‹ Divorçons. comédie en trois actesChapitre 36 sur 117 · ACTE PREMIER 4y · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER 4y

fieureuse d'être tombée sur un gaillard tel que moi !.. On n'aime pas mieux que je ne vous aime; on n'embrasse pas plus cncrgiquement que je ne vous embrasse ! » Et la pauvre jeune femme qui trouve l'élreinte un peu lâche, se dit en soupirant : « Quoi !... tout de bon... Il n'y a pas mieux?. . Moi qui me figurais. . . C'est drôle... Enfin!.. » La bécasse se laisse convaincre; rindillérente se résigne. (Elle se iove.) Mais la femme, la vraie femme, comme moi, Mousieur, se dit : « Allons donc ! Quelle farce ! 11 y a mieux que ça ! Et ce n'est pas pour si peu qu'on se passionne, qu'on s'exalte jusqu'à lafoliel... jusqu'au crime!... qu'on empoisonne et que l'on tue!.. Roméo ne se serait pas exposé, pour de si molles étreintes, à se casser les reins en tombant d'un quatrième, ni Léandre à se noyer, en franchissant les mers orageuses ! — Le jeu n'en vaudrait pas la chandelle. — H y a autre chose, et bien supérieur. » El cette femme-là, Monsieur, cherche, interroge, étudie, s'informe, et après une solide enquête et de fortes études, elle est en mesure de vous dire carrément : « Allons ! allons ! (Lui frappant sur vépauie.) Yous ctes uu farceur! Et je suis volée ! s

Madame ! *

DES PRUNELLES, bo byant.

G YP RI EN NE, passant à droite.

Je suis volée. Monsieur, voilà tout, je suis volée! — Du reste, cela devait être ! . . . C'est partout comme ça ! — Le mariage... qu'est-ce pour vous autres? Vos invalides! Tandis que pour nous, c'est l'entrée en campagne! s'asseyam sur le pauf.) Au couveut, qu'ai-jc rêvé, en fille honnête? Un mariage qui réalisât tout ce que la passion comporte d'ivresses!... Un mari qui fût à la fois un héros et

» Des Piunelles, Cyprienne.

mon amant ! Je vous voyais jeune, beau, svelte, élégant ! Tour à tour tendre et menaçant, soumis et despote, et ne cessant de ramper à mes pieds (se levant.) que pour bondir sur moi comme un tigre!... et broyer dans d'eiïVoyables étreintes mes chairs palpitantes! Enfin des choses exquises! Et au lieu de ça, rien! jamais rien!... La morne solitude, un marécage, l'eau plate et croupissante!... Le tic-tac régulier du coucou domestique; le ronron monotone du pot-au-feu conjugal, <^ui mijote à feu doux, et que j'écume avec ennui, d'une main nonchalante! — Et jamais le piment!. .jamais l'acide! Jamais rien qui relève, ragoùte et ravigotte ! Je fais appel à votre cœur usé, comme votre estomac, et comme lui réduit aux émollients... et je lui crie : « Mais je suis jeune, moi, et bien portante, moi! Mais au nom du ciel. Monsieur, je vous en conjure, un peu de truffes, du Champagne, quelques épiées!.. » Vous me répondez: «Non, Madame, non, mais de la graine de lin, s'il vous plaît des

épinards et du chiendent! ». (EUo va tomber assise sm- le fauteuil à Vextréaiité droite.)

Je ne sais vraiment pas ce qu'il vous faut. J'ai pourtant fait mon possible...

CYPRIENNE, se redress:int à demi, puis relombaiil la figure sur le dussier du fauteuil.

Ah!... Oh! bien!... Oh! maman!...

DES PRUNELLES, allant à elle.

Je ne peux vraiment pas, sous prétexte de piment, me déguiser en brigand calabrais, pour entrer chez vous par la fenêtre!

CYPRIENNE

Oh! naturellement. Monsieur! Ce sont de ces choses

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