapportait exactement, d'après eux, tout ce qu'ils lui avaient appris; et il était en tout d'accord avec la sainte Ecriture (1). Il est impossible que St. Irénée qui tenait les

" Verbain : omnia per ipsum facta sant : et sine ipso factnni est «' nihil. » (Fid. Joann. cap. i.)

Ibid. lib. m, n° i3. Vox aatem evangelica intentias de castilate pr^cip.t his verbis : « Quisqois adspicit uiorem alienam ad conca- « piscendam eam , jam raœchatus est eam in corde sno. Et qui du- " eu , inquit, dimissara a viio , luœchatnr : et qui dinjitlit uxorem , •< excepta fornicationis causa , facit eam mœchari. » ( rid Mattk cap. V. )

Ibid. n" 14. Evangeliura antera , « diligite, inqnit, iniraicos ves- « tros, et precamini p,o his qui laedunt vos. Nam si dilexeritis « eos qu. d.bgnnt vos, qaaiem mercedem habebilis.? hoc et laîrones « et publicani faciunt. .. Qui autem benefaciunt, eos non gloriari docet; ne s.udiosi sint hominibas placere. « Nesciat enira, inquit ■■ manus tua sinistra qnid faciat manus tua dextra. » Illud

etiara ac

. . T ".«..lis. Kua uciCia. » lllUCl <

jubet scriptura sancta , ut magislraiibns et potestatibus subjiciamu, ... pro e>s precemn, : « ut quietao, et tranquillam vitani agamus. ' Ac •< omnibus omnia redclere docet : cm honorein, houoiera- cai ti- « '"orein, timorera ; oui tributum, tributura : nec quidqùara ulli " debere nisi ut diligamus omnes. » {Vid. Matth. cap. ^ et vi - I. Ttmoth. cap. ir; Rom. cap. xiri. ) '

(i) Porro ia ea ad florinum epistola , de qaa jam prius dixi, idem Irenaens secnm Polycarpo familia.iier esse versatum prodit his verbis... Et locura ipsum passim dicere in quo beatissiraus Polvcarpus ^edens disserebat processusque ejus et ingressus, vitéeque tot'ius formam et speciem, sermones denique qnos ad popalum habebat et

évangiles, non pas précisément de la premi re main, mais de la seconde ; qui avait continuellement entendu parler à son maître des évangiles; qui admirait le rapport entre les instructions de son maître et les évangiles, ne sût pas positivement de qui étaient les évangiles. Or , il s'exprime, sur l'authenticité de ces saints livres, de la manière la plus positive ; il semble qu'il ait prévu qu'un jour elle serait contestée.

LNous ne connaissons , dit-il , ce qui nous dispose au salut , que par ceux de qui l'Evangile est venu jusqu'à nous, qui d'abord l'ont prêché; qui ensuite, par la volonté de Dieu nous l'ont transmis par écrit , pour être le fondement et la colonne de notre foi. Ainsi Matthieu, parmi les Hébreux, a écrit dans leur langue l'Evangile que Pierre et Paul sont allés publier en fondant les églises. Après leur départ, îMarc, disciple et interprète de Pierre,, nous a fait passer par écrit ce qui avait été annoncé par Pierre. Luc, suivant de Paul , a enseigné dans un livre l'Evangile qu'il prêchait; et après cela, Jean, disciple du Seigneur , qui a été appuyé sur son sein , a aussi publir un évangile, lorsqu'il demeurait à Eplièse (1). St.Irt^^nee

familiarem consuelndiiiem qnse illi -curu Joanne , at uarrabat , et enm reliqni^ qui Dominum ipsam vidissent intercesserat ; et qualiter dicta illorura oommemorabar ; et quaecaraqae de Domino ab ipsis audierat. De miracn'is qaoque illius, ac de doctiina , proot ab iis qui Verbuiu vi'.ae ipsi conspexerant Polycarpus acceperat , eodein modo proibus referebat, in omnibus cum scriptura sacra consentieris. ^ Eiiseb. Hist. Eccl. , lib. v , cap. 20. )

(i) Non enim per alios dispositionera snlnlis nostrae cognovimus, qaam per eos per qaos evangelium pervenit ad nos; (juod quidem lanc praeconaverant , postea vero per Dei volaotatem in scriptuiis iiobis Iradiderunt, fandamentum et co'.nranam fidei nostrae fatarum... Ita Matthaeus in Hebraeis ipsorum lingua scriptnram edidit evangelii, cum Pelrus et Paulus evangelizarenl et fnndarent ecclesiam. Post %ero horum excessum , Marcus discipulus et interpres Pétri, et ipse quae a Petro annuntiafa erant per scripta nobis tradidit. Et Lucas autem sectator Panli, qnod ab i!lo praedicabalur evangelium in libro rondidit. Postea et Joannes discipulus Domini, qui et supra pectus ejus recambebat, et ipse edidit evangelium, Ephesi Asiae commorans. ^ S. Irenœus contra hceres. . lib. v.i , cap. i.)

dit plus bai qu'il n'y a ni plus ni moins de quatre évanjjiles, et il en donne une raison mystique tirée des quatre régions du monde, dans lesquelles l'Ej^lise est dissénji— néefl). Il eomhat les diverses hérésies par l'aveu qu'elles font de l'autorité des évanjjiles, laquelle est, dit-il, tollemeiit assurée, que les hérétiques mènie lui rendent témoignage et s'ellbrcent d'en faire le fondement de leur doctrine. Les ébionistes usent du seul évangile de saint Matthieu. Marcion reconnaît celui de St. Luc , qu'il tronque et altère à sa manière. Ceux qui séparent Jésus du Christ, disant que c'est Jésus qui a souft'ert et que le Christ est impassible , préfèrent l'évangile de St. Mare. Les valentiniens se servent de celui de St. Jean. Puis donc, conclut-il, que ceux qui nous contredisent rendent témoignage à ces livres et en font usage, c'est avec vérité et avec force que nous les produisons (2). Tout raisonnement que l'on pourrait faire, d'après ces passages, serait inuiile, tant ils sont clairs et démonstratifs. Pour

(i) Nec autem plnra numéro quam haec sont, neque rutsus pauciora caj.it esse evangelia : Quoniain enira quatuor regiones niundi snnt inqaosnmus, et quatuor principales spiritns, et disseminata est ecclesia super onineru terram , coinrana autem et firmamentura ecclesiae est evangelinm, etspiiitus \itae; consequensest quatuor habere eam colamnas undiqne fiantes incorrnptibililatem , et vivifîcanles honiiaes. {Ibid., cap. xi, «" 8. )

(2) Tanta est circa baec evangelia flrmitas , ut et ipsi baeretici testimoniam reddant eis, et ex ipsis egiediens unusqoisque eorum conetar saam confirmare doctrinam. Ebionei etenim ex evangelio quod est secundom Mattbaeum solo utentes, ex illo ipso convincuntar , non recte presumentes de Domino, Marcion antem id quod est secondum Lucam circumcidens , ex lji'> qiia; adhnc servantur pênes eam , blasphemus in eam solum cxislciitem Deum ostenditur. Qui antem Jesum séparant a Christo, et intpassibilera persévérasse Christam, passura vere Jesam dicunt, id quod secnndum Marcum est praeferentes evangelium , cum amore verilatis legentes illud , coiripi possunt. Hi autem qui a Yalenlino sont, eo quod est secnndum Joannem plenissime ulenles ad ostensionem conjugationnm snarum, ex ipso detegnntur nil recte dicentes... Cum ergo hi qui contradicant nobis testimoniura perhibeant , et utantur bis, fîrma et vera est nostra de illis ostensio. {^Ibid. , n" 7.)

• SDR LA RELIGION. 57

y répondre , il faudrait soutenir que St. Iréuëe ou a été induit en erreur, ou a voulu y induire. Il est difficile de décider laquelle des deux assertions serait la plus absurde. Je ne crains pas de l'avancer : n'eussions-nous que le seul témoignage de St. Irénée, l'authenticité de nos évangiles serait complètement démontrée.

XXIII. Tertullien écrivait, à la fin du second siècle, contre Marcion. Cet hérésiarque, ainsi que nous venons de le voir, rejetant l'autorité des autres Evangiles, ne reconnaissait comme véridique que celui de St. Luc , auquel encore il avait fait des changements. Il ne s'agit pas ici de ces altérations ; nous verrons dans le chapitre suivant ce qu'en dit Tertulhen. Pour établir l'autorité des trois autres évangélistes , il commence par poser en thèse , que l'Evangile a eu pour auteurs les apôtres , et avec eux les hommes apostoliques qui les avaient eus pour maîtres ; et que notre foi est fondée , parmi les apôtres, sur Jean et Matthieu; parmi les hommes apostoliques, sur Luc et sur 3Iarc (1). Il prouve ensuite cette vérité par deux raisons ; par l'ancienneté et par l'universalité : parce que ces évangiles existent dans les églises apostoliques , depuis leur fondation par les apôtres , et parce qu'ils sont reconnus par la totalité de ces églises , et aussi par toutes les autres. Il conclut^ en demandant à Marcion pourquoi, rejetant les autres évangiles, il n'admet que celui de St. Luc, puisqu'ils sont tous également reçus dans l'universalité des églises , et depuis le commencement (2).

(i) ConstitTiimas in primis evangelicam instrnraentum apostclos autores liabere, quibus hoc raunus evangelii promulgandi ab ipso Domino sit impositam , sic apostolicos vires, non taraen solos , sed cam apostolis et post apostolos : QnoDÏam praedicatio discipalorum suspecta fieri posset de gloriae studio , si non adsistat il!i antoritas magistrorura , immo Chriti qui magi3^^os apostolos fecit. Deniqce nobis fidem , ex apostolis Joannes et Matthaeas insinuant, ex apostolicis Lacas et Marcus instaurant. [Tertull. contra Marc. ^ lib. iv, cap. 1. )

(a) Si constat id verias quod prias , id prias qaod ab initio , id

J'observe, sur ces passages de Tertullien, qu'il se sert, pour prouver l'authenticité du Nouveau Testament , de la Hièiue preuve que nous employons, de la tradition de toutes les églises depuis le temps des apôtres. Je viens d'établir cette tradition par l'autorité de tous les pères apostoliques et de leurs successeurs immédiats. Mais j'aurai occasion incessamment de revenir sur le raisonnement très- fort que fait ici Tertullien.

XXiy. Que St. Clément d'Alexandrie, contemporain de Tertullien, ayant été mis à la tète de l'école d'Alexandrie en l'an 189, ait connu et cité, comme étant des auteurs auxquels nous les attribuons, les livres du Nouveau Testament, c'est ce que démontrent une infinité de passages

ab initio quod ab apostolis , pariter ntique constabit id ab apostolis tradilum, quod apad ecclesias apostolorura fuerit sacroaiictain. Videamus quod lac a Paulo Corinthii bauserint ; ad qu;im regulam Calatae sint correcti ; quid legant Philippenses, Thessalunicenses, Ephesii, quid etiam Romani de proxirao sonent, quibus e angelium Pelius et. Paulus sangaine quoque suo signaiam rebqaeraiit. Habeinus et Joannis alumnas ecclesias. Nam etsi Apocalypsim ejas Marcion respoit , ordo tamen episcoporam ad originem recensas in Joannem stabit autorem ; sic et cae'erorum gerierositas recognoscitur. Dico antem apud illos , nec solas jam apostolicas, sed apad universas quae illis de societate sacramenti confederantur ,. id evangelium Lucae ab initio editionis suae stare. Quod cura maxime tueraur Marcionis vero plerisque nec notuni , nnllis autem notuio, et non eo daninatum... Eadem auctoritas ecclesiaram apostolicaruni caeterii quoque pairocinatnr evangeliis, quae proinde per illas, et secunclum illas habemus, Joannis dico et Matlbapi; Ucet et Marcus quod edidit , Pétri adfiimetur, cujus inlerpres IMarcus. Nam et Lucae digeatuiu Paulo adscribere soient , capnt magistrorum videri , quae discipuli proniulgaverint. Itaque et de bis Marcion flagitandns , quid , omissis eis, Lucae potins institerit: Quasi non baec apud ecclesias a nrimordio fuerint , quemadmoduru et Lucae. At quin baec magis a priraordio fuisse credibde est nt priora quae apostolica , ut cum ipsis tcclesiis dedicata. Caeterum quale est, si nibil apostoli edideiant, ut discipuli potius ediderint , qui nec discipuli existere potuissent, sine ulla doctrina magistrorum. Igitur dum constat baec quoque apud ecclesias fuisse, cum non baec quoque Marcion attigit, tut emendanda si adultérât?, ant agnoscenda si intégra. ( Ibid. , cap. v.)

<[e ce Père. Contentons-nous d'en rapporter quelques-uns relatifs à plusieurs de nos saints livres (1).

Je ne pousserai pas plus loin que le second siècle cette suite de témoignages qui attestent l'authenticité du Nouveau Testament, parce que nos adversaires eux-mêmes conviennent qu'à cette époque toute l'Eglise en était convaincue. Je m'arrête seulement à considérer la conséquence évidente qui en résulte.

XXV. Tout ouvrage est nécessairement antérieur aux ouvrages dans lesquels il est cité. Donc les livres du Nouveau Testament ont été écrits avant ceux des élèves des apôtres; donc ils sont du temps des apôtres euxmêmes.

Nul ne peut mieux savoir si un ouvrage est de l'auteur à qui on l'attribue, d'abord, que ceux qui ont vécu avec lui, surtout s'ils ont été ses disciples : ensuite, que ceux

(r) Quod autein v^rum sit, sic scriptnm est in evangelio seciindum Lucam : « Anno aatem quindecim Tiberii Cœsaiis faclum est « verbum Domini saper Joannera Zacharise filiom. » ( S. Clemens Alex. Strom. , Ub. i. )

In evangelio auteni secundum Mathaenm , quae ab Abraham dedncitnr genealogia usque ad Mariam matrem Domini terminantni . [ Ibid. )

" QqI dicit novi Dominam , et joandata ejus non servat, inendax " est, et in eo veritas non est. » ( Ihid. Ub. m. )

Et b'cet hic in terris non fuerit prima sede honoralus , sedebit in qa.ituor et viginti thronis populnra judicans, at dicit Joannes in Apocalypsi. ( Ihid. lib. v. )

Nam Paulus quoque in epistolis non videtur reprehendere philosophiaia, sed eum qni ad gnosticum fasîigium pervenit non vnlt amplius recurrere ad graecam pbilosophiam ; eam allegorice vocans mundi elementa ^ ut qnae elementa quodam modo doceat , et sic veloti disciplina praecedens veriîatem. Qnocirca ad Hebraeos quoque sciibeiis, qni a fîde ad legem leflectcbantur. « An ruisns, inqnit , « opus habetis nt vus doceara qaaenam sint elementa initii eloqnio- « ruin Dei , et opns cœp/t esse vobis lacté et nun solido cibo. « Similiter autem ad Colossenses (jui convertuntnr ex graecis : >■ Videte « ne quis vos depraedetar per phiîosophiam , et inanem deceptionetn, '< secundum tradilionem hominam , secundam elementa hujnsraodi , « et non secandum Chrlstnra. » {Ibid., lib. vi.)

qui ont vécu avec ses disciples , et qui ont été instruits par eux ; enfin, que ceux qui ont connu les élèves de ses disciples, qui ont eu avec eux de grandes relations, et qui ont reçu d'eux leur doctrine. Plus le témoignage est voisin du fait, plus il a de force. Plus les témoignages voisins du fait sont nombreux , plus ils se fortifient réciproquement. Chacune des autorités que nous venons de rapporter , isolée, donnerait une raison suffisante de croire l'aullienticilé du Nouveau Testament ; réunies, elles forment une démonstration irrésistible.

Si l'on veut , après de si nombreux et de si graves témoignages, s'opiniâtrer à soutenir que nos livres saints ont été supposés , il faut nécessairement prétendre aussi que les écrits de St. Clément, de St. Ignace, de St. PolycarpC; qui ont suivi immédiatement les apôtres, et qui les citent , ont été pareillement fabriqués après coup. Les pères qui ont remplacé ceux-là, St. Justin, Athénagore , Théophile, etc., citent aussi les évangiles. Dira-t-on aussi que les ouvrages de ceux-là sont apocryphes ? Descendons une génération. St. Irénée, TertuUien, St. Clément d'Alexandrie se présentent; et il faut soutenir encore que les écrits qu'on leur attribue ne sont pas d'eux. Dans toute la suite du christianisme , les auteurs ecclésiastiques se tiennent les uns aux autres; ils rapportent des passages des livres saints , et des auteurs qui les ont précédés. Par là, ils sont des garants de l'authenticité et de l'Ecriture sainte et des ouvrages de leurs prédécesseurs. Ils forment une chaîne de témoignages qui remonte jusqu'aux apôtres , et qui descend jusqu'à nous. Si le Nouveau Testament est supposé, tout ce qui existe d'ouvrages chrétiens, depuis l'origine de la religion, est apocryphe.

XXVI. Origènes, qui suit immédiatement les Pères que je viens de citer, ayant été disciple de St. Clément et sonsuccesseur dans l'école d'Alexandrie, avait donc raison de dire : «« C'est ainsi que je l'ai reçu par tradition , au « sujet des quatre évangiles , qui seuls sont admis sans

contradiction dans toute l'Eglise de Dieu, qui est sous " le ciel (1). » Cette tradition générale est la même chose que la pei*pétuité et l'universalité, que nous venons de voir Tertullien réclamer en faveur des livres saints. C'est le même raisonnement que font ces deux Pères, qu'a fait aussi St. Augustin '^2), et que nous répétons avec conâance d'après ces grands défenseurs de la foi. Comment tant d'églises qui existaient de leur temps , qui étaient répandues dans tant de pays éloignés les uns des autres, et différents entre eux de mœurs, de gouvernement, de langage , auraient-elles pu s'accorder à reconnaître les quatre évangiles que nous possédons aujourd'hui comme les seuls véritables évangiles venus des apôtres , si elles n'avaient pas eu un motif général et commun à toutes? Ce motif nous est expliqué par Origènes. Chaque fidèle de tous les pays pouvait dire comme lui : » C'est ainsi que je l'ai reçu par tradition. » Cette tradition existait dans toutes les églises, parce que toutes avaient été fondées par les apôtres ou par leurs successeurs. A mesure qu'ils fondaient une église ^ ils lui remettaient le livrc des saints évangiles et y établissaient des pasteurs , ainsi que le rapporte Eusèbe (3;. Ces pasteurs ou évéques étaient spécialement chargés du dépôt. C'est le précepte que donne St. Paul au disciple qu'il avait établi évéque à Ephèse (4). Or, le dépôt n'était autre chose que la^saine doctrine et les livres sacrés dans lesquels elle est consi-

(i) Sicnt ex traditione accepi de quatuor evangeliis, quae soia in universa Dei ecclesia, quae sub cœlo Cbt, citra conroveisiam admittuntur. Primam scilicet evangelium scripium est a Matîhœo , etc. {Origen. in Malt., lib. i. Apiid Eusebium hist. ceci., lib. vi , cap. 25.)

(2) Breviter vos admoneo , qui illo tam nefando el iusanabili eiro re teneraiiii, ut si aotoriiatem se^-^ui vultis , eam sequaraini, quae ab ipsius praesentiae Christi temporibus per dispensationes apostolornm , et certas ab eoium sedibos buccessiones episcoporum, usque ad haec terupora toto orbe terraruin castodita, cunimendata , clarificata pervenit. (5. Augiist. contra Faustum , lib. xxxxn , cap. 9.)

(3) Voyez ci dessus, n" ix , page 9.

(4) O Timothee , depositniu custodi. (i. Timoth. vr. 20.)

62 DISSERTATIONfi

ynée. Lesévèques rendus dt'positaires, devaient le gardci avec soin , et le remettre pur et entier à leurs successeurs. C'était là le principal canal de la tradition. Outre celuilà, elle découlait encore des pères aux enlV nts , et des maîtres aux disciples. Lne tradition de ce genre, bien établie dans une seule église, serait déjà une preuve trèsforte en faveur de l'authenticité, qu'elle attesterait. jMais quand on la voit générale dans toutes les églises, elle forme une démonstration à laquelle il est impossible de se refuser. Ln clfet absolument universel doit avoir une cause commune. Or, (jue l'on nous en indique une autre, que l'origine apostolique de toutes les églises. Je conçois cet accord , quand je considère que chaque éghse a reç u ces livres saints de son fondateur. Mais comment une telle unanimité aurait-elle pu s'établir après que ces églises auraient été fondées? quel homme aurait eu un pouvoir assez fort pour faire recevoir à quelques églises nos évangiles, comme les seuls venant des apôtres; un pouvoir assez étendu pour les faire recevoir à toutes sans exception ; un pouvoir as ez absolu pour'les faire recevoir ainsi sans réclamation? La tradition que les évangiles sont des auteurs dont ils portent les noms, remonte donc jusqu'à ces auteurs eux-mêmes, et elle forme une nouvelle preuve certaine de rapostolicité de ces hvres.

Pour sentir combien cette démonstration , tirée de la tradition antique et universelle, avait de force dans la bouche de Tertulhenetd'Origènes, considérons combien peu de générations il avait fallu pour la transmettre jusqu'à eux. L'évangile de St. .Matthieu a été écrit vers l'an 40deuotre ère; celui de St. Marc, quatre ou cinq ans après; celui de St. Luc, vers l'an 52. Quant à celui de St. Jean, il n'a été composé que dans les dernières années de cet apôtre, c'est-à-dire vers la fin du premier siècle. Tertullien a écrit à la fin du second siècle. Mais il faut considérer, d'une part, que les trois premiers évangélistes, les autres disciples du Sauveur, les fidèles à qui ils avaient remis leurs évangiles, ont survécu de beaucoup à l'époque de la conqîosition des évangiles. Spécialement , nous

SDR LA RELIGION. 63

apprenons de St. Jérôme , que St. Luc a poussé sa carrière jusqu'à l'âge de 84 ans (1). Il faut considérer d'autre part, que Tertullietî était né longtemps avant d'écrire ses ouvrage? . Il y a donc entre la mort des témoins personnels de Tauthenticité des évangiles, et la naissance de ce docteur, un intervalle assez court. Une ou tout au plus deux générations ont pu facilement le remplir. Quel est l'homme qui n'a pas vécu dans sa jeunesse avec des personnes de qui il a pu apprendre ce qui s'était passé cinquante ou même soixante ans auparavant, et qui, s'il parvient à un âge avancé , ne peut pas le redire , au bout du même temps, à des jeunes gens? Dans le fait, nous avons vu St. Irénée, mort l'an 202, c'est-à-dire l'année même où Origènes fut chargé de l'école d'Alexandrie, tenir les évangiles de la seconde main, et n'y avoir entre lui et l'apôtre St. Jean d'autre intermédiaire que St. Polycarpe. Et ce saint docteur parle d'autres anciens qui avaient vu non-seulement St. Jean, mais les autres apôtres ; qui avaient appris d'eux les mêmes vérités , et qui les attestaient d'après leur relation (2). C'était un point tellement important dans la religion , de savoir de qui étaient les livres fondamentaux de la foi, qui contenaient les faits, les dogmes, les préceptes du christianisme, que les vieux maîtres ne manquaient pas de l'apprendre à leurs jeunes élèves. Lorsque Tertullien, et , très-peu de temps après lui , Origènes , disaient que les livres saints étaient universellement répandus sous les noms de leurs auteurs ^ c'était un fait qu'ils avaient sous les yeux , et sur lequel il leur était impossible de se

(i) Vixit octoginta et qaatuor annis , uxoiem non habens. [S. Uieron. de Script, eccles. in Lucam. )

(2) Sicut evangelium et oranea seniores lestaniur, qui in Asia apad Joannein discipalam Doruini convenerunt , id ipsum tradidisse eis Joannem. Pcrruansit autem cura eis asqne ad Trajani tempora. Qaidam antem eorum non solam Joannem, sed et alios apostolos viderunt , et hsec eadem ab ipsis audierunt , et testanlur de hnjusmodi relalione. {S. Irenœus contra hœres.^ lib, ir, cap. 22, n" 5.)

tromper. Lorsqu'ils assuraient l'origiue apostolique de ces livres, d'après la tradition, c'était un autre fait dont ils étaient é[jalenicnt assurés, puis(ju'entre cette origine et eux il y avait un si petit nombre de générations.

XXVII. J'ai déjà observé qu'il est très - diflicile de supposer un livre quelconque, sans donner à la critique, qui est si attentive et si éclairée , quelque moyen de découvrir la fraude. Mais la difficulté est dans une énorme proportion plus grande , de supposer un livre auquel une société entière prend un vif intérêt , qui fait son titre constitutif, qui renferme le code de ses lois, qui est la base de sa religion. Les Romains ne prenaient pas plus d'intérêt aux actions de leurs ancêtres , que les Chrétiens aux faits évangéliques. Aurait-on pu persuader aux Romains que les histoires de Tite-Live et de Tacite étaient de ces auteurs, si cela eût été faux ? Les chrétiens avaient pour les premiers fondateurs de leur religion un respect profond; auraient- ils souffert qu'on leur attribuât des écrits qu'ils n'auraient pas faits? Plus ils avaient de vénération , de déférence , de soumission pour leur autoritt- , plus certainement ils examinaient avec attention si ce qui venait de leur part en venait ctïectivement.

XXVIII. La difficulté déjà si importante de tromper toute une société sur un point où il lui est si essentiel de ne pas l'être , devient plus grande encore , si cette société est répandue dans beaucoup de pays séparés par de grandes distances. Ce n'est plus alors une seule société , c'est une multitude de sociétés qu'il faut abuser. Les apôtres avaient étendu leur prédication dans l'Italie, dans l'Egypte, dans la Grèce , dans l'Asie-Mineure , dans bien d'autres pays encore- Dans chaque région ils avaient fondé plusieurs églises. Comment imaginer qu'on ait pu persuader à tant d'églises ainsi dispersées, que des ouvrages dont elles n'auraient jamais entendu parler étaient de leurs premiers fondateurs ? Comment faire adopter à tous ces hommes en même temps, sans réclamation d'aucun d'eux , une imposture qu'ils avaient tant d'intérêt et tant de facilité à dévoiler?

XXIX. La supposition de nos livres saints .'evient encore bien autrement incroyable , quand on pense qu'il aurait fallu les faire recevoir à plusieurs sociétés opposées entre elles; et nous avons vu St. Irénée faire ce raisonnement (1). Dès les premiers siècles du christianisme, il s'est formé dans son sein des hérésies animées d'une haine furieuse contre l'Eglise , qui de son côté les condamnait sévèrement. De ces sectaires des deux premiers siècles, quelques-uns reconnaissaient l'autorité de tous les livres du Nouveau Testament; il yen avait qui ne reconnaissaient que l'un des évangiles , et qui rejetaient les autres ; on en voit qui altéraient les textes des évangiles qu'ils admettaient pour les adapter à leurs erreurs. Mais c'était l'autorité de quelques livres saints qui était contestée , ce n'était pas leur authenticité : on combattait la vérité du récit ; on n'en niait pas la réalité. La question entre l'Eglise catholique et ses sectes était de savoir non si les hommes apostoliques avaient écrit , mais s'ils avaient bien écrit. Arrêtons-nous un moment à prouver cette vérité , qui donne un grand poids à nos preuves.

Quand St. Irénée rapporte ce que disent divers hérétiques sur les évangiles , c'est , comme nous l'avons vu , pour les combattre par 1 autorité même des évangiles qu'ils admettent. Quand Tertullien poursuit Marcion de ses raisonnements victorieux, son objet est de prouver que les trois évangiles auxquels Marcion refuse de se soumettre , étant aussi anciennement connus , aussi généralement répandus que celui de St. Luc , on doit y ajouter une égale foi. Il ne cherche pas à prouver cette antiquité , cette universalité ; ce qui aurait été nécessaire, s'il avait eu à établir Tauthenticité du Nouveau Testament. Il les suppose comme des faits que Marcion ne nie point ; il en argumente , et il en conclut que ces livres ayant tous une pareille authenticité , doivent avoir une égale autorité. Nous avons des témoignages plus positifs encore de

(i) Voyez ci-dessns, n° xxii, page 54'

cette vérité , que c'était l'autorité et non l'authenticité des évangiles , que contestaient quelques-uns de<; premiers hérétiques. St. Irénée qui connaissait à fond la doctrine des hérétiques , contre lesquels il écrivait , dit que CCS ennemis de la tradition apostolique , se prétendant plus sages , non-seulement que les prêtres , mais que les apôtres , assurent qu'eux seuls ont trouvé la pure vérité , et que les apôtres aux paroles du Sauveur ont mêlé des choses de l'ancienne loi (1}. Il répète encore dans un autre endroit cette vaine prétention des hérétiques , d'être plus francs et plus instruits que les apôtres qui ont prêché l'Evangile, encore imbus d'opinions judaïques ^2). Accuser les apôtres d'avoir inséré des erreurs dans leurs livres , c'est supposer évidemment que ces livres sont des apôtres.

Tertuilien nous apprend le motif sur lequel se fondait Marcion, pour rejeter les trois évangiles de St. Matthieu , de St. Marc et de St. Jean. C'est, disait cet hérésiarque , parce que, dans son épître aux Gala tes , St. Paul reprend les apôtres de ne pas marcher avec droiture , selon la vérité de l'Evangile, et accuse quelques faux apôtres de pervertir l'Evangile de J.-C. (3). Ce motif, pour ôter

(ij Cum aulem ad eam ileiuin U-aditionem qaae Cot ab apostuli.'^ , qu£e per successiones presbyte: oruin in ecclesiis oastoditur , piovocainas eos , adversantur tiaditioni ; dicentes se non solum prcbbyreiis, sed etiam apostolis sapientiores , sinceram invenisse veiitatem , apostolos cnini adiniscaisse ea qaœ snnt legalia Salvatoris verbis. {S. Iren. contra hceres. , lib. m , cap. 2. )

(2) Deserli igitnr coni sint a paterna dilectione, et intlati a satana, conversi in Simonis magi do.trinam , abstiterant senfentiis su"s ab eo qui est Deus ; et pataverunt semetipsos plus invenisse quam apostoli, alteram Deum invenienles : et apostolos quidem ad haec quae sant jadaeorum sentientes annnniiasse evangeliuin; se autern sinceriores et prudentiores aposlolis esse. Çlbid.^ cap. xn , n° 12. )

(3) Sed enim Marcion nactus epistolara Pauli ad G.ilatas ipsos etiam apostolos sugillanfes , ut non recto pede incedentes ad veiitatem evangelii ; simul et accusantes pseudo-apostolos quo-dam pervertentes evangelium Christi, connititur ad destruendum statom eonim evangelioium qna; propiia et sub apostolorum noniine eduntur,

la foi aux évangiles , est absurde en soi ; mais il montre dans quel sens Marcion les rejetait ; que c'était comme contenant des faussetés, et non pas comme faussement atiribués aux hommes apostoliques- Marcion ne leur aurait pas imputé d'avoir mis des faussetés dans leurs écrits , s'il n'avait pas été persuadé que ces écrits étaient leur ouvrage.

Origènes nous donne la raison pour laquelle plusieurs sectes, telles que les ébionites et les eacratites, n'admettent pas les épîtres de St. Paul ; c'est qu'elles ne reconnaissent pas cet apôtre pour un homme saint et sage (1). Ce n'était donc pas l'authenticité, c'était la vérité de ces épîtres qui était contestée.

Eusèbe dit de même que les ébionites rejetaient les épîtres de St. Paul , en disant qu'il était un déserteur de la loi '2). Par cette inculpation même , ils reconnaissaient bien clairement que St. Paul était l'auteur de ses épîtres. Il est donc certain que les hérétiques des deux premiers siècles ne niaient point l'authenticité de nos livres saints. Mais de quel poids n'est pas le témoignage de ces ennetnis de l'Eglise , soit qu'on le considère en lui-même et isolé , soit qu'on le rapproche de celui de l'Eglise catholique? D'abord , il fallait que cette authenticité du Nouveau Testament fut bien incontestable, puisque ^ dans le temps où il était si facile d'en connaître la réalité ou la fausseté, elle n'était pas contestée ; puisque ceux même que l'on combattait avec des textes du ^n'ouveau Testament , ne la révoquaient pas en doute ; puisque ceux , entin , qui ne

vel etiam apostolicorum j ut sciiicet fldetn qnam illis adimii sno conférât. Idem , adv. Marc. , lib, iv , cap. 3.)

(x) Sont enini sectae quoe Pauli episfolas non adraitlunt ; nt utriqae ebionaei et encratitBe dicti. Illi igitnr, cum Paul uni pro sancto et sapiente non agnoscant , cerfe hoc eju- affatum non nsorpabant : Mihi mundus crucifixui tist , et ego mundo. ( Origen. contra Cthum , lib. VI. , cap. 65.)

(2) Hi ( ebionilae) epistolas quidam Pauli rejiciendas esse censebant, desertorem illam leg's vocantes. [Euseb.^ hist. eccles., lib. m . cap. 27 ).

pouvaient s'empêcher de lire leur condainnation dans nos livres, aimaient mieux accuser les auteurs d'erreurs, que nos livres de supposition. Mais si nous considérons après cela l'accord des hérétiques avec les catholiques , sur cette authenticité, elle en devient évidenmient démontrée. Ils étaient trop ennemis, trop attentifs à veiller les uns sur les autres, pour qu'une fraude pût s'étahlir Ils sont réciproquenient garants de la vérité qu'ils reconnaissent unanimement. Si l'un des deux partis avait voulu introduire de nouveaux écrits, comme venant des apôtres , l'autre aurait-il pu l'ignorer? aurait-il voulu le souffiir? Dira-t-on que l'un des deu' ayant fait la supposition , a eu le pouvoir de la faire adopter à l'autre? dira-t-on qu'ils se sont accordés pour commettre cette infidélité ? L'incrédulité est réduite à choisir entre ces deux absurdités. XXX. En soutenant que nos livres saints sont apocryphes, il faudrait fixer l'époque où ils ont été introduits dans le christianisme : c'est à ceux qui font une allégation à en donner la preuve. C'est ce que jamais n'ont pu faire, avec quelqu'ombre de probabilité , les incrédules. Nous leur portons hautement le défi d'indiquer un temps où la fraude ait été , nous ne disons pas effectuée , mais possible. Assignera-t-on le temps où les apôtres vivaient encore? Mais alors il faut dire que la supposition s'est faite ou à leur insu , ou de leur consentement , ou malgré leur opposition ; toutes ces hypothèses se réfutent d'ellesmêmes. Veut-on que ce soit après la mort des apôtres que les évangiles aient été produits? D'abord l'assertion serait réfutée par les témoignages des pères apostoliques que nous avons cités , par l'impossibilité que nous avons remarquée d'abuser tant d'églises différentes , tant de sectes opposées. De plus , les apôtres avaient formé des disciples , avaient laissé des successeurs chargés du gouvernement des églises. Aurait-on pu en imposer à tous ces personnages , et leur faire prendre pour des écrits de leurs maîtres , des ouvrages dont leurs maîtres ne leur auraient jamais parlé ? aurait-on pu les associer tous à la fraude , et les engager à recevoir tous unanimement,

comme ouvrages des apôtres , des livres qu'ils auraient su n'être pas des apôtres ? Enfin passera-t-on aux âges suivants pour y placer la supposition des évangiles ? plus on la recule , plus on la rend incroyable et impossible. Un plus grand nombre de pères antérieurs qui ont cité les livres saints , démontre la fausseté de l'assertion. Un plus grand nombre d'églises fondées dans ces pays plus éloignés , rend l'unanimité plus impraticable. Un plus grand nombre de sectes rend 'e concert plus absurde. Le système de la falsification du Nouveau Testament déjà déraisonnable , parce que personne n'aurait pu la faire , l'est encore, parce que dans aucun temps on n'aurait pu la faire.

XXXI. Et si elle avait été réelle, croit-on qu'elle eût pu s'effectuer avec un tel secret , que les ennemis du christianisme, si acharnés contre lui , si attentifs à saisir toutes les manières de le combattre , n'en eussent eu aucune connaissance , et qu'ils eussent négligé un moyen aussi favorable à leur cause ? Nous avons un grand nombre d'écrits des jtiifs, où ils se répandent en invectives contre le christianisme , où ils le combattent par tous les arguments qu"ils peuvent imaginer : eusseiit-ils omis le plus puissant de tous, celui qui aurait fait crouler le christianisme par ses fondements? Celse , qui écrivait cent ans après Jésus-Christ, connaissait parfaitement nos évangiles. Il en relève souvent des passages, tantôt pour les arguer de faux, tantôt pour en tirer des arguments. Nulle part il ne dit que les évangiles sont supposés. Il reproche même aux chrétiens d'avoir changé et perverti le contexte primitif de TEvangile (1). N'esl-ce pas déclarer positivement qu'il y a eu un contexte primitif? Intenterait-il l'accusation plus légère d'altération, s'il pouvait articuler celle bien autrement grave d'une falsification totale ? Le témoignage

(i) Postea ex. fîdelibns ait (OfLas) esse, qui simles illis quo^. en iinpellit ebrieias nt sihi manus inférant, primtim evaiigelii <;unîextiun , 1er, quatcr , pluries mutant, perveitontque, ut Inbeant qao 1-03 sil)i objectas iaticiantar. (Orig'-u. contra Cc/sinn ^ lib. u , n' "i'-)

de Julien e«t plus exprès encore. Il attribue fornielleuient les livres du Nouveau Testament à leurs auteurs, et il combat la divinité de Jésus-Christ, en disant que ni Paul, ni Matthieu, ni Luc, ni Marc, n'en ont parlé, et que Jean est le premier qui ait osé la mettre en avant (1). Combien doit-on être assuré d'une vérité qui est attestée par ceux mêmes qui auraient intérêt à la contester ; et quelle idée doit-on se former de la cause des incrédules modernes qui , pour la défendre , sont obligés de combattre même les incrédules du temps dont ils parlent?

XXXÏI. Je reprends maintenant ce que je disais au commencement de cet article , et je demande si , de tous les motifs qu. peuvent fonder la persuasion qu'un livre ancien est authentique, il en manque un seul au Nouveau Testament ; je demande que l'on me cite un seul ouvrage de l'antiquité, qui réunisse autant de caractères d'authenticité. Je conclus, que quand même, ce qui n'est pas vrai, et ce que nos incrédules ne croient pas tel, on ne pourrait être assuré de l'authenticité d'aucun autre livre , on ne pourrait néanmoins former aucun doute sur celle de nos livres sacrés. Il ne reste plus maintenant qu'à confirmer cette démonstration par l'examen dos sophismes qu'on emploie pour l'ébranler.

ARTICLE II

Objections contre Vautheniicitc.

Je commence par examiner celle de leurs difficultés que les incrédules présentent avec le plus de confiance ,

(i) Jitlianus. Tanî iiiforlunati estis ut ne maaseiitis quidcni in iis qnœ vobis ab apjstolis sunt tradita : ea qrjae fnerint ab illorum posteris necjuitia et impietate tractata. Jesuiu quippe illutn , neque i aulus Dcum diceie ausus est, neqne Matthoeus , neqae Lut as, neque

MarcQs : sed btjnus ille Joannes Primus id prodire ausos est.

{S. Cyrilhis Alex, contra Juiiafiiim , lib. x.)

SUR La religion. 71

qu'ils répètent le plus fréquemment, et sur laquelle ils insistent avec le plus de force. Elle a été développée principalement dans l'ouvjage intitulé : Examen critique des Apologistes de la Religion chrétienne, et imprimé sous le nom de M. Fréret.

Page 1