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QUARANTE-TROISIÈME LETTRE

31 juillet, onze heures du soir.

Je ne sais si je te reverrai jamais, bicnaiméc do mon cœur; mais hâte-toi, hàte-toi, minuit sonne, et minuit en sonnant va finir le dernier jour de ma vio qui sonnera sur le monde.

C'est demain le jour indiqué pour mes vœux. J'ai attendu religieusement l'accomplissement entier des trois mois, mais je ne puis manquer ainsi éternellement do parole à Dieu. Dieu me parle, puisque tu te tais; Dieu me réclame, puisque tu m'abandonnes.

Oh 1 ce n'est pas sans une douleur profonde que je renonce à cet espoir que pendant un instant tu m'avais rendu.

J'étais rentré corps et âme dans le passé, c'est-à-dire dans le bonheur ; il m'en coûtera plus pour sortir de ce bonheur qu'il ne m'en coûterait pour sortir de la vie.

C'est que la vie du cloîlro n'est, quoi qu'on dise, ni la mort du corps ni la mort do l'âme. J'ai souvent examiné des cadavres, j'ai abaissé mes yeux sur leurs fronts pâles et livides : c'était la matière qui sedécompos.ut, voilà tout. Aucun rêve ne s'agitait dans co cerveau endormi pour toujours, aucune douleur matérielle ni morale ne faisait tressaillir ces fibres détendues à jamais.

J'ai souvent examiné au contraire ces cadavres vi vans qu'on appelle des moines; pour Atro plus pâle et plus livide que le front d'un mort, leur front cependant n'était pas celui d'un trépassé, les larmes qui coulaient incessamment de leur cœur comme d'une source profonde et intarissable avaient tiré leurs yeux au fond de It^ur orbite et avaient creusé le long de leurs joues ce sillon d'amertume auquel Dieu reconnaîtra les élus delà souflrance, dont il fera, je l'espère du moins, les élus do son amour.

Ce frémissement nerveux qui atteste la vie et qui constate la douleur agitait incessammen t le urs mem 1res cris pés. Ce n'était ni la quiétude de la vie ni le calme du sépulcre : c'était l'agonio lente, fiévreuse, dévorante, qui mène de co monde à l'autre, de la vie à la m jrt, du lit au tombeau.

Eh bien, Isabelle, jo no me le dissimule pas, et je descends dans l'abîme après on avoir mosuri toute la profondeur ; moi aussi, je vais entrer dans cetteagonie : nuissc-t-cUe promptcmcnt me conduire à la morii

Adieu, je vais passer la nuit eu prière. Les cloches du couvent tinteront à partir do deux Sicurcs du matin pour annoncer qu'une âme, sinon un corps, va quitter la terre pour le ciel.

C'est à neuf heures que ceux qui vont être mes frères en Dieu doivent venir me chercher.

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