ACTE PREMIER
heureuse d'être tombée sur un gaillard tel que moi I.. On n'aime pas mieux que je ne vous aime ; on n'embrasse pas plus énergiquement que je ne vous embrasse ! » Et la pauvre jeune femme qui trouve l'étreinte un peu lâche, se dit en soupirant : « Quoi !... tout de bon...' Il n*y a pas mieux?. . Moi qui me figurais. . . C'est drôle... Enfin!.. » La bécasse se laisse convaincre ; rindififérente se résigne. (Elle M lève.) Mais la femme, la vraie femme, comme moi, Monsieur, se dit : « Allons donc I Quelle farce ! 11 y a mieux que ça ! Et ce n'est pas pour si peu qu'on se passionne, qu'on s'exalte jusqu'à la folie!... jusqu'au crime I... qu'on empoisonne et que Ton tue!.. Roméo nç se serait pas exposé, pour de si molles étreintes, à se casser les reins en tombant d'un quatrième, ni Léandre à se noyer, en franchissant les mers orageuses ! — Le jeu n'en vaudrait pas la chandelle. — 11 y a autre chose, et bien supérieur. » Et celte femme-là. Monsieur, cherche, interroge, étudie, s'informe, et après une solide enquête et de fortes études, elle est en mesure de vous dire carrément : «Allons! allons \;Jga frappant sur Tépauie.) Yous êtcs uu farceur! Et je suis volfe^I »
DES PRUNELLES, M lerant.
Madame! *
CYPRIENNE, passant à droite.
Je suis volée, Monsieur, voilà tout, je suis volée! — Du reste, cela devait être!... C'est partout comme ça! — Le mariage... qu'est-ce pour vous autres? Vos invalides! Tandis que pour nous, c'est rentrée en campagne! (s'asseyant •or le pouf.) Au couvcut, qu'ai-jc rêvé, en fille honnête? Un mariage qui réalisât tout ce que la passion comporte d'ivresses!... Un mari qui fût à la fois un héros et
• D«i PnoallM, CjprieniM.
mon amant ! Je vous voyais jeune, beau, svelte, élégant ! Tour à tour tendre et menaçant, soumis et despote, et ne cessant de ramper à mes pieds (se levant.) que pour bondir sur moi comme un tigre!... et broyer dans dWroyables étreintes mes chairs palpitantes I Enfin des choses exquises! Et au lieu de ça, rien! jamais rien!... La morne solitude, un marécage, l'eau plate et croupissante I... Le tic-tac régulier du coucou domestique; le ronron monotone du pot-au-feu conjugal, qui mijote à feu doux, et que j 'écume avec ennui, d'une main nonchalante! —Et jamais le piment!. .jamais l'acide! Jamais rien qui relève, ragoûte et ravigotte ! Je fais appel à votre cœur usé, comme votre estomac, et comme lui réduit aux émoUients... et je lui crie : « Mais je suis jeune, moi, et bien portante, moil Mais au nom du ciel. Monsieur, je vous en conjure, un peu de truffes, du Champagne, quelques épices!.. » Vous me répondez: «Non, Madame, non, mais de la graine de lin, s'il vous plaît des
épinards et du chiendent! ». (EUe ra tomber assise sur le fauteaU à l'extrémité droite.)
DES PRUNELLES
Je ne sais vraiment pas ce qu'il vous faut. J'ai pourtant fait mon possible...
CYPRIENNE, se redressant à demi, puis retombant la figure sur le dossier
du fauteuil.
Ah!... Oh! bien!... Oh! maman!...
DES PRUNELLES, allant à eUe.
Je ne peux vraiment pas, sous prétexte de piment^ me déguiser en brigand calabrais, pour entrer chez vous par la fenêtre!
CYPRIENNE
Oh! naturellement, Monsieur! Ce. sont de ces choses