TRENTIÈME LETTRE
5 juillet.
Oh I si tu savais, pauvre bien-aimé de mon cœur, tout ce que je l'ai écrit depuis quinze jours ! 11 y a là, voisrlu, tout un monde de pensées, de désirs, d'espérances, de regrets et de souvenirs 1 Si jamais nous nous retrouvons, hélas! hélas! Dieu le veuille, comme je l'en |)rie ardennnent le jour, la nuit surtout; si jamais nous nous n^trouvons, lu liras tout cela, et alors, seulement alors, je le le jure, lu comprendras comlùen tu étais aimé!
Si nous ne nous revoyons pas... ohl toutes les tortures de l'enfer sont dans cette crainte... eh bien! c'est moi qui relirai ces lellres, c'est moi qui y ajouterai chaque jour un feuillet plus désespéré que celui de la veille, c'est moi qui mourrai sur le dernier en l'écrivant : Je t'aime !
Oh! moi qui croyaisavoir épuisé pour toi toutes les angoisses et toutes les joies de mon cour ; oli ! je sens qu'il y a encore dans l'avenir des abîmes de joies ou de douleurs que je n'avais pas même entrevus I
Demain! — Pourquoi ma ma'n Iremble-t-elle si fort en écrivant ce mol? — c'est que demain sera le Jour qui va dévider de ma vie ; demain je verrai si la colombe peut voler. Il y a trois jours déjà qu'elle est sortie do son panier, qu'elle étend ses ailes, qu'elle s'essaie dans ma chambre, qu'elle vole de la porte à la fenêtre. On dirait qu'elle comprend, la pauvTO petite, de quelle importance est, pour nous deux, qu'elle retrouve toute la puissance de son aile.
Demain! demain ! demain!
J'écrirai un billet bien court pour ne pas la charger d'un poids inutile. Quatre mots seulement, mais qui te diront tout.
A demain donc, mon bien-aimé! je vais passer la nuit en prières. Je n'essaierai pas niêm.e de dormir, ce serait chose parfaitement inutile. Que fais-tu, loi, mon Dieu! le doutes-tu seulement combien je t'aime et combien je souffre?