‹ DiversChapitre 92 sur 103 · QU.4RANTE-DEUX1ÈME LETTRE · texte numérisé non relu

QU.4RANTE-DEUX1ÈME LETTRE

31 juillet.

La nuit a interrompu notre recherche, mon bien-aimé; mais j'espère, j'espère!

J'ai interrogé tout le monde, cl de loin on m'a montrée s'élevant sur la cèle, un couvent de Camaldules, et près de ce couvent une petite maison qui ressemble bien à celle que tu m'as décrite. Ob 1 je la voyais blanchissante dans la vapeur azurée du soir ; peut-être était-ce la tienne, peut-être de ton côté embrassais-tu des yeux Ion horizon, sans .savoir que dans cet horizon, invisible pour toi, s'agitait cette pauvre créature qui ne vit plus que par toi, qui va mourir sans toi.

Je me suis informée, t'ai-je dit, et l'on m'a répondu que cette maison était habitée par un solitaii-e, par un sage, par un homme de Dieu, jeune encore, beau toujours. Cet homme visite la maison du pauvre et le lit du mourant: il a des paroles consolantes pour la souflrance et môme pour la mort. Cet homme, c'est toi, mon bien-aimé ; n'cslco pas, n'est-ce pas que c'est toi?

LA COLOMBE

Si c'est toi, tu as passé dans la journée au village de Camons, où jo suis.

Tu as visité un pauvre ouvrier charpentier qui s'est cassé la cuisse en tofub.int d'un toit. Tu l'as pansé, tu l'as soigné. Puis à toute la lamilie, à genoux sur ton passage, tu as dit en sortant :

— Vous voilà consolés, priez pour le consolateur.

Oh I c'est bien toi, et jo t'ai reconnu à celte parole douloureuse. Ta m'attends ; tu no sais pas co que je suis devenue, et tu souffres.

Tu souffres, car lu doutes. Ohl l'homme doute toujours; moi, je n'ai pas douté : je t'ai cru mort.

Quand je pense que si j'étais arrivée deux heures plus tôt, je te rcncon'.rais peut-être I

Je dis peut-être, car si j'étais sûre que ce fût toi, toute brisée que je suis, je partirais à l'instant mên.o; jo prendrais un guide ; je me ferais porter. Mais si je nie trompais, si ce n'était pas toi ? Oh! l'instinct de la colombe vaut mieux que tout ; il n'a pas erré un instant. Co sont les forces qui m'ont manqué et non pas elle qui a failli.

Que fais-tu en ce moment, quelque part que tu sois, mon bien aimé? A moins que tu ne pcnsss à Dieu, tu penses à moi, je l'espère.

Oh 1 moi, quand je pense à toi, je pense à Dieu. Quand jo pense à Dieu, je pense à toi.

Il est onze heures du soir; à demain 1 à demain! Un immense espoir, qui est trop puissant pour ne pas venir du ciel, me dit que jo te reverrai demain.

Page 1