LETTRE XVI
10 mai 1841.
Mon cher docteur,
Je vous ai parlé dernièrement du sacrement de l'Eucharistie; vous avez pu remarquer qu'il aurait fallu, pour suivre Tordre numérique des sacrements , dire quelque chose auparavant sur le baptême et la confirmation. La raison qui m'a déterminé à entrer dans la voie que j'ai suivie, est facile à deviner. Après avoir examiné la doctrine catholique touchant le sacrifice redoutable de nos autels, pouvais -je ne pas traiter de suite la présence réelle, qui est la base nécessaire du sacrifice luimême ?
J'ai déjà observé que la transsubstantiation n'a rien qui doive vous surprendre. Dès qu'il est incontestable que Jésus-Christ prend la place du pain et du vin , force est de croire qu'il ne reste plus, après la consécration, que des espèces ou apparences. Je n'ai rien dit de particulier sur l'usage de la coupe que l'Eglise , toujours conduite par le
Saint-Esprit, a jugé à propos d'interdire depuis longtemps aux simples fidèles. Je trouve cette question, dont les sectes protestantes ont fait tant de bruit, bien peu importante à la cause du catholicisme , qui est l'objet principal des quelques lettres que je vous adresse dans mes instants de loisir. Retenez pourtant ces simples réflexions : En admettant , selon notre doctrine , que le Sauveur est tout entier, soit sous l'espèce du pain, soit sous l'espèce du vin , la communion sous une seule espèce est donc suffisante pour se nourrir véritablement de la chair et du sang du fils de Dieu. De plus , si vous prenez à la lettre les paroles du Sauveur ordonnant de faire ce qu'il avait fait luimême , en instituant l'Eucharistie , je demanderai : A qui ces paroles sont-elles adressées? n'est-ce pas incontestablement aux apôtres ? Or, les apôtres et leurs successeurs ont consacré constamment le pain et le vin dans le sacrifice de la messe, et communié sous les deux espèces. Enfin, puisque vous respectez la croyance de l'Eglise primitive , je vous dirai d'ouvrir les saints pères et l'histoire ecclésiastique des premiers siècles chrétiens, et vous verrez que l'on communiait alors, en plusieurs circonstances, sous une seule espèce1, et que l'Eglise,
1 Saint Justin nous dit que l'usage était de porter la communion aux absents. Or, conçoit-on qu'il eût été commode de le i'aire sous les deux espèces : et la chose ne devenait-elle pas
nouvellement établie par les envoyés du Christ, n'a jamais cru que cette communion fût criminelle ou abusive , contraire à l'intention de Jésus-Christ, ou moins efficace que l'autre.
Sur l'article des sacrements , dont je me propose de vous dire quelques mots, comme aussi sur bien d'autres articles de la foi catholique, je trouve que votre église anglicane a une méthode habile pour se tirer d'embarras. Son argument de prédilection, sa massue avec laquelle elle s'imagine écraser l'Hercule divin, le catholicisme, c'est de dire et de dire encore : Je ne crois pas.
Nous disons, dans l'Eglise catholique, que les saintes Écritures sont insuffisantes pour nous faire connaître toute la doctrine chrétienne ; et l'église anglicane dit : Je ne crois point à l'insuffisance de la
comme impossible dans les temps de persécution? En lisant saint Cyprien, de lapsis, l'on voit que l'usage était encore de faire communier les enfants après leur baptême; évidemment ils ne pouvaient communier que sous l'espèce du vin. D'après saint Cyprien etïertullien, l'on portait la communion aux malades en danger de mort, et aux confesseurs détenus dans les prisons; de plus les fidèles conservaient souvent chez eux la communion, afin de se communier eux-mêmes, s'ils se trouvaient exposés au martyre ou à quelque autre danger : et alors la communion était faite sous la seule espèce du pain Enfin, l'Église communiait ceux qui étaient abstèmes, c'est-à-dire, qui avaient une répugnance naturelle pour le vin; donc, l'Église primitive n'a jamais fait aux fidèles une loi rigoureuse de communier sous les deux espèces.
Bible ; la Bible contient toute la parole de Dieu. Nous disons , la Bible et les écrits des premiers pères à la main , qu'il existe dans l'Eglise des chefs chargés de conserver le précieux dépôt de la foi, et qu'il y a encore un chef suprême, l'évêque de Rome, successeur du prince des apôtres, qui a la puissance de conduire et les agneaux et les brebis, c'est-à-dire, comme nous savons déjà, et les simples fidèles et les pontifes eux-mêmes ; et l'église anglicane dit : Je ne crois point à une autorité infaillible dans l'Eglise ; c'est à chaque individu qu'il appartient de se faire sa religion comme il peut , avec le secours de la Bible ; je ne crois point à la puissance du pape au-dessus des autres évêques. Nous disons, et vous le verrez plus tard, qu'il existe sept sacrements : et l'église anglicane dit : Je ne crois point à l'existence d'un si grand nombre de sacrements; je n'en admets que deux, savoir le baptême et la cène1.
Cette manière de répondre : Je ne crois point , a sans doute l'avantage spécieux de se tirer d'embarras , lorsqu'on est vivement pressé par les arguments de ses adversaires; mais cette réponse
1 Pour moi, je trouve que les anglicans n'admettent réellement que le sacrement du baptême. Qu'est-ce donc que la cène, avec leur doctrine calviniste sur l'Eucharistie? La foi seule rend présent Jésus-Christ dans leur cœur, disent-ils. Mais la foi n'est que la foi : et je trouve absurde que la foi seule dans les fidèles puisse produire un sacrement.
sera-t-elle victorieuse aux yeux de l'Éternel ? Suffira-t-il de dire au jour dernier : Je n'ai point cru? — Tu n'as pas cru , dira le Juge suprême, tu n'as pas cru , église rebelle , église anglicane ; mais il fallait croire sous peine de l'éternelle damnation ; tu n'as pas respecté l'autorité sainte des légitimes successeurs des apôtres ; mais il fallait la respecter cette autorité , sous peine d'être traité comme les piiblicains et les idolâtres...
Ainsi, cher docteur, des négations sont à mes yeux de bien faibles arguments... Ce sont des raisons positives , des témoignages certains que je vous ai allégués jusqu'ici en faveur d'un certain nombre de vérités catholiques ; je continuerai donc à vous montrer l'existence des sept sacrements admis par notre Eglise, toujours d'après l'autorité des premiers pères et de la Bible elle-même.
Le sacrement qu'il faut d'abord recevoir est le baptême qui efface Je péché originel et nous fait enfants de Dieu et de l'Eglise. Puisque vous admettez comme nous la nécessité du baptême pour être sauvé , selon ces paroles du Sauveur : « Si quelqu'un ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume des çieux, » je ne dirai rien de plus sur cet article. Je prie seulement d'observer que vous admettez contre les anabaptistes la validité du baptême conféré aux petits enfants : vous admettez encore la validité du bap~
tème, qu'il soit donné par un juif, par un infidèle, par un hérétique, pourvu qu'il ait l'intention, en baptisant, de faire ce que l'Eglise fait elle-même, lorsqu'elle administre ce sacrement. Cependant sans le secours de la tradition, pourriez-vous reconnaître ces deux points de doctrine ? Avec la Bible, les anabaptistes ne croient point à l'efficacité du baptême pour les petits enfants ; et parce que saint Cyprien fermait les yeux à la tradition, il refusait de croire à la validité du baptême donné par les hérétiques. Mais la vérité a prévalu, et ce fut le pape saint Etienne qui la soutint avec vigueur : or, comment s'y prenait-il dans ses débats avec l'évêque de Carthage? N'innovez rien, disait-il ; conservez avec soin ce qui a été transmis dans l'Eglise par la tradition : nihil innovetur ; quod traditum est servetur. Pour saint Cyprien, s'il résista au pape avec trop de vivacité, il est certain, d'après saint Augustin, qu'il expia sa faute en souffrant le martyre : martyrii falce purgatum.
Après le baptême vient la confirmation. Nous disons à votre église anglicane qu'il existe un véritable sacrement de la confirmation; et elle dit toujours : Je ne crois pas à l'existence de ce sacrement *.
1 L'église anglicane tient une conduite qui s'harmonise difficilementavec ses propres principes. Elle rejette la confirmation comme sacrement, parce qu'elle répète avec Luther qu'il n'existe
Dans la pensée des premiers pères , un sacrement est le signe d'une chose sacrée, ou ce qui revient au même , c'est un signe visible de la grâce invisible, institué pour notre sanctification ; conformément à cette doctrine , l'Eglise admet cette définition : Les sacrements sont des signes sensibles institués par Jésus-Christ pour la sanctification des âmes.
Quant à la confirmation, c'est un sacrement qui nous donne le Saint-Esprit et une force spéciale pour agir en parfaits chrétiens. Voyez si ce sacrement n'est point supposé dans les épîtres de saint Paul ! Il nous dit que nous sommes les enfants de Dieu, en ajoutant que c'est le baptême qui nous donne droit à ce titre, après nous avoir purifiés de la tache du péché originel: il nous appelle encore les soldats du Christ, c'est-à-dire qu'il veut que nous combattions avec une ardeur toujours
que deux sacrements, le baptême et la cène. Cependant, comme les apôtres attiraient l'Esprit saint sur les fidèles par l'imposition des mains, elle recommande à ses évêques, schismatiques et .hérétiques, de continuera imposer les mains aussi, en leur rappelant leur impuissance à faire descendre le Saint-Esprit dans les coerurs. Qu'est-ce donc qu'une confirmation qui a pour but d'employer des rites stériles, infructueux, inutiles pour le salut? En vérité, tout échappe à cette église rebelle, qui esta peine l'ombre de la primitive église, la foi, la morale, les sacrements... toutl je me trompe; elle conserve avec soin, elle augmente même tous les jours ses immenses, se§ prodigieuses richesses.
soutenue les terribles , les nombreux ennemis de notre salut. Or voulons-nous sortir victorieux de la lutte, suivons F avis du même apôtre qui nous recommande de ne point attrister (par le péché) le Saint-Esprit dont nous avons été marqués, comme d'un sceau, par la confirmation (Eph. chap. 4).
Vous voulez, docteur, en faveur de la confirmation, des témoignages plus précis et plus formels ; je vais vous satisfaire. Lisez le huitième chapitre des Actes des apôtres, et vous verrez que saint Pierre et saint Jean allèrent à Samarie pour confirmer les fidèles qu'avait baptisés le diacre saint Philippe ; et qu'en leur imposant les mains, ils recevaient le Saint-Esprit.
Ecoutez maintenant le témoignage des premiers pères. Lorsque nous sommes sortis, dit Tertullien, du bain sacré, nous sommes oints de l'huile bénite.... Celte onction se fait sur le corps, mais elle produit son effet dans l'âme. Ensuite on nous impose les mains par la bénédiction, en invoquant et en invitant le Saint-Esprit (de Bapt. et de resur. çarn.)
Le saint chrême dont l'évêque se servait pour (a confirma lion était une huile bénite et consacrée par la prière, sur l'autel même où se célébrait le sacrifice de la messe ; et si vous lisez saint Basile et saint Cyprien , vous trouverez que cette consécration, aussi bien que celle de l'eau baptismale,
remonte jusqu'aux apôtres. S. Cyrille de Jérusalem reconnaît tant de v«rtu au saint chrême, qu'il le compare au pain eucharistique. Ne vous imaginez pas, dit-il, que ce parfum soit une chose commune, Car de même que le pain de l'Eucharistie , après l'invocation du Saint-Esprit, n'est plus un pain ordinaire, mais le corps de Jésus-Christ; de même, le saint parfum n'est plus quelque chose de simple, ou si vous voulez de profane, mais un don de Jésus-Christ et du Saint-Esprit, qui est devenu efficace par la présence de la divinité.
Saint Jérôme (dial. cont. Luc.) dit que les évêques s'étaient réservé le droit de confirmer dans la foi ceux qui avaient reçu le baptême.
Saint Cyprien (épis. 73 ad Jub.) dit de même : Notre usage est que ceux qui ont été baptisés dans l'Eglise, soient présentés aux évêques , afin que par notre prière et l'imposition des mains ils reçoivent le Saint-Esprit et soient marqués du signe du Seigneur.
Je passe sous silence bien d'autres pères, tels que Optât de Milève , saint Cyrille de Jérusalem , saint Ambroise, saint Augustin, saint Chrysostôme, qui pensent tous comme l'Eglise catholique par rapport au sacrement de la confirmation.
11 me semble que la force d'âme qui portait les premiers chrétiens à mourir plutôt que d'être apostats, suppose l'existence du sacrement dont
je parle. Dites si les martyrs n'étaient point revêtus d'une énergie toute divine, eux qui professaient leur foi, au milieu des plus affreux tourments ! Pendant plus de trois siècles, des hommes de tout âge et de toute condition, des femmes, de jeunes personnes délicates , de tendres enfants, courent à la mort avec plus d'allégresse que ne font les enfants des plaisirs, vers les sociétés tumultueuses d'un monde profane. Les martyrs, selon la pensée d'un saint père, étaient des lions pour braver la fureur des tyrans, l'activité du feu, la vue des échafauds : et en même temps ils étaient des agneaux pour leur douceur, pour leur résignation, pour leur disposition à tout pardonner à leurs bourreaux. Comme je ne pense point que l'homme abandonné à lui-même, puisse pratiquer la vertu jusqu'à l'héroïsme, je conclus que nos généreux martyrs avaient tous reçu le Saint-Esprit par la confirmation, avant de pouvoir rendre témoignage à leur Dieu, jusqu'à l'effusion même de leur sang.
Si la hache des persécuteurs a perdu son tranchant, qui ne sait que les passions mauvaises, triste fruit du péché originel, sont à jamais indestructibles dans le cœur de l'homme? En ce moment, je vais vous citer les réflexions d'un illustre écrivain.
« On ne cesse, dit M. de Chateaubriand, de s'étonner lorsqu'on remarque à quelle époque de 1$
vie, la religion a fixé le grand hyménée de l'homme et du Créateur. C'est le moment où le cœur va s'enflammer du feu des passions, le moment où il peut concevoir l'Etre-Suprême : Dieu devient l'immense génie qui tourmente tout à coup l'adolescent, et qui remplit les facultés de son âme inquiète et agrandie. Mais le danger augmente ; il faut de nouveaux secours à cet étranger sans expérience, exposé sur le chemin du monde. La religion ne l'oubliera point : elle tient en réserve un appui. La confirmation vient soutenir ses pas tremblants comme lebâtondansla main du voyageur... Observons que la morale entière de la vie est renfermée dans le sacrement de confirmation. Quiconque a la force de confesser Dieu, pratiquera nécessairement la vertu, puisque commettre le crime, c'est renier le Créateur1. »
Je désire terminer cette lettre comme je l'ai commencée, en vous disant quelques mots sur la sainte communion. Permettez-moi, cher docteur, de rappeler encore quelques-uns de mes souvenirs pendant mon séjour à Oxford. Là, j'ai trouvé dans quelques jeunes docteurs et fellows, un certain
1 Je trouve cette pensée identique avec celle de David, lorsqu'il dit au Seigneur « Vous m'a\ez remis \ impiété de mon péché. » Quoi! l'impiété se trouve dans le cœur du pécheur : sans aucun doute, puisqu'il est impossible de se rendre coupable, sans mépriser auparavant quelqu'une des perfections divines.
penchant pour nos institutions chrétiennes , qui m'a singulièrement surpris : je dirais presque qu'ils ont Y instinct du catholicisme. Voici le fait : Ils voudraient bien voir des couvents d'hommes s'établir dans les grandes villes d'Angleterre, afin d'améliorer les mœurs publiques qui vont se détériorant de jour en jour, depuis le temps de la prétendue réforme ; surtout, ils voudraient avoir dans les hôpitaux des religieuses qui, célibataires bien entendu, se dévouassent toute leur vie au soulagement de l'humanité souffrante. —
J'étais charmé d'entendre des frères, séparés du centre de l'unité, rendre ainsi témoignage à l'esprit chrétien qui anime constamment un si grand nombre de membres de notre Église catholique. Toutefois, en applaudissant à leur plan de réforme, je me permis de répondre de cette sorte, aux fellows et aux docteurs, que je trouve peu éloignés du royaume des cieux : « Votre projet est beau, admirable; mais jamais il ne pourra se réaliser, tant que l'Angleterre ne retournera point à la foi de ses pères, à la foi catholique que lui a donnée son apôtre, le saint moine Augustin. » — Ma réponse les a surpris au delà de toute expression ; j'ai eu beau leur en développer la justesse, jamais ils n'ont voulu me comprendre. — Voici sur quoi je fondais la force de mon argument : Pour avoir des prêtres célibataires, des religieux voués dans la
solitude, à une vie de privation et de sacrifice, des religieuses dans les hôpitaux pour soigner les pauvres malades, il faut croire à la présence réelle du Sauveur dans l'Eucharistie , et recevoir de temps en temps son Dieu ipar la sainte communion. — J'analyse ici mes réflexions, parce qu'il serait trop long de tout dire en détail. — Ce qui fait surtout la force des personnes religieuses, ce qui inspire le plus sublime dévouement, ce qui rappelle une âme à la vigueur d'une piété tendre et solide, c'est la sainte communion. Vous ne communiez plus en Angleterre ; donc vous ne pourrez jamais réaliser vos bons projets. Jésus-Christ n'habite plus dans ses tabernacles , ne s'immole plus dans vos temples ; donc vous n'aurez ni couvents d'hommes, ni hôpitaux desservis par des religieuses. Et aux docteurs qui se plaignaient de Yinutilité de leurs missions (protestantes) dans le pays des infidèles , je disais encore : « Pour convertir les idolâtres, pour faire cesser les sacrifices du démon, il faut avoir quelque chose à mettre à leur place; et vous, qu'avez-vous à offrir, sinon le seul livre de prières, composé par Cranmer, lequel après tout, ne suffit pas pour constituer une religion ? » Les missionnaires catholiques, au contraire, font d'immenses, de rapides progrès partout où pénètre leur zèle, parce qu'ils ont avec eux le Saint-Esprit qui les soutient, et qu'ils élèvent au vrai Dieu
des autels, sur lesquels ils renouvellent d'une manière mystique, le redoutable, l'efficace sacrifice de la croix.
L'Eucharistie, concluais-je, est donc chez nous le véritable foyer de la miraculeuse charité que vous admirez tant dans les membres de notre Eglise catholique. Mais en Angleterre , mais chez vous, il faut que le mal aille en augmentant de plus en plus, parce que vous n'avez plus d'autels sur lesquels puisse s'immoler l'auguste victime, l'Agneau de Dieu qui a la vertu, en même temps qu'il pacifie la terre avec le ciel , de porter les hommes à se dévouer, à s'immoler même , s'il le faut, pour soulager les infirmités spirituelles et corporelles de leurs semblables. — Nous ne pourrons vous comprendre , répliquaient mes adversaires, nous n'apercevons point quel rapport il puisse exister entre la communion des catholiques et le bien que nous projetons pour nos contrées. — Vous ne pouvez me comprendre, disais-je à mon tour; en ce cas , je vous plains bien sincèrement , car , comment vos maux ne seraient-ils pas incurables, puisque vous rejetez les remèdes efficaces qui seuls peuvent les faire disparaître ? Pour moi, je trouve mes propositions aussi aisées à comprendre que ces simples paroles : Il fait jour pour nous, lorsque le soleil brille sur nos têtes, dans son plein midi ; taudis que les ténèbres nous environ-
nent, lorsque cet astre éclaire les antipodes de sa bienfaisante lumière. »
Adieu, cher docteur; quelle que soit l'impression que fassent mes lettres sur votre esprit et votre cœur, je ne cesserai jamais d'avoir pour vous les mêmes sentiments d'estime et d'affection , avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.