TOME I
ij AVANT-PKOPOS.
aussi y le rendant plus coupable encore y elle le /ait agir contre les principes moraux: qu'il reconnaît. Cest ce second in-con^énient que fai cru obserçer au sujet du prêt "de -commerce. Des Docteurs dun très "grand mérite (ye leur rends volontiers cet hommage y quoique je ne pense pas comme eux) y condamnant ce contrat^ plusieurs y soit négocians y soit capitalistes y ne croient pas y ou du moins doutent quil soit légitime. Et ce^ pendant il en est parmi ceux-là y que la d^lorahle passion du gain entraîne a des commentions criminelles dans leur opinion : ils se rendent coupables y sinon par T infraction de la loi y au moins certainement parce quils agissent contre leur conscience. Cest ce malheureux combat de la conscience et de la cupidité quil me parolt souverainement impor-tant de faire cesser; en montrant que le prêt-de-commerce nest ni condamné par tune y ni inspiré par F autre ; quon peut le défendre sans erreur y et le pratiquer sans péché.
Cette discussion nia entraîné dans de très'grands détails. D'abord les Docteurs
ATANT-PROPOl îij
ûpposés au prêt^ie^iommerce f h ftgar^ dant €omme une usure ^ et le condamnant comme tel y je me suis vu forcé d'examiner ce qui concerne V Usure ^ et de traiter des dis^ers contrats qui y ont^ ou qui peus^ent jr avoir rapport Ensuite ces Docteurs soutenant que le prét^^-^om^ merce est condamné par toutes les lois, naturelle et positive y divine et ecclésias^ tique y il m'a fallu considérer ce contrat sous ces divers rapports : ce qui a donné lieu h un grand nombre de questions. JEnn fol les raisons et les autorités employées par ces Docteurs étcmt très-multipliées , fai dû lés discuter toutes. Je crois rta^ voir omis aucun de leurs argumens ; et peut-être trouverait-on que dans le nombre /en ai rapporté plusieurs qui étoient trop minutieujc pour exiger une réponse : mais puisqu'ils ont foit impression sur quel*ques esprits , ils peuvent en foire sur dautres.
Je me foitte aussi de n avoir pas af-
foibli leurs dij^cultés en les produisant.
Cest un abus assez commun dans les
disputes d énerver^ par la manière dont
on lès présente p les raismmemens dç /Wr
iv 5ÉTANT. PROPOS.
çersaire. On se donne une plus grande
facilité pour jr répondre : mais sous^ent on n'y répond pas; ou y en répondant suffis samment à l'argument quon sestpropor se y on ne résoudpas dune manière satis^ faisante le véritable argument. S ai tâché d éviter cet incont^énient : et sous^enty surtout lorsque les difficultés des adversaires me parois soient peu spécieuses y fai rapporté leurs propres paroles.
On pourra trouver que fai mis trop de
longueur dans quelques-unes des discussions' où je suis entré ': et j avoue que le reproche peut être fondé. Mais fai voulu avant tout être clair : et fai mieux aimé être diffus qu obscur. D'autres auroient pu joindre à la clarté que fai recherchécy plus de précision. Mais ce défaut est assez indifférent; parce quil est uniquement à moi y et non à la cause que je défends.
Je dois parler encore d'un vice bien grave quon a souvent reproché avec trop de raison aux disputes théologiques ; et que fai remarqué avec peine y spéciale^ ment dans les écrits publiés sur la matière que je traite. Plusieurs des Docteurs
AVANT-PROi^pS.
^{^ereSj enfant que les principes opposés aux leurs étoient t altération de la saine morale y ont traité leurs adi^ersaires as^ec une amertume bien peu chrétienne; les appelant usuriers ^ usuristeSy et leur don^ nant d'autres qualifications injurieuses.
De Vautre côté, quelques partisans du prêt'de-commerce ont pris vis-à-vis des Docteurs quils combattoient un ton de viépris et de sarcasme ^ plus insultant en-core que t injure. Je suis bien éloigné de me faire un mérite d'as^oir évité une manière d'écrire aussi contraire ù mon caractèrCy à mon état^ et a mon estime pour les Docteurs que je combats. Mais y prévoyant que ht matière actuelle pourra encore être le sujette débats entre les Théologiens y je ne puis ni empêcher de les exhorter à cette modération si précieuse ^ sur --tout dans les discussions qui concernent la Religion. Quils considèrent que la force des raisons n est pas dans la violence des expressions : que les intérêts de la vérité y quils cherchent, quils croient défendre, ne peuvent pas être en opposition avec ceux de la charité: que c'est même mal servir la vérité, et éloigner d'elle ceux
Yj Af!AWT. PROPOS.
quUs veulent y ramener ^ que de la leur
présenter sous une forme qui les récolte :
que loin d'édifier les fidelles^ et de les
porter au respect pour la doctrine qu^ils
croient véritable^ ils les scandalisent y en
employant pour la soutenir le langage
des passions humaines. Qu'en adoptant
V opinion quHls jugent fondée en raisons
et en autorités y ils aient datant les jeux-
la règle sage et religieuse que donne ^
précisément sur le sujet dont il s'agit^
le Pape Benoît XIV. Deinde eas partes
suscipiant quas, tum ratione^ tum aucto*
ritate plane confirmatas intelligent Quôd
si disputatîo insurgat dum contractas ali--
quis in examen adducitur^ nullae omni-
no contumeliae in eos confingantur qai
contrariam sententiam sequuntur : neque
illam censuris gravibus notandam asse^
rant : si prsesertim rationé, praestantiun^
virorum tesdmoniis, minime careat Si-
quidem convicia, atque injuriae, Tinciir
lum christianas charitatis infringiint : et
grayissimam populis ofFensionem , et scan-^
dalum prae se ferunt ( Epistola ençyelica
ad Episeopos Italiœ , i novemb. 1 746 ,