XL. Quant aux livres appelés apocryphes, qui étaient
(i) Voyez ci-Jessus, n° aS, page 37.
catholiques, il faut expliquer ce qu'on entend, quand on dit qu'ils avaient des partisans. A tut-on dire qu'on les regardait comme des livres inspirés, et qu'on les révérait à l'égal de nos évangiles? où serait la preuve de cette assertion? Que l'on nous nomme un seul auteur ecclésiastique, qui jamais leur ait attribué une telle autorité. jNous verrons, au contraire, incessamment les saints Pères, en citant ces livres, mettre entre eux et nos livres saints une grande distance (1). Se borne- t-on à prétendre qu'on les regardait comme authentiques, mais sans les révérer comme des écrits divins? Je répondrai , d'après ce que j'ai déjà dit, qu'il faut distinguer entre ces livres. Il y en avait qui étaient véritablement des auteurs dont ils portaient les noms, tels que les évangiles des Hébreux et des Egyptiens; mais de l'authenticité reconnue de ceux-là, on ne peut rien conclure contre l'authenticité des nôtres. Il y en avait d'autres qui portaient à tort le nom de quelques apôtres ; mais que l'on nous prouve qu'ils étaient réputés les ouvrages de ces apôtres, et qu'on les leur attribuait? Il n'y a pas une preuve , pas une indication de la vérité de cette allégation. Ces ouvrages avaient des partisans , je le veux ; mais c'étaient des partisans de leur utilité , et non de leur authenticité. Il n'est pas nécessaire, pour lire un livre avec édification , de savoir de qui il est, de le reconnaître comme une production de l'auteur à qui on l'attribue. Beaucoup de personnes alors, comme à présent, croyaient quel'épître de St. Barnabe n'était pas de lui, et la reçoivent cependant comme un livre pieux. Et parmi nous , combien n'est pas considéré le livre de V Imitation de Jésus-Christ ^ malgré les disputes et l'incertitnde de son auteur I
XLI. On nous parle de l'illusion faite aux premiers chrétiens sur des livres supposés, de la facilité que l'on a eue à les induire en erreur au sujet de ces livres. Mais,
v^/ Voyez ci-dfstous . n° 47 , page 9a , note.
je le dirai toujours, quelle raison a-t-ou de croire qu'ils y aient été trompés? Quel monument ecclésiastique citet-on, qui annonce que les fidèles ait regardé comme pieux ce qui était hérétique , comme inspiré ce qui ne l'était pas , comme composé par les apôtres ce qui n'était pas leur ouvrage ? Si , comme on le prétend , abusés par les titres des faux évangiles, les premiers chrétiens les avaient reçus et révérés à l'égal des quatre que nous possédons, ils les auraient fait passer de même aux générations suivantes. La tradition , ce raisonnement solide est de saint Augustin, nous aurait transmis les uns avec les autres (1). Nous avons vu, dès le temps de St. Irénée , nos quatre évangiles seuls reconnus divins. Il est donc clair que l'on n'avait pas alors la même idée des autres évangiles. Puisqu'au second siècle on les regardait comme apocryphes, il n'est pas possible qu'ils fussent réputés authentiques au premier.
XLII. Mais il y a plus. La publication des faux évangiles, loin de former une objection contre l'authenticité des nôtres , est une nouvelle raison d'y croire. On a fait tout ce que l'on a pu pour faire regarder comme véritables ces évangiles supposés , et on n'a pas pu y réussir; tous les efforts que l'on a tentés pour les faire admettre comme des ouvrages des apôtres , ont été inutiles. L'impossibilité d'une supposition d'évangiles, déjà démontrée par la nature de la chose , est encore prouvée par le fait. Le soin qu'ont apporté les fidèles à écarter les écrits apocryphes , est un garant que ceux qu'ils ont transmis
(i) Sane de apocryphis iste posait testimonia qaae sub noiuinibus apostolorom Andrex- , Joanistiue consciipta snnt. Quae si illurum essenr ab ecclesia , qnae ab iilorum temporibus, per successiones episcoporum, ad nostra , et deinceps, tempora persévérât, (i". Auguste contra advers. legis et prophet. , l:b i, cap. lo , n" 38. )
Omittarau5 igitur earnm scripturarum fabulas qaae apocryphae nuncapantar, eu quod earuin occulta origo non claïuil palribus ; a quibus nsqne ad nos auctorilas veracium sciipturarum ulilissiiua et novissioia successione pervenit. (^ Idem , de Civit. Dei y lib. xv, cap. a3 , n° 4- )
comme authentiques, le sont. Et puisqu'on n'a pas pu parvenir à faire passer pour réels ceux qui étaient supposés, on doit croire que ceux qui ont passé constamment pour réels, le sont véritablement.
On vient ensuite, et c'est la seconde partie de l'objection que nous examinons , aux citations faites par les premiers Pères de TEglise , soit de nos évangiles , soit des évangiles apocryphes ; et ce que l'on en dit peut se rapporter à deux chefs. On révoque en doute les citations faites par ces anciens docteurs , de nos quatre évangiles; on prétend qu'ils ont cité avec vénération les évangiles apocrvphes. Examinons successivement ces deux points. XLIII. Je commence par les citations qu'on prétend faites par les Pères apostoliques des livres apocryphes. Pour juger la conséquence qui en résulte, il faut d'abord examiner quelles sont ces citations qu'on nous oppose.
Les incrédules ont cherché dans les écrits des premiers Pères tous les passages qui pouvaient être tirés des ouvrages apocryphes : ils ont recueilli tout ce qu'en ont dit Grabe et Fabricius. Et avec toutes leurs recherches ils n'ont pu recueillir que huit passages ; un de St. Paul , quatre de St. Clément, un de St. Barnabe , un de St. Ignace , un des constitutions apostoliques. Examinonsles l'un après l'autre.
St. Paul, à l'assemblée de Milet composée d'évèqueset de prêtres, s'exprime ainsi : <« Il faut avoir soin des in- « firmes , et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus ; <( car il a dit : Il est plus heureux de donner que de rece- H voir (1). » Ces paroles, dit-on, ne se trouvent pas dans les évangiles actuels , il faut qu'elles aient été tirées de quelqu'un de ceux qui sont perdus. Voilà une conséquence bien extraordinaire. Toutes les paroles de Jésus- Christ , de même que ses miracles, n'ont pas été écrites.
(r) Oportet sascipce infirmos , ac merainisse verbi Domini Jesu qnoniam ipse dixU : Beafins est magis da e qnara accipere. {Act. xx 35.)
Il peut très-bien se taire que St. Paul ait rapporté cellesci de mémoire et les.ayaat apprises par tradition. Il est possible aussi qu'il fasse allusion à ce que le divin Sauveur a si souvent répété sur le devoir de l'aumône , et sur le bonheur de ceux qui pratiquent les œuvres de miséricorde.
Dans la seconde lettre du pape St. Clément on lit : « Interix)gé par quelqu'un quand arriverait son règne , « le Seigneur répondit : Lorsque deux ne feront qu'un i « lorsque ce qui est dehors sera comme ce qui est dedans ; « lorsque le mâle étant avec la femelle , il n'y aura plus «* ni mâle ni femelle (1). » St Clément, dit-on, n'explique pas d'où il a tiré cette réponse; ce n'est certainement pas de nos évangiles, où on ne la trouve point; mais St. Clément d'Alexandrie rapportant ces mêmes paroles, nous apprend qu'on les lisait dans l'évangile des Egyptiens (2;. Je ne ferai sur cette citation qu'une observation; c'est qu'il est également possible, et que saint Clément ait appris par tradition cette réponse de Jésus- Christ, et qu'il l'ait tirée de l'évangile des Egyptiens. Mais je n'ai pas intérêt à discuter ce point. Que ce soit dans l'évangile des Egyptiens que St. Clément ait puisé ces paroles, cela ne fait rien contre nous, ainsi que je le prouverai.
On rapporte deux autres citations faites par le même pape, d'un texte qui n'est pas dans nos évangiles actuels, qui, par conséquent, doit être dans quelqu'un des apocryphes. Dans sa première épitre on lit : « Loin de nous
(i) Interiogatus enim a quodam ipse Dominns qaando ventamm esset regnum ejus , dixit : « Cura duo erunt nnom : et qaod foris ut « qaod intus : et mascul'jm cum femina , neque mas, neqae femi- - na. » (S. Clemens , papa ^ epist. secunda , ^oP r3.)
(2) Propterea dicit Cassianos : < Cura interrogaret Salome quando « cognoscereiitur ea de quibus intenogabat , ait Dominas: Quando « padoris induraentura Cnnculcaveritis : et quando duo iacta erunt «• unum : et raasculum . cnm feraina, nec raascalum, nec femineum. » Primum quidem in nobis tiaditis quatuor evangeliis non habemus hoc dictnm : sed in eo quod est secundum JEgyptios. ( S. Ç.lem. Alex. .Sf^offla^ , hb. lu, cap. i3.)
« l'Ecriture où il est dit : Malheureux sont ceux qui ont « l'esprit double et incertain, qui disent : Nous avons eu- •t tendu ces choses de nos pères, et voilà que nous avons «i vieilli, et que rien de tout cela ne nous est arrivé. » Dans sa seconde épître on lit de même: « Malheureux sont u ceux qui ont l'esprit double et le cœur incertain, et qui <( disent : Nous avons entendu toutes ces choses de nos « pères, et cependant, en attendant de jour en jour, nous « n'avons rien vu de tout cela (1). » Pourquoi recourir à des évangiles apocryphes que nous ne connaissons pas, dont nous n'avons même aucun fiagment, quand nous trouvons un passage semblable à celui-là dans un de nos livres sacrés? Ce n'est pas, à la vérité, dans un de nos évangiles, et St. Clément ne ditpas qu'il en soit tiré. Il dit que ces paroles sont dans une écriture, dans le discours prophétique. Cette écriture est la seconde épître de St. Pierre, où cet apôtre s'exprime ainsi: » Ils disent : « Où est la promesse? où est son avènement? Depuis que « nos pères se sont endormis , toutes les choses persévèu rent comme du commencement de la création (2). »> On dira peut-être que les expressions de l'apôtre ne sont pas les mêmes que celles du pontife ; mais c'est évidemment le même sens. St. Clément citait de mémoire, plus occupé du fond des choses que des termes , et nous en avons la preuve dans les citations même dont il s'agit. Ses expressions , en rapportant le même texte , ne sont pas les mêmes dans sa première et dans sa seconde épkre.
(r) Longe a iiobis s t scriptura ilia ubi dicit : Miseri sant qui auimo sant dof lices et incerte , qui dicunt : bac autlivimas etiam a patiibus nosfris : et ecct- conienuiraos ; et nibil hoinm nobis accidit. [ S. Clemens , papa , Fpist. prima , ii" 2 3. )
Dicit eiiim propbetMUs sermo : Miser! sunt qui anirao duplices et corde inceiti sunt ; qui dicunt haîc oinn'a audivimus etiam a patribus nostîis : nos vero de die in diem exspectantes nibil horom vidiuius, [Id. epist. secunda , n° i !• )
(2) Dicentes : Ubi est promissio et adventos ejus. Ex quo enim patres donnieiun», omnia sic persévérant ab initio creaturse. (a. Petr. m, 4. }
SDR LA RELIGION. 87
Est-il étonnant que n'étant pas conforme à lui-même dans ces deux citations, il ne le soit pas non plus au texte original qu'il cite?
On nous objecte une quatrième citation de St. Clément , d'un texte qui n'est pas dans nos évangiles. «< Il « nous dit donc : Gaidez votre chair et votre sceau <t sans tache , pour que vous receviez la vie éternel- << le (1). » D'abord, ces paroles paraissent être, dans St. Clément, moins un texte spécial qu'il attribue à Jésus-Christ , qu'une conséquence qu'il tire de la doctrine du divin Sauveur. Ensuite, de ce qu'un discours de Jésus-Christ n'est pas dans nos évangiles, il ne s'ensuit nullement qu'il soit tiré des évangiles apocryphes, puisque, comme nous l'avons dit, il peut être rapporté d'après la tradition.
Le texte de St. Barnabe qu'on nous oppose comme tiré d'un évangile apocryphe , toujours par la seule raison qu'on ne le lit pas dans les nôtres, est celui-ci : « Le Fils de Dieu a dit : Résistons à toute iniquité , et « nous l'aurons en aversion ('2). >» D'abord ce passage ne se trouve pas dans le texte grec de cette épître , mais dans une ancienne version latine , dans laquelle on n'a pas une grande confiance. De plus , n'est-il pas possible que St. Barnabe , qui avait été , à ce qu'on croit , disciple de Jésus-Christ , eût recueilli ces paroles de la propre bouche du Sauveur ?
St. Ignace, poursuit-on, dans son épître aux Smyrniens , dit : « Lorsqu'il vint à ceux qui étaient avec « Pierre ^3) , il leur dit : Prenez et touchez-moi , et
(i) Hoc ergo dicit : Servate carnem vesUam et sigilluin imraacDlataru, at recipiatis viiam aeternam. (5. Clein. papa, epist. secunda, n" 8.)
(a) Siout (lixit filins Dei : Resistamns omni iniquitati , et odio habebinias eam. (S. Barnabce, epist. ^ n° 4)
(3) Et cara ad eos qni cum Pelro eiant venit , inqail ipsis t Appiehendite et palpafe me; et videte qnod non sim daemoniutn incorporale. {S. Ign.^ epist. ad Smyrn , n° 3.)
«« voyez que je ne suis pas un déinou incorporel. » Or, St. Jérôme nous apprend que ces paroles se trouvaient dans l'ëvaiijjile des Hébreux. En admettant que St. Ignace les en eût tirées, je montrerai encore incessamment qu'on ne peut rien en inférer contre l'authenticité de nos livres saints. Mais sans recourir à un écrit inconnu, St. Ignace ne pouvait-il pas avoir en vue ce que le Sauveur, selon St. Luc, dit aux onze apôtres : Touchez-moi et voyez qu'un esprit n'a pas de la chair et des os , comme vous voyez que j'en ai (1).
On nous objecte , enfin , que dans les constitutions apostoliques il est dit : «< Soyez des agents de change « honnêtes (2) ; » ce qu'on ne voit dans aucun évangile. Mais les constitutions apostoliques sont une production du second , ou peut-être du troisième siècle ; il n'est pas juste de les confondre avec les écrits des pères apostoliques. D'ailleurs, il n'est pas dit dans le texte que ce soit là une parole de Jésus-Christ. De plus , ce peut être une allusion à la parabole des talents. Ajoutons à tout cela qu'on peut d'autant moins s'autoriser des constitutions apostoliques^ pour prétendre que les livres apocryphes ont été assimilés au Nouveau Testament , qu'on y trouve une condamnation formelle de ces livres (^>).
(i) Videte manus ineas et pedes ; qnia ego ipse sum : palpate et videie qaia spiritui caniein et os-.a non habet , sicat me videtis liabere. (^S. Luc ^ xxtv , Zg.)
(2) Atqai solis saceidotibus judicate est concessum , qnjppe quibus dictum sit : Judiciinn justiim judicate ^ et rursum : Estote probi trapezitœ. Vobis auiein id non est permissum. Inimo contra , iis qui digniialera aat judicis aut magistri non habent dictam est : Nolite
judicare, et non judicabimini. {Conscit. apost.^ lib. m cap. 36.)
(3) Hcec omnia scripsimus vobis, ut notum haberetis qualis sit nostra sententia ; et ne 1 bros qui ab inipiis , no>tri norainis inscriptione sunt iirmati , recipiatis. Non enim attendere debelis nomina apostolorum, sed natniam -erura , et rectain indeflexainque sententiaru. Scimus quippe Siiuoneni et Cleobium , venenatos nomine Chrisli et di;eipnlojum ejus coaspusuibsc, aique circumfene , ad decipiendo» TOS qui Cliriituiii, nosqne -ervos ejus dilex'stis. Et vero apud veteres nonnuUi f^fjns'Tipsernnt Mosis , Enochi^ Adami , Isaiae , Davidis ,
XLIV. Voilà exactement tout ce qu'à force de recherches les incrédules ont pu recueillir de passages cités par les Pères apostoliques , et que l'on ne trouve pas dans nos évangiles actuels. De ces textes , deux ou trois ont une telle conformité avec des textes de nos livres saints , qu'il est plus que probable que ce sont des allusions qui y sont faites. Il y en a cinq , sur lesquels on n'a d'autre raison de les croire tirés d'écrits apocryphes , que de ce qu'on ne les trouve pas dans les livres canoniques. iVIais nos adversaires conviennent, ils piétendent même, et c'est une de leurs difficultés, que les premiers Pères citaient des paroles de Jésus-Christ, non pas toujours sur des livres écrits^ mais souvent d'après des traditions orales , qui les leur avaient transmises. N'est-il donc pas très-possible que cinq citations de texte, que nous ue trouvons pas dans le Nouveau Testament, fussent ainsi faites de mémoire et sur la tradition ? Quel motif a-t-on de prétendre qu'ils ont été plutôt tirés d'ouvrages que nous n'avons pas ? L'assertion de nos adversaires est donc purement gratuite; et puisque, pour la soutenir, ils n'ont que leur simple affirmation , notre simple dénégation suffit pour leur répondre.
Il reste donc, et c'est à cela que se réduit toute l'objection, deux passages, l'un de St. Clément, l'autre de St. Ignace, qui sont confornjes à deux passages que nous savons avoir existé ; celui-là dans l'évangile des Egyptiens, celui-ci dans l'évangile des Hébreux. C'est de ces deux seules citations que nous avons à parler. J'ai dit qu'on ne pouvait rien en inférer contre l'authenticité
Elise, et irium patriarcliarum libros apocryphes exitiales ac repngnantes veritatj. Consimiles librus nanc qnoqne ediderum inauspicati homines, calanin'ante-» creationem, nuptias , providentiam , procreationein liberorudi , legem , prophela», adsciibentes baiba-a qasedara nomina , scilicet,ut ip^i dicnnt, angelorom, nt venini antem daemojiain. Fugite docrrinam eorum , ne partit-ipes efficiainini supplicii , peccati , iis qui haec, ut faileient et perderent fidèles, et inculpatos Chrisii Jesu discipalos , filios ac hseredes conscripseiuiit. {Ibid. Lb. vi, cap. i6.)
de nos rvangiles, et c'est ce que j'ai à prouver. Je pourrais faire conire les incrédules l'argument qu'ils font contre nous, et qui serait tout aussi fort contre eux ; savoir, que ce peut être d'après une tradition que St. Clément et St. Ignace ont rapporté les paroles de Jésus-Christ. Mais je le leur épargnerai , et je me bornerai à leur donner deux réponses : la première , que les deux évangiles dont on dit les passages en question tirés , étaient véritablement des Hébreux et des Egyptiens , dont ils portaient les noms; la seconde , que ces deux évangiles n'étaient pas des ouvrages vicieux , mais avaient été composés à bonne intention.
XLV. En premier lieu , de quoi est-il question entre nous et les déistes ? de savoir si les évangiles que nous possédons sont authentiques ou apocryphes, c'est-à-dire s'ils sont ou s'ils ne sont pas des quatre auteurs dont ils portent les noms. On prétend prouver qu'ils n'en sont pas, en rapportant des citations d'évangiles apocryphes faites par les Pères les plus anciens. Il faut donc rapporter des citations d'évangiles apocryphes, dans le sens qu'ils ne soient pas des auteurs dont ils sont intitulés. Au lieu de cela, on confond, comme j'ai eu occasion de l'observer, les deux significations du mot ajmcrijphe. On prend dans le principe du raisonnement ce mot dans un sens , et dans la conclusion dans un autre. Les Pères apostoliques , dit-on , ont cité deux évangiles apocryphes , c'est-à-dire , qui n'étaient pas inspirés. Donc , les livresque nous possédons sont peut-être apocryphes , c'est-à-dire ne sont peut-être pas des auteurs auxquels on les attribue. Pour prouver que ces anciens docteurs ont pu se tromper sur l'authenticité de nos évangiles , il faudrait prouver qu'ils se sont trompés sur l'authenticité d'autres écrits. On ne le prouve pas en disant qu'ils ont cité des ouvrages qui étaient véritablement authentiques.
XLYI. En second lieu , que prouve une citation ? D'abord , qu'un livre existe, ensuite qu'on croit véritable ce qui y est contenu. C'est là tout ce qu'on peut inférer
SUR LA RELIGION. Ql
des citations faites par les Pères des deux évangiles dont il s'agit. Mais, entre regarder un livre comme vcridique, et lui attribuer l'autorité de nos livres divins, il y a une grande différence (1). Xe citons-nous pas tous les jours, en faveur de la religion, des livres qu'assurément nous n'assimilons pas aux évangiles? Les Pères ont bien pu citer les livres appelés apocryphes du Nouveau Testament, comme les apôtres eux-mêmes avaient cité ceux relatifs à l'ancien. St. Jude cite un passage du livre d'Enoch :2^ ; et St. Jérôme remarque une citation du même genre, faite par St. Paul, ainsi que des vers de plusieurs poètes païens (3). Ni St. Jude , ni St. Paul ne croyaient égaler les livres qu'ils citaient, aux saintes Ecritures, ou porter atteinte à l'authenticité des livres inspirés, mais ils rapportaient ces passages comme uti-
(i) Ego enira faleor charilaii tuae, solis eis scrip'nrarurn libris qui jam Canonici appellantar , didici hune timoreiii boiioremque déferre, ut nullnm euram auotorein tcribendo alijuid errasse fiiinissime credam : aut si aîiqnid in eis offendero lilteris qnod videtur contraiium veiitati, nihi! aliod quam, vel mendosum esse codioem, vel intprpret^m non assecQlum esse id quod dicium est, vel me minime iiitellexisse con ambigeam. Alios autem ita logo , m quanrtibbet sanctitafe , docîrinaque pulleant , non ideo veiam palem quia ipsi senserunt ; sed qnia mihi , vel per illos auotores canoiàcos, vel probabili ratione qaod a vero non abborreat, persnadere potuernnt. >'ec te, mi frater, senfiie aliqu.d existimo. Pri'ri,us , inqiianj , non 'e, ut arbitrer , sic legi tuts velle , tanqaam prt.plietaru!ii ei apostolorum , de quorum sciiptis quod errore areant dubjiaie nefa:ium est. [S. Aiigust. epist. T-xxxu , al. xix.ad S Hier., n° 3.)
(2) Propbetavit autem et de bis septimus ab Adam Enocb dicens -• Ecce venit Dominos in sanclis millibns sois. f^Jud. 14.)
(3) Qua;ret aliqnis qnisnam sit iste qui dicit : Surge qui dormis et exiirge a mortuis ; seu cujas testimonio aposîolus sit abu us. Et quid' m qui sirnpl'ci respm-vione contentus esi dicet, in reconditis eum pr.jpbe'iis , et bis q-iae vorantur apocrypba baec lecta in médium protulisse ; sicat in aliis quoqne locis illum fecisse manife^tum est : non quod apociy^hu comprobaret : sed quod et Arati , et Epimecidis, et Menandri versibos sit abusus, ad ea qnae volaerat in tempore comprubanda. ]Sec tairen Arati et Epimenidis et Menandri tofa quae scripsere sont sancta : quia eos vere aliqaid dixi-^se testatns est. {S. Hieron. Comment, in epist. ad Ephes , lib. rn, cap. 5.)
les à l'édificatioii. Ils savaient bien, ditOri^ènes, ce qu'ils pouvaient tirer de ces livres apocryphes, et ce qu'on devait en laisser fl).
XLVIl. Ainsi , lorsque St. Clénjent et St. Ignace , lorsqu'après eux plusieurs autres saints Pères ont quelquefois cité des évangiles appelés apocryphes , ils ont pu en faire usage comme d'ouvrages pieux et propres à opérer l'édification , et non comme d'ouvrages inspirés. Pour tirer quelque parti des passages des Pères , il faudrait montrer qu'ils leur attribuaient la même autorité qu'à nos évangiles ; et c'est ce qu'on ne peut pas assurément prouver. Mais, dit-on , ils les citent avec la même vénération que les livres du JNouveau Testament. A cela je réponds d'abord , que ce qu'ils en citent étant des paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ , il est tout simple qu'ils le rapportent avec respect. Je réponds ensuite : où est la preuve de cette égalité de vénération pour les livres apocryphes et pour les livres canoniques ? En avançant une assertion, il faudrait en donner les raisons. Je réponds , enfin , qu'il s'en faut de beaucoup, comme je l'ai déjà annoncé . que les saints docteurs, en citant ces divers livres, missent les uns et les autres sur la même ligne. Ceux d'entre eux qui ont le plus souvent cité des évangiles apocryphes^ sont St. Clément d'Alexandrie , Origènes et St. Jérôme. Or , nous voyons spécialement ceux-là mettre une extrême différence entre les écrits canoniques et les autres. St. Clément répondant à une citation de l'hérélique Cassien , dit que le texte qu'il allègue se trouve , non dans les quatre évangiles qui nous ont été transmis, mais dans celui des
(i) Illûd lanien palain est malra, vel ab aposîolis, vel ab evangelistis exempla esse prolata, et novo testamento incerta , qnae i;i his scripturis qiias caiiut.icas liabemus nnrujuam legiinus; in apocr^phis tamen inveninntur, et evidenter es. ipsis ostenduntur assuinpta, Sed nesic qiiidern locus aporrvphis dandns est. Non enim tianseundi sunt termini quossfatueî-nnt patres nostri. Potait enim fieri, nt aposioli vel evangelistœ, sancfo spintu re[»leti sciverint qnid assnraenduin esset ex iliisscripturis, quidve refutandum. {Orig. in Cant. cant. prolôgus.)
SDR LA RELIGION. 93
Egyptiens (1). Et, dans un autre endroit, rapportant lui-même un précepte de J.-C. tiré d'un livre apocryphe , il dit qu'on le lit dans quelcjue évangile (2) ; expression dont assurément il ne se sert pas en parlant des évangiles canoniques. Nous voyons Origènes rapportant des passages de l'évangile des Hébreux, ajouter, « si on « veut bien le recevoir , non comme ayant l'autorité de « décider la question , mais comme propre à l'éclair- ■< cir (3) ; » et ailleurs , « si quelqu^un veut bien rece- '< voir cet évangile (4). » St. Jérôme , après avoir opposé aux pélagiens un passage du même évangile et un tiré des épîtres de St. Ignace, leur dit : « Si vous ne « voulez pas reconnaître l'autorité de ces témoignages , « reconnaissez-en du moins l'antiquité , et voyez ce « qu'ont pensé tous les hommes apostoliques (5). »
Que résulte-t-il donc de ces citations d'écrits apocryphes faites par les anciens Pères, que l'on fait sonner si haut? elles se réduisent à deux ; elles sont tirées de livres qui étaient véritablement des auteurs dont ils portaient les noms : ainsi , elles ne montrent pas que les saints docteurs se trompassent sur l'authenticité des livres. Les livres où elles sont puisées étaient des ouvrages pieux ; ainsi , de ce que les Pères les ont produits, il ne s'ensuit nullement qu'ils assimilassent ces ouvrages au Nouveau
(i) Voyez ci-dessus, no 43, page 84.
(2) Non enim invidens, inquit, praecepit Domiiius in alirjuo evangelio .• Mysterium meam mihi, et fîliis domas meae. {S. Clemens Alex. , Seront, y lib. v, c. 10.)
(3) Scriptuin est in evangelio quodam , quod dicitur secnndum Hebraeos, si tamen placet alicai snscipere illud, non ad aiicloiitatem , sed ad manifestationem propositae quaestionii, {^Orig. in Matth. Tract. XV, n° 14.)
(4) Quod si qnis evangelium juxta Hebraeos admitlit, ubi Salvator ipse dicit : Modo accepte me mater mea. {Idem ^ Comment, in Joann. , tom. ir, n° 6.) ♦
(5) Qaibus testinnoniis si non nleris ad ntilitatem , utere saltem aJ antîquitatem , qaid ornnes viri ecclesiaslici senserint. [S. [iicron. ^ contra Pclag. lib. ht.)
Testament. Dès-lors elles ne prouvent absolument rien contre l'aullienticité de nos givres saints.
XLYIII. Venons maintenant à l'autre assertion de nos adversaires relative aux citations de nos évangiles par les saints Pères. Elle renferme trois parties: lapiemière, que jusqu'à St. Justin on ne voit, dans les écrits des Pères , que des citations de livres apocryphes ; la seconde , que, depuis St. Justin jusqu'à St. Clément d'Alexandrie, les Pères emploient l'autorité , tantôt des livres supposés , tantôt de ceux qui passent aujourd'hui pour canoniques ; la troisième , que , depuis St. Clément d'Alexandrie , nos évangiles l'emportent et éclipsent entièrement les autres. De pareilles propositions en imposent par le ton audacieux avec lequel on les met en avant ; et il est aisé, avec cet air d'érudition, de faire illusion à des hommes peu instruits. Mais en produisant de pareilles assertions , il faudrait les prouver ; et les incrédules , hardis à affirmer , se pardent bien de présenter des preuves. Suppléons à leur défaut . et , reprenant leurs deux premières propositions , prouvons-en successivement la fausseté.
Sur la première , j'observerai , d'abord , que quand on ne verrait dans les Pères apostoliques aucune citation de nos livres saints , ce serait encore à tort qu'on en conclurait qu'ils ne les ont pas connus. Ce ne serait qu'un ar gumcnt négatif , et il serait d'autant plus faible, que nous n'avons, de ces premiers docteurs, que quelques lettres et en assez petit nombre. Cet argument pourrait-il balancer les témoignages des auteurs suivants? Combien de livres sur l'authenticité desquels il n'existe aucun doute, ne nous sont connus que par une tradition qui commence plus d'un siècle après leur publication?
Mais nous n'avons pas à nous en tenir à cette seule considération. La fausseté de l'assertion a été complètement démontrée par les passages que nous avons produits de tous les Pères apostoliques. De tous les écrivains ecclésiastiques antérieurs à St. Justin , il n'y en a qu'un seul , qui est Hermias , dont nous n'ayons pas produit de cita-
tions formelles du Nouveau Testament ; encore nous avons vu qu'en plusieurs endroits il y fait manifestement allusion. Tous les autres Pères apostoliques , qui sont St. Clément, St. Barnabe, St. Ij^nace , St. Polycarpe, rapportent en propres termes des passages de nos livres saints ; et Papias , dont nous n'avons qu'un fragment , nomme positivement deux de nos évangélistes.
Les incrédules ont senti combien était fortement démentie leur assertion par toutes ces citations si multipliées. Ne pouvant nier leur réalité , ils ont pris le parti de dire que ce n'étaient pas nos livres canoniques qui étaient cités dans ces divers passages. Les raisons qu'ils en donnent , sont , que nos évangélistes n'y sont pas nommés, que les premiers Pères pouvaient avoir appris les paroles de Jésus-Christ de vive voix et par tradition , sans les avoir puisées dans des livres ; enfin , qu'ils ])ouvaient aussi bien les avoir tirées de quelques-uns des évangiles supprimés que de ceux qui nous restent.
XLIX. Admirons la logique et la bonne foi de nos adversaires. Ils soutiennent que les saints Pères, disciples des Apôtres, ont fait usage des évangiles apocrvphes ; et leur raison démonstrative est, qu'on trouve dans leurs ouvrages un petit nombre de passages que l'on sait avoir été dans ces évangiles. Mais , selon eux , une vingtaine de passages que nous avons rapportés, et qui se trouvent les mêmes dans nos livres saints et dans les écrits des Pères apostoliques , ne prouvent pas que ces pères aient connu nos livres saints.
Il est évident , disent-ils , que les premiers Pères ne connaissaient pas les évangiles^ puisqu'ils ne les ont pas nommés. Mais il est évident en même temps qu'ils ont connu et cité les évangiles apocryphes,, qu'ils ne nomment pas davantage.
Les paroles de Jésus-Christ , ajoutent-ils , que rapportent quelques-uns des anciens docteurs , et qui sont conformes à nos évangiles , ce peut être par tradition qu'ils les aient apprises. Mais celles qui se trouvaient dans les ivres apocryphes, ce ne peut pas être la tradi-
tion qui les leur ait transmises ; c'est incontestablenient dans les livres qu'ils les ont puisées.
Tel est le sort naturel des mauvaises causes , qu'elles ne peuvent être soutenues que par les contraditions. Mais abandonnons les incrédules aux inconséquences dans lesquelles ils sont forcés de se jeter, et après les avoir opposés à eux-mêmes, opposons-leur la raison.
Les Pères apostoliques, disent-ils, n'ont pas nommé nos évangélistes. D'abord, le fait n'est pas vrai. Nous avons vu Papias nommer positivement St. 3Iatthieu et St. Marc. Ce témoignage seul suffirait pour détruire la difficulté.
L. Le ce qu'ils n'ont pas nommé les évangélistes, on conclut qu'ils ne les connaissaient pas. Mais ces mêmes Pères ont souvent rapporté des passages de l'Ancien Testament, sans dire de quel livre ils les liraient ; il faut donc dire aussi qu'ils ne connaissaient pas l'Ancien Testament.
C'est parmi nous encore la chose la plus commune, de voir des prédicateurs rapporter des passages de l'Ecriture sainte , sans dire de quels livres ils les ont tirés. Il n'est utile de marquer nommément le livre que l'on cite, que dans les discussions théologiques, où il faut faire voir la fidélité de la citation. Les écrits des Pères apostoliques étaient des leçons de morale , des exhortations , et non pas des disputes. Ils rappelaient les textes du Nouveau Testament à des gens qui les connaissaient ; et nous avons vu St. Clément et St. Polycarpe disant aux fidèles de s'en souvenir. Il est donc tout simple que ces premiers docteurs n'aient pas fait de citations nominales. Mais lorsque les discussions furent engagées contre les hérétiques, nous voyons les pères St. Irénée, TertuUien, Origènes, et leurs succesesurs, employer ce genre de citations. La différence dans la manière de citer vient de la différence du genre d'écrits.
LI. Ce peut être, ajoute-t-on, de la tradition que les premiers ont reçu les paroles de Jésus- Christ qu'ils rapportent. Yoilà déjà Fobjection de nos adversaires fort
atténuée. Ils avançaient très-aflirmativement que nos évangiles n'avaient jamais été cités par les premiers Pères, et quand il s'agit de prouver Tassertion, ils se restreignent à dire qu'il est possible que les citations alléguées soient tirées d'ailleurs. Ce n'est donc plus qu'à une simple possibilité que nous avons à répondre. Voyons s'il est raisonnable d'y croiie.
Userait absolument impossible qu'une parole de Jésus- Christ eût été transmise de vive voix par ses apôtres à leurs disciples, telle que nous la lisons dons nos évangiles. Ainsi, s'il n'y avait qu'unt- seule citation de ce genre, ou même un très petit nombre , dans les ouvrages ecclésiastiques du premier siècle, elles pourraient ne pas former à elles seules et par elles-mêmes une démonstration absolue de l'authenticité du Nouveau Testament. Nous serions par conséquent en droit de retourner contre nos adversaires, et avec l)ien plus de force qu'eux , l'objection qu'ils nous font, et de leur dire : les deux discours du Sauveur, que vous rapportez d'après St. Clément et St. Ignace, et que l'on lisait dans des évangiles apocryphes, n'étaient peut-être connus de ces deux docteurs que par tradition. Le petit nombre de ces passages rendrait notre raisonnement bien autrement plausible que le leur. Quand je vois, au lieu de cela, non pas un écrivain , mais tous les écrivains de ce siècle , rapporter, non pas une fois , mais souvent , des paroles de Jésus-Christ, telles qu'elles sont dans nos livres saints , il ne m'est pas possible de douter qu'ils n'aient connus ces livres. Ce ne peut pas être le hasard qui ait opéré le rapport constant entre le Nouveau Testament et les écrits des premiers docteurs. Ce ne peut pas être une simple tradition qui ait fait rapporter tant de fois des discours du Sauveur dans des termes aussi semblables à ceux que nous lisons dans les évangiles. Il y aurait de bien plus grandes dissonnances , si c'était de mémoire , et non d'après des livres, que les Pères eussent rapporté ces passages.
LU. Mais, dit-on enfin, comment peut-on être assuré que c'est plutôt des évangiles canoniques que des évan-
Dissert. $ur la Relig. 5
giles apocryphes que sont tirées les citations de ces Pères? Est-ce de bonne foi qu'on propose cette pitoyable difficulté? Quand nous lisons les mêmes passages, en grand nombre , avec des expressions aussi semblables , et dans nos évangiles et dans les écrits des Pères, est-il raisonnable d'aller chercher ailleurs que dans nos évangiles l'origine de ces passages? D'ailleurs, les écrivains des siècles suivants , tels que Eusèbe et St. Jérôme, remarquent souvent diverses citations des livres apocryphes faites par leurs prédécesseurs. Ils auraient observé celleslà comme les autres.
LUI. Si, contre toute espèce de raison, quelqu'un voulait encore conserver des doutes, et, malgré le rapport si frappant entre nos livres saints et les écrits des premiers Pères relativement a un si grand nombre de textes , rester incertain si c'est des livres saints ou d'ailleurs que les Pères ont tiré ces textes, pour dissiper toute incertitude , il n'aurait qu'à rapprocher les Pères du premier âge , de ceux qui les ont immédiatement suivis. Les Pères du second siècle, qui avaient été disciples de ceux du premier, non-seulement connaissaient nos quatre évangiles , mais avaient pour eux la plus profonde vénération. Nous avons entendu St. Justin attester qu'on les lisait dans les assemblées des fidèles; et St. Irénée, après avoir nommé nos quatre év^angélistes, dire quec'estpar la volonté de Dieu qu'ils ont éciit leurs ouvrages , qui sont le fondement et la colonne de notre foi. Or, ils n'ont pu tenir que de leurs maîtres ces évangiles , ils n'ont pu prendre que d'eux l'idée qu'ils en avaient. Ne considérons donc plus seulement les Pères apostoliques comme les premiers témoins de l'authenticité du Nouveau Testament, voyons en eux les premiers anneaux de cette longue chaîne de témoignages qui , de siècle en siècle , a fait passer jusqu'à nous la certitude de cette authenticité; et alors toute la difficulté qui était déjà si légère, sera entièrement dissipée. Les premiers témoins fondent l'autorité des seconds; les seconds, réciproquement, fortifient l'autorité des premiers, développent plus positive-
ment ce qu'ils avaient dit , et acLcvent d^anéantir toutes les chicanes que pourraient former les esprits les plus difficultueux.
Liy. Les incrédules prétendent, et c'est la seconde partie de l'assertion à laquelle nous répondons , que , depuis St. Justin jusqu'à St. Clément d'Alexandrie, les Pères ont cité indifféremment les évangiles canoniques et les apocryphes. Entre St. Justin martyrisé l'an 167, et St. Clément qui succéda à Paatène dans l'école d'Alexandrie en 191, les auteurs ecclésiastiques dont les ouvrages sont parvenus jusqu'à nous, sont Tatien, Théophile d'Anlioche , St. Irénée , Athénagore , Hermias; on peut y joindre Tertullien, contemporain de St. Clément. Nous avons vu tous ces écrivains citer nos livres saints. Mais quel est celui d'entre eux qui cite de la même manière des livTcs apocryphes? seraient-ce Tatien, Théophile d'Anlioche, Hermias, dans lesquels on ne trouve pas une seule citation des apocryphes? serait-ce St. Irénée , que nous avons vu déclarer positivement qu'il n'y a que nos quatre évangiles qui soient véritables (1)? serait-ce Athénagore? On lit, à la vérité, dans son apologie, une citation d'un écrit apocryphe; mais elle est bien différente de celles qu'il fait de nos livres saints. Quand il cite ceux-ci, il dit , ainsi que uous l'avons vu, «< les « préceptes dans lesquels nous sommes nourris (2) ; » mais dans la citation qu'il fait d'un écrit apocryphe, il l'appelle tout simplement « une écriture quelconque (3).» Serait-ce Tertullien qui aurait égalé les évangiles apocryphes aux canoniques , lui qui établit si fortement l'autorité de nos quatre évangiles composés par deux apôtres Matthieu et Jean, et par deux hommes aposto-
(t) Yoyez ci-dessas, no 22, pages 54 et 55.
(2) Voyez ci-dessus, n° 20, page 53.
(3) Hue accedit illa scriptura : Si quis osculum propterea répétât quod delectatur. Tum addil : snmina ergo caatione osculom adhibendura. {Athenagoras îegnt. pro christianis , n° 32.)
liques Marc et Luc(l)? Enfin veut-on attribuer cette égalité dans les citations, à St. Clément lui-niènie? N'avons-nous pas vu la différence précise qu'y met ce saint docteur (2)? Il est donc certain que, des écrivains du second siècle , qu'on prétend avoir cité , tantôt les vrais, tantôt les faux évangiles, les uns n'ont fait aucune citation des apocryphes , les autres ont marqué très-formellement combien ils étaient inférieurs en autorité au Nouveau Testament. Et il reste démontré que, dans ces deux points principaux, l'assertion des incrédules est aussi absurde que hardie. Il n'y a de vrai que ce qu'ils ajoutent, savoir , que depuis St. Clément d'Alexandrie nos quatre évangiles éclipsent absolument les autres. Mais cette vérité est aussi évidente pour le temps qui a précédé ce saint docteur , que pour celui qui a suivi.
LV. Nous pouvons citer encore, pour montrer comment on considérait , dans ces temps anciens , et nos évangiles et les évangiles apocryphes , un fait rapporté par Eusèbe. St. Sérapion , évéque d'Antioche , contemporain de Tertullien et de St. Clément, avait permis aux fidèles de la ville de Rossa la lecture d'un évangile attribué à St. Pierre, le croyant exempt d'erreurs. Mais ayant eu occasion devoir cet ouvrage^ il reconnut qu'il avait été trompé , et par un écrit pastoral il avertit ses diocésains de se prémunir contre l'erreur. Il leur déclare qu'il reçoit Pierre et les autres apôtres comme Jésus-Christ lui-même; mais que, quant aux écrits faussement intitulés de leurs noms , il les répudie comme ne les ayant pas reçus des anciens (3). Nous voyons dans ce peu de paroles trois choses : le respect dont on était pénétré
(i) Voyez ci-dessus, n** a3, notes , pag. 57.
(2) Voyez ci-dessus, n° 47, notes , pag. 92 et gS.
(3) Nos enira fratres, Petrum et reliquos apostolos, proinde ut Christum ipsum recipimus. Sed qnae nomen illorum falso inscripium praeferunt, ea nos utpute gnaii et perili, repodiamus : qoippe qui compertum habeamns ea nos a niajoribus minime accepisse. [Euseb. , hisc. eccles.^ lib. vi , cap. la.)
SUR LA RELIGION. lOi
pour les livres canoniques , l'opinion désavantageuse qu*on avait des apocrypiies , et la manière dont on distinguait les uns des autres, qui est celle que nous invoquons encore , la tradition des anciens.
LVI. Je viens de discuter toutes les parties de cette objection tirée des livres apocrypiies , dont les ennemis de la sainte Ecriture font tant de cas, et qu'ils répètent sans cesse avec une confiance si hautaine. Je ne crois pas avoir laissé en arrière une seule de leurs difficultés. Voyons ce qui en résulte :
Qu'il y a eu , dans les premiers siècles, des livres apocryphes, mais dont l'existence n'empêche pas l'authenticité des nôtres ;
Que plusieurs des livres apocryphes étaient décorés du nom des apôtres, mais qu'on ne voit pas que jamais on y ait été trompé dans l'Eglise , et qu'on les ail attribués à ces saints personnages;
Que l'on voit, dans les Pères du premier âge, deux citations de deux évangiles appelés apocryphes; mais que ces deux livres n'étaient pas apocryphes dans le sens qu'ils fussent faussement attribués à leurs auteurs, et que c'étaient des ouvrages pieux et propres à opérer l'édification;
Que les Pères du second âge ont cité aussi quelquefois les livres appelés apocryphes; mais qu'ils ont marqué expressément la différence qu'ils mettaient entre ces livres et nos livres canoniques ;
Qu'en conséquence, on ne peut prétendre, ni qu'on ait pris dans l'Eglise, pour authentiques, des livres qui ne l'étaient pas , puisqu'on ne voit d'autres livres cités que ceux qui étaient véritablement des auteurs dont ils portaient les noms ; ni qu'on ait eu pour les livres que nous appelons apocryphes le même respect que pour les livres canoniques, puisqu'aucun auteur ne les assimile, et qu'au contraire plusieurs de ceux qui ont parlé des apocryphes, en ravalent l'autorité.
Après avoir résolu cette première objection, je passe aux autres que proposent les incrédules. En voici une
qui attaque plus directement encore la divinité du Nouveau Testament, que son authenticité. Elle n'est cependant pas entièrement étrangère à la question de l'authenticité; et les ennemis du Nouveau Testament la répètent si souvent et avec tant de confiance, que je crois devoir la rapporter et y répondre.
LVII. « Le style, dit-on , est d'une platitude insup- « portable à des hommes éclairés. On dit que c'est le M Saint-Esprit qui a inspiré ces livres, et ils sont écrits « comme auraient pu les écrire , sans son secours , les u hommes ignorants et grossiers qui passent pour en « avoir été les auteurs. Une histoire profane , composée u dans le même style , ne serait lue par personne , et «< serait universellement méprisée; et cependant celle-ci «< serait d'un bien plus grand intérêt pour le genre humain , « si elle était vraie. On n'y voit d'ailleurs nul ordre, u nulle suite; les faits, les enseignements, rapportés « sans méthode , sont entassés confusément. Les ana- « chronismes y sont fréquents ; il suffit , pour les apcr- « cevoir , de comparer entre eux les quatre évangélistes : « celui ci place dans un temps ce que celui là rapporte u à un autre. On y trouve aussi beaucoup d'obscurités. <( Enfin il y a des contradictions qui suffiraient pour les u faire rejeter. »
LVIIL Le premier reproche que l'on fait ici à nos livres sacrés est leur simplicité. Avant de l'examiner en lui-même, rapprochons-le du prodigieux effet qu'ont produit ces livres dans le monde. Comment des livres que l'on dit écrits avec une platitude dégoûtante , ontils pu produire, dans le siècle de goût et de lumières où ils ont paru, la plus vaste révolution que l'univers ait vue ? L'histoire évangélique ne présente pas la pompe du discours qu'étalent les orateurs et quelques philosophes, et cependant quel orateur a autant persuadé ? quel philosophe instruisit jamais autant de monde? Moins l'éloquence humaine s'y produit , plus s'y manifeste la force divine. Il répondait d'avance à cette objection , celui de nos auteurs sacrés qui disait : u Notre prédication n'a
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« pas pour appui les discours persuasifs de la sagesse « humaiae (1). » Il fallait que les livres divins fussent écrits avec simplicité , pour que leur effet ne pût être attribué qu'à celui qui les inspirait (2).
Un autre motif plus humain rendait cette simplicité nécessaire. Le premier mérite du style , dans un ouvrage quelconque , est d'être adapté à l'objet de cet ouvrage , et
(i) Sermo mens et praedicatio mea , non in persnabilibas bnnianae sapientise verbis, sed in ostenbione spiiitus et virtuiis ; ut fides vestra non sit in sapientia horainum , sed in virlute Dci. (I. Cor. u, 4 et 5. )
(2) Factus enim a Deo erat idoneus inini>>ter novi testamenti, otens démons iratione spiiitus et polentise; ut credentiuin assensio non sit ab huniaiia .sajjientia, sed a potestate Dei. Si enim elegantiam et dictionis apparatum , ut scripta illa quae graecis adiuiiationi sunt, divinae litterae habuissent, existimasset ;ili'j[uis , non bomines vicis>e verilatem sed apparentem consecutiotieni' et diciionis splendorem auditores prolectasse, et iliecebris debnitos circutnveiiibse. ( Or/^ew, in Joan. , toin. iv , n° 2. )
Neqne vero miram admodum e-t sermones pbilosopbicos, lam apte, tara composite, tam ornaie ce'.ebratos, tantam habuisse moraenli, ad coirigendos illos qui supia inemoiati sunt, aliosque pessimae vitae bomines, Sed cum videnius sermones lUos, qnos demissos et humiles vocatCeîbus, instsr ir.var'îi^îivniîîlî ; tanta vi et efficacia praeditos , cnm vidcmns, inquam , seruionibus illis, a libidinosa ad temperantera viam, ab iniqua ad justam, a limiditale ad tantam constantiam revocari ranbitudmem , ut pietatis causa quam commendatam illis animadveitit, raortem pro nibilo putet ; qnoinudo non merito tantam pole.-»iaiem admirabimur. Nam sermo eoium quibus ab iiiitiu valgandae nostrae doclrifiae paites dafae sunt , quique in oonstitaendis Dei ecclesiis laborarunt , et eoiurn pratîdic;*iio persua^it quidem ^ sed non ea ratione qua platonicae sapientiae doclores, ant quibbet abi philosophi , qui nibil su[)ia bunianœ natarse vires })Oterant. Sed argument;! qnibus utebantur apostoli data illis a Deo fuerant ; vimqne persuadendi a spiritu et virtute babebant. Qnapropte. promptissime sermo eorum quocumque perva-it ; imnk.i sermo Dei qii per ipsos mutabat qoos natura et consuetudo ad j eccatum trabebant ; et quos ne pœnis qu deni quisqnara bominum correxisset , hos correxit , efformavit, ad suam voluntatem convertit. {^I de m , contra Celsum ^ lib, m. n** 68.)
Qui quidem externi sunt, et alieni a verbo veritatis , simplicitate dictionis scripturarum contempla, evangelii praedicalionem stoltitiam nominant. Nos vero, qui in cruce Christi gloriamnr, quibus manifestata sunt per Spiritum ea quae do.aata sant nobis a Deo, non in
d'être à la portée de tous ses lecteurs. Les écrivains sacrés n'avaient pas la prétention du bel esprit (1). Ils en avaient une bien supérieure, c'était d'instruire de toutes les vérités religieuses , soit dogmatiques, soit morales, le genre humain entier, le peuple comme les grands^ les ignorants comme les savants , les enfants comme les personnes
doctis bumanae sapienlise verbis, novimos gratiam eani quae a Deo in traditis de Christo doctrinis diffusa fuit, divitem esse. Quamobrem brevi teinpore in nniversum prope terrarum orbein illa praedicalio pervenit : propterea qaod dives et aburidans gralia effusa est iu evangelii praecones, quos eiiam Christi labia scriptura nominavit. Quapropter evangelii praedicatio , in conteraptibilibus dictinnonlis vim multam babet persnadendi, et ad salulem alliciendi. {S. Basilius , homil. in psalm. xliv , n° 4.)
(i) Barbarismis , solecismis obsitae sont, inqaît, res vestrae , et vitioram deformitate pollutae. Pueiilis sane atqoe angnsti pecîoris reprebensio. Qoam si admitteiemus ut vera sit , abjiciarans ex oiibns nostris qoorumdam fiuctuurn gênera, quod cura spinis nascantur, et purgaraentis aliis quae nec alere nos possunt ; nec tamen impedinnt perflui nos eo qood principaliter antecedit , et saluberrimum nobis volait esse natura. Quid enirn efficit, o quae-.o , aut quam praestat intellectui tardifatem, utrurane quid levé, an biisuta cum asperitate pfOinâtnr ? Inflectainr qaod acui , aut acuaiur quod debebat inflecti? Ant quid minus est, quod dicitur verum est, si in numéro peccetar , aut casu , prîepositione , participio , conjunctione ? Pompa ista sermonis, et oratio messa per régulas, concionibus, litibus, foro , judiciisqae servetnr , deturque illis imrao qui voluptatum delinenmenfa qaaerentes , omne suum studium verborum in lumina conmlerunt. Cum de rébus agitur ab ostentaiione snbraotis , quid dicatur sectandum est; non quaii cura amœnitate dicainr ; nec quid aures demulceat, sed quas afferat audientibus utilitales. Maxime cum sciamns etiam quosdam sapieniiae dediios , non tantum abjecisse sermonum cnltum, vernra etiam cum pussinl oinatius, atque uberius loqui , trivialem studio bumililatem secutos, ne corruniperent srilicet gravitatis rigoreui , et sopbisticae se potius ostentatiune jactarent. Enirn vero dissoluti est pecîoris in rébus seriis quaerere voluptateni , et cum tibi «it ratio rum maie babentibus , atque aegris , sonos anribus infundere dnlciores, non raedicinam vulneribus adbibere. {^Arnobins ^ adv. gentes^ lib. i, n° Sg.)
Admirabiles plane viri et reipsa divini ( Cbriili discipulos inielligo ) ipsa pura et siiicera vitae ratione cam primis eximii , et universo virtutis génère animis exornati, quanqnam lingnae elegamis, et diserti sermonis rudes et ignari, divina tamen et miranda potentia ipsis a
SUR La religion. 105
àgées(l). Le salut des uns n'est pas moins précieux à Dieu, et ne leur était pas moins cher que celui des autres. Ils ont donc dû employer un langage qui pût être entendu de tous les hommes , de quelque état , de quelque classe qu'ils fussent. Si St. Paul eût ambitionné la gloire de l'éloquence, croit-on qu'il n'eût pas pu l'atteindre? Qu'on lise son discours devant l'aréopage, où il s'élève à la hauteur des génies auxquels il parle, et qu'on juge si ce n'est pas volontairement qu'il se rabaisse ailleurs à la portée des hommes à qui il s'adresse.
Servatore donata fidenles, exqoisita verbornm fabricandorum soleitia, et arte elaborata,doctiinfem magistri soi exponere, neque noront, neque conati sont. Sed aperta et manifesta doceudi raiione per sacrosanctam Sp ritum ipsis opéra ferenteai infnsa, et sula Christi virtnte tôt miraculorum eflectrice, per ipsoram doctrinam , et res gestas plcnÎDs pervnlgata ulentes , regni cœloram notitiara toti orbi terraruin patefecerant. Quin etiam stndiuin et operam qaae in lihris con^ciibendis poni solet, baad magno sane aestimamnt et istud plane praeitiferant, atpote excellentiuri inini«>terio, ac longe hamanum captuni superaati. [Euseb. hist. eccL y lib. iii, cap. i8.)
(i) Multa enim a Platone maxime proponit, ut ostendat ea etiam a scripturis quae vel acatnm auditorein permovere posbnnt, nobis cum aliis esse communia : affirmatque baec ipsa : 3Ielius a grœcis dicta Juisse , etquidem sine illis a Deo , filiovs Dei^ minis et promissis. Ad quod baec nostra responsio est : Si veritatis doctoies id ,-ibi proponant , humariitatisque esse dncunt ; ut quam possunt plurimis prosinl, et ad veritalem adducant, qnemcumque tandem et intelligentem graecos , barbaros (eximiae autem liumanitatis est lucrari Deo vel raslicos et imperitos) , perspicuam est eam illis usurpandani esse oralionem , ac stvlnm, qui popularis sit , et ad omnium captam accommodatus. Qui vero simplices et illiteratos, eo quod ad assequendam sermonis seriem non essent idonei, nihili feierunt , de iis autem solis cogitarnnt qui in litieris innntriti , eos certae pnblicae ulilitatis studiura angustis admudum terminis circnmscripsisse. Atque baec mibi dicta sunt, nt a Celsi aliorumque criminationibus dcfenderem scripturaruru simplicitatem , quae cum sermonibus arte elaboratis collata , ab illornm splendore obscurari videtur. Quoniam nostri propbetae , Jesns et ejus apostoli , curarant ut sua praedicandi ratio esset ejusmodi , quae non solnm vera doreret , sed etiam vulgi alUceret animos ; donec singnli liortationibus inducti , ad arcana sub veibis in speciem simplicibus latentia , pro suis quisqne viiibus, conniterenlur. Ac si libenter loqui oporieat paucis utilitatem attalit, si tamen nllam atta-
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Je conviens donc, je prétends même que l'histoire évangéliqueest écrite avec simplicité ; mais je nie qu'elle le soit avec platitude. Au contiaire , j'admire le caractère de grandeur que présente cette simplicité. Aucun homme n'aurait imaginé d'écrire l'histoire sainte comme elle l'est. Les écrivains vulgaires s'efforcent de faire valoir , par la beauté du style , les choses qu'ils disent. Les choses que disent les écrivains sacrés n'ont pas besoi-i qu'on les fasse valoir. Les dogmes qu'iis enseignent sont au-dessus de ce que la raison veut comprendre. La morale qu'ils présentent est, de l'aveu même de plusieurs des principaux incrédules, la plus sublime qui ait jamais été proposée. Les faits qu'ils racontent sont les plus merveilleux dont le monde ait entendu parler. Les ornements qu'on ajouterait à tout cela ne feraient que le déparer. Quel homme ayant un peu de goût, peut n'être pas frappé de la majestueuse simplicité avec laquelle toutes ces choses admirables sont rapportées (1), sans un éloge qui les relève , sans une seule réflexion pour en faire sentir le beauté? Jésus étend sa main et touche un
lit, compLa h^c et accnrata Platonis , aliornmqae similiter loquentiam oratio : prae illa simpliciori eoram qai docendo et scribendo se ad vulgi captom dimiserant. ( Orig. contra Celsum ^ lib. vi , n° i, 2.)
Nom igitur Dec^ et rueniis et vocis et linguae artifex, diserte loqui non potest ? Imrao vero sunima providentia carere fuco yoluit ea quae divina sant , ut omiies intelligerent quae ipse omnibus loquebatur. {^Lactant. divin, instit., lib, vt,cap. 21.)
Nolo offendaris simplicitate et quasi vilitate verboruna , quae vel vitio inîerpretura , vel de indusliia sic prolala sunt, ut rusticam concionem facilius instrnerent ; et in nna eademque sententia aliter doctns , aliter audiiet indoctaa. {S. Hieron. ^ epist. ad Paiilinnm.)
(i) Nisi forte rublicnm Petrum , rusticura dicimas Joannem quorum uterque dicere potCiat : £tsi imperitus sermone , /2on tamen scientia. Joannes rasticus , piscator indoctns ! Et unde illa vox obseero : In principio erat werbii/n , et verbum erat apud Deum , et Deits erat verbum. Logos eniin graece niulta sigriificat. Nam , et verbum est, et ratio, et sapputatio, et causi uniuscujusque rei per quam sunt siu gula quae subsistant. Quff! univrersa recte intelligimas in Cbristo. Hoc dijctus Plato, lioc Demostbene; eloquens ignoravit. {S. Hieronym. epist. ad Baul. seconda de stud. script. )
lépreux eu disant : Je le veux , sois guéri; et au même temps la lèpre disparaît (1;. Jeune homme, dit-il à un mort que l'on portait en terre, lève-toi, je te le commande; et le mort se leva et commença à parler (2;. St. Pierre entrant dans le temple avec St. Jean, dit à un boiteux de naissance qui leur demande l'aumône : Je n'ai ni or ni argent; mais ce que j'ai , je te le donne : au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche. Il le prend par la main , le soulève , et aussitôt les jambes et les pieds de cet homme se ralfermissent(3j. Quelle pompe de langage pourrait approcher de la simplicité de ces écrits et de tous les autres que nous pourrions citer également? C'est là , j'ose le dire , le vrai sublime ; non pas celui de mois , après lequel courent les auteurs , mais le sublime des choses. Des païens ont reconnu un modèle du véritable sublime dans ces mots du commencement de la Genèse : Dieu dit : que la lumière soit , et la lumière fut. Toute l'histoire évangélique est écrite de la même manière.
LIX. On objecte le peu d'ordre et de méthode qui est dans les évangiles. L'objet des évangélistes a été , non d'écrire une histoire suivie de la vie de Jésus-Christ, mais de donner des mémoires sur sa vie. Ils en rapportent les principaux faits selon qu'ils se présentent à leur souvenir; ils ne cherchent point à les lier les uns aux autres. Leur but est uniquement de prouver la mission divine de leur maître , et de faire connaître sa doctrine. Ils l'atteignent aussi bien en rapportant s^^s miracles et ses préceptes hors de l'ordre où ils ont été opérés et dictés, que s'ils avaient fait une histoire en règle. lien résulte de la difficulté à placer chaque fait et chaque discours dans l'ordre
( I ) Extendens Jesas manum , teligit enm , dioens ; volo , mundare : et confestim mandata est Upra ejixs. [Match, viit, 3.)
(2) Adolescens tibi dico : Surge : et lesedit qui erat moriaas, et cœpit loqu'. (Zî/c. vu, 14.)
( ) Petrus aaiein dixit : Argentum et aurum non est mihi : qaod aatetn liabeo , hoc libi do. In nomine Jesu Christi Nazart-eni , surge et ambala : et apprehensa mana ejus dextera , allevavit eum , et pio~ tinas consolid?t3e sunt bases ejuà et plantap. (y4cc. m, 6,7.)
lOÔ DISSERTATIONS
Je conviens donc, je prétends même que l'histoire évangélique est écrite avec simplicité ; mais je nie qu'elle le soitavec platitude. Au contiaire, j'admire le caractère de grandeur que présente cette simplicité. Aucun homme n'aurait imaginé d'écrire l'histoire sainte comme elle Test. Les écrivains vulgaires s'efforcent de faire valoir , par la beauté du style , les choses qu'ils disent. Les choses que disent les écrivains sacrés n'ont pas besoia qu'on les fasse valoir. Les dogmes qu'ils enseignent sont au-dessus de ce que la raison veut comprendre. La morale qu'ils présentent est, de l'aveu même de plusieurs des principaux incrédules, la plus sublime qui ait jamais été proposée. Les faits qu'ils racontent sont les plus merveilleux dont le monde ait entendu parler. Les ornements qu'on ajouterait à tout cela ne feraient que le déparer. Quel homme ayant un peu de goût, peut n'être pas frappé de la majestueuse simplicité avec laquelle toutes ces choses admirables sont rapportées (1), sans un éloge qui les relève , sans une seule réflexion pour en faire sentir le beauté? Jésus étend sa main et touche un
lit, fcompta hsec et accurata Pîatonis, aliorumque similiter loquentiam oratio : prae illa simpliciori eoiam qai docendo et scribendo se ad vulgi captom diniiseruut. ( Orig. contra Celsum ^ lib. vi , n° i, 2.)
Num igitar Dei.3 et raeniis et vocis et linguae artifex, diserte loqai non potest ? Imrao veto sumraa providentia carere fuco Yoluit ea quae divina sant ; ut oiaiies intelligerent quae ipse omnibus loquebatur. {^ Lactaiit. divin, instit., lib. vt,cap. 21.)
Nolo offendaris simplicitate et quasi vilitate verborum , quae vel vitio inîerpretura , vel de indusuia sic prolala surit , ut rusticam conciùnem facilins instmerent ; et in nna eademque sentenîia aliter doctas , aliter aadiiet indoctus. {S. Hieron. ^ epist. ad Paiiîinum.)
(i) Nisi forte rublicura Petrum , rusticura dicimus Joannem quorum utefque dicere poterat : Etsi imperitus sermone , non tamen scientia. Joannes rusticus , piscator indoctus ! Et unde ilia vox obsecro : In principio erat verbiun , et verhuni erat apud Deum , et Deiis erat verbum. Logos enim graece multa sigriificat. Nam , et verbuin est, et ratio, et supputation et causa uninscujusque rei per quam sunt siu guîa quae subsistunt. Qua; universa recte intelligiraas in Cbristo. Hoc doctas Plato, lioc Demostbene; eloquens ignoravit. (5. Hieronym. epist. ad taul. seconda de stud. script. )
lépreux eu disant : Je le veux , sois guéri; et au même temps la lèpre disparaît (1). Jeune homme, dit-il à un mort que l'on portait en terre, lève-toi, je te le commande; et le mort se leva et commença à parler (2j. St. Pierre entrant dans le temple avec St. Jean, dit à un boiteux de naissance qui leur demande l'aumône : Je n'ai ni or ni argent; mais ce que j'ai , je te le donne : au nom de Jésus-Christ, lève-toi et marche. Il le prend par la main , le soulève , et aussitôt les jambes et les pieds de cet homme se raffermissent (3j. Quelle pompe de langage pourrait approcher de la simplicité de ces écrits et de tous les autres que nous pourrions citer également? C'est là , j'ose le dire , le vrai sublime ; non pas celui de mots , après lequel courent les auteurs , mais le sublime des choses. Des païens ont reconnu un modèle du véritable sublime dans ces mots ducommencen»ent de la Genèse ; Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fut. Toute l'histoire évangélique est écrite de la même manière.
LIX. On objecte le peu d'ordre et de méthode qui est dans les évangiles. L'objet des évangélistes a été , non d'écrire une histoire suivie de la vie de Jésus-Christ, mais de donner des mémoires sur sa vie. Ils en rapportent les principaux faits selon qu'ils se présentent à leur souvenir; ils ne cherchent point à les lier les uns aux autres. Leur but est uniquement de prouver la mission divine de leur maître , et de faire connaître sa doctrine. Ils l'atteignent aussi bien en rapportant s^^s miracles et ses préceptes hors de l'ordre où ils ont été opérés et dictés, que s'ils avaient fait une histoire en règle. lien résulte de la difficulté à placer chaque fait et chaque discours dans l'ordre
( I ) Extendens Jesas inanum , teiigit eum , dioens ; volo , mandare : et confestim mandata est Itpra ejus. {^Matth. viit , 3.)
(2) Adolescens tibi dico : Surge : et lesedit qui erat monaas, et cœpit loqui. (Zf/c. vu, 14.)
( ) Petrus auiein dixit : Argentum et aarum non est mihi : quod aaleni liabeo , hoc libi do. In nomine Jesu Cljrlbti Nazaraeni , snrge et ambola : et apprehensa mana ejus dextera , allevavit eum, et pio~ tinus cotisolidptœ sunt bases ejuà et planta?. {./Icc. m, 6, 7.)
lOS DISSERTATIONS
du temps; mais ce désordre apparent, loin d'attaquer la vérité historique, nie paraît un indice de la candeur et de la sincérité des historiens. Des hommes qui auraient voulu en imposer, l'auraient-ils laissé subsister? Rien n'eût été plus aisé que défaire un roman suivi.
Ce que je viens de dire répond aussi aux reproches d'anachronisme. Il ne peut point en exister où il n'y a pas d'indication de date.
LX. Quant aux obscurités qui se rencontrent dans les livres saints, on les exagère beaucoup. Ce n'est ni le style qui est obscur, il est, au contraire, très-clair; ni les faits , ils sont rapportés avec simpHcité et netteté ; ni les préceptes, ils sont exposés de manière que tout le monde les comprend parfaitement. Il y a quelques circonstances particulières que l'on a de la peine à entendre ; mais ce très-petit nombre d'obscurités tient à l'éloignemeut où nous sommes des temps et des lieux où les faits se sont passés , à notre ignorance des mœuis du peuple juif et du langage alors usité.
LXI. Parfaitement d'accord sur la substance des faits, les auteurs sacrés ont laissé dans leurs écrits quelques différences. Mais nous verrons ailleurs qu'elles servent à prouver que leur récit est véritable , que leur uniformité sur le fond des choses n'est pas l'effet d'un concert, et que , s'ils avaient voulu tromper, ils auraient aisément fait disparaître ces légères et peu nombreuses variétés. Pour des contradictions, les ennemis de la religion les cherchent depuis longtemps, et ils n'ont pas pu réellement en relever une seule. Toutes celles qu'ils ont prétendu marquer, ont été facilement conciliées par les commentateurs.
LXII. « Cette question si essentielle de l'authenticité , « disent encore les incrédules, et dont dépend la vérité •« du christianisme, a été beaucoup trop négligée par les « apologistes chrétiens. Ils l'ont plutôt supposée qu'ils ne " l'ont traitée exactement. Ils se sont imaginés avoir " suffisamment prouvé l'aulhen licite des évangiles, en
• tâchant de faire voir qu'il n'est pas possible de suppo-
• ser des livres de cette nature. »
Je demande d'abord si les preuves nombreuses que nous avons apportées de l'authenticité du Nouveau Testament se réduisent à faire voir qu'il n'est pas possible de supposer un tel livre.
Je demande ensuite si prouver l'impossibiUté de la supposition des évangiles, n'est pas par cela même démontrer clairement leur authenticité ; quel est l'esprit raisonnable qui ne se contenterait pas de cette seule preuve ?
Mais passons sur ces considérations , venons à Tobjection en elle-même , examinons ce qu'elle a de vrai , et ce qui en résulte.
LXIIl. La discussion de notre question a été négligée tant qu'elle a été inutile. L'authenticité de nos livres saints a été supposée tant qu'elle n'a pas été contestée. Mais aussitôt que les ennemis de la foi l'ont combattue , elle a été fortement défendue par les apologistes de la religion. Il s'agit de prouver ces vérités.
Tant qu'une vérité n'est pas niée, on ne s'attache pas à^la prouver. On ne combat point pour ce qui n'est pas attaqué. Les apologistes de la religion chrétienne, qui la défendaient contre les païens, ne cherchaient point à établir que les livres étaient des auteurs dont ils portent les noms , parce que les païens ne le disputaient pas. Je dis plus: de ce qu'ils ne défendaient pas l'authenticité du Nouveau Testament, il résulte qu'elle n'était pas révoquée en doute par leurs adversaires. Leur défense était dirigée sur l'attaque. Nous les voyons répondre à toutes les difficultés , à toutes les calomnies que la haine contre le christianisme faisait vomir à ses ennemis. Ils entrent dans le détail des objections les plus faibles, les plus puériles, les plus évidemment absurdes. Auraient-ils laissé de côté une objection aussi grave , dont la force accordée aurait fait tomber le christianisme? Voici qui est plus positif encore. Nous les voyons , dans plusieurs endroits , citer les évangiles , soit pour disculper la reli-
des évêques conservateurs des livres saints , et leur succession continue depuis le temps apostolique (1). Que ceux qui disent que la question de l'authenticité des livres saints a été négligée, que cette authenticité toujours supposée n'a jamais été prouvée , lisent ces passages de St. Augustin , et plusieurs autres que nous leur épar-
(i) Cui tamen ne intercladeretnr locns, et adiœeretur posteris ad qosestiones diJfjciUiinas traclandas , atque versandas , linguae ac styli saluberriniiis labor, dislincta est a posteriorum libris excellenfia ca» noniccC anctoritatis veteris et novi testamenti ; quae apostolornm confinnata temponbus, per successioiies episcoporam et propagationes ecclesiarana , tanquam in sede qiiadam subliiniter consliluta est ; cui serviat omnis fidelis et pins intelleclus. [S. August. centra Faustum, lib. XI , cap. 5. )
Cnm cœpero Matthaei evangeliura recitare apostoli ejas, ubi narratio nativitatis ejus tota contexitur, continuo dices illam narrationera non esse Matthaei, qaani Matthaei esse dicit aniversa ecclesia, ab apostoh'cis sedibus usque ad piaesentes episcopos cerla successione perdacta. Tu œihi quid contra lectnrus es? Aliquem forte librum Manichani , ubi Jésus negatur esse naïuà ex Virgine. SicDl eigo credo illum hbnim esse Maiiichaei, quoniam ex ipso tempore quo Manichaeas vivebat in carne, per discipulos ejus, certa successione praepositorum ve^tromm, ad veslra usque tempora custoditns atque perductus est , sic et istum librum crédite esse Matthaei, queiu ex illo tempore quo Matthaeus ipse in carne vixit, non interrupia série temporum, ecclesia , certa connexionis successione , usque ad tempora ista perdnxit. l^Ibid. , lib xxvm, cap. 2.)
Si quaeraiis a nobis unde sciamus apostolorum esse istas Utteras , breviter vobis respondebiraus , inde nos scire certe, unde et vos scitis litteras esse Manicbaei, quas miserabiliter haie auctoiitati prœponitis. Si enim et hinc vobis aliquis moveat qnaestionem dicens bbros quos praefertis Manichaei non esse Manirhaei, quid faciiuii esiis ? Nonne potius ejus deiiiainenta ridebitis, qui cotitra rem tanin connexionis et successionis série conCimatam, impudinm hnjus voris emittet. Sicut ergo ceitum est illcs libros esse Manichaei , et omnino ridendus est qui ex transverso veniens , tanto post natus , litem vobis hujus contradictionis intenderit ; ira certum est Manichaeum, vel manichaeos esse ridendos, qui tam iundatae auctoritati, a temporibus apostoloram ad haec tempora sncre>sionibus custoditaR atque productae andeant taie aliquid dicere. {Ibid. lib. xxxit , cap. 2 t. )
Infelices inimici animae veslrae, quae unquam liiteraehabebnnt nllum pondus auctoriiaiis, si apostulicse non habebunt? De quo libro certum erit CDJQs sit , si litterae quas apostolorum dicit et tenet ecclesia,
^nons. Les preuves qu'il donnait de cette vérité , à la fin du quatrième siècle , non-sculeuient confondirent alors les manichéens, mais ont été tellement victorieuses, que, de toutes les sectes qui se sont élevées contre l'Eglise , aucune n'a plus osé disputer aux auteurs sacrés leurs ouvrages. Elles sont encore, ces mêmes preuves, également puissantes aujourd hui. Nous pouvons même dire que l'accession unanime de tant de siècles a encore ajouté à leur force. Et nous le disons en deux mots : l'authenticité du Testament n'a pas été prouvée dans les trois premiers siècles , parce qu'on n'osait pas la contester ; et c'est une preuve de sa réalité. Elle l'a été , il y a seize cents ans , de manière que ceux qui avaient osé la nier ont été confondus; et que, jusqu'aux incrédules de nos jours , personne n'en aura plus douté : c'est encore une
ab ipsis apostolis propagata , et per omnes gentes tanta eiiiinentia declarafa, utrnm apostolorum sinl incertom est ? Et hoc erit certain scripsisse apostolos qaod huic ecclesiae contrarii baeretici profcruiit auctoram suorum numinibas appellati, lunge po^t apostolos exisieatiara. Qaasi vero et in bis litteris saccuLribus non f'itrrunt ceriissimi aafores , sob quorum nominibas pusiea limita piolala surit, et ideo repodiata , quia vel bis qux* ipsoium esse consiaiet minime congrnernut ; vel eo tempore quo i.b bcripserint nequaqaam innotuere ; et per ipsos, vel familiarissimos forurn in postero^ prudi cominend^rique nieraeiunt. Nonne , ut alios oniittam , sub Hippucratis medici nobilissimi nom'ne quid.i.n bbri prolati , in auctoriiatem a naedicis non recepti sunt. Nec eo>> adjuvit nonnalla sirailiiudo retum atqae verborum, (juando comparali iis qaos vere Hippocratis esse constaret, in)pares judicati surit, et quod eo lempore quo et ccetera scripta ejus non innoiuerunt , quod vere ejns essent. Hos autem libros, quibus illi qui de transverso proferuntur coinparati respuuniur, nnde constat esse Hippocratis ? Unde si qnis boc negel, non siatim refellitar, sed ridetur Ni.si qnia sic eos ab ipso Hippocraiis tempore, usque ad boc teinpus et deinceps, successionis séries coiiimendavit , ut hinc duhitare démentis sil. Plalonis, Arisiotelis , Ciceronis, Varronis, aborumqne ejasmodi anctorum libri . nnde noverint homines qaod ipsorum sint ? nisi eadem tempornm sibimet suocedentium contestatione continua. Multi multa de litteris ecclesiastitis conscripsernnt, non qaidem aacforitate canonica , sed aliquo adjnvendi studio, sive disceiidi. Unde constat qiiid cujus sit? nisi quia h's temporibus quibos ea quisqae scripsir, quibus potait insiauavit atque edidit . et
preuve à laquelle tout esprit raisonnable ne peut pas refuser de se rendre.
LXV. « On prétend , disent les incrédules, prouver u l'authenticité du Nouveau Testament, parce qu'il a M été reçu universellement dès les premiers siècles de « l'Eglise. Mais le fait n'est pas exact. On voit, par les » écrits de plusieurs des Pères , que pendant longtemps « quelques-uns des livres du Nouveau Testament n'ont u pas été reçus, et qu'on ne les croyait pas des auteurs .1 dont ils portent les noms. Ce n'est qu'après un assez u long temps qu'on a fini par regarder comme canoniques « des livres dont l'aulhenticité n'avait pas été jusque-là « reconnue. Est-ce là ce qui peut.fonder une certitude? « On dit que ce fut le concile de Nicée qui fit le triage « des livres canoniques , entre la multitude de ceux qui « circulaient parmi les fidèles. Ce fut, à ce que l'on t« raconte, un miracle qui décida de ce choix. A la prière « des évèques, les livres inspirés allèrent d'eux-mêmes « se placer sur un autel; c'est un des faits les plus avérés « de l'histoire ecclésiastique. Il n'y avait donc pas, à « cette époque , de livre universellement avoué. Voilà « donc sur quoi repose toute la foi des chrétiens. N'est- « ce pas d'ailleurs évidemment un cercle vicieux, de
inde in alios , alque alios continoiita riotitia , laîinsque (irniaUî ad postei-os , etiom usqne ad nostia teuipora perveiiei uni : ita ut interrogati cujus qin^qoe liber sit, et rion baesteiuus qnid respondere debeamas. Sed quid pergam in lun^je praeterita ? Ecce bas liiteras quas habemas in luanibus, si posl aliquantulum tenipus vita; hujus nostrae, vel illas quisquam Fausti esse, vel bas neget esse nieas, unde convincetur? nisi quia ilh qui nunc ista noverunt, notiliam suam ad longe etiam post fntuios , continuatis posterornm sacfessionibus tiajiciont. Haeç cuin ita sint , quis tandem tanto fnroie caecaîur , nisi daeinoiiiorum mundi locoruni mabtiae alque fallaciae consentiendo subversus sit, qui dicat hue mereri non potuisse apostoloiuin eccle.«>iani , tam fidam, tam numerosani fratrura concordi:tm , nt eorura scripta iideiiler ad posteros trajciant? Cnm eorum caibedras usque ad piaesentes episcopos certissima snccessione servaverint, cnm hoc qualiomcniuqne bominura script'S, sive extra ecclesiam ; sive in ipsa ecclesîa ianra facilitate proveniat. {Ibid, ^ lib. xxxni, cap. 6. )
Sur La religion. 115
« fonJer l'authenticité du ÎS'ouveau Testament sur l'au- « torité de l'Eglise, laquelle elle-même n'est l'ondée que « sur le Nouveau Testament? »
LXYI. Il est vrai que dans les premiers siècles il y a eu des doutes sur l'autlienticité de quelques-uns des livres du Nouveau Testament, c'est-à-dire de la seconde épître de St. Pierre^ de la seconde et de la troisième de St. Jean, de celles de St. Jacques et de St. Jude, de celle de St. Paul aux Hébreux , et de l'Apocalypse ; mais les autres livres, savoir : les quatre Evangiles, les Actes des apôtres, les treize premières Epîtres de St. Paul, la première de St. Pierre et la première de St. Jean, ont été de tout temps reconnus authentiques par tout le monde. Les mêmes Pères de qui nous tenons que quelques personnes doutaient de l'authenticité des premiers , disent aussi positivement que l'authenticité des seconds était reconnue universellement, sans exception, sans aucune difficulté; et nous défions nos adversaires de citer aucun écrivain des premiers tenips qui ait fait ii:ention du plus léger doute sur ce point. 11 n'est donc pas vrai qu'à l'époque du concile de Nicée aucun livre n'était universellement avoué. Il y avait de l'incertitude relativement à quelques livres; donc, conclut-on, il n'y en avait aucun qui fût reconnu universellement authentique. Voilà la logique de l'incrédulité. Les doutes que l'on conservait sur l'authenticité de quelques-uns de ces livres n'ébranlent pas la certitude de l'authenticité des autres. C'est donc à tort qu'on nous demande : « Est-ce « là ce qui peut fonder une certitude? >< Non , nous en convenons; la certitude, relativement à quelques épitres et à l'Apocalypse, n'est pas fondée sur ce qu'elles ont été constamment et universellement réputées authentiques; mais celle relativement aux autres livres du Nouveau Testament repose sur ce fondement inébranlable.
En considérant les cinq épîtres sur lesquelles il y a eu pendant quelque temps du doute, on voit ce qui a pu le causer. Elles ne sont pas adressées, comme les autres, à des églises particulières qui les auraient conservées avec
soin, et qui en auraient produit les originaux , ainsi que le dit Tertullien; elles sont écrites, soit à des particuliers obscurs et peu connus, soit à des fidèles dispersés en divers lieux. On conçoit qu'il a fallu du temps pour s'assurer de leur authenticité. Il a été nécessaire de consulter le témoignage des diverses églises, et de s'assurer que l'opinion de la grande pluralité était favorable à ces épîtres. Il n'est pas étonnant que dans cet intervalle on soit resté en suspens.
LXVII. Nous devons observer , au reste , que ces épîtres sur lesquelles on a eu des doutes , étaient cependant reçues par le plus grand nombre des églises. Eusèbe le dit expressément (1). Avant lui, Origènes regardait comme authentiques tous nos livres canoniques (2). Malgré ces autorités on hésitait encore à les déclarer tels. Que résulte-t-il de là ? l'extrénie circonspection avec laquelle on procédait dans l'Eglise pour admettre les livres saints. Loin donc que ce doute affaiblisse notre certitude de l'authenticité de ces livres, il est, au contraire , une raison de plus d'être persuadé que ce n'est qu'en grande connaissance de cause que l'Eglise s'est déterminée à les placer dans le canon sacré.
(i) Sur ce que dit Easèbe des livres du Nouveau Testament qui étaient conslaniment et universellement révérés comme inspirés , et de ceux sur lesquels on avait des doutes, mais dont le plus grand nombre des égl ses reconnaissait l'anlhenticilé , voyez ci-dessus n" XXXV, note, pag. 5g.
(2) Yenii'ns vero Dnminns nostcr Jésus Cbristas , cujns ille prior fîlius Nave designabat adventun),niit!it sacerdotes apostolus i-uos portantes tubas ductiles praedicationis, magnificam cœlestemque ductrinam sacerdotal! tuba primns in evangelio ^uo Matthacus increpuit. Marcus quoqne , Lucas et Joannes, singulis tubis saceidotalibus cecinerunt. Petrns etiam ouabus epis'olarum suarum personat tubis, Jacobus quoqne et Judas. Addit nihilominus adbuc et Juannes tuba canere per epistolas tuas et apccalypsim, et Lucas apostolorum gesta describens. Novissime autem i!le venit qni dixir r Piico antem ^ nos Deux jwvissimos apostolos ostendit ; et in quatuordecim epistolarum snarom fulminans tubis, muros Jeiicbo , et omnes idolatriae machinas, et philosophorum dogmata, usque ad fundamenla dejecit. ( Orig. in Uhrum Jesu Nave , Homii. vn, n° i.)
SUR LA RELIGION. Il7
LXVIII. Nous n'avons plus le décret du concile de Nicée qui fixait le canon des saintes Ecritures; mais la manière dont on dit que les Pères de ce concile procédèrent , est une fable ridicule , tirée d'un livre méprisable, plein de minuties, d'erreurs, d'anacLronismes, et écrit cinq ou six cents ans après le concde. Que l'on nomme un auteur de quelque considération, qui ait répété ce conte qu'on affecte de donner comme un des faits les plus avérés de l'histoire ecclésiastique. Les hommes respectables qui composaient cette auguste assemblée n'ont pas eu besoin d'un miracle pour déterminer quels étaient, entre tous les livres qui existaient, les véritables canoniques. Il leur a suffi de consulter la tradition des églises, et d'examiner d'abord quels étaient les livres universellement reçus; ensuite , parmi ceux sur lesquels on conservait des doutes , quels étaient ceux que regardaient comme authentiques le plus grand nombre des églises, et d'où leur venait cette persuasion. Cet examen ne leur était pas bien difficile , puisqu'ils étaient réunis de divers pays; que chacun d'eux connaissait parfaitement et apportait la tradition de son église et des églises voisines. Ils ont jugé l'authenticité des livres saints par cette même tradition par laquelle nous avons vu les Pères qui les avaient précédés , en juger , et par laquelle on juge aussi de l'authenticité des livres profanes. C'est toujours le même principe qui dirige ce jugement. Et si les Pères assemblés à Nicée , ont fixé d'une manière plus positive que les Pérès antérieurs , le canon sacré, c'est qu'à raison de leur réunion ils ont pu mieux connaître l'universalité de la tradition.
LXIX Je fais abstraction de l'autorité conciliaire dont ils étaient revêtus, je parle seulement des motifs humains qui ont dû les décider , je les considère indépendamment de l'inspiration divine qui écartait d'eux l'erreur. Traitant ici contre les incrédules qui nient l'authenticité de tout le Nouveau Testament , je n'emploie point les décisions de l'Eglise , dont ils ne font aucun cas. Mais lors-
que nous parlons à des chrétiens, qui, reconnaissant rautheiUicité et l'autorité des évangiles et de la plupart des autres livres , en rejettent seulement quelques-uns, nous nous servons de ceux qu'ils reçoivent pour leur prouver qu'ils doivent de niènie admettre les autres. Nous leur montrons , dans les livres auxquels ils se soumettent , l'infaillibilité de l'Eglise établie. Nous leur prouvons que l'Eglise n'est pas moins infaillible sur l'authenticité des livres inspirés que sur leur sens , parce que Icurauthenticitéest.de même que leur sens, le fondement de la foi. Nous en concluons que ces chrétiens doivent se soumettre à ce que l'Eglise a décidé sur l'un comme sur l'autre objet. Nous partons du principe reconnu de l'authenticité du plus grand nombre des livres du Nouveau Testament, pour établir l'autorité infaillible de l'Eglise, et de l'autorité infaillible démontrée, pour prouver l'authenticité de quelques autres livres dont on veut douter. C'est une suite de principes et de conséquences. On ne peut pas y voir un cercle vicieux.
LXX. Nous avons dit qu'il n'y a eu aucun temps où la supposition du Nouveau Testament ait été possible. On s'inscrit en faux contre cette proposition. «< Il est possible, «< dit-on, que dans la confusion cjui suivit la ruine de « Jérusalem, cjuelques chrétiens aient composé les livres « que nous avons, en les attribuant aux Apôtres. On « connaît les fraudes pieuses qui ont eu lieu de tout t< temps dans le christianisme, de la part des docteurs de « l'Eglise , et spécialement dans les premiers temps. Les « chrétiens ajoutaient alors foi à des livres pleins de rê- »• veries, tels que le Pasteur d'Hermias , V Evangile de « Venfance, etc. Les quatre évangiles n'ont commencé à «< être connus cjue sous Trajan , ou même sous Adrien. " Jusqu'alors ces écrits étaient restés cachés dans les >» archives des églises , et entre les mains des prêtres, « qui en disposaient à leur gré. On avait grand soin de « les soustraire aux regards de ceux qui n'étaient pas « initiés aux mystères de la religion; et Ton voit les
« chrétiens qui livraient ces livres aux païens , appelés « traditeurs , et punis par la séparation de la commu- « nion. »
J'ai déjà répondu à presque toutes les parties de cette objection. Je vais cependant les reprendre Tune après l'autre le plus succinctement qu'il me sera possible.
LXXI. J'ai établi que la plus grande partie du Nouveau Testament avait été écrite avant la ruine de Jérusalem ; il est inutile de revenir là-dessus (1 j. Qu'entendon par la confusion cjui suivit cette destruction? Il y eut sans doute beaucoup de confusion à cette époque dans la Judée ; mais on ne voit pas que dans les autres pavs il y en ait eu. Comment le trouble et le désordre du petit pays de Judée auraient-ils pu faire recevoir aux églises fondées en Italie, en Grèce, en Asie, dans beaucoup d'autres régions, des évangiles mis faussement sous le nom des Apôtres? Comment, nous le répétons, auraiton fait accroire aux disciples des Apôtres, qui gouvernaient alors ces églises , que ces écrits étaient de leurs maîtres? Comment l'aurait-on persuadé à St. Jean luimême, qui a survécu trente ans au désastre de Jérusalem ; à St. Luc , qui a aussi poussé sa carrière au-delà de cet événement? Il y a peu de suppositions plus absurdes que celle de placer à cette époque la composition d«s livres du Nouveau Testament.
LXXII. On nous parle de fraudes pieuses faites au commencement du christianisme , et on ne manque pas de les mettre sur le compte des docteurs de la primitive Eglise. Il y a eu de faux ouvrages publiés dans ce tempslà; donc , dit-on, ce sont les Pères de l'Eglise qui ont été les faussaires. Yoilà une conséquence bien extraordinaire. Nous avons, au contraire, la preuve que l'esprit de l'Eglise et de ses chefs était très-opposé à ces falsifications. Tertullien rapporte , et St. Jérôme après lui, qu'un prêtre d'Asie ayant écrit des Actes de St. Paul et de
(i) Voyez ci-dessus, n° vu, pag. 38.
Ste Thecle, et ayant avoué qu'il l'avait fait par amour pour St. Paul , fut déposé. St. Jérôme ajoute que ce fut Vapôtre St. Jean qui le convainquit (1), Ces suppositions étaient en général l'ouvrage des hérétiques, qui, pour appuyer leurs erreurs , se permettaient d'altérer les saintes Eci iturrs , et même d'eu répandre de fausses. Il peut cependant y avoir eu des suppositionsdont quelques fidèles aient été les auteurs, soit par un zèle mal entendu, soit par une extrême simplicité. Il ne faut pas mettre dans ce nombre le livre du Pasteur , qui paraît avoir été véritablement d'un auteur nommé Hermias, soit que ce fût le disciple dont parle St. Paul, comme on le croit communément, soit que ce fût un autre chrétien pieux de ce temps- là. Cet ouvrage renferme , à la vérité , plusieurs choses que nous n'entendons pas , mais ce n'est nullement un livre méprisable. Quant à \ Evangile de V enfance , qu'on nous nomme un seul auieur qui dise qu'il ait été en recommandation auprès de quelques chrétiens.
LXXIII. On dit que nos quatre évangiles n'ont été connus que sous Adrien. Les citations rapportées cidevant de St. Clément , de St. Barnabe , de St. Ignace, prouvent le contraire pour nos trois premiers évangiles. Quant à celui de St. Jean, qui avait été composé peu avant fe règne de cet empereur, il est possible qu'il n'ait été universellement répandu que dans ce temps-là.
(i) Quod si qaae Paulo perperam adscriptae saiit, ad licentiam mulierum docendi, tingendiqne défendant, sciant in Asia presbyteram qni eara scriptnrain constraxit ; qaasi titnlo Pauli de se cumalans, convictum adque confessuin id te amoie Pauli fecisse , lûco decessisse. (Tertul. de Bapcisino, cap. 17.)
Périodes Pauli et Tbeclae, et to'am baptisati Leonis fabulam inter apocr-vpbas scriptaras repotamus. Quale enim est nt individaus cornes apostoli Lucas, inter cseteras ejus res, hoc solura ignoraverit. Sed et Tertulianus viciuus eorum tempoium relert presbyteium quem» dam in Asia , araatorem aposioli Pauli, convictuuni apud Joannem qnod esset anctor libri, et confessuin se hoc PauU amore fetisse, et ob id excidisse. {S. Hieron. de Script. Ecoles, in Lucatn,)
SUR LA^ RELIGION. I2l
Mais ce qui est absolument faux, c'est que, jusqu'au règne de ce prince , nos livres sacrés soient restés cachés dans les archives des églises. Je crois avoir suffisamment prouvé qu'ils ont toujours été très-publics (1). Observons, en passant , le ridicule anachronisme où la haine de la religion entraîne ses ennemis. Ce fut au troisième siècle que, pour détruire le christianisme, les empereurs imaginèrent de supprimer les livres saints, et ce fut alors qu'on prit le parti de les cacher , et que l'on punit ceux qui avaient la faiblesse de les livrer. De ce qu'au troisième siècle on dérobait ces livres aux regards des persécuteurs, les incrédules concluent que de tout temp on les avait tenus cachés à tous les regards.
LXXIV. « On est si peu assuré, disent encore quelu ques-uns de nos adversaires, que les livres du Nouveau u Testament sont des auteurs dont ils portent les noms, « qu'on ne peut dire ni le temps , ni le lieu où ces auv« teurs les ont composés. »
LXXV. Il y a quelque incertitude sur l'année précise et sur le pays où plusieurs de nos livres saints ont été composés ; mais , avant nos modernes incrédules , il n'était venu à l'esprit de qui que ce soit de contester l'authenticité d'un ouvrage, parce qu'on ne peut pas fixer au juste le lieu et l'année où l'auteur l'a écrit.
LXXVI. Une autre objection de l'incrédulité , est que les évangiles, s'ils étaient du temps auquel on les rapporte, renfermeraient un anachronisme manifeste. « J.-C. « y annonce aux Juifs que tout le sang innocent répandu ^ sur la terre , depuis celui d'Abel jusqu'à celui de Za- « charie, fds de Barachie, qu'ils ont immolé entre le « temple et l'autel, retombera sur eux (2). Or, ce Za- « charie, fils de Barachie, fut égorgé dans le temple par
(i) Voyez ci-dessus , n° ix. , page 3p.
(2) Ut veniat super vos omnis sanguis jastus qui effusos est super terrain a sans;uine Abfl Jusli, nsqne ad sangninem Zacbariae, lilii Barachiœ, quein vus occidislis inter templnm et altare. ÇMatth. xxm, 25. Luc. XI, 5o, 5i.)
Dissert, sur la Relig. 6
l-2*2 DISSERTATIONS
u la faction des zélés , pendant la guerre des Juifs contre « les Romains, ainsi que nous l'apprenons de Josèplie (1). H Voilà donc une preuve évidente que les évangiles de .. St. Matiliicu et de St. Luc ont été écrits après la desu truction de Jérusalem , et qu'ils ne sont ni du temps, u ni des auteurs auxquels on les attribue. >»
LXXVII. Jésus-Christ parle d'un Zacliarie , fds de Baracliie, massacré entre le temple et l'autel. Joscphe fait mention d'un Zacliarie, fils d'un Baruch , égorgé dans le temple. Donc ils ont en vue la même personne. Voilà tout le raisonnement des incrédules. Je ne m'arrêterai pas à la considération de la différence des noms de Barachie et de Baruch, qui peut fonder une présomption légitime que le Zacliarie dont il est question dans l'Evangile , et celui dont parle Josèphe, ne sont pas le même. Je demande s'il ne peut pas y avoir eu deux Zacliarie , fils de Baracliie, tués entre le temple et l'autel ou dans le temple ; et si cela est possible, l'objection tombe. Jésus-Christ connaissait , sur l'histoire des Juifs , beaucoup de choses qui ne sont pas parvenues jusqu'à nous. Il pouvait donc savoir qu'il y avait un homme de ce nom dont nous n'avons pas de notion. Les interprètes de l'Ecriture ont cherché quel pouvait être celui dont parle Notre-Seigneur. Les uns ont dit que c'était le même dont Josèphe fait mention , et que c'est en esprit prophétique qu'il en parle. St. Jérôme rapporte trois opinions sur ce sujet. L'une , que ce Zacliarie est celui que l'on compte le onzième parmi les petits prophètes, dont le père s'appelait effectivement Barachie; l'autre, que c'est le Zacharie , père de St. Jean-Baptiste; la troisième, que c'est le Zacliarie, fils de Joïada , massacré par l'ordre du roi Joas, dans le parvis des prêtres, qui était entre le temple et l'autel. Il réfute les deux premiers sentiments, et s'arrête au troisième , fondé sur une ressemblance de signification entre le nom de Joïada et celui de Barachie ,
(i) Josèphe, guerre des Juifs, liv, iv, chap. 19.
et sur ce que, dans l'évangile des Hébreux, on lisait fils de Joiada au lieu de fils de Baràclne (1). Je trouve dans l'Ecriture un Zicliarie, fils de Barachie. Il vivait du temps d'Isaie, qui en parle comme d'un juste, et qui le nomme un témoin fidèle (2). Il veut dans ce temps-là une violente persécution, et l'Ecriture dit que le roi Manassès fit couler une grande abondance de sanginnocentj et qu'il en rernpbt Jérusalem (3). Il est possible que ce Zacharie, fils de Barachie, y ait été immolé entre le temple et l'autel , et que ce soit ce meurtre que Jésus- Christ rappelle. On voit dans les livres saints plusieurs Zacharie; on y voit aussi plusieurs Barachie. C'étaient des noms assez communs parmi les Juif-^. Que ce soit de l'un des Zacharie que nous venons de nommer , ou de quelqu'autre qui nous soit absolument inconnu, que Jésus-Christ ait parlé , cela nous est absolument indiffé-
(i) Qnaerimus qnis sit iste Zacharias filins Bar;tchiae, qaia luulios legimns Zacharias : et ne libéra nobis tiibuereiiir erroris facultas addltomest : quem occidistis inter teinplum et aitare.ln diversis diversa legi : et (lebe-i singulorum oj iruones ponere. Alii Zachauain fi in m Barachiae dicunt, qai in dmidecim pruphetis undeciraiib est ; patrisque in eo rioioen consentiat. Sed nbi occisus bit inter lempluin et altare Scriptnra non loqui'ur; maxime cum tempo* ibns ejus six rainae templi fnerint. Alii Zachaiiam patrem Juannis intelbgi volant , ex quibasdam apocryphorum soniniis approbantes, quud pro;jfeiea ociisus sit, quia S.ilvatoris praed cavit adventnm. Hoc, quia de scriptnris non habet aucorit^itera , eadem facilirate contemniiur qaa proiiatur. Aîii istam volant Zachariam , qai occisus est a Joas, rege Jadae, inter tereplum et altare ; sicut regum narrât histona. Sed obseivandiim qnodis'e Zacharias non sit filius Barachiae, sed filins Joiadae sacerdolis. Unde et Scriptnra refert : non fuit recordatns Joas patris ejns JoiadcB ^ quia sibi Jecisset bona. Cam ergo et Zacha'iam teneamur et cccisionis conseniial locus, qnaeriraas qaare Barachiae dicatur fiiius et non Joiadae. Barachia in lingaa nostra benedictus Doinini d;ci!ur; et sacerdotis Joiadae juslitia hebraeo serraone demonstratur. In evangelio qao uluntnr Nazarani , pro filio Barachiae, filianj Joiadae reperimas scnptura. (5. Hier, comment, in evang. Matih., lib. iv , cap. 3 )
(2) Et adhibai mihi testes fidèles , Uriam sacerdotem, et Zachariam, filiam Barachiae. {Is. vui , 2.)
(3) Insnper et sanguinem innoxinm fudii Menasses mnltum n'i'-.is, donec iraploret Jeii.balcm csque ad os. (4 Reg, xxr, 16.)
rent. Il suffit qu'il ait pu y avoir avant Jésus-Christ un Zacharie , fils de Barachie , tué entre le temple et l'autel , pour qu'on ne puisse pas prétendre qu'il y a dans l'Evangile un anachronisme, et pour réduire à rien cette objection.