‹ Divinité du catholicismeChapitre 20 sur 27 · LETTRE XVII · texte numérisé non relu

LETTRE XVII

15 mai 1841.

Mon cher docteur,

Les Capharnaïtes , interprétant la présence réelle dans un sens grossier et charnel s'écrièrent : « Comme cette parole est dure, et qui donc pourra jamais manger la chair et boire le sang de son semblable ? )) aussi ils s'éloignèrent du fils de Dieu, et renoncèrent à être comptés parmi ses disciples. Les chrétiens qui savent de quelle manière, assurément bien digne de la sagesse et de la puissance divine, Jésus-Christ descend sur nos autels pendant la célébration de la messe, peuvent donc s'approcher avec confiance de la table sainte; là, ils seront inondés d'un torrent de volupté céleste ; là, ils goûteront dans l'espace de quelques instants plus de bonheur réel, plus de joie pure, qu'ils ne sauraient en goûter après de longues années , comme parle le prophète , sous la tente et dans la société des enfants de la terre. Toutefois , rappelez-vous les dispositions que saint Paul demande à ceux qui

veulent communier. « Quiconque , dit-il , aura mangé ce pain , ou aura bu la coupe du Seigneur indignement sera condamné comme coupable de la profanation du corps et du sang du Seigneur. Que Thomme donc s'éprouve lui même , et qu'ensuite il mange de ce pain et boive de cette coupe ; car celui qui en mange et en boit indignement, mange et boit sa propre condamnation, ne faisant pas le discernement qu'il doit du corps du Seigneur. »

Puisque le péché , principal obstacle à la sainte communion , doit être effacé avant que l'homme ose se présenter à la table sainte, il convient donc que je vous parle en ce moment du sacrement de la pénitence.

Qu'il existe un sacrement de pénitence qui efface les péchés commis après le baptême ; que la pénitence qui justifie, aux yeux de Dieu, ait trois parties essentielles , savoir : la contrition , la confession, la satisfaction ; voilà des vérités incontestables pour les pieux fidèles qui croient à l'autorité infaillible de l'Eglise catholique.

Quant à votre église anglicane , que dit-elle, cher docteur , sur la question qui nous occupe en ce moment? Elle répète encore son fameux argument : Je ne crois pas au sacrement de la pénitence ; je ne crois pas à la nécessité de la confession ; je ne crois pas à la puissance des prêtres pour pardon-

ner les péchés... » Elle ledit, et cependant elle veut que Ton se confesse à Dieu, que les ministres, dans les temples, donnent à tous, indistinctement, je ne sais quelle absolution quelle regarde comme nulle et inutile , etc. Vous dirai-je encore ici toute ma pensée ? Votre église a une marche qui me paraît être en opposition formelle avec ses propres principes. Quand je présente le flambeau du simple bon sens à chaque article de votre symbole et à chaque pratique observée parmi vous, je n'y trouve , docteur , laissez-moi la liberté de vous le dire, je n'y trouve qu'incohérence et qu'anomalie, que contradiction. Il est bien étonnant que votre église parle de se confesser, d'absolution donnée par les ministres, lorsque la seule conclusion qui me paraisse sortir légitimement de vos principes , est celle-ci : Tout protestant ne doit admettre que ce qui lui paraît raisonnable, ne doit pratiquer que ce qui lui paraît bon , ne doit obéir que quand il juge convenable de le faire. — Je ne m'arrête point à faire ressortir la vérité de cette conclusion, qui a été déjà démontrée dans plusieurs endroits de mes lettres précédentes.

Maintenant il faut que je vous montre , toujours à l'aide de la Bible et des premiers pères, que les prêtres ont la puissance de remettre ou de retenir les péchés ; et que , par conséquent , il y a obligation pour les fidèles qui veulent rentrer en grâce

avec Dieu , de faire l'aveu de leurs fautes ; en un mot, de se confesser au ministre de la réconciliation.

J'ouvre l'Evangile, et voici les paroles que le Sauveur adresse à ses apôtres, et dans leur personne , à leurs légitimes successeurs : « Comme mon père m'a envoyé , je vous envoie de même; » et ayant dit ces paroles , il souffla sur eux , et leur dit : « Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. (S. Jean, 20, 21.)»

Lisez bien attentivement ces belles et consolantes paroles; approchez, examinez chaque mot l'un après l'autre, regardez en face ce que je vous cite en ce moment; et dites si l'Eglise catholique fait autre chose qu'enseigner la pure parole de Dieu , lorsqu'elle annonce que la puissance de remettre ou de retenir les péchés est vraiment inhérente au caractère sacerdotal; et que cette puissance s'exerce envers ceux qui découvrent les secrets de leur conscience par la confession sacramentelle.. . L'ordre de se confesser est donc formel ; et, en effet, si, l'Evangile à la main , les prêtres ont reçu du Christ même la puissance de remettre ou de retenir les péchés, n'est-il pas manifeste, comme l'observe si judicieusement le saint concile de Trente , « que les prêtres ne pourraient exercer

cette juridiction sans connaissance de cause, ni garder l'équité dans l'imposition des peines , si les pénitents ne déclaraient leurs péchés qu'en général seulement, et non en particulier et en détail ; d'où il suit qu'ils doivent dire et déclarer tous les péchés mortels dont ils se sentent coupables, après une exacte discussion de leur conscience , bien que ces péchés fussent très-cachés, et commis seulement contre les deux derniers préceptes du décalogue, ces sortes de péchés étant quelquefois plus dangereux, et blessant l'âme plus mortellement que ceux qui se commettent à la face du soleil. (Chapitre 5 de la Confession, session 14.) »

Qu'il y ait relation nécessaire entre les paroles du Christ et la nécessité de la confession sacramentelle , c'est la chose du monde qui me paraît la plus facile à comprendre. Comment voulez -vous que les prêtres puissent jamais exercer l'étonnant pouvoir qu'ils ont reçu d'un Dieu , de remettre ou de pardonner les péchés, s'ils ne connaissent point quelle est la nature des fautes qui ont été commises ? et comment en auront-ils connaissance , si les pécheurs eux-mêmes ne viennent leur dévoiler les plis et replis les plus secrets de leur conscience ? Vous voyez donc, cher docteur, que les paroles du Sauveur, examinées avec soin et interprétées dans le sens le plus naturel, supposent nécessairement que les pécheurs , lorsqu'ils veulent obtenir

leur guérison spirituelle, sont obligés de faire connaître Fétat de leur âme aux prêtres catholiques qui dans la personne des apôtres, ont reçu le droit d'appliquer des remèdes proportionnés à la gravité des maux qu'ils connaissent.

Votre église anglicane emploie toujours des expédients pour ne point se rendre à l'évidence de la parole de Dieu. Elle voit bien que le Sauveur donne au prêtre le pouvoir de pardonner les péchés ; elle voit encore qu'il faut se confesser ; mais elle interprète ici l'Evangile comme dans d^utres questions, toujours d'après les systèmes d'un Luther et d'un Cranmer. Voici donc comme elle parle : « Oui, la confession est nécessaire, mais c'est à Dieu seul qu'il faut la faire; oui, les prêtres peuvent pardonner les péchés ; mais cette puissance se réduit à déclarer que Dieu pardonne à ceux qui se repentent. » Quant à l'autre partie du texte concernant la puissance de retenir les péchés, l'église anglicane n'y fait point la plus légère attention ; ces paroles sont pour elle comme non avenues et absolument inutiles. La parole d'un Dieu inutile! Non, non, il n'en sera point de la sorte ; outre les raisons déjà alléguées en faveur de l'infaillible enseignement de l'Eglise catholique, on opposera à l'église anglicane les endroits de l'Evangile où il est dit : « Un seul iota, une seule lettre ne restera point dans la loi sans son entier accomplissement ; » et encore : « Le

ciel et la terre passeront, mais mes paroles, dit le

Christ, ne passeront jamais. »

Ainsi pour ceux qui ne mutilent pointles textes de la sainte Ecriture, il est clair que les prêtres doivent ou retenir ou pardonner les iniquités des hommes. Mais le moyen de pouvoir jamais exercer cette puissance, à moins que les coupables eux-mêmes ne leur ouvrent leur conscience, ne mettent leur âme à nu, si j'ose ainsi dire, en leur disant les fautes qu'ils ont commises, et les résolutions qu'ils ont prises de changer de conduite à l'avenir !

Je conçois jusqu'à un certain point que les prêtres pourraient pardonner les péchés d'après quelques signes extérieurs de repentir, s'ils n'avaient reçu que la puissance de les remettre ; mais leur puissance va plus loin, elle s'étend encore jusqu'à retenir les fautes commises ; or, de bonne foi, est-il possible de retenir ce qu'on n'a point reçu ? Est-il possible de prononcer un jugement juste et raisonnable sur l'état du pécheur, que l'on ignore ? Et comment connaître le fond de la conscience, si l'homme lui-même ne vient se présenter au ministre de la religion pour lui dévoiler les secrètes maladies et les plaies honteuses de son âme ? Voici la conclusion qui me paraît évidente d'après les observations que je fais ici : les paroles du Sauveur, qui accordent aux prêtres de remettre ou de retenir les péchés , nont aucun sens , si elles ne renferment la

nécessité de la confession sacramentelle , telle qu'elle a été pratiquée constamment dans l'Eglise de Dieu.

J'aurais bien d'autres passages de la sainte Ecriture à vous citer en faveur du sacrement de la pénitence. Je ne ferai que les indiquer en peu de mots , pour passer de suite aux témoignages des premiers pères. Dans les Actes des apôtres (ch. 19), nous lisons que les nouveaux convertis de la ville d'Ephèse vinrent trouver saint Paul et confessèrent leurs péchés , et après s'être confessés , ils brûlèrent leurs mauvais livres , sans doute d'après les instructions qu'ils avaient reçues du grand apôtre.

Saint Jean et saint Jacques, dans leurs épîtres parlent aussi de la nécessité de se confesser ; or, à qui faut-il se confesser ? Est-ce à Dieu ? Mais il suffit de demander pardon à Dieu qui connaît le fond des cœurs. Est-ce aux simples fidèles? Mais les apôtres n'ont jamais dit que les fidèles pouvaient effacer les péchés. Donc, la confession devait être faite aux prêtres à qui le Sauveur avait dit, d'après l'enseignement même des apôtres : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » Avant de vous citer la tradition primitive en faveur de la confession sacramentelle, je vous préviens, cher docteur, que je ne pourrai vous envoyer que quelques témoignages puisés dans les pères les

plus célèbres. S'il me fallait vous rappeler tout ce que les premiers pères ont écrit sur le sujet qui nous occupe ici, ce ne serait plus une simple lettre, mais plutôt un gros volume qu'il faudrait vous écrire.

Saint Barnabe dit, dans son épître n° 19 : Vous confesserez vos péchés.

Saint Clément dit: Convertissons nous..., car lorsque nous serons sortis de ce monde , nous ne pourrons plus nous confesser ni faire pénitence.

Saint Irénée parle de la confession comme étant en usage parmi les fidèles (adv. hser. lib. 1 c. 9) ; et Tertullien comme d'une partie essentielle de la pénitence ; il blâme aussi tous ceux qui , par honte , cachent leurs péchés aux hommes, comme s'ils pouvaient également les cacher à Dieu (lib. de pœnit. c. 8).

Origène dit qu'un moyen pour le pécheur qui veut obtenir le pardon de ses fautes, est de les déclarer au prêtre du Seigneur, et d'en chercher le remède (hom. 2 in Lev. ). Il dit encore dans la deuxième homélie sur le psaume 37: « Voyez ce qu'enseigne la divine Ecriture , qu'il ne faut point couver intérieurement ses péchés; car, ainsi que ceux dont l'estomac se trouve surchargé pesamment d'un aliment indigeste , d'humeurs et de phlegmes, s'ils viennent à les vomir, sont soulagés à l'instant ; de même le pécheur qui cache et retient

en lui même ses fautes, en est intérieurement pressé et suffoqué, comme par l'humeur et le phlegme du péché ; mais qu'il devienne son propre accusateur , qu'il dénonce et confesse son état , il vomit aussitôt avec le péché , la cause de sa maladie interne. » Et dans sonhom. 17, sur saint Luc : « Si nous découvrons nos péchés , non-seulement à Dieu, mais à ceux aussi qui peuvent porter remède à nos plaies et à nos iniquités, nos péchés seront effacés par celui qui dit : Voilà que j'ai dissipé les iniquités comme un nuage, et les péchés comme une ombre. »

Lisez saint Cyprien sur le même sujet ( de Lapsis) : « Combien la foi n'est-elle pas plus vive et la conscience plus timorée dans ceux qui , sans avoir poussé le crime jusqu'à sacrifier (aux idoles), ou à recevoir du magistrat une fausse et indigne attestation de l'avoir fait, mais pour en avoir eu la pensée uniquement, sont venus avec simplicité et douleur, se confesser aux prêtres de Dieu, leur ont ouvert leur conscience , en ont déposé le fardeau à leurs pieds et sollicité un remède salutaire à leurs plaies, quoique plus légères et plus modiques î Ils savent qu'il est écrit : On ne se joue pas du Seigneur, car avec lui les ruses, les tromperies, ne sont point de mise ; et celui-là pèche plus grièvement qui , pensant de Dieu comme d'un homme , s'imagine échapper à la punition du crime , parce

que son crime n'a point éclaté... Qu'ils aillent donc tous se confesser, tandis qu'ils vivent et respirent encore, tandis que leur confession peut être admise, et que l'absolution donnée par le prêtre, et que la satisfaction peuvent encore être agréables à Dieu. »

Je passe sous silence les aveux de saint Athanase, de saint Pacien, de saint Grégoire de Nysse, de saint Ambroise et de tant d'autres, pour ne rappeler que quelques belles paroles de saint Chrysostôme et de saint Augustin. « Si le pécheur, dit le premier père, veut se hâter de faire la confession de ses crimes, s'il veut découvrir l'ulcère à un médecin qui le traite sans se permettre de reproches , s'il veut en accepter les remèdes , ne parler qu'à lui seul , à l'insu de tout autre , mais lui avouer exactement tous ses péchés , il parviendra facilement à les guérir, car la confession des péchés commis en est l'abolition (Hom. 2 in Gen.). »

« Soyez donc triste avant la confession , dit l'évêque d'Hippone , mais réjouissez-vous après ; car vous serez guéris. Le venin s'était amassé dans votre conscience ; l'apostume s'était gonflé , vous mettait à la torture , et ne vous laissait aucun repos. Le médecin vient y apposer le baume des paroles, ou quelquefois y porter un feu salutaire ; il ouvre, il ampute; reconnaissez sa main bienfaisante, confessez-vous, et que votre confession fasse

sortir et découler tout ce qui s^était accumulé en vous de pourriture; alors soyez joyeux et contents , le reste sera dune guérison facile (sur le ps. 66). « Qu'il aille (le pécheur) se présenter au pontife, car à lui est confiée l'administration des clefs ; qu'il en reçoive le mode convenable de satisfaction, qu'il fasse ce qu'il faut pour recouvrer le salut, et servir d'exemple aux autres. Que si le pontife estime expédient pour l'édification de l'Église que ce péché devienne connu1 , non-seulement de plusieurs,

1 D'après ces paroles de saint Augustin, il est aisé de voir que la confession, qui se faisait autrefois en public, n'avait lieu que quand le confesseur le trouvait salutaire au bien de son pénitent et des fidèles eux-mêmes : de sorte que cette confession n'était qu'une suite de la confession sacramentelle, faite à un prêtre au tribunal de la réconciliation. « Un pécheur, observe M. Gaume dans son Catéchisme de persévérance, désirait-il rentrer en grâce avec Dieu? Il s'adressait à l'évêque ou au prêtre, lui faisait l'humble et sincère aveu de tout le mal qu'il avait à se reprocher... Si parmi les péchés, il en était de graves et de notoires, il ordonnait de les confesser hautement pour réparer le scandale. Si dans les fautes secrètes il s'en trouvait dont la publication, sans nuire à un tiers, tournerait à l'avantage de tous et même d'un seul, elle était prescrite... Cependant on n'obligeait pas les homicides et les voleurs à s'accuser publiquement de ces péchés. On ne faisait même, au moins pour l'ordinaire, ces sortes de déclarations publiques des crimes secrets que sur l'avis du prêtre à qui on les avait déjà dits en particulier... Ainsi l'Église savait-elle réparer le scandale sans jamais le faire naître, tourner la confusion des pécheurs au profit de leur salut, et tirer du mal même l'édification de tous ses enfants. Sous cette belle et admirable discipline, tout se passe avec décence,

mais encore de tout le peuple, qu'il ne s'y refuse point, qu'il ne résiste pas, et que par honte, il n'aille point ajouter une tumeur funeste à une plaie déjà mortelle (ibid.). »

Il n'est pas besoin de commenter des textes aussi simples, aussi clairs, aussi précis que ceux que vous venez de lire ; vous le voyez, cher docteur, tous les pères, même dans la primitive Église, ne trouvent qu'un moyen pour obtenir le pardon des péchés commis, c'est de les confesser au prêtre qui est revêtu de l'autorité même d'un Dien, soit pour remettre, soit pour retenir les iniquités de la terre.

Mais non-seulement l'Eglise catholique, l'Evangile et la tradition à la main, ordonne aux fidèles de confesser leurs péchés à un prêtre ; de plus, elle enseigne que pour. être digne de l'absolution, il faut avoir une véritable contrition, et être dans la disposition de satisfaire à Dieu et au prochain pour le tort et l'injure qu'on leur a faits. Ces deux vérités, soyez-en bien assuré, je puis encore les démontrer à l'aide de la Bible et des premiers pères ;

tout marche avec ordre, avec justesse. La confession sacramentelle, instituée par Jésus-Christ, va toujours la première ; la confession publique, établie par l'Église, arrive quelquefois à sa suite et jamais qu'après elle ; l'une toujours indispensable ordonne de celle qui n'est qu'auxiliaire. La première, de création divine, a subsisté et subsistera dans tous les temps; la seconde, d'origine ecclésiastique, après avoir tenu quelques siècles, s'est éteinte par la même autorité canonique qui l'avait instituée. »

mais je n'ai pas dessein de ie faire, parce que ce travail nous conduirait trop loin en ce moment. D'ailleurs, l'essentiel selon moi, est de vous avoir bien montré que les prêtres peuvent pardonner ou retenir les fautes, et que les pécheurs n'auront jamais l'amitié de Dieu, si auparavant ils ne se soumettent à la loi de la confession sacramentelle.

Savez-vous pourquoi je vous rappelle la nécessité de la contrition? C'est pour imposer silence aux sectes protestantes qui osent dire que la confession faite à un prêtre, ne sert qu'à favoriser le désordre, et que les catholiques ne se confessent que pour s'enhardir à commettre de plus grands crimes1. Quel épouvantable mensonge! Je ne sache point qu'il en soit jamais sorti un si impudent d'une bouche humaine. Sans répondre aux calomniateurs, je vous dis à vous, docteur, qui voulez savoir la vérité, que si l'hypocrisie peut abuser d'une institution aussi sainte que la confession, ce mal est toujours bien rare ; tous ceux qui se confessent sont ordinairement les plus saints et les plus vertueux, et même ils ne réitèrent leur confession que pour le devenir de plus en plus ; au contraire, ceux qui ne suivent point le précepte divin de la confession, finissent à la longue par s'endurcir dans le mal, et par avaler l'iniquité

i Quand on trouve une palpable absurdité , aucun doute qu'elle n'ait été proférée parles protestants.

comme l'eau, selon l'énergique langage de la Bible. Je ne prouverai point ces laits qui sont de la dernière authenticité. Voilà notre doctrine touchant la pénitence ; outre la confession, il faut avoir une contrition sincère et solide, c'est-à-dire une contrition surnaturelle et tout intérieure, souveraine et universelle ; sans cette contrition, je vous le dis de nouveau, il est inutile et même dangereux de se confesser.

La satisfaction est encore une partie essentielle de la pénitence. Sans doute l'absolution du prêtre remet au pécheur converti la coulpe de ses fautes et la peine éternelle due aux péchés mortels dont il s'était rendu coupable ; mais ordinairement il reste à subir pour ces péchés une peine temporelle, comme il est facile de le prouver par des exemples tirés de l'ancien Testament '. C'est pour-

1 Moïse obtient du Seigneur le pardon des Israélites murmurateurs; et cependant un grand nombre d'entre eux sont frappés de mort. La peine éternelle leur fut remise, mais la peine temporelle resta. David avait appris par Nathan que ses péchés lui étaient pardonnes ; et cependant il lui fallut subir une peine temporelle. « Parce que vous avez été cause, lui dit le prophète, que les ennemis du Seigneur ont blasphémé contre son saint nom, le fils qui vous est né perdra la vie. » La foi au dogme du purgatoire est facile à admettre, lorsque l'on sait comprendre la distinction qui existe entre les peines éternelles et le§ peines temporelles. Les premières sont remises par l'absolution du prêtre; et les autres, ou en ce monde par les œuvres salisfactoires de la pénitence, ou en l'autre par les souffrances du purgatoire.

quoi le pénitent est obligé , pour satisfaire à la justice divine, d'accomplir la pénitence qui lui est imposée par son confesseur : c'est pourquoi encore l'Eglise, qui s'intéresse au salut de ses enfant? , conformément à la doctrine et aux exemples du Sauveur, a institué des jours de jeûne et d'abstinence , afin de faire observer , par ces pratiques et par d'autres œuvres de mortification, la loi pressante de la pénitence chrétienne sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu : Nisi pœnitentiam egerilis, etc..

Quant à la pénitence que doivent faire les pécheurs convertis, je vous dirai en passant, cher docteur, que l'Eglise nous en allège le fardeau par le soin qu'elle prend de nous accorder des indulgences. Les indulgences ! voilà encore une question religieuse qui a été bien embrouillée par votre église anglicane , après l'avoir été par le fougueux Luther.

Voici en quelques mots notre croyance sur ce point de doctrine. De même qu'un père dans sa famille et un roi dans son royaume , jouissent de la magnifique prérogative de faire grâce, ainsi l'Eglise, qui est notre mère et notre souveraine , doit jouir du même privilège à l'égard de ses enfants. Si vous voulez appuyer celte vérité sur l'autorité de la sainte Écriture , rappelez-vous ce que le Christ disait à Pierre, prince des apô-

très : « Je vous donnerai les clefs du royaume des cieux, foui ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel, et tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel (Matt. 16). »

Rappelez-vous encore quelle fut la conduite de saint Paul à l'égard de l'incestueux de Corinthe; celui-ci est retranché du sein de l'Eglise à cause de sa vie scandaleuse; mais bientôt ouvrant les yeux sur son malheur, il se confesse, il se lamente, il demande pardon, etc.; le grand apôtre est prié par les habitants de Corinthe de lever la sentence d'excommunication ; il consent à le faire, et il leur adresse ces paroles : « Si] use ci 'indulgence , je le fais à cause de vous et comme représentant Jésus-Christ (2 cor. ch. 2). »

Voyez si la loi de l'indulgence ne s'exécute pas tous les jours sous nos yeux. Un enfant a désobéi à son père qui lui impose une pénitence. Le coupable allait l'accomplir, lorsqu'un membre de la famille demande sa grâce ; le père se laisse fléchir et pardonne en considération des prières et de l'intercession de son épouse ou de ses autres enfants. Dans un royaume, un homme commet un crime, pour lequel il est condamné à mourir. Mais un illustre personnage se jette aux pieds du monarque, et demande la grâce du coupable. Le roi se laisse fléchir, et le coupable est épargné. Est-ce autre chose que fait l'Eglise dans l'ordre spirituel ? Que

fait-elle , sinon satisfaire à la justice éternelle et apaiser le courroux céleste, en nous appliquant pour la rémission de la peine temporelle, les mérites du Sauveur, qui sont infinis, et ceux de tous les saints.

En voilà assez sur le sacrement de la pénitence ; encore quelques mots sur l'extrême-onction qui en est le supplément, et je clos celte lettre. Vous ne direz point que le sacrement, institué pour les malades, n'est pas dans la sainte Ecriture, puisque Fapôtre saint Jacques en parle dans sonépître en ces termes : « Quelqu'un est-il malade ? qu'il appelle les prêtres de l'Eglise, qu'ils prient sur lui en l'oignant au nom du Seigneur, et la prière sauvera le malade et le Seigneur le soulagera ; et s'il a des péchés, ils lui seront remis (cap. 5). » Tout ce qui constitue un sacrement de la' loi nouvelle se trouve dans ces paroles de saint Jacques; comme vous en serez convaincu, pour peu que vous les examiniez avec soin.

Origène (hom. 2 in Levit.) parle de ce sacrement, et le regardant comme une suite de la pénitence, il l'indique comme un moyen que Pieu nous a donné pour nous purifier de nos fautes. Le pape Innocent I, répondit à un évêque qui le consultait pour savoir si les prêtres seuls étaient les ministres du sacrement de l'extrême - onction , que saint Jacques n'avait parlé que des prêtres, parce que

les évêques, à raison de leurs autres affaires, ne peuvent aller voir tous les malades, mais que du reste l'évêque a le droit de donner ce sacrement, lorsqu'il le veut, et juge à propos de le faire (epist. ad Décent.). »

Je termine cette lettre en répondant en peu de mots aux difficultés que vous faites dans votre église anglicane sur ce que les anciens pères ne parlent point du sacrement conféré aux malades. Les anciens pères, dites-vous, se taisent sur l'extrêmeonction ; mais l'Ecriture sainte en parle de la manière la plus expresse ; donc celui-là qui refuse d'admettre ce sacrement est un profane qui foule aux pieds ]apure parole de Dieu. Les anciens pères se taisent : mais je viens de vous en citer quelquesuns qui ontparlé de l'extrême-onction .J'avoue toutefois que la plupart d'entre eux n'en ont rien dit , et cela pour de bonnes et solides raisons. D'abord, en général, les anciens pères avaient pour maxime de n'expliquer la doctrine catholique que de vive voix et seulement à ceux qui avaient reçu le saint baptême : puis, lorsqu'ils ont parlé publiquement dans leurs écrits, soit du baptême, soit de la confirmation ou de l'eucharistie, ce fut pour réfuter les odieuses calomnies par lesquelles les païens attaquaient ces augustes sacrements, calomnies qui ne pouvaient se rapporter à l'extrême-onction, parce que ce sacrement, outre qu'il n'est pas d'une

si grande nécessité que le sont ceux que je viens d'indiquer, ne devait être conféré que bien rarement, pendant les trois premiers siècles, à raison de diverses conjonctures dans lesquelles se trouvaient alors les membres de l'Eglise catholique.

Vous comprenez sans doute que l'extrême-onction ne se donnait point aux martyrs qui trouvaient dans l'effusion de leur propre sang rentière rémission de leurs fautes ; vous comprenez sans doute encore de quelle difficulté il était de conférer ce sacrement à ceux qui allaient mourir dans l'intérieur de leur maison. Comme la plupart des familles étaient composées de chrétiens et d'idolâtres, dans les trois premiers siècles, les ministres de la religion n'auraient-ils pas craint de commettre un sacrilège, en conférant un sacreme.it en présence . des infidèles ? Et quand bien même ils n'eussent pas eu cette crainte, la prudence ellemême ne les aurait-elle pas portés à agir constamment avec la plus grande réserve? Pouvaient-ils, avant que la croix ne fût arborée au haut du Capitale, aller de maison en maison pour conférer un sacrement aux malades, sans être aussitôt signalés comme les chefs de la religion chrétienne, qu'on n'aurait pas manqué d'immoler dans le feu des persécutions qui ne s'apaisaient pour quelques jours que pour recommencer bientôt avec plus de violence que jamais? Je m'arrête, cher docteur,

en vous priant de tirer vous-même les conclusions catholiques qui découlent des observations que je viens de faire.

Adieu, jai l'honneur d^tre, etc..

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