VI AVANT- PROPOS
conversations revenaient volontiers sur le passé, et surtout sur le temps de l'émigration, où les miens avaient subi de longues infortunes. Nos visites en Poitou se renouvelèrent; les anecdotes sur les années de l'exil étaient de plus en plus le sujet de nos entretiens, et plusieurs fois, il nous arriva, après avoir écouté une de ses vieilles histoires si attachantes, de dire : « Mon oncle, vous devriez vraiment écrire vos Mémoires. » Cette idée ne fut pas perdue : un jour (au commencement de l'année 1850), M me de Barberey reçut un paquet, soigneusement cacheté, renfermant plusieurs cahiers d'une écriture correcte et serrée : c'étaient les Souvenirs, que je me hasarde à publier. La lecture que nous en fîmes nous plût beaucoup ; nous y retrouvions, sous la forme d'une agréable narration et dans leur naturel enchaînement, ces récits qui nous avaient charmés. Pour moi, je revoyais, consignées par une main fidèle et préservées de l'oubli, ces traditions de famille, dont ma jeunesse avait été si souvent émue, et qui me rappelaient une mère chérie.
Plusieurs années s'écoulèrent pendant lesquelles de nouveaux séjours à Rigné, et une correspondance suivie, furent l'occasion de beaucoup d'éclaircissements et de détails laissés d'abord inaperçus. M. de Neuilly était sensible à l'intérêt que nous prenions au développement d'une œuvre qui, à l'origine, n'avait eu à ses yeux, d'autre caractère que celui d'un délassement d'esprit et d'une condescendance pour la curiosité d'une jeune nièce.
Cependant, une ressource, à laquelle je n'avais d'abord pas songé, vint m'offrir, pour compléter et confirmer les Souvenirs de M. de Neuilly, les plus amples renseignements. J'avais, dans mes papiers de famille, plusieurs liasses de lettres, qui depuis près de quarante ans n'avaient, pour ainsi dire, pas été ouvertes. Mon père paraissait les avoir classées après la mort de ma grand'mère