V. Etat de KTew-Yorlc
Nous rapprochons, dans le tableau qui suit, les résultats numériques obtenus à l’aide de nos tableaux précédens, afin d’exposer, ; 80 us un seul coup d’oeil, l’évolution des formes génériques et spécifiques fies Céphalopodes, dans la série verticale des nombreux horizons distingués par les géologues américains, dans cette contrée typique. Voir le tableau p. 174.
Faunes des étages.
Nous avons déjà fait remarquer ci-dessus, (p. 175 ) la présence et la persistance du seul genre Orthoceras, représenté par un petit nombre d’espèces, dans les 3 formations qui renferment les 3 premières phases de la faune seconde, savoir: le Grès Calcifère, Chazy et Bird’seye. Le chiffre de ces espèces est de 5 sur l’horizon de Chazy
236 Evolution des Céphalopodes.
et il ne dépasse pas 2, dans les deux autres subdivisions. Ce commencement de l’évolution des Céphalopodes doit nous paraître très lent et très modeste, en comparaison de celui que nous observons sur les horizons correspondons de diverses contrées.
La formation de Black-River contraste avec les trois précédentes, parcequ’elle nous offre, pour ainsi dire subitement, 4 types produisant ensemble 13 espèces. Cet accroisement ne semble pas pouvoir être attribué à la filiation et à la transformation insensible des deux espèces du type Orthoceras, qui seules existaient antérieurement, durant le dépôt de la formation sousjacente, et qui ne se retrouvent pas dans celle de Black-River, savoir: Orth. muliicameratum et Orth. recticameratum. Hall. On pourrait concevoir, au contraire, qu’il provient, en partie, d’une immigration dérivant d’une autre contrée alors plus riche en Céphalopodes, c. à d. le Canada. H existe en effet 5 espèces identiques sur l’horizon de Black-River, dans ces deux régions. Ainsi, l’hypothèse, que nous indiquons, n’est pas denuée de toute vraisemblance, et elle parait aussi confirmée par d’autres observations analogues, qui vont suivre.
Le groupe de Trenton, immédiatement superposé, se distingue par la présence de 44 espèces, sans que le nombre des types génériques soit augmenté. Ces 44 formes spécifiques constituent le maximum connu dans l’Etat de New-York, durant la faune seconde et qui n’est point atteint dans la faune troisième. Nous devons faire remarquer, qu’un maximum analogue, caractérisant la formation correspondante dans les Etats de Wisconsin, Dlinois etc. signale l’époque la plus favorable au développement de l’ordre qui nous occupe, sur une grande étendue de l’Amérique septentrionale, dans la division inférieure.
Le groupe de Utica, qui recouvre immédiatement celui de Trenton, nous offre un grand contraste, en ce que le nombre des espèces de Céphalopodes se réduit brusquement à 7, tandisque le chiffre des types génériques est encore de 3. Nous devons rappeler, que la formation qui porte le même nom de Utica, au Canada, paraît jusqu’ici dépourvue de toute trace de Céphalopodes. Ainsi, on peut concevoir l’influence d’une cause commune, qui aurait contrarié l’évolution des Céphalopodes, dans ces divers parages des mers américaines.
Dans le groupe de Hudson-River, la réduction des genres et des espèces de cet ordre continue à s’opérer lentement, car nous ne voyons que 2 types et 5 espèces signalés sur cet horizon.
Le conglomérat de Oneida, qui couronne la division silurienne inférieure, n’a fourni aucune trace de Céphalopodes. Ainsi, l’existence de cet ordre, dans l’Etat de N. York, a éprouvé une intermittence totale, durant le dépôt de cette formation, qui ne renferme, d’ailleurs,
Evolution des Céphalopodes.
aucun vestige quelconque de fossiles du règne animal, et qui paraît 1 être locale.
Les Céphalopodes reparaissent, mais sous un petit nombre de formes génériques et spécifiques, dans les premières phases de la faune troisième, c. à d. dans les groupes de Médina et de Clinton. Nous ferons remarquer que, dans ce dernier, le nombre des types est réduit à un minimum absolu, c. à. d. au seul genre Orthoceras, représenté par 6 espèces.
Sur l’horizon de Niagara, qui suit en remontant, nous trouvons à la fois le maximum des types génériques, qui est de 5, et celui dès formes spécifiques, qui est de 12. Ce dernier chiffre est très inférieur à celui de 44, qui représente le maximum de la faune seconde, sur l’horizon de Trenton. Il faut aussi remarquer, que le même nombre dè 12 espèces se reproduit avec 3 types dans le groupe de Helderberg inférieur. Il existe 11 nouvelles espèces sur chacun des horizons de Schoharie et de Helderberg supérieur. Ainsi, on ne peut réellement distinguer, dans la faune troisième de l'Etat de New-York, aucun maximum bien prononcé, sous le rapport du nombre des formes spécifiques. Au contraire, en étudiant, tout à l’heure, les documens relatifs aux contrées de Wisconsin et d’Illinois, nous rencontrerons un maximum absolu, très marqué, sur l’horizon correspondant de Niagara.
En considérant la contrée de New-York comme le type à la fois stratigraphique et historique de la série des formations siluriennes, nous devons donc nous attendre à rencontrer , dans d’autres régions du même continent, de notables différences dans l’évolution des faunes correspondantes.
Intermittences. On doit remarquer, dans la division supérieure, deux intermittences totales des Céphalopodes. L’une est indiquée durant le dépôt de la formation calcaire nommé Waterlime et l’autre, dans celle qui a reçu le nom de Grès à queue de coq.
La seule comparaison de ces deux dénominations nous conduit à cette simple réflexion, que la prédominance du carbonate de chaux dans les eaux, où s’est déposé le calcaire hydraulique, dit Waterlime , ne paraît pas avoir été plus favorable à l’existence des Céphalopodes, que la prédominance de la silice dans la mer, où s’est déposé le Grès à queue de coq. En effet, ces deux formations, si contrastantes par leur composition chimique, sont également dépourvues de toute trace de cet ordre des mollusques.
Sous le rapport de l’influence du milieu ambiant sur le développement des Céphalopodes, la série américaine nous offre encore un autre enseignement. C’est que le Grès de Schoharie, dont le nom indique suffisamment la prédominance de l’élément siliceux, a fourni 11
238 Evolution des Céphalopodes.
espèces de Céphalopodes , c. à. d. presque autant que les maxima de 12 espèces, signalés dans chacune des formations calcaires de Niagara et de Helderberg inférieur.
Ces contrastes confirment les observations que nous avons présentées ci-dessus (p. 200.) au sujet de la distribution des fonnes du même ordre, dans les divers dépôts constituant le terrain silurien de la Bohême. Il semble donc, que la richesse plus ou moins prononcée d’une formation quelconque, en espèces des Céphalopodes, n’est pas entièrement subordonnée à la nature chimique de ses roches. Elle est soumise à d’autres influences, ou circonstances, qui n’ont pas encore pu être convenablement appréciées par les savans.
Comparaison des faunes générales.
Nos tableaux précédens nous fournissent les chiffres suivans, que nous rapprochons, pour la comparaison immédiate de la richesse en Céphalopodes des faunes siluriennes dans l’Etat de New- York. Voir p. 174.
Faunes 1 ' '
generales [ primordiale .
Genres ou s. genres
Espèces
distinctes
Espèces communes aux deux
En considérant le nombre des types, on voit, que la faune seconde est un peu moins riche que la faune troisième. Cette circonstance mérite d’être remarquée, parcequ’elle sc présente assez rarement, dans les contrées de la grande zone septentrionale, qui ont été activement explorées.
En comparant les chiffres qui expriment la richesse en espèces, nous reconnaissons, au contraire, que la faune seconde présente une prépondérance très marquée sur la faune troisième, dans le rapport de 71 à 56. Ce rapport est en harmonie avec celui que uous observons dans toutes les contrées bien étudiées, sur la grande zone septentrionale des deux continens.
Quant aux connexions spécifiques entre les deux faunes comparées, nous constatons, que les paléontologues américains n’ont indiqué jusque à ce jour l’existence d’aucune espèce, qui se propage de la faune seconde dans la faune troisième. Ce fait n’est point particulier à l’Etat
Evolution des Céphalopodes. 239
8 New-York, mais il s’observe également dans toutes les autres confNfis. siluriennes, explorées dans les Etats-Unis. Il nous semble, au contraire, que les faunes seconde et troisième pourront peut-être se montrer liées entre elles par diverses espèces, au Canada, lorsque la subdivision dite Silurien moyen, aura été éliminée de la nomenclature.
Les faits les plus saillans, qui résultent de notre étude sur les Céphalopodes de l’Etat de New- York, sont les suivans:
1 . Irrégularité et inégalité habituelles, dans l’apparition des types et des espèces, sur les divers horizons de la série verticale silurienne.
2. La représentation de cet ordre entier est réduite au seul genre Orthoceras et à quelques espèces, pendant la durée très prolongée des trois phases initiales de la faune seconde.
3. Le nombre des types, qui apparaissent dans la faune seconde, ne dépasse celui des types, qui surgissent dans la faune troisième, que suivant le faible rapport de 5 à 4, inférieur à celui qui existe dans la plupart des contrées siluriennes de la même zone. (p. 177.)
4. Le nombre maximum des types coexistans est de 5 et il s’observe sur deux horizons de la faune troisième: Niagara et Helderberg supérieur. Cette circonstance est rare dans les contrées de la même zone.
5. L’existence du maximum absolu des espèces a été constatée dans le groupe de Trenton c. à. d. vers le milieu de la durée de la faune seconde.
O. Le nombre des espèces, dans les diverses phases de la faune troisième, ne présente aucun maximum relatif, bien prononcé.
7. La faune seconde prédomine sur la faune troisième par le nombre de ses espèces, suivant le rapport de 71 à 56. Cette prédominance est habituelle dans les contrées de la grande zone septentrionale, sur les deux continens.
8. On remarque 3 intermittences totales de l’ordre des Céphalopodes, durant les âges siluriens. Elles correspondent aux 3 groupes nommés: Oneida, Waterlime et Grès à queue de coq.
9. La richesse en espèces de Céphalopodes sur les divers horizons de la série stratigraphique , paraît presque indépendante de la nature chimique des formations.
240, Evolution des Céphalopode».
Parallèle entre l’Etat de New-York et le Canada.
Ces deux contrées constituant, dans l’Amérique du Nord, deux types principaux, distincts et contrastans sous divers rapports, il nous paraît convenable d’exposer en peu de mots les analogies et les différences qu’elles présentent, dans l’évolution des Céphalopodes.
1. La première apparition des représentai de cet ordre a également lieu, dans les deux contrées, durant la première phase de la faune seconde, c. à d. dans le Grès Calcifère. Elle semble donc à peu près simultanée, si l’on considère les formations qui portent ce nom, comme contemporaines. Cependant, nous rappelons, qu’au Canada, les premières formes du genre Orthoceras ont été observées dans des couches, qu’on suppose former une transition entre le Grès de Potsdam et le Grès Calcifère, proprement dit.
2. Il existe un grand contraste entre les deux contrées comparées, sous le rapport du nombre des types génériques et des formes spécifiques, qui ont constitué cette première apparition, comprenant:
Orthoceras
au Canada, 4 types contrastans représentés Piloceras ensemble par environ 40 espèces Lituites
Nautilus
dans l’Etat de New-York, un seul type, l Orthoceras représenté par 2 espèces
3. Le nombre des types qui apparaissent pendant la durée de chacune des faunes, seconde et troisième, dans les deux contrées, est très-différent, ainsi que le nombre total des types observés dans chacune de ces régions. Nous rapprochons les nombres relatifs, dans le tableau suivant:
Nombre des types apparaissant dans les Faunes
Il | III
Nombre, total des types
Canada . . .
New-York . .
4 . L’époque du maximum des genres coexistans est très-différente dans les deux contrées:
Au Canada, ce maximum, consistant en 7 types, se trouve dans la faune seconde, sur l’horizon de Black -River.
Dans l’Etat de New-York, le maximum des types qui est de 5, se montre dans la faune troisième, sur les deux horizons de Niagara et de Helderberg supérieur.
5 . L’époque du nombre maximum des formes spécifiques ne coïncide pas dans les deux contrées, mais cependant elle s’observe également dans la faune seconde, savoir:
dans l’Etat de New-York, sur l’horizon de Trenton; au Canada, sur l’horizon de Black-River.
Ainsi, le Canada présente, sous ce rapport, une certaine antériorité. Nous considérons comme une circonstance fortuite et temporaire l’égalité du nombre qui représente ce maximum , consistant en 44 espèces, dans les deux pays comparés.
6. Remarquons aussi, qu’au Canada, le maximum des espèces coïncide avec le maximum des types coexistons, sur l’horizon de Black- River, tandisque ces deux maxima sont très éloignés verticalement, l’un de l’autre, dans la contrée de N. York.
7 . La richesse comparative des deux contrées en espèces des Céphalopodes est très-différente, comme le montrent les chiffres suivans:
Espèces distinctes dans les Faunes
Totaux
Canada . . .
New-York . .
différences . .
Il existe donc un grand avantage numérique en faveur du Canada, malgré l'infériorité temporaire de sa faune troisième, par rapport à celle de N. York.
8. Nous avons réuni, dans le tableau suivant, les noms de toutes les espèces, qui sont communes aux deux contrées comparées, en indiquant l’horizon sur lequel elles ont été observées. On remarquera, que toutes ces espèces caractérisent également la faune seconde dans les deux pays, à l’exception de Orth. conoideum , qui se trouve semblablement sur l’horizon de Clinton. Cette circonstance nous a dispensé de figurer, dans notre tableau, la série des horizons stratigraphiques de la division supérieure, au-dessus de celui de Niagara.
Evolution des Céphalopodes.
Tableau des espèces de Céphalopodes, qui sont communes aux faunes siluriennes du Canada et de l'Etat de New-York.
Faunes siluriennes
Faunes siluriennes
EU
Potadam
Grès Calcifère
cr
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Trenton
Hudson -River
Anticosti (1)
cS
co
eS
Je
Trenton
Hudson- Ri ver
ïï
fl