‹ District de Saint-Charles: Lettre du R. P. Durieu au R. P. Martinet, Sécrétaire Général: Sainte-Marie, le 1er mai 1874Chapitre 1 sur 5 · District de Saint-Charles: Lettre du R. P. Durieu au R. P. Martinet, Sécrétaire Général: Sainte-Marie, le 1er mai 1874 · texte numérisé non relu

District de Saint-Charles: Lettre du R. P. Durieu au R. P. Martinet, Sécrétaire Général: Sainte-Marie, le 1er mai 1874

lieux, description des personnes, description des mœurs et des caractères, à mesure que l'horizon se déplace et que les individualités entrent en scène; il devra également se faire une règle de grouper, autant que possible, les délails utiles autour d'un fait principal ou d'une idée générale; de semer sur sa route quelques aperçus symthétiques : tout cela afin de s’accommoder à la condition du lecteur, pour qui un fil d'Ariane en pays inconnu est toujours une ressource nécessaire.

Nos Pères ne verront dans cette recommandation, ou plutôt dans cette prière, qu’une preuve de lintérét crois: sant que nous inspirent leurs relations. Aucun d’eux ne nons accusera de demander des œuvres littéraires. Non, nous ne leur demandons qu’une peinture fidèle, désireux que nous sommes de les suivre de près et de nous édifier au spectacle de leurs travaux, de leurs succès et de leurs vertus,

Sainte-Marie, le 1°" mai 1874.

Mon Revérenp Père,

Je n’ai pas oublié la promesse que je vous avais faite de vous donner quelques notes sur nos Missions, et spécialement sur le district de Saint-Charles, dont je suis chargé. Je n’ai que le regret de ne l'avoir pas fait plus tôt et de le faire aujourd'hui si précipitamment.

Le district de Saint-Charles comprend la maison de New-Westminster et la résidence de Sainte-Marie.

New-Weslminster, ex-capitale de la Colombie britan-

nique, compte, dans le chiffre de sa population blanche, un certain nombre de catholiques. Le R, P. Horais, tout en s’acquitlant des devoirs de Procureur pour le vicariat de mission en général, et pour le district de Saint-Charles en particulicr, a été encore obligé de répondre à toutes les exigences du saint ministère dans celle ville. Ce cher Père a trouvé jusqu'a présent moyen de faire face à tout. Et d'abord, il à régulièrement fait la visite de l'hôpital. Combien de malades, uniquement préoccupés de recouvrer la santé du corps, qui ont retrouvé par ses soins celle de l’âme ! Combien qui, en présence de cette double apparition de la foi religieuse et de la charité divine dans la personne du prêtre au moment le plus solennel et le plus décisif de la vie, ont expérimenté ce réveil de la conscience, ce remords salutaire qui les à fait revenir à Dieu quelques instants du moins avant d'aller paraître à son redoutable tribunal!

La prison, où un grand nombre de criminels condatnnés aux travaux forcés pour un temps plus ou moins long viennent subir leur peine, offre un autre champ au zèle du P. Hornis. En vertu des fonctions de sa charge à ce poste peu attrayant de sa nature, il a dû une fois préparer à la inort un sauvage condamné à périr par la corde ; passage terrible qui, dans le cas particulier dont je parle, fut bien adouci par les sentiments que le missionnaire avait fait naîlre et soigneusement entretenus dans le cœur de cel infortuné. Les circonslances qui accompagnèrent celte exécution ont vraiment montré ce que peut la grâce de Dieu et quel peut devenir un patient chrétiennement disposé au dernier supplice et acceptant sa peine en expiation de ses crimes.

Pour joindre les offices les plus extrêmes, le P. Honnis, aumônier des prisons, est également chapelain des Religieuses de Sainte-Anne, chargées de nos écoles de filles

pour la population blanche. Les élèves, pensionnaires ou externes, étant assez nombreuses et le couvent étant situé à une certaine distance de la maison, le service n'est pas sans importance, et ne se fait pas sans quelque difficulté par le froid rigoureux de l’hiver ou par les pluies fréquentes du printemps et de l'automne.

C'est encore le P. Honnis qui est le Principal du petit collège tenu par les FF. ALLEN et Parnick. Cette école ne compte guère que quatorze pensionnaires ; mais en revanche elle est fréquentée par un grand nombre d’externes, les uns et les autres issus de parents blancs. Tous les éléments de l’instruction commerciale y sont enseignés. C'est à la satisfaclion de tout le monde que nos deux Frères s’acquittent de leurs fonctions et souliennent cette œuvre, la gloire de notre sainte religion dans ces contrées. Eux-mêmes, les protestants, constatent que les élèves font de rapides et de sérieux progrès chez nous, et ilen est beaucoup qui nous envoient leurs enfants au lieu de les envoyer à l'école du gouvernement, où cependant l'instruction est graluite. Le P. Honis forme cette jeunesse à la piété chrétienne et la dispose à la réception des sacrements.

Étant ordinairement seul prêtre à New- Westminster, le P. Hornis doit faire deux fois le service divin le dimanche. La première fois pour les sauvages, qui sont plus ou moins nombreux dans cette ville selon Ja saison de l'année. New-Westminster étant une slalion importsute pour les bateaux à vapeur, les sauvages y viennent de loin vendre leurs fourrures et faire leurs emplettes ; la ville a ainsi sa population flottante de sauvages qui ne manquent pas d'assister à la messe et à la prédication de la parole de Dieu. La seconde fois, l'office divin a lieu pour la population blanche et pour les élèves des deux pensionnats, qui se réunissent dans une chapelle décorée du nom de

cathédrale. Le soïr il y a chapelet, chemin de la Croix et bénédiction du Très-Saint Sacrement.

Le P. Hognis est naturellement appelé à porter les secours de la religion aux mourants. Souvent on est venu de 9 à 46 milles réclamer son ministère en faveur de quelque sauvage ; le Père, doué d’un bon jarret {car je m'interdis de louer en lui autre chose), franchissait cet espace deux fois le même jour et avait la consolation d'envoyer une âme de plus au ciel.

Dans le district de Saint-Charles se trouvent comprises trois localités de quelque importance, assez distantes les unes des autres et habitées par un bon nombre de blancs: e’est Fort-Yale, Langley et Burrard-Inlet. Au P. Honnis revient encors le privilége de les visiter.

La résidence de Sainte-Marie est, pour les sauvages du district, ce que New-Westminster est pour les blancs. L'école agricole et industrielle des garçons, tenue par nos Frères dans celte localité, et l'école correspondante des filles, tenue par les Sœurs de Sainte-Anne, sont exclusivement ouvertes aux enfants de race indigène et sauvage. Cette intéressante jeunesse de l’un et de l’autre sexe est entretenue aux frais de la Mission. La lecture et l'écriture en langue anglaise, la géographie et l’arithmétique sont le premier objet de notre enseignement. En outre, les filles, sous la bonne direction des Religieuses. apprennent à coudre, à tailler et à confectionner les habits, à filer et à tricoter, voire même à monter des fleurs artificielles, mais surtout à tenir un ménage et à cultiver un Jardin. De lear côté, les garçons se livrent aux travaux de leur sexe. Une ferme est attenante à l'école et les enfants y consacrent à l'agriculture tout le temps que ne réclame pas l’enseignement élémentaire dont j'ai parlé plus haut. Il a failu disputer pied à pied le terrain à la forêt. Un exercice de cinq à six heures par jour endurcit à Ja fatigue

cette jeunesse, si amie du repos, et lui fait contracter de bonne heure l'habitude da travail, si précieuse partout, et ici plus qu'ailleurs, Le produit de la culture est employé à l'entretien de l’école. C'est æinsi que nos enfants apprennent à labourer, à faucher, à faner, à baltre le grain, à cultiver la pomme de terre et les antres légumes appropriés à notre sol; et quand, sortant de l'école après quatre ou cinq ans, ils retournent chez leurs parenis, ils font chez eax ce qu'ils faisaient à Sainte-Marie : ils demandent à la terre le pain de chaque jour, après avoir prié Dien de verser dans le sein de la terre elle-même Îles trésors dont il est le premier dispensateur : Panem nostrum quotidianum da nobis hodte. Il y a plus : dans une école professionnelle il convient de cultiver tous les arts uliles. L'art de prénarer les aliments en est un; ici du moins il n’est pas À mépriser, et la vie aventureuse de la plupart de nos gens ne permet pas toujours à l’homme de se reposer de ce soin sur sa chère moitié. Aussi, tant par néeegcité que par principe, chacun de nos enfants passe-t-il huit jours à la cuisine, ocenpé à faire bouillir la marmite, quiite an pauvre Père préposé à celte université d’un nouvean genre d’avoir, lui auesi, un œil sur la marmite et Paulre sur le marmiton.

Nous sommes obligés de ne compter que sur nousmêmes pour la tenue de cette école. Depuis 1869 plusieurs des nôtres y ont donné leurs soins. Le regretté P, LAMERK en fut chargé à son arrivée dans la Colombie: il s’y est sacrifié jusqu’au moment de sa mort. Il avait pour lous ces enfants les sentiments d’un père, et il en accomplissait les devoirs avec un dévouement sans bornes, dans l'ordre spirituel et dans l'ordre temporel. Il était directeur de conscience, chef d'exploitation, pourvoyeur de la table, préfel de santé, c'est-à-dire de propreté, d'hygiène et de régime alimentaire, préfet d'étude et de disoipline.

Une sollicitude universelle, une surveillance de tous les instants, tel est le genre de vie auquel le P. LAuoRE s'était assujetti pour le salut des âmes et ie progrès de la civilisation dans ce pays. Aux arts utiles il joignait un art d'agrément auquel nos sauvages ne manquent pas de se laisser prendre, et dans lequel its sont capables d’exceller eux-mêmes : l’art de la musique Musique vocale, musique instrumentale, le P. LAMURE était familiarisé avec l’une et avec l’autre. Il enseignait aux enfants le chant des cantiques, et il avait réussi à former une fanfare digne de figurer avec honneur à la fête que l'on célèbre tous les ans à New-Westminster au jour anniversaire de la naissance de la reine,

Cette fête civile qui, au premier abord, paratt étrangère a la religion et ne devoir produire que des faits de dissipation, pour ne pas dire de désordre, est éminemment utile à nos fins. L'idée de réunir les sauvages de la Mission pour la célébration d’un événement de ce genre a été conçue et mise à exécution, pour la première fois, en 1864, par Me d'Herbomez. À la voix de Sa Grandeur, nos sauvages accouraient pour saluer l’arrivée d’un nouveau chef, le gouverneur Seymour. Son Excellence en éprouva tant de plaisir que, le 24 mai de l’année suivante, il pria Mr le Vicaire apostolique de vouloir bien réunir les sauvages à New-Westminster pour fêter ensemble le jour de la naissance de la reine Victoria. Cette réunion a eu lieu depuis à peu près tous les ans. Le gouvernement alloue la somme de 500 dollars à distribuer en prix pour les courses, les régates et autres genres d'amusements. Presque tous les sauvages qui viennent prendre part à cette fête appartiennent à l'Église catholique; ceux qui suivent l’enseignement protestant sont généralement retenus par leurs ministres. Cette fête se trouve ainsi être la manifestation annuelle du progrès que fait notre sainte religion

parmi les indigènes. 1l vous sera peut-être agréable de lire le compte rendn de la fête qu’un journal de la localité, le Mainland-(uardian, écrivait le 28 mai dernier :

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