‹ Divers ou Les enseignements de la vie [microforme]Chapitre 76 sur 83 · Pourquoi demande-t-on quand on a affaire à · texte numérisé non relu

Pourquoi demande-t-on quand on a affaire à

quelqu'un ‘ êtes vous de bonne humeur. ”?

Cela me froisse, me contrarie ; mais de fait la question est plus ou moins pertinente et motivée ; car il n’y a pas de doute qu’il y a des moments où on l’est moins qu’en d’autres temps. Il est même proverbial qu'après dîner on est d'ordinaire plus accessible à la demande d’une faveur ; ce qui donne lieu à ce dicton que pour réussir il faut prendre l’homme par le ventre ; c’est-àdire lui donner un bon diner ; et c’est généralement lors d’un diner public, à l’occasion de quelque entreprise, qu’on s’y décide ; ou au moins qu’on promet de le faire, comme le faisait Sir John pour l’oublier le

lendemain, manie aussi que Laurier parait avoir hérité de lui.

943- Etre intrigant dans le sens que le monde l'entend d'ordinaire est plus ou moins motivé. De fait l’on appelle intrigants ceux qui cherchent à se placer, à placer les leurs, à trouver des positions pour leurs enfants, les membres de leur famille. Eh bien, Dieu a dit : aide-toi, je t’aiderai, et être intrigant en ce sens n’est autre chose qu'accomplir la parole de Dieu ; mais la chose devient répréhensible, et criminelle lorsqu’elle est pratiquée au point d’user de son

influence pour tout accaparer et ne rien laisser pour

les autres. D'ailleurs, l’on est envieux de ceux qu

réussissent mieux par intrigue, comme on le dit, à obtenir quelque chose ; car ils ont à s’humilier pour le faire, et l’on est mécontent de l’orgueil qui nous empêche d’en faire autant ,; puisque Dieu dit encore ‘ demandez et vous recevrez ”’ et c’est cette humiliation même de soi qui rend la chose méritoire.

943- Je me suis déjà demandé jusqu’à quel point les substances alimentaires, les comestibles se rangent dans l'estomac suivant l’ordre de leurs poids spécifiques, ou cConcentriquement autour de l’estomac, suivant leurs affinités respectives pour les jus gastriques. Je dirai seulement pour ceux qui voudraient étudier cette question qu’à la suite d’un goûter où j'ai tout d’abord pris du bouillon de poule asaisonné de poivre, puis de cette poule avec lard salé, puis enfin de la crême, et dont un état bilieux de l'estomac a motivé un haut-le-cœur ; c’est la crême qui a surnagée, puis est revenu le poulet ; mais le lard, le bouillon ont persisté.

945- C’est imaginaire si vous voulez (et d’ailleurs l’imagination joue un grand rôle en ce monde) mais il me semble toujours, un coup ma provision faite

de combustibles (bois et charbon) pour l'hiver, pour l’année même, que j'ai plus chaud, je me sens plus confortable. C’est tout comme le fait qu’on a moins faim quand ses armoires sont bien garnies de comestibles, moins faim même du moment qu'il nous est donné de contempler, de se voir en présence d’une assiettée bien garnie de ce que l’on convoitait avant de se mettre à table, ou en s’y mettant. D'ailleurs l’action même de se déranger pour recevoir chaque voyage consécutif de bois, de houille, l'anxiété qu’on a à se donner, crainte d’être volé, à l’endroit du nombre de voyages de l’un, du poids de l’autre; tout cela fait que les muscles mis en jeu, les facultés intellectuelles activées, font circuler plus rapidement le sang, motivant en même temps une respiration plus accentuée, dont l’effet combiné est un surcroit réel de chaleur

intérieure et de bien aise

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946.-Je crois avoir déjà fait remarquer combien nous perdons vite la mémoire de la mort d’un parent, d’un ami, le souvenir même de ces grandes catastrophes qui à tout moment viennent émouvoir le monde ; comme par exemple du terrible holocauste du bazar

de charité à Paris, des mille et autres incendies désas

treux, de théâtres, couvents ou collèges, hôtels, etc, avec tant de victimes : l’église de Santiago avec ses 2,000 âmes internées, brûlées vives ; les accidents de chemins de fer, d’explosions dans les houillères, inondationss et tremblements de terre, etc—et à preuve : la commission qui à Londres a siégé au sujet de ce feu du bazar de Paris, en vient à la conclusion que dans de 3 à 6 jours au plus, toutes ces catastrophes sont absolument effacées de la mémoire. Est-ce Dieu qui veut qu’il en soit ainsi pour que dans les pensées à donnerà ceux qui pour nous sont inévitablement morts,

on ne néglige point les fonctions dues aux vivants.

947- Les étoiles 6‘: fixes ”’ ne le scraientelles point, qu’elles nous paratraient l'être à la distance qu’elles sont de nous. Si leur mouvement était lent ou connu pour f’être: par exemple de seulement un mille par minute (vitesse appréciable par nons, comme étant celle d’une locomotive, d’un coursier extraordinaire, d’un oiseau au vol, d’une baleine à la mer) ou fut-elle même de 20 miiles à la minute (vitesse encore appréciable par nous, sans toutefois pouvoir la suivre des yeux, mais en étant convaincu, par le temps de translation du projectile) celle d’un boulet de canon lancé à plus de 1,900 pieds

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la seconde ; nous comprendrions, dis-je, peut-être qu'avec ces vitesses, et à cause de la distance des étoiles on n’en dut point voir le déplacement, d’une année à l’autre ; ou même, durant la vie d’un homme, vécut-il 100 ans ; mais il ne aous entre point dans la croyance que le déplacement puisse encore être insensible avec une vitesse par exemple de 1,000 milles à la minute aulieu de un mille ou de vingt milles. C’est donc ceci qu’il s’agit de faire comprendre. Prenons l'étoile Acturus une des plus grosses et des plus brillantes du firmament, et évidemment loin d’être une d’entre les plus éloignées, puisque il y en a des millions qui par la pâleur de leur lumière, leur petitesse microscopique accusent une distance peutêtre des millions de fois plus grande que celle de notre choix pour servir d'exemple. Eh bien Arcturus est à seulement mille millions de millions de milles de nous .(1,000,000,006,000,600) plus de 10 millions de fois la distance de la terre au soleil. Les vitesses astronomiques sont quasi incroyables ; mais on vient à les comprendre. Celie de la terre autour de son axe est de 1,000 milles par heure. On est forcé de l’admettre, on le comprend, parce que avec son circuit d’à peu près 24,000 milles, tournant dans 24 heures, il faut bien se rendre à l’évidence. C’est là à peu près la -vitesse du boulet de canon. On peut en conclure à quelque chose de plus rapide, et de fait, puisque

l'orbite (la longueur du circuit) de la terre autour du soleil, est à très près, de 600 millions de milles et que ce trajet se fait en une année, il s’en suit que la vitesse de notre planète dans l’espace est de plus de 1,140 milles par minute—Pour les fins du calcul, prenons la à seulement 1,000 milles par minute, et supposons que les autres étoiles soient animées d’un même mouvement de translation dans l’espace. Nous venons de voir que la distance d’Arcturus est de mille millions de millions de milles__ce rayon donne une circonférence de 6,285,700,000,000,000. Celle de l’orbite de la terre y est contenue 1,047,617 fois (plus d’un million de fois). Si donc, Arcturus était notre primaire, la terre avec sa vitesse actuelle, mettrait plus d’un million d'années à faire le tour de ce nouveau soleil (voir 893) mais 360° dans un million d'années ne donne que 11‘ (une et quart secondes d’arc ou de muuvement angulaire) par année—125” ou 2‘ 5“ durant la vie d’un centenaire et 60 fois cela où 2° 5‘ dans les 6,000 ans supposés écoulés depuis la création du monde. Ce déplacement s’il existait serait sensible à un instrument de précision, même celui de 2‘ 5‘ par siècle ou encore celui de 14 par année ; mais aucun œil, même le plus scrutateur, le plus exercé que l’on puisse imaginer ne saurait saisir, apprécier un déplacement angulaire aussi peu accentué. Voilà pourquoi les étoiles tout en se mouvant probablement entre elles avec des vitesses

de 1,000 milles à la minute, nous paraissent absolu-

ment fixes et immuables.

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948 J'écrivais en date du 23 juin à Camille Flammarion, éditeur collaborateur du ‘Bulletin de la Société Astronomique de France,” Hôtel des Sociétés savantes, 28 rue Serpente, Paris : qu’une sortie sur les minuit (23 juin) m'a donné occasion de vérifier le fait annoncé par MM. Quessinet et Touchet (dans le bulletin de juin 1898) dans leur article sur “ Le Crépuscule et sa Photographie ”’ qu’en cette saison de l’année et dans ces latitudes (celle de Québec étant sensiblement la même que celle de Paris) le crépuscule persiste, à ne pas en douter, durant la nuit entière pendant les cinq à six jours avant et après ln solstice d'été.

949.-Les cochers qui promènent les touristes américains et al., s'arrêtent, 72 rue St-Louis, Québec, pour y lire une inscription ayant trait au général Montgomery de martiale mémoire ; mais pour ceux qui ne savent pas lire le «“ocher ‘xplique la chose à sa manière — J'en ai entendu un dire à ‘son voyagé”: ‘c'était

un ancien citoyen de la p:ace, mais vous savez il est

mort.” (Je crois bien, puisque ses restes ont été ensevelis en 1775—1il y a 123 ans et que cela ajouté à l’âge qu’il devait avoir en aurait fait un bi-centenaire à peu-près. Uu autre expliquait qu'étant à cheval, il s'était tué par accident en tombant en bas du cap. Un troisième ces jours derniers, juin 1898, disait à ses ouailles : “]] était à cheval et pour échapper à ces taureanx d'anglais qui voulaient le mettre en captivité, il s’est jeté en bas du cap. Montealm, disait un autre, le jeta en bas du cap.

950- Si ce qui suit est digne de foi, le clergé n’aurait été pour rien à snotiver 698.’ 4“ Que voulez-vous qu’on y fasse ? dit le curé ; avant la révolution le clergé posséduit, il est vrai, des biens immenses, qui ont fait assez crier ; inais il n’est pas moins vrai que tout le Las peuple pour ainsi dire, en vivait. Les couvents, les chapitres et jusqu'aux huttes des particuliers étaient autant d’'hôpitaux. Chez les Chartreux, les Carmes, les Minimes il y avait tous les jours une distribution de vivres à la porte. J'ai connu la veuve d’un faancicr qui donvuait tous les mois deux mille livres de charité en nature. L’aumôûône était dans l’habitude des bonnes maisons. Les hôpitaux sous la direction gratuite des princes de l'Eglise

et Le sages magistrats, étaient desservis par des congrégations dont chaque membre débarassé de soins personnels par ses vœux, se vouait tout entier au soulagement de ses semblables.

931- Un contre-maître, surveillant de travaux peut toujours se donner des nirs de Pilate en se lavant les mains avec les mots‘ Acceptez l'ouvrage si vous voulez comme il est fait, M. l’Ingénieur, pour moi je l’accepte pas.

952- Georges Lelarge critique, dans la ‘“ Revue des Deux Frances ” des œuvres à ‘ l'Exposition des Beaux Arts ” et de “ La Société Nationale des Beaux Arts ” loue le travail de M. A. Falguière Le Cardinal Lavigerie ; et avec raison. Ce que j'y admire surtout, c’est la décision, la foi avec lesquelles il plante sur le sol de l'Afrique la croix du Sauveur avec cet air de conviction parfaite qu’elle y restera et y prendra racine (voir page 203 de la Revue). Les traits du digne prélat sont frappants et l'artiste a réussi à produire chez ceux qui considèrent un instant son œuvre, l’impéssion que de fait ces paroles lui sortent de la bouche “ Je t'y plante et tu y résteras."”

988-Le même critique (952) à l'endroit du « monument élevé à la mémoire de Francis Garnier ?’ se demande ‘“ pourquoi pendant que l’on se contente de faire le buste de l’homme que l’on veut honorer, on entoure le stèle d’un fouillis de personnages allégoriques qui détournent l'attention du sujet principal. C’est du rébus dit Lelarge, et l’on est réduit à dire que les ornements, les attribus et les femmes nues qui personnifient l’Annam ou le Tonkin sont d'excellents morceaux de sculpture ; maïs que devient dans tout cela Garnier, le motif principal.” Rien de plus vrai, rien de plus censé que cette remarque ; car en effet, le groupe qui flanque le monument a tout l’air d’être le sujet même que l’on veut honorer, pendant que ce groupe n’est que accidentellement peut-être adossé à la base qui porte le buste et comme pour en tirer du support.

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954-Nous avons à Québec, Grande Allée, en face le Manège, le monument Short-Wallick auquel s'adresse, de la part de quelques prétendus connaisseurs, le même reproche (953), c’est que la figure de “la Renommée ” assise au piedestal et qui est de toute grandeur à l'air d’être le motif principal du monument pendant que les bustes de Short et Waliick

placés au-dessus ou comme derrière un comptoir ont l'air d’être les adjoints, les accessoires, ies desservants peut-être de la prêtresse, ou déesse qui parait remplir le rôle principal. Je ne sache que je doive être de cet avis ?

955-—Nos artistes canadiens s’accentuent à Paris où on leur décerne des prix, des mentions honorables. M. Albert Lefeume fait l’énumération de leurs noms, de leurs œuvres. Lelarge de son côté autre critique des œuvres du ‘“ Salon ” fait l'éloge des paysages de Suzor Côté ; mais pour moi, ce que j'admire le plus de cet artiste canadien sont ses deux portraits, un pastel: Paysanne canadienne — Paysan canadien ; et canadien moi-même, je suis peutêtre mieux en mesure d’en juger. En effet rien de plus vivant que ces nortraits dont les personnages sortent du tableau sous l'effet d’une perspective qui

ferait quasi jurer à la réalité.

956-— Urbain Gohier sous l’entête “ Lan Réforine de l’Arméc en France ?” fait voir que sous le système actucl du service de trois ans, les chefs ne savent comment occuper leurs hommes après la

première année. Certains, pour passer le temps

s’ingénient, dit-il, à leur faire apprendre le ‘‘ foot ball,” le ministre de la guerre à les renvoyer le plus souvent possible dans leurs foyers, pour économiser leur nourriture. En sus des permissions et congés distribués jusqu'ici, le général Billot, ajoute-t-il, a donné l’ordre de réaliser dans chaque corps d'armée, en 1898, cinq à six cent mille journées : soit environ, pour chaque régiment d'infanterie, soixante mille journées de permissions ou de congés. Tantôt à la caserne, tantôt dans leurs foyers, les hommes ne sont pas soldats et ne peuvent cependant se mettre à leur métier. Ils ne sont ni civils, ni militaires. Ils perdent deux années de leur vie sans plus d'utilité pour l’armée que pour eux-mêmes. Ne vaudrait-il pas m.eux pour eux, pour l’armée, les garder une seule année, les exercer sans interruption pendant les trois cent soixante-cinq jours et leur rendre la liberté. L'armée suisse est excellente, et la durée du service n’est que de deux mois en moyenne : 45 jours pour les fantassins, 50 pour les sapeurs, 95 pour les artilleurs, 80 pour les cavaliers. Tous les deux ans une période de quinze jours d’exercice comme ici au Canada. Si d'un suisse on peut faire un soldat en six à dix semaines, ne pourrait-on

d’un français faire un soldat en douze mois.

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