‹ DiversChapitre 77 sur 103 · VINGT ET DNIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

VINGT ET DNIÈME LETTRE

Cinq Iicures du matin.

Votre lettre a fait tressaillir jusqu'aux fibres les plus secrètes de mon cœur.

Ah ! quelle destinée est la nôtre I Vous m'olfrez le bonheur cherché, attendu, désiré pendant toute ma vie, et je no p\iis accepter ce bonheur.

Isabelle! Isabelle ! vous êtes gentifemme comme je suis gentilhomme. Une promesse, une simple promesse laite aux hommes nous engagerait, à plus forte raison un serment fait à Dieu.

N'essayez pas do vous faire illusion. Vos vœux sont bien réels el Di^u n'admet pas de pareilles subtilités.

Il n'y a donc [dus pour nous qu'un seul avenir, celui dans lequel le malheur nous a poussés. Vous m'avez montré la route sainte en y entrant la première. Je vous suis ; nous arriverons ensemble, puisque nous poursuivons le même but. Je prierai pour vous, vous prierez pour moi. Chacun mettra dans sa prière uno ardeur qu'il no ni' liait pas pour lui-même, et la vie éleruollo avec l'éternel amour nous sera donnée par le Seigneur, au lieu do l'amour périssable, au lieu de la vie morlilte.

Et ne croyez point, parce que je vous dis celaquc je vous aime moins que vous ne m'aimez. Non, je ne vous aime pas davantage, je lo sais, mais je vous aime avec la force d'un homme d'autant plus fort qu'il est tombé do plus haut et que la chute a été plus protonde, et qui s'élant relevé après avoir touche la mort de la main, a rapporté du tombeau ce visage pâle que donnent à ceux qui les ont eues les révélations d'mie autre vie.

Croyez-moi donc, Isabelle, pKisjc vous aime et plus j'insisterai sur ce point. Ne risquez pas voire salut éternel sur un sophisme. La vie de ce monde est à l'éternité ce que la seconde est à un siècle. Nous vivons une seconde sur la terre, nous vivons une éternité près de Dieu.

Puis, d'ailleurs, écoutez bien ceci, ma fiancée dans~co monde et dans l'autre : le pouvoir qui lie a le droit do délier, 1 1 c'est Dieu qui a voulu cela pour que le ilésespoir ne pût pas entrer dans un cœur trompé comma l'a été le vôtre. Urbain VIII est pape, votre famille a do puissantes alliances en Italie. Obtenez la ruplui'o do vos vœux.Ce jour-là. Isabelle, dites-moi : Je suis libre... etalors, alors. ..Oh ! jo n'ose pas penser à ce bonheur des anges, à cette félicité sans remords qui nous est réservéo !

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