TRENTE-SEPTIÈME LETTRE
15 juillet.
J'ai repris mes courses à pieJ, toujours guidée par notre colombe. Le 13, j'ai été d'Alos àCaslillon: c'était une forte journée pour la pauvTO petite. Je devrais avoir plus de pitié d'elle ; j'ai fait au moins trois lieues.
Le lendemain 14, j'ai payé ma cruauté de la veille en faisant une lieue à peine, et aujourd'hui 15, me voici arrivée à Saint-Lary, de l'autre côté d'un petit ruisseau sans nom qui va se jeter dans la Salât.
Au reste, je suis sur la route, j'en suis certaine. La colombe n'hésite pas un instant, ne dévie pas une seconde. Elle va droit devant elle sans hésitation aucune. Seulement le temps se passe el tu attends ; le temps se passe et lu as fait un vœu.
Oh I ce vœu, ne te hâte pas de l'accomplir, bien aimé î Crois en moi, crois dans ton Isabelle !
Tu as douté d'elle un instant, et cela nous a coûté cher à tous deux.
TRENTE-HUITIÈJIE LETTRE.
18 juillet.
Voilà trois jours que j'erre presque au hasard, contournant des bols, longeant des ruisseaux, llélas ! l'air n'a pas tous les obstacles que m'oppose la ten-e. La colombe passait là oii je suis forcée de m'arrôtcr parfois. Je te l'avoue, ô mon bien-aimé! le courage et les forces me manquent à la fois, et je mo couche au pied do quelque arbre, mourante, désespérée.
Il y a déjà onze jours que je suis partie, et j'ai fût à peine quinze ou dix-huit lieues, ce qu'elle faisait en une heure elle, quand elle était noire messagère d'amour et qu'elle passait rapide comme la flécha au-dessus de ces misératdes reptiles qui s'intitulent les rois de la création, qui n'ont pas l'instinct d'un oiseau, et qui mettent onze jours à faire le chemin qu'une colombe fait dans une heure.
Dis-moi, comment se fait-il qu'une misérable aiguille aimantée sache où est le nord, et que moi, moi, une créature vivante, pensante, agissante, faite h l'imago du Créateur, je ne sachn pas où tu os?
Comment se fait-il qu'un vaisseau qui part d'un point du monde aille à l'autre bout de ce monde retrouver uno île au milieu de l'Océan, et que tnoi, moi, je no puisse te retrouver, toi vers lequel je n'ai pour ainsi dire qu'à étendre les bras ?
Oh ! je lo sens bien, mon Dieu, si je veux le retrouver, ce n'est pas vers lui qu'il faut que j'étende les bras, c'est vers vous 1
Mon Dieu, soutenez-moi 1 mon Dieu, conduisez-moi I mon Dieu, guidez-moi!