NOTRE CREDIT RETABLI
Quel a été le résultat de cette politique économe, prudente, bien ordonnée, ne laissant rien au hasard ? Beaucoup de choses et entre autres le relèvement de notre crédit.
Ici encore nous allons emprunter quelques lignes au travail de M. Bran chaud :
" Il arrive souvent, durant le cours de l'année fiscale, que le gouvernement se trouve à avoir besoin de sommes assez considérables pour rencontrer ses dépenses courantes."
Alors, il s'adresse à nos banques ou autres institutions financières et leur demande au fur et à mesure les sommes dont il a besoin, en même temps, il est entendu que le remboursement se fera à courte échéance ; tellement que les prêteurs comptent ces sommes avancées au gouvernement, comme prêts à demande. Le 30 juin 1886 la balance due sur ces emprunts, était de $750,000. Le 30 juin 1891 cette balance était de$2,223,333.33, et le 30 juin 1896, il n'y avait plus un sou de dû à ce sujet. Tout ce que le gouvernement avait été obligé d'emprunter pendant l'année fiscale 1895-96 était $300,000, qui furent remboursés avant la fin de l'année.
\l En 1887 le taux d'intérêt sur ces emprunts, était de 5 p. c. par année ; en 1891 les libéraux avaient tellement mal administré les affaires publiques, que nos financiers
exigèrent un plus gros intérêt, et le taux était rendu à 6 pour cent.
" En 1895, les choses avaient dû changer, et non pour le mal, puisqu'en regardant l'état de la dette, on y voit que les deux emprunts contractés durant le cours de l'année 1894-95, portent des taux d'intérêt de 3f et 3-J pour cent respectivement. N'était-ce pas là un signe infaillible que l'administration conservatrice avait fait renaître la confiance et rétabli le crédit de la province ?
" Mais ce n'est pas tout. Je viens de vous parler d'emprunts temporaires ; je passe maintenant à la dette consolidée ou des emprunts permanents.
"À la session de 1891, M. Mercier pour rencontrer toutes les obligations qu'il avait contractées, se fit autoriser à emprunter la somme de $10,000,000.
" Lors de son fameux voyage en Europe, en 1891, M- Mercier avec son trésorier M. Shehyn, colportèrent notre crédit à travers l'Europe et tout ce qu'ils purent faire fut de négocier un emprunt de 20 millions de francs égal à $3,860,000 qui rapporta, net, $3.707,530. Ceci mettait le taux d'intérêt sur l'argent actuellement reçu à 4 1-5 p. c.
" A son échéance, M. Hall renouvela cet emprunt aux mêmes conditions. De sorte que pour rencontrer $3,860,- 000, M. Hall dut donner $4,106,461 de débentures. Cela laissait le taux d'intérêt à peu près le même qu'avaut, 4 1?5 p. c,
" Au mois de décembre 1894, M. Taillon qui avait succédé à M. Hall comme trésorier de la province, résolut de racheter cet emprunt par un autre, mais cette fois-ci, ce n'était plus pour deux ans, mais à une longue échéance, 60 ans. Il voulut aussi tenter de placer cet emprunt à 3 p. c, ce qui ne s'était jamais vu encore dans les emprunts provinciaux. Il obtint 77 p. c. ce qui équivalait à plus que le pair si l'emprunt eût été à 5 p. c. et la preuve est que si vous donnez $4,106,461.52 de débentures à 4 p. c. (somme qu'il s'agissait de racheter) vous payerez $164,-
255.66 par année d'intérêt ; et si vous donnez $5,339,976 à 3 p. c, (somme qui fat donnée) vous n'avez à payer que $159,989.21, une différence de $4,265.38 en moins.
Ainsi M. Mercier, pour l'usage de $3,707,530 pendant deux ans, dût T>ayer $230,635 par année égal à 6J- p. c. ; tandis que M. Taillon pour l'usage de $4,106, 391.52 pendant 60 ans, ne paya que $180,432,30, égal à 425 p. c. ou $50,202,24 par année de moins que M. Mercier, et M. Taillon avait réduit le taux d'intérêt annuel sur les sommes reçues, de 4 lpp. c. à 3 9^10 — 3/10 p. c. de réduction.
Il faut aussi remarquer que ces différentes transactions étaient toutes faites avec les mêmes institutions financières de Paris, ce qui rend la comparaison plus facile.
Au mois d'avril 1896, M. Taillon flotta un nouvel emprunt à 4 p. c, cette fois sur le marché anglais. C'est cette dernière transaction qui montre jusqu'à quel point le crédit de notre province était remonté.
Il s'agissait de flotter un emprunt de $2,000,000 ou pour être plus juste £400,000 égal à $1,946,666.87. M. Taillon plaça ce montant à une prime de 105 p. c. ce qui lui rapporta la somme exacte de $2,044,000 et rendait le taux annuel sur l'argent reçu à 3 4^5 p. c.
Ce dernier emprunt de M. Taillon a été fait à même le vote de $10,000,000 de M. Mercier, et ce, pour rencontrer les obligations du gouvernement avant 1891."