‹ Divinité du catholicismeChapitre 2 sur 27 · G DIVINITÉ · texte numérisé non relu

G DIVINITÉ

tains fellows et docteurs d'Oxford? L'un me disait : « Comment serions-nous catholiques, lorsqu'il est clair comme le jour que vous êtes tombés, depuis le commencement du quatrième ou du cinquième siècle au plus tard , dans les erreurs et les superstitions du paganisme? Un autre : Comment serionsnous membres de l'Eglise romaine, lorsque nous savons, à l'aide de F Apocalypse, qu'elle est la prostituée qui est désignée seus le nom de Babylone, et que son chef, le pape, est l'antechrist, dont la chute aura lieu sous peu de temps? Un troisième : Comment pourrions-nous admettre la tradition qui ne rappelle que les inventions des hommes, tandis que la pure parole de Dieu ne se trouve que dans la Bible? Un quatrième enfin : Je n'ai pas besoin de changer ma croyance ; je suis catholique et apostolique ; je crois à la présence réelle, à l'autorité du pape, à l'existence du purgatoire, à la nécessité des cérémonies religieuses. Seulement, me disait-il encore, comprenez bien ma pensée. Je crois que l'on reçoit véritablement Jésus-Christ dans la Cène par la seule puissance de la foi ; que le pape ne possède dans l'Église qu'une juridiction d'honneur; que les âmes qui sont dans le purgatoire sont celles des élus, attendant, sans éprouver aucune souffrance , le jour du jugement, afin d'entrer alors au séjour de la gloire ; j'admets aussi les cérémonies religieuses, celles que vous

voyez en usage dans notre Eglise* mais je rejette Jes vôtres qui sont pleines de superstition1. »

A ces puissantes raisons, à ces lumineuses explications, et à plusieurs autres de même nature que je tais en ce moment, je répondais par un silence profond et absolu; j'étais dans la conviction négative.

Malgré mon silence, et peut-être à cause de mon silence, je m'apercevais de jour en jour que les docteurs me voyaient avec plaisir, aimaient à me questionner sur nos principes religieux, cherchaient même à me rendre agréable mon séjour au milieu d'eux, en me prodiguant ces mille attentions que les Anglais savent si bien avoir pour les étrangers, à qui ils portent intérêt et qu'ils comptent au nombre de leurs amis.

Je leur disais pourtant de temps à autre : Si les préjugés n'étaient point vos cruels tyrans, si vous examiniez avec soin la monstrueuse origine du protestantisme, qui domine votre église, vous au-

1 Je prie le lecteur de bien saisir la pensée intime des quelques docteurs qui semblent se rapprocher de nous, touchant plusieurs points de doctrine ; et il sera aisé de comprendre que leur langage, orthodoxe en apparence, n'est qu'un voile trompeur dont ils prétendent dérober à nos regards le hideux protestantisme, puisque, en réalité, ils n'en continuent pas moins à défendre les doctrines de l'église anglicane qui est, tout le monde le sait, l'œuvre inique du schismatique Henri VIII et de l'hérésiarque Thomas Cranmer.

riez bientôt rejeté l'œuvre impure de Henri et de Cranmer, pour embrasser la foi catholique, que vous a donnée saint Augustin, et qui a fait pendant plusieurs siècles la gloire et la force de vos pieux ancêtres... Je passe sous silence mes réponses à ceux d'entre les jeunes docteurs qui veulent donner à leur église anglicane les titres de catholique et d'apostolique, bien qu'ils s'élèvent contre la sainte autorité du souverain pontife, et contre un grand nombre de vérités chrétiennes, enseignées par les apôtres. Ceux qui désirent savoir combien il implique dans les termes d'appeler catholique et apostolique une église schismatique et hérétique, peuvent consulter mes Souvenirs d'Angleterre, etc. Là, cette question se trouve traitée avec une certaine étendue.

Je dirai la cause occasionnelle de l'écrit que je livre en ce moment au public. A Oxford, je sympathisais spécialement avec un jeune docteur, en qui j'avais remarqué d'heureuses dispositions pour la vertu, un grand recueillement dans le temple pendant les offices, un grand désir de connaître à fond nos doctrines catholiques. J'avais aussi remarqué, ce qui me paraissait significatif, dans sa bibliothèque plusieurs ouvrages écrits par des Français en faveur du catholicisme, et dans sa chambre à coucher un superbe christ en bronze sur une belle croix en ébène... Un jour je lui dis : « Jamais

DU CATHOLICISxME. 9

vous ne saurez d'une manière certaine ce qu'il faut croire sur le dogme et la morale, tant que vous repousserez la sainte autorité de l'Eglise catholique.— Prouvez-moi, me dit-il sans hésitation, prouvez-moi la vérité de vos doctrines., à l'aide de la Bible et des pères des quatre premiers siècles, et de suite je renonce à mon église anglicane. — Ce travail serait trop long pour moi qui dois quitter dans quelques jours votre pays; mais attendez que je sois de retour en France, et je vous promets de vous satisfaire. — Vous ne tiendrez point votre promesse ; il vous est même absolument impossible de la tenir. — Je puis la tenir sans peine, et trèscertainement je la tiendrai. »

Etrange proposition avancée par un anglo-protestant, et admise par un certain nombre de ses jeunes collègues ! La Bible, qui suffisait autrefois, puisque les articles de l'église anglicane soutiennent qu'elle renferme toute la parole de Dieu , la Bible ne suffit plus aujourd'hui ! il faut y ajouter l'autorité des quatre premiers siècles !... Pourquoi donc s'arrêter au cinquième siècle ? Oh î disent les docteurs, dont je parle, c'est qu'à partir de cette époque, il est évident que tous les écrivains ecclésiastiques ont changé la vraie foi, de concert avec l'Eglise romaine, pour retomber dans les erreurs et

les superstitions du paganisme L'on verra plus

tard comme un tel langage fait gémir la saine raison

éclairée par la foi : en ce moment, je veux dire dans cet écrit, je prends acte de l'aveu des docteurs; et puisqu'ils me dispensent d'invoquer en faveur de notre doctrine catholique les pères qui ont écrit depuis le commencement du cinquième siècle jusqu'à nos jours, parce que ceux-ci, avouent-ils, sont tous papistes, je m'attache donc, après avoir invoqué la sainte Écriture, à citer les saints docteurs qui ont brillé dans les quatre premiers siècles, afin de montrer à ceux qui ne veulent pas s'aveugler eux-mé-

mes, que l'Eglise romaine d'aujourd'hui et l'Eglise primitive ne sont qu'une seule et même Eglise, fondée par le Christ et établie par les apôtres dans tout l'univers, avec le privilège de conserver le précieux dépôt de la foi, et de recueillir dans son sein, pour les conduire au bonheur parfait, tous ceux qui ont faim et soif de la vérité et de la vertu.

Cet écrit , destiné spécialement pour aider un docteur d'Oxford à ouvrir les yeux à la lumière céleste, ne pourra-t-il pas servir aussi à plusieurs membres de notre sainte Eglise romaine ? Dans plusieurs villes de France, habitent depuis longtemps un grand nombre d'Anglais protestants qui ont l'habitude d'attaquer le catholicisme, persuadés qu'ils sont que c'est le moyen de se justifier dans leur coupable adhésion à la prétendue réforme. Or, les catholiques, pour repousser les attaques de leurs frères égarés, n'auront qu'à citer les textes

de la sainte Écriture à ceux des protestants purs, qui n'admettent que l'autorité de la Bible, ou citer déplus les témoignages des premiers pères â ceux qui, outre la Bible , admettent je ne sais quelle étrange tradition qui s'est brisée, osent-ils avancer, à la fin du quatrième siècle.

Cet écrit ne sera-t-il pas encore bien utile à quelques membres de notre communion, qui répètent par le monde, je Fai entendu moi-même , qu'il y aune si légère différence entre le catholicisme et le protestantisme, qu'il s'emble superflu de la faire remarquer ? Après m'avoir lu avec quelque attention, je suis persuadé qu'on changera de langage : l'on verra sans doute qu'il y a autant d'opposition entre notre foi et le protestantisme, qu'il s'en trouve entre la lumière et les ténèbres , entre le ciel et l'enfer, entre la vie et la mort.

Je ne puis terminer cette préface, déjà trop longue peut-être, sans remplir un devoir bien doux pour mon cœur.

Je soumets mon ouvrage au jugement infaillible de l'Eglise catholique qui a pour organe Grégoire XVI, immortel pontife , aujourd'hui assis à Rome sur le siège apostolique du prince des apôtres.

A quiveux-je le dédier? à qui?... A tous les membres, soit de l'église anglicane, soit de toute autre secte protestante , oui sont dans la bonne foi , et

qui, méprisant toute prévention, tout préjugé, cherchent à connaître la vérité dans la droiture de leur esprit et dans la simplicité de leur cœur.

L'auteur de la Divinité du catholicisme, etc Àbbeville, juillet 1841.

Page 1