‹ DiversChapitre 86 sur 103 · TRENTE ET UNIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TRENTE ET UNIÈME LETTRE

6 juillet.

Voici l'aube, mon bien-aimé, et comme je te l'ai dit, je n'ai point feruié l'œil un seul instant, et j'ai passé la nuit en prières. J'espère que Dieu m'aura exaucée, et qu'au' jourd'bui tu sauras où je suis, que je suis libre et que je t'attends.

La colombe est aussi impatiente que moi ; elle bat les carreaux de son bec el de ses ailes. Ou va l'ouvrir la fenêtre, pauvre petite. Dieu veuille que Ion aile soit assez forte pour la course que tu vas entreprendre.

J'iitlerromps celte lettre pour écrire le billet qu'elle te portera, ou peut-être, hélas ! qu'elle va essayer de te porter.

Quatre heures sonnent.

ŒUVRhS LÛMPLËTEa D'ALEXANDUE LU.'iiAÎ

TRENTE-DEUX lËME LETTRE.

Quatre lieures du matin, G juillet.

Si la colombe arrive jusqu'h loi, mon bicn-aimé, lis ce billet et pars; pars sans perdre une seconde, comme je partirais, moi, si je savais où le trouver.

Je suis libre, je faime eljc t'aUonds au monastère de Montolieu, entre Foix et Tarascon, sur les bords de l'Ariége.

Tu sauras pourquoi je ne t'en dis pas davantage, pourquoi ce billet est si rouri, et pourquoi le papier est si fin.

Tu sauras tout cela et mille choses encore, tous nos malheurs, toutes nos angoisses, toutes nos espérances, si notre messagère chérie arrive jusqu'à loi ; car, si elle arriv'e jusqu'à toi, tu partiras à l'inslanl même, n'est-ce pas?

Je t'attends, mon bien-aiiné, comme l'aveugle attend la lumière, comme le mourant attend la vie, comme le mort attend la résurrection.

Va, Colombo bicn-aimée, va I

Page 1